Contribution au 17ème Séminaire communiste international

« La classe ouvrière, son rôle et sa mission aujourd'hui.
Les tâches et les expériences concrètes du Parti communiste dans la classe ouvrière et dans le syndicat »

Bruxelles, 16-18 mai 2008

www.icsbrussels.org , ics@icsbrussels.org


Mai 68 : Plus fort affrontement de classe contre les monopoles!

Union des Révolutionnaires-Communistes de France
(URCF-Construction du parti).

 

Mai 68 a constitué la plus formidable grève générale de l’histoire, en France, avec 10 millions de grévistes durant 6 semaines, une jonction importante de la classe ouvrière avec les autres couches de travailleurs et les étudiants. Grève qui accouchera d’un nouveau renforcement de la réaction, faute de stratégie révolutionnaire et de domination de l’économisme dans les organisations ouvrières.

LES PREMISSES DE MAI 68

Les transformations du capitalisme français

Dans les années 60, le capitalisme vit une mutation importante. La guerre d’Algérie remportée par les forces de libération nationale s’est traduite par l’effondrement de l’empire colonial, grave défaite de l’impérialisme français. L’oligarchie financière a donc opéré une restructuration générale de la politique impérialiste.

La venue de De Gaulle au pouvoir suite à un véritable coup d’Etat, signifiait un tournant réactionnaire : liquidation du régime parlementaire et des formes traditionnelles de la démocratie bourgeoise, mise en place d’une nouvelle constitution autoritaire avec la prééminence du pouvoir absolu du président de la République et même l’article 10 prévoyant la proclamation de l’état d’urgence et la « suspension » des libertés publiques.

Cette nouvelle forme de dictature du capital est l’expression que les monopoles souhaitaient limiter le nombre d’intermédiaires dans l’exécution de leurs directives, favorisant ainsi l’interpénétration des membres des conseils d’administration des grandes entreprises et du conseil des ministres en « un mécanisme unique » (Lénine).

En 1962, Pompidou haut commis de la banque Rothschild prit les rênes de la gestion quotidienne du pays. Seul le PCF comme force parlementaire s’opposa à cette constitution réactionnaire.

La restructuration de l’impérialisme français s’opérait dans plusieurs directions. Tout d’abord ce fut l’intervention massive de l’Etat bourgeois dans l’économie, avec une politique financière visant à décharger les monopoles des dépenses liées à la modernisation de leur appareil productif : tarifs privilégiés d’électricité, du gaz, des transports, des matières premières. Les entreprises nationalisées de plus en plus soumises à la rentabilité financière et dirigées par des commis de l’oligarchie financière, étaient partie prenante de cette politique de capitalisme monopoliste d’Etat (CME) et finançaient le développement capitaliste avec l’argent public.

L’encouragement aux fusions d’entreprises fut une constante pour créer de puissants monopoles, actifs sur le marché extérieur. De 1960 à 65, il y eut autant de fusions/absorptions que les 36 années précédentes !

Ensuite, pour modifier la politique de guerres coloniales ininterrompues depuis une vingtaine d’années, le pouvoir gaulliste s’orientait vis-à-vis des pays d’Afrique vers une indépendance formelle doublée de la poursuite du pillage économique : le néo-colonialisme (sauf en Algérie à l’époque).

L’impérialisme français se tournait vers le marché commun (aujourd’hui l’UE) afin d’y jouer un rôle hégémonique et de trouver un débouché à sa production relancée.

Les contradictions avec l’impérialisme américain se renforcèrent. Une politique plus « indépendante » de l’impérialisme français passait par la fermeture des bases américaines et le retrait de l’OTAN (mais pas du pacte atlantique, ce qui jette les bases du retour actuel au sein de l’OTAN). Cela créera quelques illusions chez les porteurs de déviations nationalistes dans le PCF engendrant un courant de conciliation avec le gaullisme (Servin, Casanova, Kriegel-Valrimont, Kanapa) qui s’était exprimé dès le début des années 60, en lien avec le groupe révisionniste de Khrouchtchev et qui fut combattu par M. Thorez jusqu’à sa mort (1964).

Pourtant la politique gaulliste se caractérisait par son caractère antisocial et anti-ouvrier particulièrement affirmé.

