Contribution au 17ème Séminaire communiste international

« La classe ouvrière, son rôle et sa mission aujourd'hui.
Les tâches et les expériences concrètes du Parti communiste dans la classe ouvrière et dans le syndicat »

Bruxelles, 16-18 mai 2008

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Le rôle du parti de la classe ouvrière dans les conditions actuelles

Parti communiste (marxiste-léniniste) de Grande-Bretagne (CPGB-ML)

 

Il va sans dire que le rôle du parti de la classe ouvrière est de représenter les intérêts de la classe ouvrière et d’œuvrer pour faire en sorte que ces intérêts se concrétisent.

Dans la situation présente, la plupart des partis communistes s’efforcent de représenter les intérêts de la classe ouvrière sous le capitalisme, puisque c’est là que nous nous trouvons en ce moment, et ils s’engagent à assurer à la classe ouvrière de meilleures conditions de vie au sein même de ce système capitaliste. Toutefois, le capitalisme a cessé d’être un système économique viable. Il est devenu putride et son état de putréfaction n’engendre rien d’autre que la pauvreté, la famine, la guerre et des désastres écologiques aux quatre coins de la planète. Il en résulte qu’aujourd’hui plus que jamais auparavant, la fonction la plus importante et essentielle du parti de la classe ouvrière est de diriger cette dernière dans sa mission historique qui est de renverser le capitalisme – en venant à bout par la force de la résistance désespérée de la classe capitaliste qui croit que sa propre mission est de rester au pouvoir à jamais, sans tenir compte le moins du monde du coût horrible que représente la sauvegarde du capitalisme pour les masses des travailleurs du monde entier.

L’importance de la théorie

« Sans théorie révolutionnaire, il ne peut y avoir de mouvement révolutionnaire » (Lénine). Le parti doit être le gardien et le générateur, là où c’est nécessaire, de la théorie révolutionnaire la plus avancée.

Puisque les êtres humains vivent dans le monde et en société, ils développent leurs propres idées et en adoptent également d’autres venues d’ailleurs, quant à la façon d’aborder les défis de la vie quotidienne. Nombre de ces idées se concrétisent dans une telle routine qu’elles deviennent une « seconde nature », puisqu’on les applique inconsciemment. Exprimées de façon linguistique, ces idées sont des « théories », au point qu’une fois mises en pratique, ces idées ou théories aboutissent aux résultats escomptés et qu’elles s’avèrent donc correctes. Sinon, elles sont soit incorrectes, soit insuffisantes ou inapplicables aux conditions auxquelles elles ont été appliquées. Dans ce cas, surgit un problème qui semble insoluble et pour lequel il convient de développer, appliquer et tester une nouvelle théorie dans la pratique, de façon à pouvoir résoudre le problème. Pour cette raison, il est vrai qu’il n’y a rien d’aussi pratique qu’une bonne théorie.

En ce qui concerne les sociétés de classes, aussi longtemps qu’elles sont raisonnablement en mesure de déployer les ressources disponibles en vue de satisfaire la plupart des besoins élémentaires de la plupart des gens, de même que de continuer à développer et améliorer la production et la distribution pour satisfaire les besoins humains, l’idéologie du pouvoir de classe visant à réconcilier les exploités avec leur statut inférieur et leurs conditions de vie précaires, est largement acceptée. Mais, parce que de telles sociétés sont divisées en classes, inévitablement, des idées et des théories de lutte des classes surgissent spontanément dans les rangs des exploités et deviennent plus répandues à mesure que la société de classes ne subvient plus aux besoins des exploités.

