« La classe ouvrière, son
rôle et sa mission aujourd'hui.
Les tâches et les expériences
concrètes du Parti communiste dans
la classe ouvrière et dans le syndicat »
Bruxelles, 16-18 mai 2008
www.icsbrussels.org , ics@icsbrussels.org
Bien-être collectif et ambitions communistes dans la lutte de classe danoise
Parti communiste danois
1. Conflit de masse parmi les employés du secteur public de la classe ouvrière danoise
En ce moment même, le Parti communiste danois vit de nouvelles expériences en matière de lutte de masse, aux côtés de centaines de milliers de travailleurs du secteur public. Le thème du présent séminaire est donc pour nous plus actuel que jamais. Au fil des ans, diverses mobilisations de masse pour le bien-être collectif et en faveur de ce que l’on appelle « l’Etat providence » ont été organisées. Ce sujet est indiscutablement celui sur lequel il faut jouer pour faire tomber le gouvernement de droite. Aujourd’hui, nous en sommes arrivés à un conflit de masse opposant les employés et les employeurs du secteur public concernant les négociations de l’accord salarial triennal et les conditions de travail.
En ce moment même, près de 118.000 employés du secteur des soins de santé sont en grève pour protester contre le nouvel accord. Lundi 19 mai, ils seront rejoints par 50.000 employés du secteur des soins et éducation pour la petite enfance. La semaine dernière, un accord a enfin été trouvé pour les employés publics, et notamment ceux du secteur des soins aux personnes âgées, après quasi 3 semaines de grève impliquant 200.000 employés du secteur public. Ainsi, dès lundi, 368.000 travailleurs de la classe ouvrière participeront ou auront récemment participé de manière active à la lutte de classe danoise. Ces travailleurs se battent pour défendre leurs intérêts contre leur employeur, à savoir les politiques et essentiellement le gouvernement de droite, néo-libéral. Ils se battent pour obtenir de meilleurs salaires, pour l’égalité des salaires entre les sexes, pour le bien-être collectif et le bon fonctionnement du secteur public.
Avant de nous étendre davantage sur ce conflit de masse, je souhaiterais aborder quelques points de vue importants concernant le rôle et la mission de la classe ouvrière dans la société danoise actuelle.
2. La classe ouvrière au Danemark
Le Danemark est une société de classe au sein de laquelle le développement est déterminé par la lutte entre les classes. Le Parti Communiste doit poursuivre son analyse du développement et du mouvement dans les rapports entre les classes et au sein de la structure de classe dans sa globalité en vue du développement du parti et de ses politiques. La stratégie et les tactiques élaborées par le parti nécessitent un réajustement continu sur base de cette analyse de classe concrète.
La classe ouvrière et la classe bourgeoise, et donc la classe capitaliste, sont les principales classes de la société danoise. La lutte entre ces deux classes qui ont des intérêts fondamentaux opposés et contradictoires, est le principal moteur du développement. L’analyse continue de ces deux classes principales, les rapports entre elles et les changements survenus au niveau de leur composition et de leur structure constituent un élément fondamental de l’analyse de classe communiste.
La classe ouvrière est une classe à la fois exploitée et oppressée. La propriété des moyens de production ainsi que le contrôle de ces mêmes moyens lui ont été retirés. C’est pourquoi, la classe ouvrière est contrainte d’accepter un travail rémunéré auprès d’un employeur privé ou public pour pouvoir subsister.
La classe ouvrière se compose de différents groupes et de différentes couches, qui changent constamment en fonction de la croissance et du développement de la classe et qui peuvent jouer divers rôles dans la lutte de classe. Ces dernières années notamment on a pu observer de rapides changements au niveau de la classe ouvrière. L’apparition de nouveaux métiers et de nouvelles professions rend la classe ouvrière de plus en plus diversifiée.
Ces changements au niveau de la classe ouvrière sont liés au développement des forces de production, à l’économie et la structure industrielle. C’est la classe ouvrière qui crée les richesses de la société et qui compose la grande majorité de la population danoise. La classe ouvrière est la seule classe qui, de par sa position objective, peut jouer un rôle principal et vital dans la confrontation avec le capitalisme.
