« La classe ouvrière, son
rôle et sa mission aujourd'hui.
Les tâches et les expériences
concrètes du Parti communiste dans
la classe ouvrière et dans le syndicat »
Bruxelles, 16-18 mai 2008
www.icsbrussels.org , ics@icsbrussels.org
Le défi numéro un pour le PTB : devenir un parti de travailleurs
Parti du Travail de Belgique
Fin 2007, le 8e congrès du PTB s’est déroulé sur le thème : « Un parti de principes, un parti souple et un parti de travailleurs».
Nous voulons devenir un parti de travailleurs. Nous voulons être un parti où les ouvriers, les employés, les fonctionnaires, les chômeurs, les jeunes, les intellectuels et les travailleurs indépendants se sentent chez eux. Un parti de membres reposant sur ses groupes de base avec une bonne dynamique de groupe. Un parti qui participe aux syndicats est les appuie au lieu de les combattre. Un parti bien implanté dans les entreprises et les quartiers.
Nous sommes maintenant actifs dans près de 120 entreprises et dans 30 villes et communes de tout le pays.
Le défi numéro un pour nous est : comment faire des dizaines de grosses entreprises — de plus de mille ouvriers et employés — de véritables bastions de la lutte ouvrière ?
Dans quelle nouvelle voie avons-nous décidé au congrès de nous engager ?
1. Nous avons décidé d’ouvrir plus largement le parti aux travailleurs, d’abaisser le seuil d'adhésion.
2. Au lieu d’engager la confrontation avec les syndicats, nous avons décidé de les renforcer.
1. Pourquoi ouvrir le parti ? Pourquoi devenir un véritable parti de membres ?
En 2009, il y aura 30 ans que le PTB existe. Nous avons des fondations solides, une bonne organisation et de larges initiatives. Mais nous avions un vrai problème : beaucoup d’ouvriers, employés et fonctionnaires ne se retrouvaient pas dans les exigences trop hautes pour entrer dans le parti et y travailler. Des ouvriers s’éloignaient de nous parce que le parti leur apparaissait trop élitiste, un parti de surhommes. Des gens ordinaires, avec leurs points forts et leurs points faibles, ne se reconnaissaient pas dans un parti trop orienté sur un groupe restreint de cadres. C’est ça que nous voulons changer maintenant.
Nous avons ouvert les portes du parti. Le vent nouveau a amené une nouvelle croissance du parti : entre décembre 2004 et décembre 2007, le nombre de membres a augmenté de 42 %. En 2006 nous avions 2 335 membres, en mars 2008 il y en avait 3 115. Notre objectif est d’atteindre 5 000 membres en 2010.
Qu’avons-nous changé pour permettre cette croissance ?
Nous avons abaissé les exigences. Le parti compte maintenant trois niveaux différents d’adhésion :
1. Le noyau militant (cadres nationaux, cadres intermédiaires et militants).
2. Les membres de groupe qui appartiennent à un groupe de base. Les conditions d’adhésion à ce niveau sont :
a) participer aux réunions et au travail du groupe de base ;
b) payer une cotisation de 5 euros par mois ;
c) accepter que le parti fonctionne selon les statuts et les documents du congrès.
3. Les membres consultatifs payent une cotisation de 20 euros par an ; ils défendent le parti et son action.
Chaque forme d’appartenance a ses propres droits et devoirs. Notre objectif est que le large noyau de cadres et de militants reçoive une formation marxiste pour diriger, accompagner et former la large base de membres de groupe et de membres consultatifs.
Nous en sommes encore au début de ce processus de changement et nous apprenons par essais et erreurs.
Quelle nouvelle dynamique ceci a-t-il apportée ?
Quelques expériences. Moi-même j’étais auparavant délégué syndical dans l’entreprise pétrochimique Exxon à Anvers. La ville portuaire d’Anvers a la plus grande concentration d’entreprises chimiques et pétrolières après Houston au Texas, avec des entreprises comme BASF, Bayer, Degussa, Lanxess, Monsanto, Exxon, TotalFina, etc. Avec notre nouvelle approche, et aussi en raison du mécontentement croissant envers les partis socialistes au gouvernement et des grèves générales de décembre 2005, de plus en plus d’ouvriers et de syndicalistes ont fait le pas vers le parti. De nombreux délégués principaux et même permanents syndicaux ont pris une carte du PTB. Le parti avait auparavant « un profil d’extrême gauche et trop radical ». Aujourd’hui, ces syndicalistes se sentent chez eux dans notre parti et voient que le parti a changé. Le délégué principal d’une grande entreprise y a pris goût et a fait sur deux mois treize nouveaux membres : quatre collègues délégués et neuf membres de sa famille. C’est ainsi que cette section a considérablement augmenté le nombre de ses membres depuis 2006.
À Deurne, un district de la ville d’Anvers avec 80 000 habitants, on a fait un vrai pas en avant dans le travail régional . Depuis janvier 2006, la section locale a enregistré une augmentation significative de groupes de base, de membres de base et de membres consultatifs.
Le parti applique pour cela un certain nombre de règles de travail :
1. Écoutez vos membres et prenez leur opinion au sérieux.