Voici plus de cent cinquante ans que la société de classes a entamé sa descente vers l’oubli. Elle a cessé d’être nécessaire au progrès de l’humanité mais, en lieu en place, elle s’est muée en entrave à ce développement. Les méthodes de production de masse développées par le capitalisme avaient mis à la portée de l’humanité la possibilité de procurer à tout un chacun, non seulement les simples nécessités de l’existence, mais également une existence cultivée et satisfaisante. Toutefois, la propriété privée sans discontinuer des moyens de production par la classe dirigeante capitaliste a rendu tout cela irréalisable : au contraire, la quête capitaliste du profit maximal a engendré la paupérisation des millions de gens, la guerre et des dégâts écologiques irréversibles pour la planète, et c’est toujours le cas actuellement. L’humanité a dirigé son attention vers ce nouveau phénomène et ce furent Marx et Engels, en fait, qui produisirent l’analyse nécessaire de la société capitaliste, analyse qui déboucha sur la théorie efficace de la solution des grands problèmes causés par cette dégénérescence de la société de classes, laquelle avait atteint sa forme finale, c’est-à-dire le capitalisme. À son tour, le capitalisme finit par atteindre son dernier stade, à savoir l’impérialisme, la veille de la révolution prolétarienne.

Après l’expérience de la Commune de Paris, Marx et Engels modifièrent leurs vues afin de montrer clairement qu’il n’y avait aucune possibilité pour la classe ouvrière de s’emparer de la machine de l’État conçue à l’aune de la bourgeoisie, par exemple, via une victoire électorale, et de l’utiliser à ses propres fins, mais qu’il allait être nécessaire de détruire l’État bourgeois et de créer de nouveaux organes de pouvoir afin de satisfaire aux exigences de l’État prolétarien. Par la suite, les théories de Marx et Engels furent développées plus avant par Lénine en tenant compte du passage du capitalisme à son stade impérialiste ; la théorie marxiste-léniniste subit le test pratique le plus complet qui fût via la révolution d’Octobre et la construction du socialisme en URSS, puis, plus tard, en Chine, en Corée, etc. Les progrès considérables réalisés dans la production, accompagnés des améliorations massives de l’existence des millions de travailleurs des pays socialistes, ont fourni la preuve irréfutable de la validité de la théorie marxiste-léniniste.

Néanmoins, la théorie marxiste-léniniste est loin d’être universellement acceptée ou comprise au sein des masses ouvrières, pas plus qu’elle n’a été assimilée au point de devenir une seconde nature. C’est dû en partie au fait qu’il faut toujours un certain temps avant que de nouvelles idées s’enracinent, une fois que les gens luttent pour se défaire d’une vieille idéologie devenue comme une « seconde nature », c’est-à-dire devenue habituelle au point que son application se fait automatiquement et inconsciemment. Toutefois, ce n’est pas la principale raison pour laquelle la nouvelle idéologie nécessaire pour guider la classe ouvrière vers son auto-émancipation n’a pas été comprise instantanément et mise en application par les masses opprimées. La bourgeoisie se sert de sa position dominante dans la société capitaliste de classes pour supprimer les nouvelles idées et théories. Elle procède en interdisant directement – comme le fait actuellement le gouvernement de la République tchèque en déclarant illégale la KSCM (Jeunesse communiste tchèque) – que l’on exige que les moyens de production soient propriété publique ; elle mobilise les milieux universitaires petits-bourgeois et les mass media pour ridiculiser et dénigrer l’idéologie nouvelle ; et elle mobilise l’aristocratie du travail et des sections de l’intelligentsia petite-bourgeoise pour introduire subrepticement au sein du mouvement ouvrier des distorsions du marxisme emballées de façon très persuasive, en vue de convaincre les éléments prolétariens de confiner leur lutte, même militante, contre le capitalisme dans les limites mêmes du capitalisme.

Par conséquent, dans son combat pour se cramponner à son pouvoir, la bourgeoisie mène une lutte de classes féroce en vue d’empêcher la classe ouvrière d’adopter le marxisme-léninisme révolutionnaire, son guide en vue de mener à bien le renversement du capitalisme et la construction du socialisme.