Les travailleurs employés dans le secteur public dont le travail se rapporte à un service ne sont pas directement impliqués dans la production et n’ont pas de lien direct avec les moyens de production. Toutefois, depuis la socialisation de la production dans la société capitaliste industrialisée, leur travail est indispensable concernant la retenue de la production directe.
Un conflit dans le secteur des services publics vise par conséquent indirectement la classe capitaliste mais touche directement les employeurs du secteur public, à savoir les politiques qui représentent le système politique de la classe bourgeoise. Tout conflit dans ce secteur présente par conséquent un important potentiel politique.
3. Les organisations de lutte de la classe ouvrière – Le Parti communiste et le Syndicat
La classe ouvrière possède deux organisations clé, essentielles dans sa lutte pour atteindre ses objectifs. Il s’agit du parti communiste et du mouvement syndical. Toutefois divers obstacles empêchent la classe ouvrière de recourir à ces deux organisations dans sa lutte pour la défense de ses intérêts objectifs. Ces obstacles présentent un caractère subjectif.
3.1 Le Parti communiste
Le Parti communiste danois entend être le parti indépendant et souverain de la classe ouvrière danoise. L’objectif du parti est de défendre les intérêts fondamentaux de la classe ouvrière, d’organiser et mener sa lutte pour la Paix, la Démocratie, le bien-être, la souveraineté nationale et le Socialisme.
Toute l’activité du Parti est construite sur le socialisme scientifique, le marxisme-léninisme. Et cette théorie révolutionnaire guide le parti dans ses efforts pour mener les luttes idéologique, économique et politique de la classe ouvrière. Veiller à ce que la classe ouvrière soit capable de tirer ses propres conclusions de ses victoires et de ses défaites est une des principales tâches du parti. Le parti associe les différentes luttes quotidiennes à la lutte contre le capitalisme et pour le socialisme, tout en éveillant la conscience politique de la classe.
Le Parti fait partie intégrante de la classe ouvrière danoise et s’efforce, en même temps, de devenir l’avant-garde de la classe. Ce n’est qu’en participant aux luttes de la classe, en l’aidant à tirer les leçons de ses expériences et en lui inspirant des luttes futures que le parti pourra intervenir en tant q’avant-garde révolutionnaire de la classe ouvrière.
En ce moment, les communistes au Danemark sont trop peu nombreux et par conséquent ne sont pas en mesure d’influencer la classe ouvrière comme ils le voudraient. Nous en sommes tout à fait conscients au sein du Parti communiste danois, c’est pourquoi, outre jouer un rôle plus actif dans la lutte de la classe danoise, notre principal objectif est de construire et développer le parti communiste, en insistant surtout sur les sections locales, le travail des jeunes et le mouvement syndical.
3.2 Les syndicats
Les syndicats au Danemark sont de véritables organisations de masse actives à 70 - 90% dans différents secteurs, avec une moyenne plus proche des 90 que des 70%. Malheureusement les syndicats sont dominés par des visions réformistes et opportunistes néanmoins il arrive parfois qu’ils agissent comme les organisations de lutte de classe. Les sections locales, en particulier, s’avèrent plus progressistes que les fédérations.
Pour le Parti communiste danois, le mouvement syndical apparaît comme l’opposant le plus puissant face à la classe bourgeoise et au régime capitaliste. Les syndicats forment les principales organisations de travailleurs. Il importe que le mouvement syndical se libère de ses politiques de coopération de classes et de son approche bourgeoise du service rendu aux membres. Il doit au contraire travailler et développer son rôle en tant qu’organisation pour la lutte de la classe ouvrière.
La lutte syndicale la plus importante est celle qui est menée sur le lieu de travail. La tâche consiste à renforcer les différents cercles et surveiller les accords collectifs. Les tentatives de diviser les travailleurs danois et étrangers seront anéanties en garantissant la présence des syndicats lors des accords. Il faut que les syndicats rejètent les conjectures de l’extrême droite pour diviser les travailleurs qu’elles soient d’ordre religieux, culturel, ethnique ou autre. Le Parti communiste danois se bat pour renforcer le mouvement syndical unifié.
4. La lutte actuelle au Danemark dans le cadre du conflit de masse mené par les employés du secteur public et la lutte pour le bien-être contre le régime de droite néo-libéral.