 

Montée de la crise sociale et politique

Après 1965, le mécontentement profond des couches populaires va s’exprimer de plus en plus massivement. Le « plan de stabilisation » entraînait un blocage des salaires au nom de la « lutte contre l’inflation ». Les rythmes de production croissaient (plus 58 % en 10 ans) mais les salaires ne suivaient pas (plus 38 %).

La politique de CME entraînait la hausse incessante des impôts directs et indirects, les produits de consommation courante comme le pain et le lait subissaient une hausse vertigineuse. De Gaulle par les ordonnances de 1967 s’attaqua à la sécurité sociale en inaugurant les limitations de remboursements.

La concentration capitaliste s’accélérait, occasionnant la ruine des petites exploitations paysannes (120 000 en 1967). La fermeture de secteurs jugés « peu rentables » (mines), le début du déclin de certaines régions : Nord, Lorraine, sud du Massif central fut une autre conséquence de cette concentration.

Les licenciements devenaient massifs. Cela se traduisait par une brutale montée du chômage : 500 000 chômeurs mais 1 million de privés d’emploi partiellement, ininterrompu jusqu’à aujourd’hui : 3 millions de chômeurs officiels, 5 en réalité !

Le mécontentement engendrait une poussée du mouvement gréviste : grève des mineurs en 1963, riposte aux lois anti-grèves, lutte contre les ordonnances. En 1967, le chiffre de 4,2 millions de journées de grève sera atteint (450 000 en 2007).

Enfin, la crise se renforçait par la colère étudiante. Le « baby-boom » avait contribué à massifier l’enseignement supérieur. En 1968, il y avait 500 000 étudiants qui se heurtaient quotidiennement à des universités devenues vétustes, aux structures conservatrices et périmées de l’enseignement supérieur, au pouvoir des  « grands mandarins ».

Les facultés étaient régies par l’interdiction officielle des activités politiques. Aux étudiants privilégiés d’autrefois, succédaient des jeunes étudiants boursiers (15 %) mais surtout obligés de travailler pour financer leurs frais et leurs études (40 %). Cette liaison avec le monde du travail va être grosse de conséquences… Tous les ingrédients de la poudrière sont en place !

 

DE LA GREVE DES METALLOS A LA GREVE GENERALE

La répression anti-étudiante

Après l’occupation, le 22 mars 68, du bureau du recteur de l’université de Nanterre, l’irruption brutale des forces de police dans la faculté et les affrontements qui s’en étaient suivis, avaient entraîné l’arrestation de plusieurs manifestants.

Le 10 mai, au Palais de justice se déroulait le jugement des « Nanterrois », des milliers de jeunes organisaient un sit-in en exigeant la libération de leurs camarades. Les heures passaient et toujours pas de jugement !

A 21 heures, alors que les manifestants étaient encerclés par les CRS (police armée), des barricades s’érigeaient. Cohn-Bendit leader du « 22 mars », un mouvement anarchiste appelait à « l’occupation du quartier latin mais sans s’attaquer aux forces de police ». Etrange vœu pieux, car c’est la police sur ordre du ministre de l’intérieur qui chargea la première.

Les combats furent violents. Toute la nuit, des combats de rue opposèrent la jeunesse ouvrière et étudiante à la police. Le bilan était très lourd : des centaines d’arrestation et des centaines de blessés.

Le choix de la répression policière aveugle suscita la colère de l’opinion démocratique et progressiste. Les centrales syndicales décidèrent d’une grève générale de solidarité avec la jeunesse, contre la répression policière pour le lundi 13 mai.

Cette grève générale sans grande préparation (vu les délais très courts) fut un succès considérable. 1 million de manifestants à Paris, la grève est certes, inégalement mais massivement suivie, dans l’ensemble : 1/3 des travailleurs des PME, 80 % de grévistes à EDF-GDF, 55 % à la SNCF, 75 % à l’éducation nationale, 70 % à la poste, 35 % de grévistes dans la métallurgie. 2 millions de salariés cessèrent le travail, ce qui attestait au-delà de l’actualité, du mécontentement profond, social mais aussi politique qui allait embraser la France dans les jours suivants.

La Grève des métallos

Les deux premières usines à poursuivre l’action dès le 14 mai sont Claas près de Metz qui produit des presses avec 500 salariés à l’époque. Les travailleurs exigeaient la refonte des grilles de salaires, la révision des cadences et déclenchèrent une « grève illimitée ». A Saint-Nazaire, les travailleurs de Sud-Aviation, après l’échec des négociations, occupaient leur usine et proclamèrent la grève illimitée.

