« La classe ouvrière, son
rôle et sa mission aujourd'hui.
Les tâches et les expériences
concrètes du Parti communiste dans
la classe ouvrière et dans le syndicat »
Bruxelles, 16-18 mai 2008
www.icsbrussels.org , ics@icsbrussels.org
La classe ouvrière en Bulgarie au début du XXI siècle
Parti communiste de Bulgarie
par Ludmil KOSTADINOV (KPB)
C’est la classe ouvrière qui a été le plus durement touchée par les profonds changements socio-économiques menant à la restauration du capitalisme, intervenus en Bulgarie après le 10 novembre 1989.
Si l’on regarde les statistiques nationales concernant la période de 1989 à 2007, on constate l’évolution suivante:
Le nombre de la population active engagée dans l’économie a baissé de 4.365.000 personnes en 1989 à 3.252.000 en 2007 (une perte d’emplois de 27 %).
Alors que le chômage était un phénomène inconnu en Bulgarie à l’époque du socialisme, on compte actuellement (en 2007), 240 mille chômeurs enregistrés, et 201 mille "chômeurs découragés" qui ne se présentent pas aux bureaux de travail, ayant perdu l’espoir de trouver du travail en s’inscrivant.
Pour l’année 2007 le PIB aux prix courants est estimé à environ 55 milliards de léva, en prétendant que le PIB a atteint le niveau de 1989. Cette affirmation est contredite pourtant par l’estimation, par les mêmes statistiques, de la dévaluation du léva pour la période 1989-2007, qui est évaluée à 2,5 fois. Etant donné que le PIB aux prix courants indiqué pour 1989 est de 40 milliards de léva, le PIB de l’année 1989, rapporté aux prix de l’année 2007, aurait dû être de 100 milliards de léva, c’est-à-dire, presque deux fois plus élevé que le PIB indiqué par les statistiques pour l’année 2007.
En 2006, 70 % de la population active engagée dans l’économie étaient des salariés (soit 2.270.000 de personnes), dont 2/3 dans le secteur privée et le reste dans le secteur publique.
Les 27 % de la population active engagée dans l’économie sont de petits propriétaires n’utilisant pas de main-d’œuvre extérieure à la famille(des paysans, des artisans, des commerçants, incluant les membres de leurs familles)
Le nombre des patrons utilisant de la main-d’œuvre salariée est 114.000, soit 3 % de la population active engagée dans l’économie. Le nombre de patrons avec plus de 10 salaries n’est pas indiquee dans la statistique mais il est minime.
Dans l’agriculture, sont concentrés la plus grande partie de petits propriétaires, soit près de 700 mille personnes et 82.000 des salaries. Ce secteur produit 8% du PIB.
926.000 des salaries travaillent dans l’industrie et la construction. Ce secteur produisant 32% du PIB.
Le reste des salaries, 1.262.000 personnes, est employée dans le secteur des services. Ce secteur produit 60% du PIB national.
Une part considérable des salaries du secteur des services est employée dans les branches des transports et des communications (comprenant l’entretien et les fournitures), considérées comme branches de production de biens matériels. Le nombre total des travailleurs dans ces deux branches est environ 590 mille personnes, soit 26 % des tous salaries.
Si l’on ajoute la main-d’œuvre de l’industrie et de la construction, on obtient 67 % (c’est-à-dire, deux-tiers) des salaries, engagés dans la production de biens matériels, indispensables pour l’existence de la société contemporaine.
La majorité des salaries engagés dans la sphère non productrice de biens matériels, est dans les branches de la santé et de l’éducation. Leur degré d’organisation, de collectivisation et de solidarité ne se distingue pas de ceux employés dans la production. Le nombre de salaries travaillant dans ces deux branches est de 318 mille, ce qui représente 14% de tous salaries.
Quelles sont les conclusions que l’on peut tirer de ces données sur la situation en Bulgarie au début du XXI siècle?
Tout d’abord, le capitalisme a supprimé 1 million 100 mille emplois, soit 27% des emplois de l’époque du socialisme. Il s’est ensuivi un chômage de masse et l’émigration à l’étranger.
En 2007, le PIB bulgare a à peine atteint 55% du niveau de 1989, la dernière année avant la "transition".
Les changements politiques se sont opérés dans une ambiance de frénésie de destruction d’une partie considérable de la base matérielle de l’économie socialiste. Alors que, suite au progrès technico-scientifique, la productivité du travail aurait dû augmenter durant cette période de 18 ans, la productivité du travail a enregistré en 2007 une baisse considérable par rapport à l’année 1989, puisque en 2007 avec 73 % de la population active de 1989 on produit à peine 55% du PIB.
Après l’augmentation brusque dans les années 1990 du nombre de petits propriétaires assurant eux-mêmes leur travail, ce nombre diminue chaque année, remplissant les rangs des ouvriers salariés, ou bien rejoignant ceux qui cherchent du travail à l’étranger.