Il s’ensuit que le premier devoir du parti du prolétariat est de vaincre la bourgeoisie au niveau idéologique afin de libérer la classe ouvrière et lui permettre ainsi de tendre vers son auto-émancipation.

Nombre d’éléments petits-bourgeois ont l’habitude de considérer la classe ouvrière comme intellectuellement inférieure plutôt que comme la classe dirigeante en attente ; ils pensent que tant que le parti sera spécialisé dans le marxisme-léninisme, il sera absolument inutile de diffuser son idéologie parmi les grandes masses des travailleurs. Le parti est une partie de la classe, le cerveau du mouvement révolutionnaire et tout ce qu’il convient de faire, c’est de persuader les masses de le suivre et, à cet effet, la meilleure stratégie consiste à atténuer toute mention du marxisme-léninisme (qui tendrait plutôt à dégoûter les gens !), mais à se concentrer en vue de se rendre utile lors des grèves, d’apporter des solutions aux problèmes individuels des gens, de sorte que les pauvres, reconnaissants, suivront le parti par gratitude. C’est une profonde erreur. Pour être capable de diriger les masses ouvrières à travers les vicissitudes de la lutte pour le renversement révolutionnaire de l’impérialisme, il est nécessaire d’avoir gagné leurs cœurs et leurs esprits à accepter la validité de notre programme révolutionnaire ; autrement, ce sera un jeu d’enfant pour la bourgeoisie de les embobiner. En outre, il nous faut éduquer d’importants nombres de personnes de la classe ouvrière au niveau de membres du parti, ce que nous ne pourrons faire si le marxisme est réservé uniquement à « l’usage interne » du parti.

Par conséquent, le parti révolutionnaire de la classe ouvrière a un devoir :

Le CPGB-ML s’efforce de mener à bien ces tâches révolutionnaires, concernant la théorie, des façons suivantes, entre autres :

Le combat contre l’opportunisme et le social-chauvinisme

Comme on l’a mentionné plus haut, un volet très important du travail d’un parti ouvrier consiste à contrer les idées erronées qui aident la bourgeoisie à se maintenir au pouvoir. Les idées erronées qu’on rencontre le plus fréquemment au sein du mouvement ouvrier sont celles de l’opportunisme et du social-chauvinisme, qui agissent comme des chaînes liant la classe ouvrière au système bourgeois.

Dans les centres impérialistes, où le capitalisme est le plus « avancé » et où l’on aurait par conséquent pu s’attendre à ce que le mouvement ouvrier fût « avancé » dans les mêmes proportions, la distorsion de l’idéologie révolutionnaire dans le but de détourner les masses de la voie de la révolution a été la plus efficace, dans la mesure où les superprofits tirés par l’impérialisme de la souffrance et de la surexploitation des masses des pays opprimés, en sus de ceux tirés de la classe ouvrière nationale même, ont conféré à « notre » bourgeoisie des pays impérialistes tout le loisir de corrompre les couches supérieures de la classe ouvrière, c’est-à-dire l’aristocratie ouvrière, et, partant, de diviser la classe ouvrière même.

Le pillage impérialiste assure également à la bourgeoisie des pays impérialistes des fonds colossaux dans lesquels elle puise pour entraver les efforts des pays socialistes en vue d’améliorer rapidement les conditions de vie de leurs propres travailleurs. La course aux armements imposée par l’impérialisme américain après la fin de la Seconde Guerre mondiale a réduit la quantité de produits sociaux pouvant être mis de côté pour la consommation de la classe ouvrière et de la paysannerie de l’URSS, par exemple. D’autres mesures sont les sanctions économiques, le financement de grands nombres d’espions, de saboteurs et d’agents provocateurs et, bien sûr, la guerre pure et simple.

Tout ceci permet aux puissances impérialistes de fabriquer de fausses preuves de ce que le système économique capitaliste est supérieur au système socialiste !