Le 14 mai, Renault-Cléon débrayait et durant l’AG élit un comité de grèves qui mit en œuvre l’occupation de l’usine. Les directeurs et cadres furent enfermés dans leur bureau. Les revendications étaient les suivantes : Abrogation des ordonnances (sur la sécurité sociale) ; réduction du temps de travail avec l’exigence des 40 heures payées 48 ; SMIC à 1000 F ; abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans ; (et déjà) des contrats à durée indéterminée pour tous ! La grève va s’étendre aux sous-traitants.

Renault-Flins, le 16 mai débrayage de solidarité avec Cléon, la CGT et la CFDT lors de l’AG font adopter le principe d’une grève illimitée et l’occupation de l’usine. Mêmes revendications qu’à Cléon, auxquelles s’ajoute l’exigence d’une cinquième semaine de congés payés pour les jeunes salariés.

Renault-Billancourt. Le symbole à l’époque des luttes ouvrières, le 16 mai une grève à caractère spontanée éclate, à 17 heures, toutes les chaînes s’arrêtèrent. En assemblée générale (AG) fut votée une grève reconductible chaque jour (donc en deçà de la grève illimitée). C’est à l’époque une procédure nouvelle qui aura un succès certain avec la domination du syndicalisme d’aménagement. Bien sûr, ce type d’action favorise les manœuvres patronales et les pressions quotidiennes sur les grévistes. Les négociations échouent et le 17, Billancourt est arrêtée.

L’action des métallurgistes a été le déclencheur d’un mouvement qui va déboucher sur la grève générale. A ce stade, on pouvait déjà faire plusieurs constats.

Ce furent les jeunes ouvriers qui sont à l’origine du mouvement. 66 % des grèves l’ont été à l’initiative de moins de 30 ans. Les OS surexploités par des cadences infernales, sous-payés aux pièces, livrés au travail abrutissant à la chaîne étaient à la pointe du mouvement ou plutôt à son initiative.

Alors que la salarisation des femmes s’était multipliée au début des années 60, leur participation fut très active au mouvement de grèves.

Les revendications à caractère social l’emportaient mais présentaient un caractère offensif.

La CGT dirigée par l’éminent syndicaliste et communiste Benoît Frachon présentait encore à cette époque les traits du syndicalisme de lutte de classe. Surprise par la spontanéité combative des travailleurs, la CGT saura vite généraliser et étendre la grève, elle n’a en aucune manière, joué le rôle de pompier des luttes que ses dirigeants lui assignent aujourd’hui.

Dans la métallurgie, sur 77 premières grèves de grandes entreprises, 68 conflits sont déclenchés par la CGT, 6 par la CFDT (qui n’était pas encore « recentrée » en commis des directives du patronat), 3 par Force Ouvrière.

La grève était encore inégale jusqu’au 20 mai, très forte en région parisienne, dans l’ouest, dans la région lyonnaise. 75 % des grèves sont nées de décisions adoptées lors des AG ce qui prouve le caractère massif de la bataille dans chaque entreprise.

Le mouvement de grèves s’élargissait de jour en jour.

Le 17 mai, la grève massive éclatait dans les transports publics : SNCF, RATP, dans l’éducation nationale mais les étudiants et les lycéens avaient déjà arrêté les cours depuis longtemps.

Les salariés des petites entreprises (sans véritables droits syndicaux) en profitèrent pour ne plus se rendre à leur travail. Le 18 mai, la grève devint générale et illimitée, en 5 jours, le pays allait passer de 2 à 9 millions de grévistes et ce durant 10 jours !

Les travailleurs de la poste occupaient les centres de tri et de télécommunications, le gouvernement fit appel à la police et à l’armée pour garder le central-radio de Paris qui permettait les communications et échanges internationaux et le fonctionnement des médias publics.

L’administration, les grands magasins, les douanes, les marins pêcheurs, les postes de péage autoroutier se joignirent au mouvement de grève.

Pourtant il manquait plusieurs facteurs importants dont l’absence d’une force révolutionnaire qui aurait tracé la perspective anticapitaliste et défini la tactique appropriée, en évitant l’aventure comme la capitulation. L’usure du pouvoir était réelle mais les forces politiques progressistes se sont contentées de suivre le mouvement gréviste.