Comme nous l’avons dit plus haut, près de 368.000 employés du secteur public membres de la classe ouvrière danoise sont ou ont récemment été impliqués dans un conflit de masse. Une grande majorité des travailleurs en conflit sont des femmes. Beaucoup sont des immigrées ou issues de l’immigration. Même si tous les travailleurs n’ont pas fait grève, tous ont néanmoins pris part au conflit. Ce conflit implique 3 grandes fédérations syndicales (Sundhedskartellet, BUPL, FOA) organisant différentes professions du secteur des soins de santé, du secteur des soins et éducation de la petite enfance, du secteur des soins aux personnes âgées et divers autres secteurs du service public.
Alors que certaines organisations professionnelles et fédérations syndicales des secteurs publics ont décidé de signer un accord avec les employeurs, acceptant une augmentation salariale de 12,8 % sur 3 ans, ces fédérations syndicales ont choisi de poursuivre la lutte. Elles revendiquent une augmentation beaucoup plus importante, des salaires égaux entre le secteur public et le secteur privé et des salaires égaux entre hommes et femmes pour ainsi combler un retard important comparé à d’autres secteurs typiquement masculins, trouvant son origine dans la division sociale du travail.
Les grèves bénéficient du soutien de l’ensemble de la population tout comme le bien-être collectif dans le secteur public.
Ce conflit concerne non seulement les membres des fédérations syndicales impliquées mais il doit aussi être envisagé et compris dans un contexte plus vaste. Il s’agit en effet du résultat provisoire de plusieurs années de confrontation en matière de bien-être. Les employés du secteur public se battent non seulement pour leurs salaires et leurs conditions de travail mais ils se battent également pour l’avenir du secteur public et le bien-être collectif.
4.1 A propos de l’Etat providence
Cette lutte pour le bien-être est une lutte primordiale dans le Danemark d’aujourd’hui. La proclamation de droits sociaux collectifs universels, ce que l’on a appelé état providence, est en fait une stratégie employée par la bourgeoisie, recourant à la Social-démocratie pour se conformer aux systèmes socialistes développés en URSS et en Europe de l’Est, octroyant des concessions à la classe ouvrière et ses organisations pour éviter une insurrection sociale au Danemark.
Les systèmes socialistes ayant disparus en Europe, il a été possible de créer l’Europe capitaliste monopolistique, l’UE néo-libérale, au travers du Traité de Maastricht et procéder à sa mise en application au travers du Traité de Lisbonne, mieux connu sous le nom de Constitution de Lisbonne. La bourgeoisie a ainsi changé de tactique lançant une violente offensive contre la classe ouvrière dans toute l’Europe. L’intérêt de maintenir des systèmes sociaux gérés par l’état garantissant des droits sociaux collectifs a disparu, tout comme la base objective de cet état providence.
L’UE est ainsi à l’origine du démantèlement systématique du système social. La sécurité sociale est érodée par les assurances privées. La santé publique est sur la paille alors que les hôpitaux privés ne cessent d’augmenter leurs parts du marché. L’enseignement public et l’enseignement supérieur sont au régime et de plus en plus commercialisés, alors que les écoles privées sont de plus en plus nombreuses. Les soins de santé pour personnes âgées sont privatisés. La pension nationale est remplacée par l’épargne pension privée, et ainsi de suite.
Bref, les systèmes d’assistance sociale financés collectivement via les impôts sont mis sous pression. A la place, on nous propose une société où le bien-être collectif est remplacé par une course aux profits des compagnies à monopoles et sociétés privées avec pour conséquences une augmentation de la pauvreté, des inégalités et confrontations sociales.
Attendu qu’il n’existe plus de critère objectif pour l’état providence, l’alternative au régime néo-libéral n’est pas la restauration de l’état providence. En effet, les revendications de la classe ouvrière et la réalisation du bien-être collectif en tant que droits universels ne peuvent être obtenues qu’au travers du socialisme. Tel est le point de vue du Parti communiste danois. Les nombreux employés du secteur public qui en ce moment réclament de meilleures conditions pour le secteur public afin de garantir le bien-être collectif doivent partager ce point de vue s’ils veulent la victoire à long terme.
