Contribution au 17ème Séminaire communiste international

« La classe ouvrière, son rôle et sa mission aujourd'hui.
Les tâches et les expériences concrètes du Parti communiste
dans la classe ouvrière et dans le syndicat »

Bruxelles, 16-18 mai 2008

www.icsbrussels.org , ics@icsbrussels.org


 

Parti communiste du Brésil (PCdoB)

 

Tout d’abord je voudrais exprimer nos salutations fraternelles à tous les camarades présents et je remercie, au nom du Comité Central du Parti Communiste du Brésil (PCdoB), la précieuse possibilité de participer au 17e. Séminaire organisé par le Parti du Travail de la Belgique.

Nous remarquons la grande actualité des thèmes. Les tâches des travailleurs et du mouvement syndical dans le contexte actuel sont des sujets de grande importance stratégique. 

Notre courte intervention veut faire partager avec les camarades sur ce front les réalisations du PCdoB . Préliminairement, c'est indispensable de souligner que la lutte des travailleurs et la conjoncture politique sont des processus interdépendants.

Dans le cas particulier de l’Amérique latine, le premier commentaire important à faire est que celle-ci vit un changement significatif dans le mouvement politique, caractérisé par des victoires électorales successives des gouvernements anti-néo-libéraux.

Chacune de ces victoires contre les gouvernements conservateurs suit un itinéraire particulier, conformément aux spécificités et à la corrélation de forces de chaque pays.

D'autres intervenants aborderont des expériences en cours dans leurs pays. Pour situer notre intervention dans le contexte , nous tracerons un rapide panorama de l’actuelle situation du Brésil selon l'optique des communistes.

Depuis 2003 le Brésil est gouverné par le président Luiz Inácio Lula Da Silva, aujourd’hui dans son second mandat. Le PCdoB participe à la coalition politique qui appuie ce gouvernement.

Nous entendons que le gouvernement Lula représente une importante inflexion politique dans notre pays,  résultat  de la défaite de la coalition conservatrice qui a gouverné le pays, notamment dans la décennie de 90, appliquant un désastreux programme néo-libéral.

Actuellement nous pouvons affirmer que le Brésil vit une situation singulière en combinant trois facteurs rares dans l'histoire politique du pays : démocratie, développement et distribution de revenus.

Ces trois facteurs se combinent avec une politique extérieure ayant pour priorité les relations Sud-Sud, accentuées par l'intégration latino-américaine. Ce développement global a mérité l'approbation des forces progressistes du pays et le rejet du conservatisme, notamment de la grande partie des médias monopolistes du Brésil.

Malgré ces aspects positifs, le pays vit aussi ses impasses et contradictions. La lutte pour un projet national de développement basé sur la valorisation du travail et sur la défense de la souveraineté nationale rencontre des obstacles. Le principal est la gestion conservatrice de la politique macroéconomique.

La Banque Centrale du Brésil (BC), dominée par des secteurs attachés au développement du capital et jouissant d’une large autonomie, fonctionne dans la pratique comme un frein à la croissance du pays.

La BC brésilienne applique une politique orthodoxe avec seule finalité : combattre l'inflation. Avec cela, elle ne prend pas en considération, comme dans d'autres pays, la nécessité d'associer la défense de la monnaie avec la croissance économique et la promotion des emplois.

Sur cette base, les autorités monétaires brésiliennes appliquent une politique d’intérêts élevés, vrai frein à la croissance, forcent une politique budgétaire qui sacrifient les investissements sociaux et les infrastructures et imposent une politique des changes dissociée des nécessités de développement du pays.

Toutes ces contradictions, néanmoins, n'annulent pas notre évaluation des changements en cours dans le pays, avec les particularités déjà citées, ils se placent dans tableau général de l'évolution positive efficace dans l'Amérique latine.

Face à cette réalité, le Comité central du PCdoB, dans une récente mise à jour de son orientation tactique, a adopté une politique plus audacieuse et affirmative, en accord avec la conjoncture présente plus favorable pour faire avancer la lutte de travailleurs.

Dans le terrain spécifique du mouvement syndical, cette nouvelle orientation s’est traduite, plus concrètement par la création, avec l'aide des communistes, d’une nouvelle centrale syndicale, avec une orientation de classe, démocratique et pluraliste.

C'est ainsi que, du 12 au 14 décembre 2007, comme aboutissement d’un large processus démocratique de discussions, a été fondée la Centrale des Travailleurs et Travailleuses du Brésil (CTB). Le congrès de fondation a compté avec la présence de 1037 délégués, représentant 556 sections , avec pour base avec six millions de travailleurs, de 24 Etats (le Brésil en compte 27), outre le District Fédéral.

La CTB a l'appui de six des vingt-sept fédérations de travailleurs agricoles du pays ; elle a une forte présence parmi les marins et occupe une position majeure dans des secteurs importants comme la métallurgie et l’enseignement.

Au Brésil existent six centrales syndicales. La plus grande d'entre elles est la Centrale Unique des Travailleurs (CUT), social-démocrate, dominée par le Parti des Travailleurs. La Seconde en ordre d’importance est Force syndicale (FS), très liée au Parti démocrate travailliste, défendant les thèses libérales et aujourd'hui en phase de recyclage politique.

