« La classe ouvrière, son
rôle et sa mission aujourd'hui.
Les tâches et les expériences
concrètes du Parti communiste dans
la classe ouvrière et dans le syndicat »
Bruxelles, 16-18 mai 2008
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Comment le PCP organise les travailleurs en vue de la révolution
Contribution du Parti communiste des Philippines
Les Philippines sont un pays semi-colonial et semi-féodal, dominé par les impérialistes américains, la bourgeoisie comprador, les propriétaires fonciers et les bureaucrates capitalistes. L’impérialisme américain et le féodalisme domestique sont deux des principaux problèmes dont les masses populaires espèrent être libérées.
La classe ouvrière philippine, dont la naissance remonte à la fin de l’empire colonial espagnol, s’est depuis considérablement développée et a acquis une certaine expérience. Toutefois les restrictions au niveau de l’industrialisation locale et l’accent mis sur la production de matières premières et, plus tard, sur les usines de montage, les nouvelles plantations et activités contrôlées par le capitalisme monopolistique l’ont empêchée de se développer davantage.
Les salaires de la classe ouvrière philippine sont extrêmement bas et sur le plan économique, les opportunités font cruellement défaut pour l’ensemble de la nation. Le rapatriement des superprofits accumulés aux Philippines par les monopoles étrangers et le rapatriement des remboursements d’emprunts aux banques impérialistes en sont les principaux responsables.
A ce stade, le vieux modèle de révolution démocratique nationale ne suffit plus. L’ère de l’impérialisme a invalidé la direction bourgeoise. La direction dans la révolution philippine est à présent aux mains de la classe ouvrière. Le Parti communiste des Philippines (PCP) est le détachement le plus avancé de la classe ouvrière philippine capable de faire progresser la révolution aux Philippines.
A l’heure actuelle, il n’existe qu’une seule voie pour la classe ouvrière philippine et cette voie est celle de la révolution armée, unique moyen d’anéantir la contre-révolution armée qui préserve et défend l’oppression étrangère et féodale dans ce pays.
En faisant la révolution armée, la classe ouvrière pourra compter sur le soutien massif de son principal allié, la paysannerie. Les paysans représentent en effet la plus grande force de la révolution démocratique populaire. La lutte paysanne pour la terre est à ce stade le principal élément démocratique de la révolution philippine.
La classe ouvrière et le Parti communiste des Philippines ne peuvent apporter à la fois la démocratie et le socialisme d’un seul coup. Le Parti doit d’abord mener une nouvelle forme de révolution démocratique nationale, une révolution démocratique populaire, en tenant compte des conditions semi-féodales et semi-coloniales actuelles aux Philippines, avant de pouvoir atteindre le stade de révolution socialiste.
Dans l’immédiat, le programme général du Parti communiste des Philippines c’est la révolution démocratique populaire et à long terme, le socialisme.
La lutte armée révolutionnaire est la première forme de lutte car elle répond à la question fondamentale de la révolution c'est-à-dire la prise de pouvoir. Les formes de lutte légales sont néanmoins importantes et indispensables même si elles sont secondaires dans la mesure où elles ne constituent pas un moyen direct pour la prise de pouvoir politique.
Le PCP a pu être réhabilité en 1968 et lancé une révolution armée en 1969 puisque depuis 1961 les révolutionnaires prolétariens avaient déjà procédé à la mise en place du mouvement de masse légal en zone urbaine parmi les travailleurs, les femmes, les jeunes et certaines sections de la petite bourgeoisie, lui conférant un caractère anti-impérialiste et anti-féodal.
De 1961 à 1968, le mouvement de masse démocratique légal a réussi à étendre à toute la nation le parti fraîchement réhabilité et à profondément l’enraciner parmi les masses. Depuis 1969, le PCP coordonne le mouvement de masse démocratique légal en zone urbaine ainsi que le mouvement révolutionnaire armé en zone rurale. Certains travailleurs et jeunes instruits se sont transférés dans les campagnes pour servir l’armée populaire.
Depuis 1969, après avoir lancé la lutte révolutionnaire armée comme étant la principale forme de lutte, les révolutionnaires prolétariens n’ont jamais cessé de s’intéresser à la nécessité et l’importance de développer davantage le mouvement de masse légal urbain. Ainsi le développement du mouvement de masse légal urbain se poursuit, allant chercher ses cadres et ses activistes les plus avancés parmi les rangs de travailleurs et jeunes instruits et déployant un nombre de plus en plus important d’entre eux dans les campagnes.