5. La crise stratégique de la social-démocratie
La vie politique et la réalité parlementaire sont aujourd’hui complètement dominées par le néo-libéralisme. Le réformisme qui avait marqué la classe ouvrière sous l’effet de la social-démocratie a pratiquement été éradiqué du moins sur le plan politique.
La direction de la social-démocratie a abandonné la politique qui auparavant apparaissait comme une alternative aux politiques bourgeoises pour une grande partie de la population. Ce revirement politique et idéologique s’est produit au moment où la direction sociale-démocrate et certains dirigeants du mouvement syndical se sont complètement abandonnés au néo-libéralisme et à l’UE – contrairement à la grande majorité des traditionnels adhérents.
Malgré cette évolution, il existe une lutte politique et idéologique entre le néo-libéralisme et le réformisme classique au sein de la social-démocratie et les fédérations et syndicats sociaux-démocrates, avec un nombre important de positions intermédiaires entre ces deux ailes. L’idée réformiste selon laquelle le capitalisme peut être géré et réformé est toujours en partie présente dans le mouvement socialiste.
Les socialistes vivent en ce moment une crise stratégique. Ils n’ont pas été capables de présenter un projet politique indépendant, dans lequel ils se différencient de la droite sur certaines questions fondamentales. Ils n’ont même pas soutenu les grèves actuellement en cours dans le secteur public. La crise stratégique de la social-démocratie ne cessera que lorsqu’ils réaliseront que le problème sur lequel ils doivent se pencher ce n’est pas la social-démocratie mais la classe ouvrière. Et qu’aussi longtemps que le néo-libéralisme sera hostile envers la classe ouvrière, il n’existera pas de critère objectif pour le réformisme. Dès lors, ils n’ont d’autre choix que la radicalisation ou l’éradication.
6. Le Parti communiste danois dans le conflit en cours
Le parti est actif dans le conflit en cours et ce à différents nivaux : 1) Ceux d’entre nous qui travaillent dans les secteurs en conflit sont actifs dans la grève et au niveau de leur syndicat, 2) certains membres participent aux manifestations et actions de solidarité avec le matériel du parti, 3) d’autres membres appellent à la solidarité avec les grévistes au niveau de leur syndicat ou à d’autres niveaux et 4) nous assurons la couverture complète de l’événement dans notre quotidien « Le Travailleur » (Arbejderen).
Le Parti communiste danois défend activement les revendications des travailleurs publics en grève et celles de la classe ouvrière en lutte tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Nous nous efforçons de construire une plateforme politique sur base de ces revendications. Une plateforme politique incluant toutes les forces actives aussi bien dans le conflit actuel que dans la lutte générale pour le bien-être. Un mouvement extraparlementaire capable de faire pression sur les partis de l’opposition au Parlement danois afin qu’ils défendent les intérêts de la classe ouvrière et rejoignent la plateforme politique en adoptant ces revendications comme étant les leurs. La lutte ce n’est donc pas simplement changer le gouvernement mais changer la politique du gouvernement.
Une victoire du mouvement de grève contre le gouvernement de droite aurait un impact extrêmement positif sur la confiance et la conscience de la classe ouvrière. Cet impact pourrait également être obtenu même en l’absence de victoire du mouvement de grève si ce mouvement débouche sur des résultats concrets comme par exemple un nouveau mouvement sociopolitique.
Etant donné les conditions actuelles au Danemark ce n’est qu’au travers de la construction d’une telle plateforme politique, avec une vision ascendante se rapportant directement à la classe ouvrière, qu’il sera possible de mobiliser la classe ouvrière et de cette manière acquérir suffisamment de force pour rompre avec l’agenda néo-libéral et dans une perspective plus large rompre avec le système capitaliste.
Pour atteindre ces objectifs, nous avons non seulement besoin d’un mouvement syndical fort et politiquement engagé mais nous avons également besoin du parti révolutionnaire de la classe ouvrière, le parti communiste. Le Parti communiste danois s’efforce donc de remplir cette tâche en participant à la lutte de classe quotidienne, consacrée à la construction et au renforcement de notre organisation, nos politiques et notre idéologie, de manière à pouvoir assumer la responsabilité historique de la classe ouvrière et mener à bien la mission que nous sommes fixée, à savoir conduire la classe ouvrière et la lutte encore plus loin, dans des phases plus radicales.
Parti communiste danois
Jens Henneberg Andersen
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