« Validité et actualité de la Révolution d'Octobre 1917 pour le 21ème siècle »
Bruxelles, 4-6 mai 2007
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Quelques données sur le travail en milieu ouvrier en Tunisie
Par Mohamed Jmour
Parti du Travail Patriotique et Democratique de Tunisie
Le Parti du Travail fonde son orientation et son action sur l’idéologie de la classe ouvrière. Il estime que, même dans les conditions d’un pays peu industrialisé et soumis à la domination impérialiste, la classe ouvrière est la plus apte à diriger le combat pour la souveraineté nationale et la démocratie sociale dans une perspective socialiste, et dans le combat universel pour l’établissement d’une société sans classes.
Le mouvement ouvrier de notre pays a montré depuis les années trente du XXème siècle au cours de la lutte contre le colonialisme direct, et dans la période suivante marquée par la domination néo-coloniale sa détermination et son rôle moteur dans la lutte pour la libération nationale et sociale. Il a payé le plus lourd tribut et gagné de haute lutte sa place privilégiée à la tête des autres couches populaires.
Aujourd’hui encore, le nombre de grèves (une moyenne de 400 grèves/an au cours des dernières années), d’occupation d’usines et de manifestations témoignent de la vigueur du mouvement et de la détermination des ouvrières et des ouvriers de Tunisie.
Pour toutes ces raisons, le Parti du Travail accorde une attention particulière à son action dans le mouvement ouvrier afin de tisser des liens solides avec les éléments combatifs et avancés, d’enrichir sa composition ouvrière et propager sa ligne politique le plus largement possible.
Cette orientation se heurte toutefois à des difficultés tenant d’une part au fait que le Parti du Travail n’a pas obtenu sa reconnaissance légale ,ce qui l’empêche de tenir des réunions publiques et de diffuser publiquement son matériel d’information politique et théorique ;et d’autre part aux conditions spécifiques de la classe ouvrière dans un pays peu industrialisé.
1) Caractéristiques de la classe ouvrière tunisienne.
Selon le recensement de 2004, le nombre de salariés s’élève à 2 255 700 sur une population de 9 910 872 habitants (soit 21,75%de la population) et une population active de 3 328 600 (1), dont 2 440 100 hommes et 73,4% et 888 500 de femmes ou 26,6%. Il est à noter que le nombre des salariés est passé de 1 649 600 en 1994 à 2 155 700 en 2004, soit +506 100 en 10 ans.
Les salariés sont répartis ainsi :
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Agriculture |
16,3% |
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Industries manufacturières |
19,6% |
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Mines et énergie |
01,2% |
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Bâtiment - travaux publics |
13,5% |
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Commerce |
11,0% |
|
Transports en commun |
05,7% |
|
Education, santé, services administratifs |
19,3% |
|
Autres services |
13,4% |
|
Total |
100% |
Les salariés travaillant dans les industries manufacturières sont 554 700 dont 273 560 salariés (49,3%environ) dans 2 800 entreprises à capital totalement ou partiellement étranger comptabilisées.
En 2006, ces entreprises représentent le tiers de l’ensemble des entreprises manufacturières en Tunisie. Le capital monopoliste européen domine dans ces 2800 entreprises dont la moitié environ sont des entreprises françaises. On dénombre également des entreprises italiennes, belges, allemandes, etc.
La moitié de ces entreprises travaillent dans le domaine du textile –habillement et cuir- et emploient 1 313 900 salariés soit 48% de l’ensemble des salariés travaillant dans les manufactures. Par ailleurs, 36 900 salariés travaillent dans 194 entreprises à capital totalement ou partiellement étranger exerçant dans le secteur de l’électronique et de l’électricité. Enfin 25 900 salariés travaillent dans 451 sociétés de service à capital totalement monopoliste étranger ou à capital monopoliste étranger allié au capital local.
Le taux officiel de chômage en 2006 est de 14,2% . Il est plus élevé parmi les femmes (16,7% que parmi les hommes (12,9%) selon le recensement de 2004.
La demande additionnelle d’emplois est de 80 000 par an (dont 40 000 diplômés du supérieur) à laquelle il faut ajouter 6000 salariés licenciés en moyenne par an.
Autre caractéristique des salariés en Tunisie : l’amélioration de leur niveau d’instruction :
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Année Niveau d’instruction |
1994 |
2004 |
|
aucun |
24,1% |
14,5% |
|
Enseignement primaire |
39,9% |
37,9% |
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Enseignement secondaire |
29,1% |
34,9% |
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Enseignement supérieur |
6,9% |
12,7% |
On constate que grâce à l’élévation du niveau d’instruction, la productivité de la classe ouvrière s’est améliorée, surtout dans les secteurs du textiles, de l’habillement, du cuir, de l’électromécanique et transports, même si plus de 50% des salariés ont un niveau d’instruction ne dépassant pas la 6ème année de l’enseignement primaire.