La part des petits propriétaires n’utilisant pas de main-d’œuvre salariée, dont la plus grande partie ont un revenu inférieur aux salariés du privé, représente 868.000 soit 27 %, de tous personnes engagés dans l’économie. Il s’agit sutout des petits propriétaires dans l’agriculture et des petits commerçants.
Les "prédictions" de la propagande procapitaliste sur la disparition du travail salarié au profit des petits patrons, ne se sont pas réalisées. Les dernières dix années, la tendance est à l’augmentation des ouvriers salariés aux dépens des petits propriétaires.
Les nombre des ouvriers salariés, privés de moyens de production, qui sont obligés de vendre leur force de travail, s’élève à 70 % de toute la population active.
Quels étaient les changements profonds et les conséquences dans notre société post-socialiste, où la propriété nationale a été accaparée par les capitalistes locaux, en association avec le capital étranger qui les contrôle ?
Dans un laps de temps historique très court la majorite ecrasante du peuple bulgare a été privé de la propriété des moyens de production, et s’est prolétarisé.
En dépit des affirmations de la propagande procapitaliste des dernières années du socialisme que "la propriété d’Etat n’appartient à personne", insinuant qu’elle brime l’initiative personnelle, à présent, quand cette propriété est tombée dans les mains du capital privé et que les profits rentrent dans les poches des nouveaux propriétaires, tout le monde peut constater la différence avec le socialisme, quand ces profits assurait la santé, les retraites, les congés et les vacances dans des maisons de repos de qualité, l’éducation, la culture, les sciences, le sport, etc.
Malgré la dégradation brusque du niveau de vie dès les premiers changements, les gens restaient dans l’expectative, bercés par l’espoir d’une amélioration possible avec l’arrivée d’un gouvernement de gauche, puis avec l’entrée dans l’Union Européenne… Actuellement le Parti Socialiste (auquel adhèrent les anciens membres du Parti Communiste) est au pouvoir, et la Bulgarie est rentrée dans l’Union Européenne en 2007. Mais la situation ne cesse pas de se dégrader. Les espoirs sont définitivement perdus.
L’année 2007, année de l’entrée dans l’Union Européenne, a vu monter des protestations incessantes dans différents secteurs de la vie économique. Dès les premiers mois de l’année dans plusieurs villes du pays, les retraités organisaient des manifestations régulières pendant des mois, revendiquant des augmentations des retraites et l’amélioration de leurs conditions de vie. En février, suite à l’assassinat d’un des leurs, les chauffeurs de taxis ont organisé durant 15 heures une protestation, en demandant à l’Etat d’assurer leur sécurité dans le travail. En mai, les agents des transports de la capitale se déclaraient prêts à entamer une grève quand les dirigeants ont cédé aux revendications. De la fin-mai au milieu du mois de juillet, c’est le personnel médical et hospitalier qui a fait grève. Au mois de juillet 1.000 ouvriers de la firme étrangère "Rollman" ont protesté contre les conditions insupportables de travail et contre les bas salaires. En juillet également, les mineurs d’une ville minière étaient en manifestation, bloquant l’autoroute (étonnés de rencontrer et d’être maltraités par des policiers en uniforme). En août, un quartier tzigane (minorité destinée aux travaux sales dans le pays) ont protesté contre les attaques fascistes à l’encontre leurs familles, suscitant des réactions racistes dans leur propre camp : certains tziganes appelaient à la vengeance ethnique). En septembre, 13.000 travailleurs sociaux ont protesté contre leurs bas salaires, dont certains ne touchent même pas le Smic. Au même moment, 7.000 ouvriers forestiers ont fait grève, alors que 150.000 instituteurs organisaient la plus imposante manifestation et obtenaient quelques résultats.
Ces luttes ne sont qu’économiques, encore très isolées, et encore dans une phase de spontanéité. La conscience de la nécessité de solidarité et d’unité commence à s’installer dans les esprits. Il reste à prendre conscience qu’il faut se battre de façon globale contre la dictature des nouveaux maîtres qui ont accaparé les richesses nationales, ont liquidé la souveraineté du pays et l’ont entraîné dans une dépendance coloniale vis-à-vis des multinationales dirigeant l’Union Européenne, ainsi que dans l’aventure guerrière de l’OTAN.
Le travail de conscientisation de la classe ouvrière sera long et le chemin à parcourir va être très difficile.
Le besoin d’une avant-garde révolutionnaire pour organiser, préparer et guider les masses dans leurs luttes est évident. Mais tout le travail de création des cadres, armés de la théorie révolutionnaire pour sortir du chaos idéologique, est à faire !
Les événements dans le monde et les exemples des luttes des autres peuples seront nécessaires pour faire évoluer le processus de conscientisation de classe en Bulgarie.
Sofia, le 8 mai 2008
Ludmil Kostadinov