Le PCF et Mai 68.

Le PCF est à l’époque solidement implanté dans la classe ouvrière avec ses 20 000 cellules d’usine. Ce parti jouit du prestige acquis dans la Résistance armée antifasciste, des réformes sociales et démocratiques qui doivent beaucoup à son action gouvernementale en 1945-47. Pourtant cette action présentait aussi des caractéristiques opportunistes (légalisme excessif, parlementarisme, retard à voir la formation du camp impérialiste avec les Etats-Unis à sa tête) qui furent justement critiquées par le Kominform et le PC(b)US.

A la fin des années 50, le PCF se rallia à la stratégie opportuniste prônée par le XXème congrès du PCUS sur la « voie pacifique et parlementaire au socialisme ». Le PCF cherchait à forger une alliance stratégique avec la social-démocratie autour d’un programme commun de gouvernement pour assurer un « passage pacifique au socialisme ».

Ce programme dans l’esprit de ses concepteurs ne conduirait pas immédiatement au socialisme mais se traduirait par une « étape intermédiaire » : la « démocratie avancée » qui « limiterait le pouvoir des monopoles », développerait les droits démocratiques et sociaux.

Cette politique se heurtait à plusieurs facteurs objectifs qui n’étaient pas analysés par le PCF.

Etait ignorée la nature de classe réelle de la SFIO (social-démocratie), au-delà de son réformisme, ce courant constituait un soutien important à la politique du capital financier dans les couches populaires.

Selon les propos du dirigeant social-démocrate français Léon Blum, la SFIO était un « gestionnaire loyal du capitalisme » et l’avait prouvé dans divers gouvernements. Les sociaux-démocrates français étaient non seulement les agents de « leur » bourgeoisie mais s’étaient montrés les défenseurs les plus zélés des intérêts impérialistes nord-américains. Enfin, la social-démocratie au pouvoir avait mené deux sales guerres impérialistes contre les peuples frères du Vietnam (1945-54) et d’Algérie (1954-62), en soutenant résolument les intérêts rapaces des colonisateurs ! La bureaucratie ouvrière (payée par l’impérialisme français) qui à l’origine dirigeait ce parti s’était totalement intégrée à l’appareil d’Etat capitaliste.

Cette recherche d’alliance entre le parti communiste et la social-démocratie suscitait une résistance et opposition dans les rangs notamment de la jeunesse communiste qui fut durement épurée. Le motif réel de cette recherche d’une alliance électorale reposait sur la résurgence de la théorie de Kautsky des « 51 % » nécessaires « pour conquérir le pouvoir d’Etat » que le PCF ne pouvait prétendre obtenir seul.

Avec le déclenchement de la grève générale à fort caractère spontanée en mai 68, le PCF resta plusieurs jours surpris par l’ampleur du conflit même si ses militants comme syndicalistes et travailleurs étaient actifs dans les grèves et les occupations d’usine.

Prisonnière d’une stratégie à caractère uniquement électoral, la direction du PCF était prise de court et gênée par un mouvement qui bousculait les échéances électorales légales. Sa tactique fut donc de soutenir les grèves mais en veillant à « éviter l’aventure », en donnant la priorité aux revendications sociales.

En effet, toute dévouée à la signature d’un « programme commun », le PCF ne voulait pas de précipitation politique alors que précisément la SFIO n’était pas signataire d’un tel document. Pour répondre à la formation de comités de lutte dans les usines, universités, le PCF lança le mot d’ordre de formation de « comités populaires » peu actifs qui avaient pour but de faire pression sur la social-démocratie pour qu’elle se rallie au « programme commun PCF/SFIO ». Disons le franchement, c’était loin des préoccupations du mouvement gréviste. De plus, cela revenait à subordonner la grève générale à une social-démocratie déconsidérée et peu active durant la grève. Ces appels eurent un succès très mitigé.

L’ouverture de négociations entre le pouvoir et les syndicats (vers le 25 mai) fut soutenue par le PCF qui y voyait un moyen de sortir de la crise « par le haut ».

Affolé par la radicalité des luttes ouvrières, le capital monopoliste était prêt à des concessions sociales importantes, pour sauver l’essentiel : le système d’exploitation capitaliste et sa dictature de classe.