Dans de telles conditions, l’aristocratie du travail, nantie du niveau de vie et des perspectives de la petite bourgeoisie, se meut en pourvoyeuse de l’opportunisme et du collaborationnisme de classe au sein même du mouvement ouvrier. Ses propres conditions de vie, très confortables, la convainquent de ce qu’une existence décente est accessible à tous au sein du système capitaliste, pour autant que les gens soient disposés à travailler aussi dur qu’elle-même !

La Seconde Guerre mondiale a produit ce qu’on a appelé en Grande-Bretagne le « consensus keynésien », par lequel les deux principaux partis bourgeois – les conservateurs et les travaillistes – se sont mis d’accord pour dire qu’il fallait faire quelque chose, et rapidement, pour améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière. Ce consensus keynésien fut le produit de circonstances très spéciales :

  1. Les victoires retentissantes de l’Armée rouge, durant la Seconde Guerre mondiale, la défaite du fascisme en Allemagne, l’instauration d’un bloc de démocraties populaires en Europe centrale et de l’Est – de plus, tous ces événements allaient bientôt être suivis de la révolution chinoise ;

  2. La reconstruction, qui suivit les destructions massives et les dévastations de la Seconde Guerre mondiale, avec les pénuries de main-d’œuvre qui en résultèrent, de même que les conditions de plein emploi relatif ;

  3. La classe ouvrière, qui était dans un état de fermentation, après avoir enduré le chômage de masse dans la période d’entre les deux guerres et les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, n’avait pas l’intention de retrouver ses anciennes conditions de vie.

Dans de telles circonstances, la bourgeoisie aurait difficilement pu ne pas répondre aux demandes militantes de la classe ouvrières.

Cet « extra » accordé par la bourgeoisie à la classe ouvrière eut pour effet secondaire d’isoler le Parti communiste britannique, particulièrement au vu du fait que le CPGB se présentait avec un programme politique qui capitulait complètement face aux visées de la social-démocratie contre-révolutionnaire. Dans ce programme, le CPGB avançait le point de vue disant que, par le biais d’une désignation au parlement d’une majorité composé des travaillistes et de communistes, la classe ouvrière viendrait au pouvoir. Une telle ligne ne pouvait avoir qu’un seul effet (et ce fut le cas) : démoraliser et désarmer le mouvement communiste.

Cependant, dans la seconde moitié des années 1970, le consensus keynésiens s’écroula, suite à la crise du capitalisme. Dans ces circonstances, les gouvernements bourgeois ne purent plus appliquer la vieille méthode. On ne pouvait plus traiter les travailleurs avec des gants. James Callaghan, le dernier Premier ministre travailliste avant l’accession au pouvoir du gouvernement Thatcher, avait déjà annoncé la couleur. Le Parti travailliste perdit les élections générales de 1979 et fut remplacé par un gouvernement conservateur dirigé par Margaret Thatcher.

Dans les années 1980, le gouvernement conservateur de madame Thatcher mit un terme aux jours d’abondance. Les grèves cessèrent d’être aussi souvent fructueuses. Des lois furent promulguées en vue de rendre les grèves malaisées et de mettre hors la loi certaines tactiques telles que les piquets de masse ou les grèves de solidarité qui contribuaient au succès des actions. Des peines sévères furent infligées à ceux qui enfreignaient la loi et, en particulier, la mise sous séquestre des fonds des syndicats impliqués dans les actions. Le gouvernement Thatcher ne manqua pas de briser l’épine dorsale du mouvement de grève en tenant tête à sa composante la plus forte, les mineurs, organisés au sein de la NUM (National Union of Mineworkers – Syndicat national des mineurs). Au cours de cette attaque thatchérienne, qui se traduisit par la défaite de la grève des mineurs, qui avait duré un an, le gouvernement eut le plein soutien du Parti travailliste, de la direction des syndicats les plus importants et de toutes les pouvoirs répressifs de l’État bourgeois, y compris le pouvoir judiciaire. Les dirigeants des syndicats refusèrent de pousser leurs membres à soutenir les mineurs. S’ils l’avaient fait, il n’aurait pas été question pour madame Thatcher de venir à bout des mineurs, pas plus que la grève pour sauver le charbon britannique n’aurait eu besoin de durer plus de quelques jours avant d’être assurée de la victoire.

