Contribution au 16ème Séminaire communiste international

« Validité et actualité de la Révolution d'Octobre 1917 pour le 21ème siècle »

Bruxelles, 4-6 mai 2007

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La lutte de l'URCF dans la classe ouvrière

 

Union des Révolutionnaires-Communistes de France

 

L’action de l’Union des Révolutionnaires-Communistes de France s’inscrit en faux contre les théories bourgeoises et petites-bourgeoises de Negri sur une prétendue disparition de la classe ouvrière

En France, la classe ouvrière comprend 6,5 millions de personnes. Les employés, très proches, par leur condition d’existence constituent avec les ouvriers, les couches populaires dont les intérêts sont antagoniques avec ceux du capitalisme Environ 40 % des ouvriers appartiennent à l’immigration, sans compter les dizaines de milliers de « sans-Papiers », sans aucun droit, aux conditions de travail les plus précaires du fait même de l’absence souvent de contrat de travail définissant rémunération et temps de travail. Ce sont des ouvriers Sans-Papiers qui ont construit le Stade de France, lieu du championnat du monde de football en 1998. Pourtant les rafles de Sarkozy, en tant que ministre de l’intérieur (actuel candidat à la présidence de la République) attestent que ces travailleurs sont corvéables et expulsables quand le patronat n’a plus besoin d’eux ! L’électoralisme du parti révisionniste a empêché la prise en compte politique de fractions importantes de la classe ouvrière puisque ces dernières étaient non-électrices. Ce sont souvent des travailleurs qui, en raison de leur surexploitation, sont engagés pleinement dans les combats revendicatifs quotidiens. Nous sommes légitimement fiers à l’URCF de compter trois camarades ouvriers immigrés dans notre Comité central. Dans les mois et années à venir, la lutte démocratique pour le droit de vote des immigrés à toutes les élections deviendra une tâche centrale. La bourgeoisie monopoliste, en privant des pans entiers du prolétariat de tout droit citoyen, a affaibli considérablement le poids des éléments les plus exploités dans les consultations électorales.

La question ouvrière pose en France la question de la femme doublement exploitée. Près de la moitié des effectifs du prolétariat sont composés de main d’œuvre féminine, souvent parmi les moins qualifiées et dont les rémunérations sont inférieures de 20 à 30 % aux hommes.

En 1926, Staline recevant une délégation du PCF, jugeait que ce parti sous-estimait le travail en direction des couches les plus défavorisées de la classe ouvrière, notamment les immigrés pourtant « moins porteurs de tendances droitières que les ouvriers qualifiés français ». Ce conseil garde son actualité.

Enfin, dans la dernière période, on assiste à un réveil des luttes ouvrières. Durant l’actuelle campagne des présidentielles, 1000 entreprises ont été l’objet de grèves, principalement dans les entreprises privées (Renault- Le Mans, PSA- Aulnay, Clear Chanel etc.). L’URCF analyse avec beaucoup d’attention ces grèves et organise le soutien et la solidarité de classe indispensables.

Ces grèves recouvrent des situations diverses, lutte défensive contre les fermetures d’entreprise, les licenciements mais aussi offensive comme chez PSA-Citroën où les ouvriers ont fait une grève d’un mois pour exiger que le salaire minimum soit de 1500 euros net immédiatement, une hausse de 300 euros mensuels de tous les salaires, la transformation des 700 emplois intérimaires en emplois à durée indéterminée. La question des salaires, longtemps occultée par les directions syndicales réformistes, sous prétexte de crise et de « partage du travail » revient au premier plan. L’annonce des 100 milliards de profits du « CAC 40 » (plus importants monopoles) et des 40 milliards qui iront aux seuls actionnaires, ajoutés aux indemnités de retraite de certains oligarques se montant à 8 milliards comme le PDG d’EADS ont suscité l’indignation de l’opinion publique. Le pouvoir d’achat des travailleurs, ces dernières années, a chuté de 20 %. Il est donc légitime que les luttes s’attaquent aux fabuleux profits afin d’augmenter les salaires et pensions !

Le travail dans les syndicats.

C’est un travail fondamental pour les militants communistes. Lénine expliquait que pour vaincre dans la révolution socialiste dans les pays impérialistes, le parti communiste devait gagner le soutien de la majorité de la classe ouvrière, notamment grâce au travail dans les syndicats. Le syndicat parce qu’il organise toute la classe quelque soit l’opinion politique, les croyances des ouvriers.

La stratégie des monopoles français et européens, synthétisée lors du sommet de Lisbonne, vise à détruire toutes les conquêtes sociales, fruit des luttes de classes, de la victoire de l’URSS et des résistances populaires sur le fascisme. Les conséquences sont connues : déréglementation générale, allongement de la durée légale du temps de travail, retraites passant de 60 ans à 62 puis 65 ans, flexibilité, précarité.

Actuellement 1/3 des emplois crées sont précaires (50 % des jeunes de moins de 25 ans ont un statut de précaire). La bourgeoisie monopoliste, pour appliquer sa stratégie, a besoin de mater les résistances potentielles.

