La validité et limportance actuelle de la révolution doctobre 1917 pour le 21e siècle
Bruxelles, 4-6 mai 2007
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Le 90e anniversaire de la grande révolution socialiste dOctobre
Oleg Sémionovitch Chénine
Parti communiste de lUnion soviétique
Chers camarades,
Vous avez déjà reçu les thèses du CC du PCUS pour le 90e anniversaire de la grande révolution socialiste dOctobre.
Ce document est assez volumineux et je pense quil requiert plusieurs commentaires. Trois parties constituent ce document. Les chapitres I-VI couvrent la période léninienne et stalinienne de lhistoire soviétique et mondiale (1917-1953). Les chapitres VII-X contiennent lanalyse des événements entre le milieu des années 1950 et le début des années 1990 du siècle dernier, ainsi que lintroduction de la situation actuelle du processus révolutionnaire mondial. Enfin, les chapitres XI-XIII sont consacrés à la situation en URSS-Russie après les événements de la contre-révolution et ils indiquent certaines solutions possibles à lactuelle crise.
Dans la première partie, le caractère pacifique de la grande révolution dOctobre est particulièrement mis en évidence, de même que le fait que la Guerre civile naurait pas dû être si longue (1918-1922) sil ny avait eu lintervention étrangère et laide continuelle des États impérialistes aux Blancs.
Les soviets constituent la base de la dictature du prolétariat. En comparaison avec le capitalisme, le prolétariat présente et réalise dans la pratique un type plus élevé, plus développé dorganisation du travail dans la société. Il nexiste pas dÉtats qui soient en dehors ou au-dessus de la lutte des classes, ni non plus dÉtats sans classes.
Lemphase réside sur les rôles économique, organisationnel, culturel et éducatif de lÉtat socialiste rôles inexistants dans lÉtat avant octobre 1917.
Le socialisme est la première phase de la société communiste qui éradique lexploitation de lhomme par lhomme et le parasitisme social, et établit un mouvement vers légalité sociale tout en garantissant droits égaux et salaire égal pour travail égal.
Des spécificités de la construction dune société socialiste en URSS : des formes socioéconomiques différentes et lisolement sur le plan international. La Nouvelle Politique économique (NEP) ne signifiait pas le seul « libre marché », mais également lindustrialisation du pays, une mise en mouvement de lensemble de léconomie nationale sur base de lénergie électrique, dune coopération dans lagriculture et dune révolution culturelle totale.
La question des nationalités doit être résolue par le biais du renforcement de la fraternité des travailleurs de toutes nationalités, dune égalité nationale au sein dune union fédérale forte éradiquant dans la pratique toutes formes de discrimination.
La Grande Guerre patriotique fut un test complet de la force des réalisations de la révolution dOctobre et du système socialiste soviétique. Elle requit dénormes sacrifices de la part du peuple soviétique. Parmi les seuls membres du Parti communiste, 3 millions de personnes tombèrent durant cette guerre. Le pays a perdu la majeure partie de sa génération daprès Octobre. Les pertes matérielles se sont élevées à 1/3 de léconomie nationale.
Ce prix fut payé, non pas uniquement pour notre propre liberté et indépendance, mais aussi pour le salut de la civilisation mondiale. Les bénéfices géostratégiques du socialisme après la guerre furent également très importants.
La reconstruction, après la guerre, de léconomie nationale de lURSS fut un « miracle » économique. Le XIXe Congrès du PCUS (octobre 1952) a défini la principale loi économique du socialisme comme étant « la réponse maximale aux besoins matériels et culturels, en croissance permanente, de toute société par le biais dun développement permanent et du peaufinage tendant à la perfection de la production socialiste reposant sur les développements techniques les plus récents » et elle opposait cette réponse à la principale loi économique du capitalisme la loi du profit maximal au moyen de lexploitation de la majorité de la population dun pays donné, au moyen de lasservissement et du pillage systématique des peuples des autres pays, en particulier les moins développés, au moyen de guerres et de la militarisation de léconomie. Ces lois sont toujours valables aujourdhui.
