« Validité et actualité de la Révolution d'Octobre 1917 pour le 21ème siècle »
Bruxelles, 4-6 mai 2007
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Défis concrets de la lutte contre le « grand Moyen Orient »
Par Ali GHARIB
Parti Communiste Libanais
Chers Camarades et Amis,
Permettez-moi, dabord, de remercier la direction du Parti du travail Belge (PTB) pour lopportunité quil nous a donné dintervenir sur la situation dans notre pays et notre région et, surtout, sur notre conception des formes daction et dorganisation qui peuvent nous aider à réaliser notre projet de changement.
I. Le « Grand Moyen Orient »
La situation qui prévaut dans la région arabe est une situation très dangereuse et très tendue. Cette situation nest pas nouvelle, il est vrai : elle a commencé dès 1948, à la suite de la résolution 194 des Nations Unies qui a permis la création dIsraël, après avoir décidé la partition de la Palestine et chassé la majeure partie de son peuple.
Cependant, la principale raison dune telle situation, depuis 2003, est la présence massive de larmada étasunienne et de lOTAN dans notre région sous le prétexte futile de nous « sauver » des dictatures et du terrorisme, que les Etats-Unis ont soutenus ou créés, et de nous aider à construire une société soit disant « démocratique ».
« Le Grand Moyen Orient », que lAdministration de Georges Bush voudrait nous imposer, se résume, dans la théorie du «chaos constructeur ».
Cette théorie, basée sur le plan mis au point dans les années 70 par Henry Kissinger (et développé depuis) consiste en une partition de nos pays et de nos peuple en mini Etats confessionnels et ethniques qui se feraient la guerre tandis que les grandes compagnies pétrolières étasuniennes nous volent les richesses dont notre terre recèle. Et comme larmée israélienne ne suffit plus à contrôler militairement ce projet, et comme les régimes arabes, amis des Etats-Unis, sont branlants, il fallait trouver une autre solution : recourir à loccupation directe de lor noir et du gaz, puisque quils continueront à constituer les sources dénergie du XXIe siècle et, pour ce faire, saider dun prétexte, « le terrorisme », que les Etats-Unis eux-mêmes avaient développé à un certain moment contre la présence de lUnion soviétique et afin de mieux contrôler le monde arabe si les régimes amis venaient à disparaître
Telle est, donc, la cause première et essentielle de toutes les guerres dagression qui se sont déroulés contre nous, depuis la création dIsraël et léloignement forcé du peuple palestinien hors de son pays.
Et telle est la cause des nouvelles guerres que les Etats-Unis des Bush, père et fils, en Irak, en Palestine et, bien entendu, au Liban. Sans oublier les menaces qui pèsent toujours sur nous, depuis léchec de lagression de lété dernier à réaliser ses objectifs politiques, à savoir : mettre fin à la résistance du peuple libanais, et non seulement du Hezbollah, et à sa revendication concernant la libération des fermes de Chebaa et des hauteurs de Kfarchouba, points stratégiques et économiques très importants. Sans oublier, bien sûr, la solidarité avec le peuple palestinien dans sa lutte pour obtenir son droit de recouvrer sa terre et aussi avec le peuple irakien en lutte pour lindépendance de son pays, le retrait des troupes doccupation et larrêt du cycle de violence auquel il est soumis.
II. Un parti nouveau
Ou une nouvelle « internationale » de gauche ?
Si je rappelle très brièvement la situation qui prévaut dans notre région et, particulièrement, dans mon pays, cest parce la vision dune organisation quelconque doit prendre en considération, dans son évolution, les objectifs quelle doit accomplir ou aider à accomplir, mais aussi létendue de la tâche quelle aura à accomplir, tant à lintérieur dun seul pays ou dans une région si importante.
De plus, et en prenant lexemple de la lutte et de ses besoins dans notre région, je pense que je pourrai mieux exprimer notre conception sur les partis (ou organisations) politiques qui doivent prévaloir, aujourdhui, à la suite de la chute de lUnion soviétique et de la nouvelle étape de la mondialisation néo-libérale, tant sur le Premier monde que sur notre Tiers-monde.