Les conservateurs furent battus, lors des élections générales de 1997, et les travaillistes n’ont plus quitté le pouvoir depuis. Loin de faire cesser les attaques thatchériennes contre la classe ouvrière, le gouvernement travailliste les a intensifiées en Grande-Bretagne même et a mené des guerres implacables contre les peuples opprimés à l’étranger. Il n’y a plus la moindre distinction entre les conservateurs et les travaillistes, si ce n’est que les travaillistes sont devenus encore plus conservateurs que les tories. Le Parti travailliste a même renoncé à faire semblant d’être socialiste en supprimant de sa constitution son engagement vis-à-vis de la propriété publique.

On aurait pu penser qu’à la lueur de ces développements, l’influence du Parti travailliste parmi la classe ouvrière se serait évaporée d’un jour à l’autre, mais il n’en fut rien. Telle est l’emprise vicieuse de la social-démocratie sur les syndicats qu’elle a été à même d’empêcher jusqu’à présent la classe ouvrière de rompre ses liens avec le parti travailliste. En ce sens, elle bénéficie du plein soutien de la fraternité trotskyste-révisionniste, qui affirme que le Parti travailliste est fondamentalement le « parti de la classe ouvrière » (en raison de ses liens avec les syndicats), que sa direction a été provisoirement usurpée par les gens de droite mais qu’on peut remédier à cette situation et que la chose importante consiste à continuer de soutenir les travaillistes en luttant au sein même du parti pour en expulser les usurpateurs. Le nombre vraiment impressionnant d’organisations et d’individus au sein du mouvement ouvrier a isolé ceux d’entre nous qui s’opposaient à cette ligne au sein du mouvement syndical. Nous n’accepterons jamais, toutefois, que vienne le temps où nous devrons hurler avec les loups afin de gagner en « influence », car ce serait renier notre devoir révolutionnaire consistant à dénoncer l’opportunisme.

Il y eut cependant, et il y en a encore, certaines ruptures progressives avec les travaillistes. Treize ans après que le Parti travailliste eut contribué à vaincre la grève des mineurs, Arthur Scargill s’arrangea pour opérer une rupture organisationnelle avec ce parti et il prit l’initiative de fonder le SLP (Socialist Labour Party – Parti travailliste socialiste). Il fut toutefois incapable d’opérer une rupture politique avec l’idéologie pernicieuse de la social-démocratie. Son but était tout simplement de ressusciter l’ancien Parti travailliste, qu’il considérait comme socialiste, tout en ayant du mal à comprendre que le Parti travailliste avait toujours été un parti de l’impérialisme, que l’ancien Parti travailliste avait été le produit de conditions très, très spéciales qui avaient disparu à partir de la fin des années 1970 et que, sous les nouvelles conditions, le Parti travailliste ne pouvait plus continuer comme l’ancien. Sous les nouvelles conditions, la bourgeoisie n’avait pas besoin de l’ancien Parti travailliste. Par conséquent, le Parti travailliste n’avait pas d’autre choix que de se transformer en New Labour, en nouveau Parti travailliste.

L’incapacité de Scargill à comprendre tout cela, son incapacité à opérer une rupture idéologique avec la social-démocratie le poussa finalement à une chasse aux sorcières contre les marxistes-léninistes au sein du SLP, chasse qui se traduisit par des expulsions arbitraires et illégales et qui amena ces camarades à constituer notre parti, le Parti communiste (marxiste-léniniste) de Grande-Bretagne.