Après la mort de J. V. Staline, le mouvement vers lavant fut interrompu. La « déstalinisation », lévaluation subjective de son activité et de son héritage se muèrent en une campagne de calomnies contre léventail complet des réalisations du Parti et de lÉtat soviétique après Octobre et cette campagne aboutit à la démoralisation, à la défaite idéologique et à leffritement de la position des communistes dans les autres pays du monde.
« La grande décennie » peut se diviser en deux périodes : 1953-1957, quand les bases de lénorme potentiel scientifique et industriel créées durant la période de Staline continuèrent à se développer mécaniquement, automatiquement, et les années 1958-1964, lorsque lignorance, le subjectivisme et le volontarisme de Khrouchtchev se révélèrent pleinement au grand jour.
Le thème du « culte de la personnalité » et des « répressions » soulevé par Khrouchtchev et pleinement développé par Gorbatchev se mua dans la réalité en une propagande anticommuniste des plus perverses.
De nouvelles formes de lutte des classes se sont développées :
- dans les années 1930 a) infiltration déléments étrangers (gardes blancs, criminels) dans les institutions de mise en application des lois ;
à partir du milieu des années 1950 b) infiltration de communistes révisionnistes dans « le cerveau » de la société, au sein du Comité central et des autres structures du parti, dans les ministères, dans lAcadémie des Sciences de lURSS.
La pire erreur théorique et politique des successeurs de Staline fut la surestimation irréaliste de la maturité du nouveau système (victoire complète et prétendument « irréversible » du socialisme : lÉtat « de tout le peuple »).
Jusquau moment même de sa destruction, lUnion soviétique ne sétait pas encore développée au-delà du stade dun socialisme débutant et, partant, elle navait donc pas achevé les tâches de la période de transition.
Il y avait toujours des différences importantes entre les deux secteurs de léconomie socialiste le secteur dÉtat et le secteur coopératif des kolkhozes et rien navait été dit ouvertement de lexistence du troisième secteur, le secteur dans lombre le secteur capitaliste qui se développait chaotiquement, mais son existence était réfutée et elle nétait pas prise en considération dans les statistiques.
La structure sociale de la société était figée ; la tâche consistant à surmonter les classes de façon planifiée était ignorée.
Les vingt années qui vont du milieu des années 1960 au milieu des années 1980 nont pas été « la période de stagnation ». Même avec tous les problèmes de la pratique économique existante, léconomie planifiée soviétique na jamais connu la stagnation.
Si le moindre processus de stagnation exista jamais, ce fut, dans ce cas présent, dans la politique de sélection du personnel, dans larrêt des réformes socialistes et communistes, dans les limitations de la recherche scientifique et technique et, partant de là, dans les retards croissants de lURSS dans le domaine de la révolution scientifique et technique comparée à ce qui se passait dans les pays capitalistes.
La société soviétique, son système économique et politique, nécessitaient un changement qualitatif direct, dans les années 1980.
Mais, en lieu et place, on eut droit à la « perestroïka » de Gorbatchev. La tragédie aurait pu être évitée si les militants du parti avaient été vigilants, si lÉtat, le parti, les cadres dirigeants et militaires avaient riposté en temps voulu. Mais, à ce moment, les forces saines avaient été plus ou moins expurgées de toutes ces articulations et celles qui étaient demeurées manquaient soit des instincts de classe ou étaient déjà moralement érodées.
Lhistoire du monde na jamais connu une telle ampleur dans le démantèlement insidieux de tout un système social sans que sy oppose la population laborieuse. Quil ny a pas eu de large opposition du peuple a été prouvé par les résultats du référendum du 17 mars 1991.
Le premier stade de la contre-révolution (1985-1988) a été soigneusement camouflé.