Les accords de Grenelle (lieu de la négociation) constituaient des gains salariaux : augmentation du salaire minimal de 35 %, des salaires de base d’environ 17 %, droits syndicaux élargis, reconnaissance des sections syndicales d’entreprise…

Pourtant quand les dirigeants de la CGT présentèrent le bilan de ces négociations à Renault Billancourt, la réaction fut hostile et les sifflets furent nombreux. Les ouvriers ne voulaient pas reprendre le travail, la grève continuait…

Mai 68 est un mouvement complexe et contradictoire. Les revendications soutenues et défendues par les syndicats ne représentaient qu’un aspect du mouvement, les ouvriers rejetaient le taylorisme abrutissant, les cadences infernales. Mai 68 se traduit par l’entrée de la catégorie la plus précaire du prolétariat (les OS ouvriers des chaînes) dans les luttes grévistes.

Ouvriers, étudiants rejetaient le système d’exploitation ou du moins ses manifestations les plus flagrantes sans avoir la conscience politique révolutionnaire de la voie pour renverser le capitalisme.

Le mouvement gréviste lui-même présentait des aspects contradictoires, les formes de luttes étaient radicales : grève illimitée qui se prolongea jusqu’à la mi-juin alors que le rapport de forces avait basculé du côté de la réaction ; occupation des entreprises ; séquestration de patrons ; comité ouvriers ; piquets de grève. La rue avait la parole, dans tout le pays se déroulaient des débats passionnés.

Dans le même temps, les comités et assemblées générales comme les occupations d’usine étaient le fait d’une minorité de travailleurs, beaucoup restaient chez eux même s’ils étaient d’accord avec la lutte. La reprise du travail se fit progressivement, des poches de résistance durèrent jusqu’au milieu du mois de juin. Mai 68 en France fut à bien des égards un géant de la lutte sociale mais un nain politique !

On sait que Lénine a magistralement analysé les indices d’une situation révolutionnaire, en affirmant que « ceux du haut ne peuvent plus diriger et que ceux du bas ne veulent plus être dirigés par ceux du haut ».

En 1968, il est incontestable que du 13 au 29 mai, il y eut crise de l’appareil d’Etat capitaliste. Les gouvernants ne voyaient pas de parade pour stopper la grève illimitée. Après la signature de l’accord national entre le gouvernement et les syndicats, il y eut même panique au sommet de l’Etat. Le premier ministre dira à un interlocuteur« c’est la révolution ! ».. cela traduit plus la panique que la raison.

Autre leçon propre à tout mouvement révolutionnaire, le rapport de force peut basculer d’un moment à l’autre et susciter le retour en force de la réaction. Les couches moyennes sont la cible des alliances de classe que doivent conduire pour des objectifs antagoniques, la bourgeoisie monopoliste et la classe ouvrière. Au début, la sympathie de la petite bourgeoisie allait aux étudiants victimes de la répression, aux grévistes qui s’élevaient contre la crise sociale. Ensuite l’absence d’alternative issue des luttes allait provoquer un basculement des couches moyennes.

L’absence de toute perspective politique fut le principal facteur du retour en force de la réaction. Paradoxalement la grève s’amplifiait mais nul parmi les millions d’acteurs du mouvement ne savait comment cela allait finir. Les slogans politiques ciblaient De Gaulle : « Dix ans çà suffit ! » mais n’allaient guère au-delà.

La social-démocratie tardivement exigea la formation d’un gouvernement provisoire pour préparer des élections législatives, sans rencontrer grand écho chez les grévistes. Le PCF voyait justement là une manœuvre de la social-démocratie pour l’écarter mais à la fois souhaitait et craignait (faute d’accord PS/PC) la tenue d’élections anticipées.

La bourgeoisie monopoliste reprit l’initiative en deux temps. Tout d’abord s’assurer de la solidité et de la fidélité de l’appareil d’Etat répressif et de son corps ultime recours : l’armée.

Ce fut le 30 mai, le voyage rocambolesque et clandestin de De gaulle à Baden-Baden pour rencontrer le général en chef des troupes françaises d’occupation en Allemagne, le sinistre Massu qui profita de la demande d’aide du chef de l’Etat pour un donnant-donnant : oui à la répression si nécessaire mais libération et amnistie pour tous les officiers fascistes de l’OAS (organisation armée colonialiste), ce qui fut accordé !