Depuis lors, le SLP a perdu absolument toute raison d’être. Nous sommes le seul parti communiste de Grande-Bretagne à prôner le programme de la classe ouvrière rompant les liens avec la social-démocratie et nous commençons à avoir un certain effet. Aujourd’hui, même le Parti communiste de Grande-Bretagne réfléchit à la possibilité de mettre sur pied l’un ou l’autre véhicule électoral.

Tout de même, on peut apprécier le degré jusqu’où, fertilisée par quelques miettes des superprofits impérialistes, une plantation particulièrement luxuriante d’opportunisme étouffe encore notre mouvement ouvrier britannique, au point qu’une grève spéciale d’une journée visant à s’opposer au démantèlement des plans de pension des travailleurs passe pour le summum absolu du militantisme.

Comme par osmose, cette concentration d’opportunisme attire à elle, tout en la contaminant, la majeure partie de la jeunesse idéaliste dès l’instant où celle-ci essaie de militer au profit de la classe ouvrière. Une fois encore, il y a une tentation irrésistible de vouloir assurer l’influence de la ligne révolutionnaire en se compromettant avec l’opportunisme, mais il s’agit d’une tentation à laquelle il convient de résister avec la plus grande énergie.

Il y a une véritable écurie d’Augias de crasse opportuniste qu’il va falloir déblayer et il devrait être évident aux yeux de tout le monde que seul un Parti communiste bien armé, absolument ferme sur ses principes et préparé à garder sa tête quand tout ce qui l’entoure la perd, peut s’atteler avec succès à un tel travail d’Hercule.

Le social-chauvinisme

En période de guerre, l’opportunisme se transforme aisément en social-chauvinisme – la forme la plus méprisable d’opportunisme. Il ne tient pas seulement la classe ouvrière éloignée de la voie de son auto-émancipation mais, en fait, il la mobilise aux côtés de la bourgeoisie en vue d’éliminer des travailleurs d’autres pays et aux côtés de la bourgeoisie impérialiste pour supprimer des nations entières. Les opportunistes de la Seconde Internationale ont conduit les masses des travailleurs des deux camps impérialistes en conflit afin qu’elles se massacrent mutuellement dans les bourbiers de la Première Guerre mondiale.

Le social-chauvinisme constitue toujours une arme très puissante dans l’arsenal de la bourgeoisie et c’est celle que choisissent tous les représentants politiques de cette dernière, depuis les fascistes jusqu’aux opportunistes du mouvement ouvrier, en passant par les conservateurs et les libéraux. On s’en sert actuellement pour mobiliser l’opinion publique contre les Arabes et les Iraniens qui, au Moyen-Orient, entendent contrôler eux-mêmes les ressources de leurs pays respectifs, contre les Palestiniens qui s’efforcent de reconquérir leur propre pays, contre les Zimbabwéens qui reprennent leurs terres des mains des colons blancs qui les leur ont volées, contre les Coréens du Nord qui résistent héroïquement aux menaces constantes et aux agressions économiques et diplomatiques de l’impérialisme américain, etc. et contre le socialisme chinois et cubain.

Un dérivé du social-chauvinisme dans un pays impérialiste, c’est le racisme qui divise la classe ouvrière, même sur le plan interne, rendant virtuellement impossible toute lutte révolutionnaire tendant à renverser le capitalisme.

Il est par conséquent évident que le parti de la classe ouvrière a le devoir absolu d’éradiquer toutes traces de social-chauvinisme dans les esprits de la classe ouvrière et que cette éradication constitue un moyen indispensable pour préparer la classe ouvrière à la lutte pour le socialisme.