Le Capital financier a donc œuvré, ces dernières années, par divers moyens de corruption idéologique et financière, à se subordonner la direction de la CGT qui était traditionnellement un syndicat de lutte de classes.

La dégénérescence et la décomposition du PCF révisionniste a favorisé la formation puis la cristallisation d’une bureaucratie ouvrière de plus en plus intégrée à l’appareil d’Etat du Capital. Progressivement, la direction CGT a perdu ses repères de classe, tant et si bien qu’elle inscrit son action dans la reconnaissance de « l’économie de marché » et l’ « aménagement social » du système d’exploitation capitaliste.

Cela a eu des retombées pratiques : la CGT met en avant davantage la portée des « propositions de gestion alternative » que les luttes revendicatives, refuse d’étendre et de généraliser les grèves.

Le credo des dirigeants réformistes de la CGT est de partir de la « spécificité des situations et des catégories de salariés » pour s’opposer à la nécessaire convergence des luttes autour de revendications unifiantes. Ainsi, des « journées d’action » déconnectées, les unes des autres, se succèdent, tenant plus du témoignage que de la réelle efficacité.

Le projet de la CGT de « sécurité sociale professionnelle» vise à faire accepter la « flexi-sécurité » danoise aux forces du travail. Ce projet est dangereux à plusieurs titres. Il instaure un « parcours individuel du salarié », le livret de travail (abrogé par les grèves au 19ème siècle) et assure au licencié sa rémunération grâce à l’argent qui sera forcément publique.

Ce projet casserait les conventions collectives, il renforce l’individualisation des contrats de travail, modifie le rôle fondamental du syndicat qui deviendrait une sorte de « mutuelle » gérant les carrières individuelles !

Il est révélateur sur le contenu de classe de ce projet, que les deux candidats au second tour des élections, le très réactionnaire Sarkozy et la très social-libérale Royal soient tous deux favorables à ce projet et veuillent le réaliser. En réalité, la bourgeoisie monopoliste est très intéressée à camoufler les statistiques du chômage (5 millions de chômeurs réels en France), ce que permet ce projet.

La CGT garde cependant le plus formidable potentiel de luttes, il n’est pas une grève sans travail des sections CGT. De nombreux syndicalistes se sont organisés pour défendre le syndicalisme de classe et de masse symbolisé par la figure de Benoît Frachon.

Les syndicalistes de la Coordination Communiste (devenue URCF) sont à l’origine du Collectif « Continuer la CGT » qui se veut une structure de regroupement des syndicalistes de classe, de réflexions et d’échanges.

Son apport n’est pas négligeable dans la mise en avant de revendications générales et communes à tous les travailleurs.

Les militants de l’URCF agissent en premier lieu dans leurs sections syndicales, pour faire adopter un cahier revendicatif et lancer le débat sur les formes de luttes. Nous mettons en avant la nécessaire solidarité de classe, organisons des collectes, appelons à former des collectifs de solidarité avec les travailleurs en lutte.

Dans les secteurs où la section syndicale est particulièrement combative et entre de manière voyante en contradiction avec la collaboration de classes conduite par les bureaucrates syndicaux, la répression syndicale s’abat, mettant en collusion CGT et patronat comme chez Dalkia (groupe Veolia), où les dirigeants de la section syndicale CGT, « exclus », ont dû fonder une nouvelle organisation : le CGT-E bénéficiant à nouveau de la confiance des salariés.

Nos militants sont à l’origine de deux comités de solidarité agissant contre la suppression des « services publics de proximité », c'est-à-dire les bureaux de postes dans les villages et petites villes, dans le Var et dans le Val d’Oise. Pétitions, marches de soutien, collectes financières, interventions auprès des élus ont permis des premiers succès. L’URCF, parallèlement aux comités, diffusant ses analyses sur les causes de ces fermetures et mettant en cause le système capitaliste dans ses tracts.

La bataille à venir va porter sur les formes de luttes à populariser pour vaincre le capital dans les luttes.

Les sections d’entreprise de l’URCF : le travail communiste à l’usine.

Dès sa création, voici trois ans, l’URCF a jugé que le parti se construisait par la formation d’un noyau dirigeant, maîtrisant le marxisme-léninisme et sachant l’appliquer aux situations concrètes mais aussi par l’adhésion de militants de la classe ouvrière, afin d’assurer le futur caractère prolétarien du parti et de ses directions. Quant à la fusion du mouvement ouvrier et des tenants du socialisme scientifique, condition de fondation et d’existence d’un réel Parti Communiste, elle se prépare dès maintenant par le travail dans les entreprises, afin de créer des sections communistes.

Lénine fixait l’objectif au parti bolchevik, «de faire de chaque usine, une citadelle de la lutte de classes». Cette tâche historique, nous la faisons nôtre et avons entrepris le travail militant nécessaire.

L’Internationale Communiste nous a légué un précieux héritage, notamment celui de la bolchevisation des partis communistes afin que ces derniers rompent avec le social-démocratisme (et aujourd’hui, le révisionnisme) en matière d’organisation.

