« La classe ouvrière, son
rôle et sa mission aujourd'hui.
Les tâches et les expériences
concrètes du Parti communiste dans
la classe ouvrière et dans le syndicat »
Bruxelles, 16-18 mai 2008
www.icsbrussels.org , ics@icsbrussels.org
Le mouvement communiste et l’unité de la classe ouvrière
Parti Communiste de Turquie (TKP)

Chers Camarades,
A chaque fois que nous abordons la question de la lutte de classe, il convient de prendre en considération les deux principaux aspects du sujet. Le premier se rapporte aux concepts théoriques, quant au second il concerne des questions plus pratiques. Ainsi, je tenterai tout au long de mon discours de trouver le bon équilibre entre ces deux dimensions.
Tout d’abord, je voudrais souligner le fait que, comme Marx l’a établi il y a 160 ans, la classe ouvrière occupe une position universelle en matière de lutte de classe, du fait de son rôle crucial au niveau de la production. Une évaluation qui est toujours valable à l’heure actuelle.
D’un autre côté, lorsque nous analysons la position occupée par la classe ouvrière dans le monde aujourd’hui, il nous faut également tenir compte de la situation actuelle du capitalisme. Il est un fait que le processus de restauration capitaliste dans les pays socialistes, d’une part, et les attaques anti-révolutionnaires, d’autre part, sont responsables du recul de la lutte de classe.
Et ce recul de la lutte de classe présente les mêmes symptômes partout dans le monde. Le premier indice a été la destruction de la structure organisée de la classe. L’attaque économique a été un autre facteur et associée à l’augmentation du taux de chômage, elle est devenue une réelle menace pour la classe. Enfin, la classe ouvrière a dû faire face à un cadre politique, idéologique et culturel mis en place par la bourgeoisie. Tous ces éléments peuvent être considérés comme des caractéristiques communes du recul du mouvement ouvrier.
Néanmoins, dans ce contexte, les acteurs politiques, chargés d’élaborer des politiques au nom de la classe ouvrière, ont également joué un rôle important que l’on ne peut négliger. C’est pourquoi il nous faut nous concentrer et analyser l’attitude du mouvement communiste et son impact sur le mouvement ouvrier. Le retrait du mouvement socialiste -communiste dans le monde a eu un lourd impact sur le mouvement ouvrier. Ainsi, il nous faut reconnaître le fait que les forces de gauche en général n’ont pu mener à bien leur initiative dans l’opposition « travail - capital » à la fin des années ’80. Après l’effondrement du socialisme, la vague anti-communiste a fait naître des tendances libérales au sein de la gauche. Une pression exercée par les centres capitalistes sur le mouvement communiste durant de nombreuses années. Les idéologies libérales ont engendré des concepts tels que « société civile », « libertés », « anti-mondialisation » utilisés pour balayer la structure organisée des mouvements de masse et organisations de classe.
D’un autre côté, le problème est à présent plus simple. Ce que nous avons à faire c’est rétablir la relation entre la classe ouvrière et le mouvement communiste sur le plan et d’une manière révolutionnaire. A ce stade, il nous faut trouver des solutions à certains problèmes concrets et ce, très rapidement.
La première étape consiste à reconsolider la classe. Au cours des dernières décennies, la principale stratégie à laquelle le pouvoir capitaliste a eu recours a été de diviser la classe et créer des sections au sein de la classe ouvrière. Une classe morcelée est en effet toujours plus vulnérable aux attaques de la classe capitaliste. Le mouvement communiste doit parvenir à organiser et activer la classe dans son entièreté, pour l’unité du mouvement de classe.
Secundo, il faut reconsidérer les organisations ouvrières. Il est manifeste que les syndicats ont joué un rôle significatif dans la création du mouvement de classe au cours de l’histoire. Néanmoins, il est aussi vrai que les syndicats ont influencé le recul du mouvement de classe. Ainsi, lorsque la pression politique et économique exercée par la classe bourgeoise s’est accrue, les syndicats ont coopéré avec la classe capitaliste ce qui a affaibli la lutte de classe. Malgré tout, on peut affirmer que les syndicats constituent toujours à l’heure actuelle l’organisation la plus puissante du monde avec ses 164 millions de membres. Mais il nous faut à nouveau admettre que les syndicats, à quelques exceptions près, ne mobilisent pas leurs membres pour la lutte mais au contraire les immobilisent.
Le rôle des communistes pour changer les choses au sein des syndicats est une question de lutte et il est bien clair que modifier les conditions au sein des syndicats n’est pas aussi simple que cela dans la pratique. Ainsi, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de l’hégémonie capitaliste capable de très facilement manipuler les équilibres au sein des syndicats. On peut sans peine étendre la liste des problèmes actuels concernant les syndicats. Et il va sans dire que ces problèmes rendent notre tâche de plus en plus importante. En tant que partis communistes, nous pouvons considérer les syndicats comme un outil approprié pour la lutte politique. Cependant, il est plus réaliste de reconnaître que les syndicats sont devenus un terrain de lutte politique plutôt qu’un outil facile et approprié pour les communistes.
De ce fait, les communistes devraient songer à la nécessité de développer une base et une stratégie pour changer les conditions actuelles de la classe. Pour créer un mouvement de classe efficace avec des répercussions et des incidences sur la société, la lutte doit avoir un caractère révolutionnaire et doit conserver son orientation de classe.
Tout ceci reflète la nécessité urgente pour la classe ouvrière d’acquérir une position ferme et solide dans la lutte sociale. Bien évidemment atteindre cet objectif dépend de nous, de notre capacité à donner une description concrète et explicite.