La classe ouvrière se caractérise en outre par
- une faible concentration dans le milieu agricole, surtout après le démantèlement du secteur public ;
- une faible concentration dans l’industrie en raison de l’importance des PME et des ateliers employant quelques salariés ;
- la précarité de l’emploi en raisons de la quasi-généralisation des contrats de travail à durée déterminée, de l’emploi temporaire, de l’emploi à domicile, et.
- le faible taux de syndicalisation : entre 7 et 8% dans le secteur privé et 20% environ dans le secteur public ;
- une centrale syndicale dominée par une bureaucratie sur une ligne de conciliation de classes.
La Tunisie étant un pays semi colonial, dont l’économie, dominée par l’impérialisme mondial, est tournée vers l’exportation, l’industrie lourde y est faiblement développée et le pays importe les équipements. L’industrie est essentiellement une industrie de transformation, d’extraction des matières premières, une industrie légère. Le prolétariat industriel tunisien se trouve dans le secteur des transports, de l’énergie et dans quelques unités métallurgiques.
Notons que parmi les 3 328 600 actifs en Tunisie, on compte 884 500 femmes (soit 26,6%) Et parmi ceux qui ont effectivement un emploi, le nombre des femmes atteint 733 300 sur 2 854 700 (soit (25,68%), étant entendu que le chiffre de 733 300 englobe les non-salariées et les salariées qui représentent la majorité écrasante des femmes pourvues d’un emploi.
Entre 1994 et 2004, le nombre des salariées a augmenté selon une moyenne annuelle de 3,21% alors que celui des hommes a progressé de 1,74 au cours de la même période. Ceci s’explique essentiellement par la forte demande de main d’œuvre féminine dans le secteur des industries exportatrices dominées par le capital impérialiste européen allié aux compradores locaux.
La main d’œuvre féminine se concentre principalement dans les secteurs des industries manufacturières (textile, habillement, cuir, composants électriques et électroniques), l’industrie agroalimentaire, les services publics de la santé, de l’enseignement, des PTT et les autres services (commerce, banques, tourisme, nettoyages ménage).
Les femmes travailleuses des industries « exportatrices » subissent une exploitation forcenée. Leur salaire ne dépasse pas 15% de celui d’une salariée française accomplissant le même travail, par exemple. Elle vivent une précarité totale car elles sont recrutées sur des contrats à durée déterminée, avec des salaires très bas, payés parfois par tranches et en dehors des délais légaux (50% des grèves ont pour objet le paiement des salaires à la fin du mois travaillé).
Les femmes qui travaillent dans le secteur des services de nettoyage et chez les particuliers subissent une exploitation proche de l’esclavage : salaires inférieurs au minimum légal, précarité de l’emploi, absence de couverture sociale en raison du non versement à la Caisse de Sécurité Sociale des cotisations payées par les salariés.
Le faible niveau d’instruction de ces salariées, l’idéologie patriarcale, les progrès de l’idéologie religieuse fondamentaliste sont des entraves à la valorisation des femmes et de leurs luttes, jusque dans la centrale syndicale où les salariées n’occupent que très peu de postes de responsabilités, même dans les secteurs où l’élément féminin est dominant. Ces même facteurs constituent également des obstacles à notre action parmi les femmes, dont il faut cependant noter la combativité exemplaire au cours des dernières années.
2) La dégradation des conditions de vie des salariés
1. Le chômage
En 2005, le taux officiel du chômage en Tunisie pour la population active de la tranche d’âge de 15 à 59 ans est de 14,2%. Il s’agit d’un taux moyen car le chômage atteint davantage les femmes (16,7%) que les hommes (12,9%). Le recensement de 2004 relevait 433 000 chômeurs.
La demande additionnelle annuelle d’emplois est de 80 000, dont 40 000 jeunes dimpômés de l’Université ; il faut leur ajouter les salariés licenciés (16 000 par an).
Il y a un net recul dans la création d’emplois alors que la demande ne cesse de croître. Ce recul est dû :
au repli de l’investissement public dans les secteurs productifs et dans les services publics et sa limitation à l’infrastructure sous la pression des sphères impérialistes (institutions financières internationales, UE,etc.°
au repli de l’investissement privé sous la pression et la concurrence européenne après la signature de l’accord de partenariat de l’UE ;
2. L’érosion du pouvoir d’achat.
Les conditions matérielles de la classe ouvrière tunisienne ne cessent de se dégrader, alors que la productivité du travail s’est accrue, passant de 103,20 en 1990 à 133,1 en 2000, amélioration dans les secteurs des industries textiles, cuir, électromécanique et transports, due principalement à l’élévation du niveau d’instruction des salariés.