Le PCF, à sa fondation, avait poursuivi l’héritage social-démocrate, le Komintern exigea le travail de création d’organisations communistes sur le lieu de travail, tournant le dos aux vieilles traditions électoralistes et parlementaristes de la social-démocratie, organisée en sections de circonscription.

Le travail de l’URCF a connu ses premiers succès avec la création de sections communistes dans des monopoles privés et publics. Tirant l’expérience devenue négative du PCF, où les cellules d’entreprises sans être reconnues officiellement par le patronat, agissaient au grand jour, nos sections d’entreprise sont clandestines.

En effet, la répression patronale s’abattait d’autant plus facilement quand les réunions de communistes se tenaient sur le lieu de travail, permettant leur facile identification. De plus, la pression patronale s’exerçait pour que la cellule « n’aille pas trop loin » avec le chantage à l’emploi et aux promotions, au nom du « secret professionnel ». De fait dans les dernières décennies, les cellules d’entreprise du PCF se distinguaient mal des sections syndicales, sinon par le travail électoral.

Comment s’opère le travail de l’URCF ? Les distributions de tracts sont assurées par des militants extérieurs à l’entreprise. Le contenu des tracts est différencié des tracts syndicaux, tout en partant de la situation de l’entreprise : analyse des directives patronales, des fusions et capitalisations, dénonciation du pillage de tel monopole en Afrique et de son rôle dans la misère des masses, critique de la politique gouvernementale, établissement de liens entre telle réforme, directive patronale et ses sources : le système capitaliste, éclairage sur le rôle de l’Etat bourgeois comme dictature de la classe dominante, dénonciation des armes patronales : division des travailleurs et dans ce cadre le rôle du réformisme et du racisme du parti fasciste le « Front national ».

Les militants à l’intérieur de l’entreprise analysent les réactions de leurs camarades de travail, suscitent les discussions, informent notre comité central des réactions et de ce qui s’est dit, enfin ils repèrent les travailleurs intéressés et susceptibles de devenir communistes.

Bien sûr, le patronat enquête mais nous ne plaçons pas à la tête de la section communiste les militants ayant les plus hautes responsabilités dans le syndicat.

Cela exige un effort important d’éducation politique. Mais c’est de cette façon, par des journées d’étude théorique, que des militants que nous organisions dans des structures de défense du syndicalisme de classe et de masse, sont devenus de bons militants révolutionnaires.

Quand une grève éclate, les militants de l’URCF organise la solidarité financière et de classe dans les entreprises voisines ou la ville. Récemment, au Mans, les ouvriers de Renault se sont mis en grève contre la flexibilité et l’aggravation des cadences de travail, alors que les sections CGT des autres usines du groupe avaient signé cet accord. Nous avons distribué un tract de solidarité et de soutien du combat des grévistes à Douai où nous avons reçu un bon accueil. Les travailleurs du Mans l’ont appris et cela leur a fait une impression très favorable du travail et du rôle des marxistes-léninistes. Nos militants de Vendée ont organisé une collecte de solidarité aux usines SKF pour les Renault.

L’objectif est de réapprendre la solidarité de classe aux travailleurs alors que les dirigeants réformistes isolent les luttes les unes des autres.

De même, pour faire vivre le concept léniniste d’alliances de classes autour et sous la direction de la classe ouvrière. Mieux que des discours qui n’auraient guère de prise sur le réel, l’URCF part des intérêts communs aux diverses couches populaires. Quand une entreprise licencie et ferme, nos tracts visent à éveiller la solidarité dans toute la population laborieuse à partir de leurs intérêts. Une ville qui perd des emplois, c’est moins de clients pour les commerçants, des fermetures de classe ou d’école, moins de revenus pour la commune. Nous travaillons à ce que les intéressés forment des comités afin de combattre les suppressions d’emplois, aux côtés des salariés menacés.

Actuellement, nos militants dans les syndicats, réunions de collectifs divers abordent la question des formes de luttes nécessaires pour vaincre. Beaucoup sont écoeurés de l’absence de stratégie de convergence des luttes. Nous montrons que les travailleurs ont une arme : la grève. Que cette dernière, pour être efficace, doit exercer une pression sur le Capital et ses profits, par un véritable blocage de la production. C’est pourquoi, nous intervenons pour que les grèves soient organisées successivement, région par région, avec temps fort national et recommencement. La gêne, pour le patron et le pouvoir est maximale, les salariés organisent un mouvement continu sans trop de pertes de salaires. Un mouvement continu de trois millions de travailleurs bloquant la production, région après région, portera des coups plus rudes au capital qu’une journée d’action avec le même nombre de grévistes mais sans lendemain.

Voilà les grandes lignes de la jeune expérience de l’URCF dans les entreprises, bien sûr des erreurs seront commises mais notre position ferme est de partir du rôle prioritaire du travail à l’entreprise en direction de la classe ouvrière pour contribuer à ce que renaisse en France, un véritable parti communiste, ouvrier, de type léniniste.

UNION des REVOLUTIONNAIRES-COMMUNISTES DE FRANCE. (URCF-Construction du Parti). Mai 2007