De Gaulle rassuré prit alors la décision d’élections législatives anticipées. Dans toutes les situations de crise ou révolutionnaires au XIXème siécle et au XXème, la bourgeoisie a cherché une issue possible en recourrant aux élections, ce qui a fonctionné le plus souvent en raison des fortes traditions parlementaristes y compris dans les partis ouvriers !

Dès lors le capital reprenait l’initiative politique ce qui allait se traduire dans les urnes par une des plus formidables victoire de la réaction !

Les leçons révolutionnaires de Mai 68

Risquons nous, sans pour autant trancher un débat livré maintenant aux historiens. En mai 68, les conditions étaient objectivement révolutionnaires, la grève était totale, les activités économiques du pays, paralysées. La classe ouvrière, les étudiants, les employés aspiraient à une autre société qui satisferait leurs besoins économiques, culturels, sociaux. Le socialisme était alors une aspiration de beaucoup d’ouvriers grâce aux succès de l’URSS.

Par contre, faisait défaut le facteur subjectif nécessaire pour que la révolution soit victorieuse. Il existait un parti ouvrier, communiste très influent mais ce dernier était dépourvu de toute stratégie révolutionnaire, enfermé qu’il était dans les seules échéances électorales et luttes sociales syndicales, importantes mais pas décisives. L’économisme dominait. Etait « oublié », le primat marxiste des luttes extra-parlementaires.

La « ligne générale du XXème congrès du PCUS » montra toutes ces limites opportunistes en mai 68 en France. On peut dire que « le mouvement était tout et le but n’était rien », les déviations parlementaristes conduisaient à s’inscrire dans le cadre fixé par le pouvoir bourgeois, et subordonnaient ainsi les luttes aux échéances électorales.

Le PCF ne sut ou ne put pas répondre à l’irruption de couches nouvelles dans les luttes et aux transformations du mouvement étudiant dont déjà 40 % d’entre eux étaient obligés de travailler pour financer leurs études. Ce fut selon la juste expression de Lénine des « pêchés opportunistes » qui allaient engendrer la résurgence puis le renforcement du trotskisme au fur et à mesure de la montée du révisionnisme au sein du PCF. Courant qui est un obstacle majeur mais non insurmontable à la fondation d’un parti communiste ouvrier, de type léniniste en France.

L’URCF s’appuie de manière critique sur l’héritage du PCF pour tout d’abord donner la priorité au travail dans les usines et entreprises afin de constituer des cellules communistes et de défendre le syndicalisme de lutte.

Rupture dans deux domaines principiels : l’URCF considère que la France parce qu’elle est un pays impérialiste ne peut envisager de stade intermédiaire avant le socialisme, une sorte de « démocratie antimonopoliste ». L’objectif stratégique est bien la révolution socialiste et l’établissement de la dictature du prolétariat dans les formes que trouveront les travailleurs de France comme aboutissement du processus révolutionnaire. En cela, la situation est différente avec les pays de développement capitaliste moyen ou faible. L’expérience gouvernementale du PCF et du PS en 1981 prouva l’impossibilité d’établir cette « démocratie avancée ». Après quelques mesures sociales, la gauche géra le système capitaliste et conduisit à la rigueur salariale.

Nous en tirons une leçon pratique essentielle, ce qui a manqué en 1968 c’est le degré de conscience anticapitaliste. Depuis des décennies, le PCF se battait et même bien sur des objectifs intermédiaires déconnectés du but stratégique final, présenté comme « lointain ». Quand la bourgeoisie défendait un projet réactionnaire, le PCF et les travailleurs combattaient le projet, parfois le faisaient annuler mais sans relier telle ou telle mesure avec les sources matérielles qui l’engendrent : le capitalisme avec la propriété capitaliste des moyens de production et la dictature du capital financier.

Avec notre campagne « accusons le capitalisme », nous relions chaque contre-réforme au système qui l’engendre. En combattant les conséquences dramatiques du système d’exploitation, nous remontons aux causes qui engendrent le chômage, les bas salaires, la destruction des conquêtes sociales du XXème siècle. Les marxistes-léninistes doivent forger une solide conscience anticapitaliste (et pas sa caricature trotskiste) afin que des affrontements de classe qui se rapprochent de plus en plus : 1995, 2003, 2005 et mai 2008 se forgent les armes nécessaires pour vaincre.

URCF. JL. SALLE secrétaire général