Plus récemment, résultant de la fusion d'autres centrales, a été constituée l'UGT - Union générale des Travailleurs. Cette Centrale, avec la CUT et Force syndicale, est affiliée à la Confédération syndicale internationale (CSI).

Nous avons aussi  la nouvelle Centrale syndical des Travailleurs (NCST) et la CGTB, celle-ci étant affiliée à la CTB. Sans se constituer en tant que centrale syndicale, existent au Brésil deux collectifs syndicaux d'orientation majoritairement trotskiste : Conlutas et l'Intersyndicale.

Selon son président, Wagner Gomes, la CTB, affiliée à la Fédération syndicale mondiale, « apparaît dans un contexte historique prometteur pour le peuple brésilien, à un moment de transition politique et de changement d'orientation en l'Amérique latine et au Brésil. Elle proclame l'engagement de travailler pour élever le niveau de participation et de défense politique du syndicalisme et de la classe travailleuse dans la vie nationale, afin d'ouvrir le chemin à un nouveau projet de développement - établi sur base de la souveraineté nationale et de la valorisation du travail - à travers une transformation approfondie qui implique la destruction du capitalisme et la construction d'un nouveau système social, le socialisme du siècle XXI ».

le président de la CTB ajoute que « le chemin dans cette direction ne sera pas facile. Il devra être cimenté par beaucoup de luttes et exige bien plus que des mots et des bonnes intentions. La CTB estime indispensable l'unité tant à la base qu’au sommet du mouvement syndical, l'insertion des chômeurs et des travailleurs des secteurs informels dans les batailles syndicales et politiques, la prévalence de conceptions de classe et démocratiques, le respect de la pluralité idéologique, le dynamisme et l’indépendance des sections syndicales face aux gouvernements, employeurs et partis politiques. Ce sont les défis de la CTB et de l'ensemble du syndicalisme national ».

Ce tableau complexe et hétérogène, de compréhension difficile pour celui qui ne connaît pas la réalité brésilienne, exige une large et flexible tactique des communistes pour concentrer les forces dans le mouvement syndical.

L’organisation syndicale brésilienne est soumise à une règle constitutionnelle connue comme « unicité syndicale » qui préserve l'unité de la base : un seul syndicat représente chaque catégorie de travailleurs dans une entreptise donnée.

Par contre, au sommet du syndicalisme au Brésil, comme il a déjà étédit, il existe diverses centrales syndicales. Historiquement, nous les communistes nous combattons toujours pour l'unité, de la base au sommet du mouvement. L'actuelle division au sommet est le résultat de divergences stratégiques, politiques et idéologiques. 

Cette diversité de situations impose de multiples formes d’action pour les communistes dans le mouvement syndical, dans une situation que nous caractérisons de lutte pour l’unité dans la diversité.

Face à cette réalité, nous préconisons la mise sur pied d'une nouvelle Conférence des Classes travailleuses (Conclat), avec la participation de toutes les centrales syndicales, pour construire l'unité d'action.

Dans cette proposition, nous proposons que l'ensemble du syndicalisme brésilien approuve une plate-forme commune qui incorporerait des orientations comme la question des salaires, le développement de l’emploi, l’interdiction de licenciements sans motif valable, la réduction de la journée de travail sans réduction de salaire, la défense et élargissement des droits des travailleurs, la défense du droit de grève et des autres droits syndicaux.

Cette plate-forme de luttes aurait besoin d'être animée par une coordination des centrales syndicales, qui combinerait des actions de masses unitaires avec mobilisation auprès du parlement national et auprès du gouvernement de la République.

Parallèlement, cet effort a besoin d'être renforcé avec la hausse de la conscience politique des travailleurs, le renforcement des syndicats de base et l’ organisation stratégique sur les lieux de travail.

La réalisation de ces tâches exige des communistes, aujourd'hui, un double mouvement. En premier lieu, l'aide à la consolidation et à la fortification de la CTB, principal instrument d'expression du syndicalisme de classe et révolutionnaire brésilien.

En second lieu, sur les lieux de travail et dans les syndicats de base, les communistes cherchent à construire des noyaux de la CTB et, dans des circonstances déterminées, à agir dans les sections affiliées à autres centrales syndicales.

les Communistes brésiliens, il y a 20 ans, agissaient sur le front syndical par l’intermédiaire d'une organisation, connue comme « Mouvement syndical représentant de la classe », principalement attachée à la CUT.

Avec le développement de la lutte politique dans le pays, nous inaugurons une nouvelle phase, avec la sortie de la CUT et l'audacieuse entreprise de construction de la CTB.  Ce défi nécessite d'être complété par la construction de bases militantes à intérieur des entreprises, centres dynamiques stimulateurs de l'action syndicale.

La présence des communistes brésiliens parmi les travailleurs, en général, et dans mouvement syndical en particulier, est encore minoritaire, car. prédominent dans le syndicalisme national les courants conservateurs et réformistes.

La lutte pour l'affirmation du syndicalisme révolutionnaire exige des efforts pour développer la conscience de classe des travailleurs, conquérir l'unité et élargir l'organisation.

Le fil conducteur de l'action des communistes c’est de donner des réponses à ces défis. Notre participation dans ce Séminaire a pour objectif de partager des expériences, apprendre beaucoup et développer l'internationalisme, un des piliers stratégiques de la lutte révolutionnaire.

Merci Beaucoup