Les indices de la dégradation des conditions de vie des travailleurs sont :
a) La régression de la part salariale par rapport au PIB :
1990 : 28% du PIB
1995 :29% du PIB
2000 : 26% du PIB
b) la progression de la contribution de l’impôt sur les revenus des salariés au PIB :
1985 : 5,12% ;
2001 : 9,5%
c) l’augmentation de la part de l’impôt direct prélevé sur les salariés dans la masse des impôts directs prélevés par l’Etat :
1987 : 35,2% ;
2002 : 45,6%
d) la contribution des salariés aux recettes parafiscales de l’Etat (contributions aux régimes de la Sécurité Sociale) a presque doublé entre 1983 (10,7%). et 2005 (20%)
e) Au total, les salariés contribuent à la hauteur de 28,2% aux recettes fiscales et parafiscales (chiffres de 2001 alors qu’en 1995 leur contribution s’élevait à 24,3%.
f) aux impôts directs et aux cotisations au régime de la Sécurité Sociale, s’ajoute le poids des impôts indirects (TVA, impôts à la consommation et autres) impopulaires car il pénalisent particulièrement les revenus bas et moyens et participent à l’augmentation des prix. L’impôt indirect en Tunisie représente à lui seul 68,5 des revenus de l’Etat en impôt (contre 31,5% pour l’impôt direct.
g) les augmentations des salaires n’ont jamais compensé l’usure du pouvoir d’achat des salariés. Entre 2002-2004, l’augmentation des salaires a été de 3% alors que l’inflation atteignait 3,5%. En 2004, à la suite de négociations sociales, a été convenue une nouvelle majoration des salaires de 3%, mais l’inflation a atteint 4,7%
h) à l’érosion du pouvoir d’achat des salariés, à la part de plus en plus étroite de la richesse nationale qui leur revient s’ajoutent :
- le repli de l’emploi direct au profit de la sous-traitance ;
- l’insécurité dans le travail due à l’extension du recours aux formes précaires de l’emploi (CDD,, travail partiel, travail intérimaire, etc.)
- l’incitation au travail à mi-temps pour les femmes, avec réduction des salaires ;
- la régression de la législation sociale : licenciements pour motifs techniques et économiques, licenciements abusifs, absence de garantie pour les salariés munis d’un mandat représentatif (délégués syndicaux, délégués du personnel) contre les abus du patronat.
-i) recul des prestations des services publics et leur mercantilisation.
3. L’expérience du Parti dans la classe ouvière.
L’action de notre Parti parmi les salariés, et les travailleurs en particulier, est caractérisée depuis sa création, par un fort engagement dans le domaine syndical, une volonté de marquer sa présence politique dans le pays et un travail d’organisation parmi les travailleurs ;
1. L’activité dans le milieu syndical.
Elle a consisté à :
Renforcer la présence de notre parti dans les instances de la centrale syndicale par le biais de camarades et sympathisants aux différents échelons ;
Présenter, à la direction de cette centrale, une candidature féminine connue comme une militante de notre Parti. Avec 168 voix, elle a failli être élue.
Défendre résolument les intérêts des travailleurs à l’échelle des entreprises et des branches, en proposant le recours à la grève, en dirigeant la lutte et parfois, en en assurant le succès.
Participer avec les mots d’ordre et le drapeau du Parti à la manifestation du 1 aôut 2006 contre l’agression israélienne contre le Liban.
Défendre des positions politiques : refus de soutenir la candidature de Ben Ali, refus des syndicalistes de participer à la première Chambre ; grève de protestation contre la visite prévue en Tunisie de Sharon (visite finalement effectuée par le ministre sioniste des Affaires Etrangères). A ces occasion, nos camarades et amis on souvent joué un rôle d’avant-garde.
Ouvrir les locaux de la centrale syndicale aux magistrats légitimement élus, à l’Association des femmes démocrates, aux avocats, tous résistants au régime, partout où nos camarades et amis assument des responsabilités.
Agir pour le rapprochement entre les syndicalistes et les militants d’autres secteurs (étudiants, femmes, avocats, militants des droits humains, artistes, etc.) pour la création du forum social tunisien, mouvement anti-mondialiste.
Lutter contre les éléments les plus corrompus, les plus bureaucrates et les plus proches du régime dans les instances syndicales, tout en élargissant les alliances afin de les isoler.
2. Le travail de propagande et d’organisation.
4. Les perspectives d’avenir
Chers camarades, nous savons que la construction du Parti d’avant-garde pour la classe ouvrière tunisienne n’est pas l’œuvre de nos militants seulement. C’est l’œuvre de tous les communistes tunisiens sincères, non sectaires, qui se placent sur le terrain des intérêts de la classe ouvrière, en particulier, et des larges masses exploitées et opprimées. Nous,communistes du Parti du Travail Patriotique et Démocratique, sommes convaincus que, face à des bourgeois et grands propriétaires , qui ont les moyens de multiplier les partis qui représentent leurs intérêts, donnant l’illusion que des divergences fondamentales des opposent, la classe ouvrière a besoin d’un Parti uni qui la dirige, la représente et défend résolument ses intérêts.