Ces dernières années, l’initiative du Parti Communiste de Turquie de mettre en place un Front Patriotique peut être considérée comme une nouvelle étape importante pour le mouvement ouvrier.
Le Front Patriotique a pour objectif d’organiser les gens qui subissent les politiques impérialistes et capitalistes en Turquie. Le Front Patriotique a été fondé sur base des principes d’anti-impérialisme et de patriotisme dont l’importance est capitale au niveau de la lutte politique contre la classe bourgeoise en Turquie.
Le Front Patriotique est organisé à différents niveaux sociaux : étudiants, travailleurs, intellectuels, académiciens, etc. Les organisations de travailleurs dans les différents secteurs sont, via cet organisme, d’une importance capitale pour le sujet qui nous occupe. Les membres des organisations de travailleurs du Front Patriotique sont politiquement et idéologiquement opposés aux politiques actuelles du pouvoir. Les militants des organisations de travailleurs participent également aux syndicats au sein desquels il existe une forte lutte contre les idéologies libérales.
Sur base des récentes expériences, il s’avère indispensable de
créer une opposition de masse contre les politiques impérialistes et capitalistes de la classe capitaliste,
mettre sur pied une base permanente pour un mouvement de classe au sein de cette opposition.
Le Parti Communiste de Turquie, tenant compte de ces nécessités, a évalué son organisation au sein de la classe ouvrière via le Front Patriotique.
Notre évaluation porte sur le renforcement et l’intensification du rôle des organisations de travailleurs du Front Patriotique qui sont organisées dans les différents secteurs de la classe ainsi que les différents niveaux des syndicats.
Ainsi, il apparaît nécessaire de créer un centre dont la mission consistera à mettre au point des stratégies politiques et organisationnelles basées sur les actuelles conditions de la classe ouvrière et à coordonner les organisations de travailleurs du Front Patriotique.
Suite à la décision prise l’an dernier concernant l’établissement d’une structure appelée Union des travailleurs du Front Patriotique, celle-ci fera office de centre de coordination pour les organisations sectorielles de travailleurs du Front Patriotique.
Notre objectif est de renforcer l’organisation de classe au sein du Front Patriotique et de mettre en place une base pour les besoins du mouvement de classe. Il importe également d’organiser la lutte dans les différents niveaux de la classe afin d’atteindre l’unité du mouvement de classe.
Renforcer nos propres stratégies au sein de la classe ouvrière nous permettra d’organiser la lutte contre les idéologies libérales au sein des syndicats.
Sur base des expériences du mouvement de classe dans notre pays, il convient de souligner certains points critiques importants pour garantir la clarté politique de l’action.
La condition préalable pour que la classe ouvrière puisse s’opposer à l’impérialisme et au capitalisme et qu’elle devienne acteur du mouvement social au niveau international, c’est l’existence et la domination de partis ouvriers révolutionnaires au niveau national.
La nécessité indispensable et urgente du socialisme et la réalité de la révolution constituent l’essence de notre approche analytique et politique vis-à-vis des tendances internationales au sein des mouvements de classe.
Tous les outils qui se trouvent entre les mains de la classe capitaliste et qui sont utilisés pour neutraliser et engloutir le mouvement de classe, comme l’ETUC et autres structures syndicales similaires, sont les cibles directes de notre lutte.
Il importe de révéler l’identité de classe de l’Union européenne et créer une opposition révolutionnaire et patriotique de la classe ouvrière contre l’UE.
Coordonner les mouvements entre les différents pays où il existe une claire opposition contre les politiques impérialistes et capitalistes est une nécessité incontestable pour le mouvement de classe.
Camarades,
La plupart d’entre vous ont certainement vu dans les médias les événements qui ont secoué Istanbul, la capitale du travail de la Turquie, lors du 1er mai de cette année. Le gouvernement a adopté un comportement très agressif pour empêcher les travailleurs de s’unir. Les forces de police ont utilisé une quantité extrême de bombes chimiques pour désunir les travailleurs et les chasser de la place Taksim. Vous avez peut-être également vu la résolution avec laquelle les travailleurs, le Front Patriotique, le Parti Communiste de Turquie et les milliers de membres sont tout de même parvenus à gagner la place Taksim dans des conditions très pénibles. Il s’agissait là d’une agression de la classe bourgeoise contre la classe ouvrière. C’est donc la preuve que ce conflit historique existe toujours. La classe capitaliste a démontré qu’elle pouvait se livrer à une bataille brutale pour se débarrasser de la classe ouvrière, mettant de côté ses propres principes basés sur la soi-disant démocratie. Mais comme vous le savez, nous ne pouvons nous contenter d’analyser de telles mesures anti-démocratiques et la manière de les combattre. Il nous faut aller plus loin et songer sérieusement à rassembler des centaines de milliers de travailleurs.
De notre point de vue, le point de vue des communistes, les choses sont claires. Le 1er mai 2008 a démontré que l’unité de la classe ouvrière faisait défaut. C’est là une réalité qu’il nous faut affronter. Nous ne pouvons la fuir, au contraire il faut y faire face et l’aborder le plus rapidement possible.
Ainsi, il nous faudra être intègres, confiants et rapides.
La tâche du Parti Communiste de Turquie est à présent de développer et de renforcer la force organisationnelle qui unira les travailleurs contre l’hégémonie capitaliste.
Camarades je vous salue.
Özgür Genç