Même si le mouvement de masse légal basé en zone urbaine est secondaire par rapport à la lutte armée, il remplit des fonctions sans lesquelles la révolution démocratique nationale et la lutte armée pourraient être affaiblies voir carrément échouer. Il fait circuler un message de protestation et de révolution parmi les gens à l’échelle nationale avant que les unités de l’armée populaire puissent le faire. Il forme et tempère les cadres et activistes légaux et les motive à participer au mouvement de masse révolutionnaire jusqu’à rejoindre la lutte armée dans les campagnes.
Situation de la classe ouvrière philippine
Chômage et sous-emploi touchent plus de 40% des travailleurs. Quant aux travailleurs qui ont un emploi, leurs salaires restent bas alors que le prix des produits de base et des services publics ne cesse d’augmenter.
Les droits des travailleurs en matière de négociation collective et de grève sont sérieusement rognés. Le Ministère du Travail et de l’Emploi prend souvent le parti des capitalistes lors des conflits de travail. Les sociétés ont régulièrement recours au démantèlement syndical. Lors de piquets de grève, elles font appel aux policiers, militaires et hommes de main des sociétés qui n’hésitent pas à recourir à la violence pour disperser les travailleurs. Quant aux tribunaux, on s’en sert pour engager des poursuites contre les travailleurs en grève et leurs leaders.
Le salaire moyen dans le centre de Metro Manila est de 5 euros par jour. Ce qui est très bas lorsqu’on sait que les besoins journaliers d’une famille de six personnes s’élèvent à 11 euros par jour. Dans l’industrie électronique, l’industrie du vêtement et du textile, où près de 90% des travailleurs sont des femmes, les salaires sont extrêmement bas.
Les gros capitalistes maximisent leurs profits en imposant des rythmes de travail plus rapides, en augmentant les heures de travail et en fixant des quotas de production excessivement élevés. Le gouvernement réactionnaire a quasiment donné aux sociétés la permission de ne pas respecter la journée de travail de 8 heures. Les employeurs sont donc autorisés à forcer leurs travailleurs à prester des journées de plus de 8 heures sans compensation des heures supplémentaires.
Ainsi, le jeune Reynaldo Aguba, âgé de 29 ans, employé par Masuda Philippines, est décédé après avoir travaillé durant 32 heures d’affilée. Le médecin qui s’est occupé de son cas a déclaré qu’il était décédé suite à un épuisement au travail. Masuda est spécialisée dans la production de pièces automobiles pour des sociétés comme Honda Motors, Nissan Motors, Isuzu et Toyota Motors - qui sont toutes des sociétés automobiles japonaises.
Fashion House Garments emploie 1.200 travailleurs (dont 95% sont des femmes) avec contrat fixe. Souvent, ces travailleurs sont forcés de faire des heures supplémentaires jusqu’à 24 heures. La direction leur donne de la Bonamine, un médicament contre les vertiges, pour combattre la fatigue et les garder éveillés.
Dans les Special Economic Zones, le principe du « pas de syndicat, pas de grève » est d’application.
La sécurité d’emploi et les salaires de tous les travailleurs qui ont un emploi fixe sont rognés puisque que le « code du travail » autorise les employeurs à engager des « apprentis » et des « stagiaires » à des salaires bien en deçà du salaire minimum. Les travailleurs fixes sont forcés de soit démissionner soit prendre leur retraite plus tôt pour être remplacés par des travailleurs moins bien payés.
On recourt à des méthodes brutales pour empêcher l’exercice des droits des travailleurs, notamment le massacre de travailleurs en grève comme dans la Hacienda Luisita et Lepanto Mining où l’armée réactionnaire a tiré et tué plusieurs travailleurs. Les dirigeants syndicaux et les organisateurs sont quant à eux menacés de mort.
Stimuler, organiser et mobiliser les travailleurs pour la révolution
Notre travail d’organisation parmi les travailleurs est conforme à notre principe marxiste-léniniste selon lequel la classe ouvrière est la classe à la tête de la révolution aux Philippines. Nous stimulons et organisons les membres par rapport à leurs besoins et leurs revendications et sélectionnons les meilleurs éléments pour le parti de cette classe, le Parti communiste.
Lorsque nous faisons du travail de masse auprès des travailleurs, la première étape consiste à mener une enquête sociale. Nous commençons par lier amitié avec certains travailleurs dans une usine ou un secteur d’activité et avons avec eux une série de conversations concernant leur travail et les conditions dans lesquelles ils vivent.
Notre enquête sociale porte sur la sécurité d’emploi, le respect de la loi relative au salaire minimum, les soins médicaux, le système des promotions, le nombre de travailleurs fixes et temporaires, les services et domaines d’activité, les profits réalisés par la société et autres.
Il est nécessaire de bien connaître les lois réactionnaires se rapportant aux syndicats et aux travailleurs. En effet, les conditions de vie et de travail des masses de travailleurs sont si mauvaises qu’il est possible d’invoquer certaines dispositions de ces lois pour améliorer leurs conditions.