De plus, il me faut ajouter quune formation politique doit changer ses outils de travail et de lutte selon les priorités quelle sest fixées à chaque tournant essentiel ou selon les nouveaux développements, surtout sils sont aussi dangereux que ceux vécus par notre pays et notre région, menacée, une fois de plus, et à cause de la situation en Irak, dune nouvelle agression, limitée (dit-on), tant au Liban quen Palestine et en Iran parce que Georges Bush nest pas encore prêt à tirer les leçons nécessaires ce qui veut dire, comme sa ministre des Affaires étrangères, Condoleeza Rice la si clairement exprimé, quil est possible quil mette la région à feu et à sang dans sa volonté de créer le « Nouveau Moyen Orient » soumis à sa volonté
Cette globalisation de loffensive impérialiste doit être repoussée par une coalition vaste, tenant compte des forces mises au service du Nouveau régime mondial, à savoir : lOTAN, en plus de lautorité des Nations Unies et du terrorisme détat etc.
Sur quelles bases, voyons-nous se définir cette coalition ?
Sur deux bases essentielles :
La première est la lutte contre le projet de mainmise impérialiste sur la région, à partir dune entente politico-économique qui garantirait une meilleure répartition des richesses et, par suite, une meilleure participation des forces vives arabes à cette lutte.
La seconde est lélaboration dun projet de changement démocratique dans chacun des pays de la région ayant pour fondement des réformes politiques et socio-économiques profondes, dont le but final serait dassurer une certaine égalité des chances et une meilleure représentativité menant à la création dalternatives nouvelles, et non seulement dalternances dans le pouvoir.
En dautres termes, il est nécessaire duvrer dans le sens dun retour à des alliances entre partis et groupes de la gauche anti-libérale, de manière à donner un nouvel élan à cette gauche qui a cédé sa place, à la suite de la chute du mur de Berlin, tant dans la lutte de libération nationale que dans la lutte de classe, à des forces religieuses ou confessionnelles (musulmanes, surtout) qui, au nom des principes que la gauche avait brandis dans les années Cinquante, tiennent le haut du pavé du combat anti-impérialiste et récoltent les suffrages des pauvres et des déshérités.
Cela ne veut pas dire que la gauche ainsi reconstituée doit nécessairement avoir des différends avec ces forces anti-impérialistes et anti-mondialistes.
Il est bien sûr nécessaire davoir une entente avec elles, mais sur les bases dun programme et dun rassemblement où la gauche aura son mot à dire clairement.
Si nous prenons le cas du Liban, nous disons quil y a un large terrain dentente entre le Hezbollah et les partis de gauche, dont en particulier le Parti Communiste ; et cela sur plus dun point : la lutte contre le nouveau projet impérialiste étasunien pour la région, lapplication du droit au retour du peuple palestinien (dont plus de 350 000 vivent au Liban), la préservation de lintégrité et de la souveraineté du Liban dans ses frontières reconnues, dont les fermes de Chebaa et les hauteurs de Kfarchouba Cependant, la lutte nationale et patriotique ne fait pas, à elle seule le poids. Le changement demande dautres assises de classe, mais aussi la démocratie et le refus de tout regroupement sur des bases confessionnelles qui peuvent faire éclater lunité du pays à tout instant.
Nous avançons cet exemple du Liban, parce que certains groupes de gauche ont vu, à tort, que le Hezbollah peut avoir des points communs avec « la théologie de la libération » en Amérique latine.
Nous pensons que les partis ayant des idéologies confessionnelles sont incapables de faire des changements radicaux dans nos sociétés comme ils sont incapables de préserver les victoires acquises sur les agresseurs (étasuniens et autres) qui tentent de mettre la main sur nos pays. Dailleurs, les « salafistes », tel Ben Laden par exemple, nont-ils pas, à des moments historiques, pactisé avec ladministration étasunienne dans sa lutte contre lUnion soviétique et les pays socialistes? Nétaient-ils pas considérés comme des « moudjahiddines », des militants pour la cause de la « démocratie étasunienne » dans le monde?
Cest pourquoi nous appelons à lunion de la gauche dans chaque pays, dans laquelle les partis communistes et ouvriers pourront jouer le rôle de catalyseur. Sur le plan arabe, nous voyons quil devient de plus en plus pressant de créer une certaine forme dassociation alter mondialiste.
Mais cela serait insuffisant si nous ne pensons pas à élargir nos alliances à toutes les forces, à tous les groupes ayant comme point de mire la démocratisation du monde arabe.
Donc, ce que nous recherchons, cest une alliance large mais basée sur un programme minimum de changement. Une alliance large, mais non vague. Une alliance où la gauche pourra tenir le haut du pavé. Une alliance en commun accord avec les mouvements des peuples et de la classe ouvrière internationale.
Une nouvelle internationale, en somme. Mais plus ouverte et plus démocratique.
ALI GHARIB
Membre du Bureau politique du PCL
Bruxelles, mai 2007
00 961 1 73 96 15/6/7