Il est évident, en outre, que le parti de la classe ouvrière doit préparer la classe tout entière à comprendre sa grande affinité avec la classe ouvrière d’autres pays et avec les nations opprimées qui combattent l’impérialisme. En dépit du fait qu’ils ne nous ressemblent pas autant que les membres de « notre » classe dirigeante et même si nous ne comprenons pas la langue qu’ils parlent ou que nous ne pensons guère de bien de certaines de leurs coutumes, ils sont à nos côtés, ils sont nos frères et nos sœurs de classe et nous tous combattons le même ennemi. Nous devons apprendre à la classe ouvrière à s’identifier à leurs frères et sœurs de classe, nous devons célébrer leurs victoires et mobiliser en vue d’empêcher leur défaite. À cette fin, par exemple, nous travaillons dans le mouvement Stop the War en Grande-Bretagne afin de populariser les slogans « Victoire à la résistance irakienne », « Victoire à la résistance afghane », « Ne touchez pas à l’Iran » et « Victoire à l’Intifada », et ce, dans les dents de l’opposition acharnée émanant de la direction constituée de cadres du Parti ouvrier socialiste (trotskyste) et du Parti communiste (révisionniste) de Grande-Bretagne, dont l’objection aux guerres prédatrices livrées au Moyen-Orient s’appuie davantage sur le fait qu’elles sont une « erreur », selon un point de vue bourgeois, que sur le fait qu’elles sont prédatrices et injustes.

Le racisme et l’unité de la classe ouvrière

Le racisme est largement répandu dans tous les pays impérialistes et il infecte également la classe ouvrière. Il est encouragé par tous les partis politiques bourgeois, y compris le Parti travailliste, parce qu’il permet à la classe ouvrière de blâmer les « étrangers » vivant au Royaume-Uni pour les temps difficiles et l’aliénation croissante qu’elle vit pour l’instant. Depuis que les bons emplois et tous les bienfaits sociaux accessibles aux travailleurs se sont raréfiés par rapport à la demande, il existe une rivalité intense entre les travailleurs pour se les procurer. La bourgeoisie manipule sans vergogne cette concurrence entre prolétaires pour dresser les travailleurs les uns contre les autres plutôt que contre la bourgeoisie ou contre le système capitaliste qui maintient la classe ouvrière en situation de pauvreté.

De nos jours, le racisme manifeste n’est plus acceptable. Toutefois, la bourgeoisie a désormais appris à déguiser le racisme en une opposition visant essentiellement l’immigration (bien qu’elle s’adresse majoritairement, en fait, aux seuls immigrés de couleur ou qui ne parlent pas l’anglais). Une fois de plus, le message disant que les immigrés constituent un « problème » qu’il convient de circonscrire s’adresse aux travailleurs en provenant de toutes les directions possibles et imaginables – des fascistes, des conservateurs, des libéraux, de la social-démocratie. Il est si fort qu’il a valu à notre parti la perte de quelques travailleurs de l’industrie, de bons camarades, en dehors de cela, qui étaient venus à nous après avoir quitté le SLP et qui ont accusé l’ensemble du parti de ne pas comprendre la classe ouvrière tout simplement parce que certains de nos membres dénonçaient toute propagande hostile à l’immigration comme étant intrinsèquement raciste.

Dans une récente série très raciste de documentaires de télévision intitulée « Whites » (les blancs), un grand nombre d’anciens ouvriers sidérurgistes vivant dans un village de la périphérie de Bradford (dans le West Yorkshire) étaient interviewés. Il était intéressant de voir que les membres blancs de la classe ouvrière de Bradford étaient en fait presque tous d’accord pour dire qu’il n’y avait pas de différence entre le Parti travailliste et le Parti conservateur et qu’aucun des deux ne se souciait d’une façon ou d’une autre des intérêts de la classe ouvrière. La classe ouvrière non formée a pas mal de longueurs d’avance sur certains partis qui aiment se prétendre communistes en ce qui concerne l’appréciation de la réalité. Toutefois, alors qu’ils rejettent les partis politiques bourgeois, il s’est avéré qu’ils ont absorbé spontanément l’idéologie prônée par tous ces partis et les médias bourgeois et qui prétend que le problème, c’est l’immigration – Bradford est une ville fortement peuplée de gens originaires de l’Asie du Sud. Les immigrés étaient blâmés pour la perte du mode de vie traditionnel dont bénéficiaient ces travailleurs « avant la venue des immigrés ». Il était manifestement évident, cependant, d’après l’émission, que la perte du mode traditionnel de vie des sidérurgistes de Bradford était due à la fermeture des aciéries, à la perte de leurs emplois habituels et de la vie sociale qui les accompagnait, et que tout cela n’avait en aucune façon rien à voir avec les immigrés.