2. Assurez de bonnes réunions avec les membres consultatifs.
3. Osez confier des tâches aux membres. Ils peuvent et ils savent beaucoup.
4. Ce que les membres font de bon cœur, ils le font bien.
5. Constituez une bonne structure pour diriger un tel groupe.
2. Nous voulons resserrer les liens avec les syndicats plutôt que couper les ponts.
Dans la période 1998-2003, notre parti a pris la voie du gauchisme à l’égard des syndicats.
Le parti a appelé à la rupture avec « les syndicats réformistes et chauvins ».
En 2004-2005, nous avons fait le bilan de cette période qui était complètement en contradiction avec les enseignements de Lénine dans La maladie infantile du communisme (le « gauchisme »).
Quelle est la situation concrète en Belgique ?
Il y a en Belgique environ trois millions de travailleurs syndiqués (sur dix millions d’habitants) : 1,6 million au syndicat chrétien, 1,2 million au syndicat social-démocrate et 200 000 au syndicat libéral. 75 % des ouvriers, employés et fonctionnaires sont membres des syndicats. Ceux-ci constituent la plus grande organisation sociale du pays et possèdent le plus grand potentiel anticapitaliste.
Les attitudes réformistes des directions syndicales, « les traits réactionnaires des syndicats » dont parle Lénine, nous ont fait décider début 2000 de rompre avec les syndicats pour travailler à un nouveau syndicat « plus pur ».
Nous avons copié en cela les erreurs de certains communistes « de gauche » en Allemagne, erreurs que ceux-ci avaient commises 80 ans plus tôt. Déjà alors, Lénine avait démoli leur position en écrivant : « Or, c’est précisément la faute que commettent les communistes allemands "de gauche" qui, de l’esprit réactionnaire et contre-révolutionnaire des milieux dirigeants syndicaux, concluent à… la sortie des communistes des syndicats ! ! au refus d’y travailler ! ! » Et plus loin : « Il faut savoir consentir tous les sacrifices, surmonter les plus grands obstacles, afin de faire un travail de propagande et d’agitation méthodique, persévérant, opiniâtre et patient justement dans les institutions, sociétés, organisations — même tout ce qu’il y a de plus réactionnaires — partout où il y a des masses prolétariennes ou semi prolétariennes. »
En 2001, nous avons engagé la confrontation avec le syndicat : avec un groupe de syndicalistes d'environ 200 personnes, nous sommes allés occuper le quartier général du syndicat FGTB (Fédération générale du Travail de Belgique - social-démocrate) pour exiger leur soutien dans un procès intenté à des délégués combatifs. À cette époque, nous critiquions toujours ouvertement les directions des syndicats ; nous les attaquions ouvertement dans notre presse et nos tracts. Quoi qu’elles fassent, ce n’était jamais assez bien et nous nous perdions parfois dans des appels dans le vide alors qu’il n’y avait aucune base pour cela parmi les syndicalistes.
C’est avec une autre ligne que nous avons abordé la lutte contre le pacte des générations en 2005 : une ligne qui cherche des alliances, qui soutient tout ce qu’il y a de positif, qui débat intensément dans les structures syndicales. Au lieu de rechercher la rupture d’avec les syndicats, notre but est devenu de les renforcer.
C’est alors que nous avons lancé une lettre de contact, Syninfo, toutes les deux semaines en direction des syndicats. Nous touchons ainsi environ 4 000 syndicalistes importants du pays. Les syndicalistes reprennent des arguments de notre lettre pour les utiliser dans leurs assemblées et dans les ateliers. Dans la lettre, nous soutenons les actions syndicales, comme celles qui sont planifiées entre les 9 et 13 juin 2008 pour le pouvoir d’achat. De cette manière, nous soutenons la résistance syndicale et nous créons des liens durables.
Ces deux dernières semaines, nous avons eu des élections syndicales dans toute la Belgique, dans 6 000 entreprises où 1,4 million de travailleurs ont pu voter 143 000 candidats (13 % de plus qu’il y a quatre ans). Ils y ont élu leurs délégués à deux organes de concertation : le conseil d’entreprise et le comité de sécurité. À cette occasion, nous avons aidé des candidats de gauche et militants dans leur campagne dans les entreprises, cependant sans appeler ouvertement comme parti à voter pour tel ou tel candidat.
Du fait de notre attitude positive et de notre collaboration avec les syndicalistes pendant les grèves générales de 2005 et contre le pacte des générations, il y a plus d’ouverture à l’égard du parti. En voici un résultat concret : en 2007, un groupe de syndicalistes de gauche a lancé, avec les présidents des syndicats CSC Confédération des Syndicats chrétiens) et FGTB et de nombreux progressistes la pétition « Sauvons la solidarité » pour l’unité de la classe ouvrière en Belgique, contre la scission. Résultat : 120 000 signatures. Au début de cette année, le Progress Lawyers Network (PLN), un collectif d’avocats progressistes, a organisé avec les deux grands syndicats CSC et FGTB un colloque national sur la protection des délégués. 200 syndicalistes importants y ont participé. Et le 2 mars, notre parti a organisé pour la première fois une session de clôture ouverte de notre 8e congrès. 35 syndicalistes de gauche importants de la CSC et de la FGTB y étaient présents pour la première fois parmi les invités dont deux membres du Bureau fédéral de la FGTB et deux présidents FGTB des plus grandes provinces ouvrières, Liège et Anvers.
C’est de cette manière que nous voulons devenir un vrai parti de la classe ouvrière.