Le second stade (1988-1991) a commencé avec la XIXe Conférence du Parti, dont les délégués ont approuvé une réforme suicidaire du système politique soviétique : la représentation généralisée des ouvriers et des paysans dans les institutions légiférantes fut abandonnée et on introduisit le parlementarisme professionnel, la séparation des pouvoirs et linstitution de la présidence.
Le troisième stade de la contre-révolution (1992-1993) fut marqué par le développement des contradictions entre les institutions exécutives et législatives, lesquelles contradictions furent résolues par le recours à la violence ouverte le Soviet suprême de la fédération russe fut obligé de fermer ses portes le 4 octobre 1993. Tous les soviets furent démantelés.
En comparaison avec le capitalisme qui avait été balayé de la surface de la Russie en octobre 1917, lactuel capitalisme russe présente certaines caractéristiques bien spécifiques :
- Il nest pas le résultat dun développement naturellement progressif de lhistoire, mais un mouvement régressif, organisé artificiellement den haut et den bas ;
- la restauration du capitalisme signifie la colonisation de la Russie, lépanouissement de lhomme de la classe moyenne le spéculateur commercial et le banquier-prêteur, croyant généralement dans les affaires, la promotion de ces dernières et le cosmopolitisme moral ;
- le « nouveau » capitalisme est aux ¾ un capitalisme commercial et bancaire, donc parasitaire, qui existe avec un soutien étranger direct, lequel est vital pour sa survie. Ceci explique son infériorité et son inégalité sur la scène mondiale, son sous-développement à lintérieur même du pays.
Ces caractéristiques spécifiques importantes sont au nombre de quatre :
a) différenciation sociale et de classe rapide et aiguë au sein de la société ;
b) paupérisation relative et absolue des travailleurs ;
c) prolétarisation de fait de la majorité de la société ;
d) dépopulation consciemment inspirée, cest-à-dire génocide.
À la fin du 20e siècle, la Russie est donc devenue partie intégrante du système impérialiste mondial et ce, dans un rôle on ne peut plus humiliant celui de fournisseur semi-colonial de matières premières, fournisseur susceptible dêtre scindé, voir de perdre son statut dÉtat dans le futur.
La seule manière possible de sortir de cette situation est la renaissance du mode de vie collectiviste, socialiste, du pouvoir des soviets, la réunification volontaire des peuples au sein dune URSS unie.
La principale condition du salut de notre mère patrie réside dans la formation dune puissante force de masse, dun mouvement de libération nationale de masse dirigé par le Parti communiste uni de lUnion soviétique.
Le parti reconnaît que ces objectifs ne peuvent être atteints que suite à un nouveau stade de la révolution socialiste, dont le caractère inévitable, que ce soit sous forme pacifique ou par des moyens non pacifiques, est prédestiné par le développement entier de la société moderne, en dépits de tous ses hauts et ses bas.
Naturellement, il est souhaitable et très possible que les travailleurs viennent au pouvoir de façon pacifique. Le 1er mai de lan dernier, lors de mon interview à la radio, jai (« je » = Oleg Chénine) publiquement fait part de ma décision de présenter ma candidature à la présidence de la Russie lors des élections de 2008.
Je pense quil sagit de la dernière et seule possibilité de mobiliser les travailleurs pour ce qui serait réellement une révolution pacifique, afin quils puissent mettre leur représentant au pouvoir. Nous appelons ceci une version informative, électorale et énergique des actions. Énergique dans le sens où il va nous falloir organiser des actions massives de protestation en temps nécessaire et au moment le plus opportun.
Le travail du PCUS et de son nombre croissant dalliés tend vers ce but. Nous serions reconnaissants de recevoir de laide et du soutien sous toutes les formes possibles.
Lère qui a débuté avec la révolution dOctobre est devenue objectivement une ère de transition du capitalisme vers le socialisme à léchelle mondiale et, en dépit des hauts et des bas du processus, il est impossible de modifier cette nature. Voilà la principale conclusion de ce document et elle est confirmée quotidiennement par lévolution des événements dans le monde.