Dans ces circonstances, la seule conclusion logique que l’on pouvait tirer, étant donné les prémisses erronées, c’était qu’on ne pouvait servir les intérêts de la classe ouvrière qu’en supprimant l’immigration. C’est la conclusion, en fait, à laquelle arrivèrent certaines des personnes interviewées, qui étaient disposées à voter pour le British National Party, un parti ouvertement raciste et hostile à l’immigration – le seul parti susceptible de « faire quelque chose à propos de nos problèmes ». La plupart des travailleurs, cependant, se sentiraient honteux de suivre le BNP et refuseraient donc de franchir ce pas, en ayant l’impression correcte que ce serait une erreur mais sans savoir que faire en lieu et place.

Ces travailleurs ont un besoin désespéré de clarté sur la question. Les communistes doivent aller là, parmi eux, pour leur expliquer que les problèmes auxquels ils sont confrontés viennent du capitalisme, pas des immigrés, et qu’au contraire, la classe ouvrière de couleur souffre elle aussi, sous le capitalisme, et que blancs et gens de couleur doivent s’unir dans le but de riposter. Ce travail ne peut être fait que par des communistes fermes sur les principes et suffisamment courageux pour affronter l’intimidation physique mais, quoi qu’il en soit, c’est un travail qui doit être fait de toute urgence.

Conclusion

Il y a longtemps que la Grande-Bretagne n’avait plus eu un Parti communiste de taille substantielle, préparé à accomplir ces tâches multiples. Le résultat, comme nous le voyons dans le cas des travailleurs de Bradford mentionnés il y a un instant, c’est que l’idéologie bourgeoise ne s’est heurtée pour ainsi dire à aucune opposition émanent de la classe ouvrière. Afin de mener à bien cette tâche d’édification, nous ne pouvons travailler entièrement sur nos propres forces, même si nous ne pouvons manifestement pas faire des compromis sur nos principes. Il y a de nombreuses sections de gens qui, tout en n’étant pas communistes, seront d’accord avec certaines parties de notre programme et nous devons les mobiliser pour aider à ces tâches urgentes partout où la chose sera possible. Nous devons travailler en profondeur dans les syndicats et dans de larges organisations afin de prôner une ligne correcte, même si elle doit rester un point de vue minoritaire pendant un bout de temps encore. Nous devons, si nous le pouvons, mettre à profit les élections bourgeoises pour répandre les vérités du marxisme-léninisme telles qu’elles s’appliquent aux questions soulevées durant les élections, bien qu’il nous faille nous méfier de la logique quasi irrésistible du processus électoral disant que la chose la plus importante est de ramasser plus de votes. Ce n’est pas la chose la plus importante. La chose la plus importante, c’est de diffuser les idées du marxisme-léninisme révolutionnaire et engranger davantage de votes n’est que secondaire. Nous voulons des votes pour le marxisme-léninisme révolutionnaire, et non des votes pour nos belles gueules.

Telles sont les principales tâches du parti de la classe ouvrière en Grande-Bretagne aujourd’hui. Toutefois, ces tâches ne resteront pas toujours les mêmes, il y en aura d’autres que la tâche générale du parti consistant à agir en tant qu’état-major général de la classe ouvrière révolutionnaire. Aujourd’hui, la tâche consiste à préparer idéologiquement la classe ouvrière à la prise du pouvoir ; demain, elle sera d’organiser de fait cette prise du pouvoir et, après-demain, elle sera d’organiser la dictature du prolétariat en vue de la construction la plus efficace possible du socialisme.