Par rapport aux travailleurs nous essayons d’être de bons élèves et en même temps nous les informons sur la manière dont ils sont exploités et l’intérêt qu’ils ont à organiser un syndicat et exiger des employeurs qu’ils respectent les dispositions légales favorables aux travailleurs.
Dès les premiers contacts, nous formons le groupe de liaison des travailleurs. Ce groupe secret peut nous mettre en contact avec d’autres travailleurs en vue de former un groupe organisateur secret dans chaque section importante de l’entreprise.
L’étape suivante consiste à former le comité organisateur des travailleurs composé des représentants ou meilleurs éléments des groupes organisateurs. A chaque étape, nous approfondissons notre enquête sociale, nous formons politiquement les travailleurs avec lesquels nous sommes en contact, nous leurs donnons les instructions appropriées et les organisons.
Une fois le comité mis en place, il doit être en mesure de dresser la liste des revendications des travailleurs auxquelles se rallieront la majorité des travailleurs avant que les employeurs et leurs agents ne soient mis au courant.
Les comités organisateurs des travailleurs, en tant que force clandestine parmi les rangs de travailleurs, ne pourront se contenter de mettre en avant les revendications économiques au risque de tomber dans le réformisme et l’économisme. Les comités organisateurs des travailleurs rattacheront la lutte économique à la ligne générale du Parti concernant la révolution démocratique populaire.
Le comité organisateur des travailleurs et ses groupes organisateurs sont un outil efficace pour éduquer et former les activistes. A ce stade, les cadres de notre Parti ont déjà rallié au Parti les éléments avancés parmi les travailleurs activistes. Ceux qui ont terminé le cours de formation sur le travail syndical et la révolution démocratique nationale peuvent immédiatement passer au marxisme, l’idéologie de leur classe à laquelle ils sont très réceptifs.
Une fois qu’on le leur a expliqué avec des termes simples, avec pertinence et étape par étape, les travailleurs n’ont aucun mal à comprendre le marxisme-léninisme. Il s’agit après tout de la théorie qui touche l’essence même du quotidien des travailleurs, elle démontre le rôle de premier ordre que joue leur classe dans la révolution et elle s’inspire de l’expérience révolutionnaire du prolétariat mondial.
Dès qu’on a dans une usine ou un secteur d’activité trois membres du Parti ou plus, on peut mettre en place une section du Parti. Le travail idéologique, politique et organisationnel de la section du Parti et des groupes qui en dépendent dans l’entreprise est la meilleure garantie que la politique révolutionnaire régisse le travail syndical.
Le comité organisateur des travailleurs et ses groupes organisateurs sont dissous au moment où est mise en place la section du Parti et les groupes du parti dans l’entreprise et lorsque tous les travailleurs activistes ont intégré la structure du syndicat.
Certains cadres du Parti peuvent recevoir un salaire et des appointements des syndicats afin de pouvoir se consacrer à temps plein au travail syndical et politique. Mais les membres du Parti ne monopolisent pas les hauts postes dans le syndicat. Nous tolérons la variété démocratique du syndicat car il peut y avoir de bons leaders syndicaux qui cependant ne répondent pas aux exigences d’adhésion du Parti.
Les syndicats sous la direction effective du Parti ne sont pas placés sous une seule fédération légale compte tenu des tactiques de l’ennemi qui pourrait prendre des mesures de répression à tout moment. Le but étant d’empêcher l’ennemi de choisir sa cible pour ses attaques. Nos syndicats peuvent être indépendants ou être membres de fédérations syndicales différentes. Nous déterminons quel est le meilleur statut pour chaque syndicat.
La section du Parti dans une entreprise doit veiller à ce que les membres du Parti et les autres travailleurs activistes, avec l’aide de la masse de travailleurs, accomplissent un travail révolutionnaire systématique dans les communautés de travailleurs.
En plus de toucher directement les travailleurs dans une usine ou un secteur d’activité, nous pouvons également toucher les travailleurs employés dans plusieurs ateliers en mettant sur pied des comités organisateurs de communauté et en formant des organisations de masse de types divers parmi les communautés de travailleurs.
En nous concentrant sur les masses de travailleurs, nous développons et renforçons les forces subjectives de la révolution, les travailleurs organisés et le parti révolutionnaire du prolétariat, le Parti communiste des Philippines, entre autres. Le caractère révolutionnaire prolétarien du Parti sera amplifié en augmentant le nombre de cadres et membres du Parti issus de la classe ouvrière pouvant mener la lutte révolutionnaire dans les zones urbaines ou être envoyés dans les campagnes, notamment pour rejoindre la Nouvelle Armée Populaire. #