« Validité et actualité de la Révolution d'Octobre 1917 pour le 21ème siècle »
Bruxelles, 4-6 mai 2007
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Les
principes qui ont guidé la Révolution bolchevique
sont plus que jamais valides
Par le Pôle de Renaissance communiste en France
(PCRF)
Chers camarades,
Dans les conditions contemporaines, les principes qui ont guidé la Révolution bolchevique sont plus que jamais valides.
Il peut sembler dogmatique dinvoquer Octobre 17 pour orienter laction révolutionnaire à notre époque. Cette référence peut sembler encore plus surprenante en France, un pays impérialiste déclinant dont le peuple est tragiquement pris en tenailles entre, dune part, le dispositif réactionnaire de la droite et de la sociale démocratie, complété par le verrouillage fasciste dun Le Pen, et dautre part, laspiration à la résistance révélée par le Non majoritaire du peuple travailleur de France à la constitution européenne en 2005 et par linsurrection victorieuse de la jeunesse étudiante contre la tentative gouvernementale de détruire le Code du travail en 2006.
Mais le paradoxe nest quapparent : la grande bourgeoisie ne sy trompe pas, qui sapprête à franchir une étape décisive dans la criminalisation du léninisme à loccasion du 90ème anniversaire dOctobre. Même si les formes de la lutte ont beaucoup bougé par rapport à celles qui prévalaient au début du 20ème siècle, les principes du bolchevisme demeurent. Ils acquièrent même une force nouvelle quand la tâche posée est de reconstruire un parti révolutionnaire et un Mouvement communiste international dans les conditions dun monde dominé par la contre-révolution et par les résistances croissantes des peuples.
Dailleurs, la contre-révolution à lest vérifie comme à la parade la thèse marxiste-léniniste selon laquelle il existe des lois objectives universelles de la révolution.
Les contre-révolutionnaires russes pilotés par limpérialisme et aidés par les opportunistes gorbatchéviens ont dabord poussé en avant, sous le nom trompeur de perestroïka, un ensemble de réformes réactionnaires dont le but était de déstabiliser le socialisme réel, affaibli par ses déformations antérieures. Mais en août 91, un seuil qualitatif fut franchi : il y eut bien un affrontement de classes décisif entre les forces contre-révolutionnaires et celles qui, maladroitement et de manière bureaucratique, ont tenté de préserver lUnion des Républiques socialistes soviétiques . Lenjeu en fut le démantèlement de lEtat soviétique, son remplacement par des institutions bourgeoises. La pointe de lassaut fut portée contre le Parti et son rôle dirigeant inscrit dans la constitution, au point que des chefs de la contre-révolution ont pu se vanter davoir pratiqué le « léninisme à lenvers ».
En France et dans le monde, la chute du système socialiste, si imparfait quil fût devenu , confirme a contrario limmense bilan historique dOctobre et Stalingrad. Depuis que lURSS et le socialisme européen ont été balayés, le grand capital, le fascisme, le cléricalisme et la réaction relèvent la tête partout : non seulement les travailleurs de lEst pleurent les acquis perdus du socialisme, mais les peuples du Sud sont livrés aux ingérences et aux guerres impérialistes. La re-mondialisation du capitalisme, la construction dun Empire européen du capital absorbant les ex-pays socialistes et menaçant la Russie, tout cela résulte directement de la destruction du socialisme.
Cela rend dautant plus dérisoire lutopie social-impérialiste prônée par lInternationale socialiste, laltermondialisme, la Confédération européenne des Syndicats, la Confédération syndicale internationale , le trotskisme et le Parti de la Gauche Européenne. Les leaders de ces mouvements ne prétendent-ils pas quune « bonne » mondialisation capitaliste, non libérale, est possible ? Ne répandent-ils pas lillusion quil est possible de créer une « bonne » Europe sociale dans le cadre de lUnion européenne du grand capital ?
En France, la destruction du camp socialiste, lauto-liquidation du mouvement communiste par la mutation du Parti communiste français ont créé une situation qui constitue une menace pour tous les travailleurs dEurope. Lintégration capitaliste européenne est en effet en train de désintégrer les acquis des grandes grèves de 68, de la Libération, des luttes du Front populaire. Après des années de fausse alternance entre partisans de lUnion Européenne que sont la droite et le Parti socialiste, le fascisant Sarkozy, admirateur de Bush et de la constitution européenne, affiche sa volonté de « rupture » avec ce quil appelle « le modèle français » : il entend par là les acquis sociaux, mais aussi le cadre national, laïque et républicain bourgeois issu de 1789.
Or, en face de Sarkozy, et de sa version « dure », Le Pen, quavons-nous sinon un parti socialiste de plus en plus réactionnaire, personnifiée par Ségolène Royal, admiratrice de Blair, qui ne cesse dattaquer les acquis syndicaux des enseignants et des travailleurs de la fonction publique ? Quavons-nous, sinon un Parti communiste dénaturé et à lagonie, uniquement préoccupé par lunion avec le Parti socialiste destinée à sauver quelques places dans les mairies et au parlement ? Pour autant, chaque fois quil ont pu intervenir sur des bases claires et non biaisées par la fausse gauche, la classe ouvrière et la jeunesse ont su résister, dire Non et gagner comme on la vu lors du référendum sur leuro-constitution ou lors de linsurrection de masse de la jeunesse étudiante et lycéenne contre le Contrat Première Embauche.
Dans le monde, les résistances se multiplient, de lIrak à la Biélorussie, du Népal à lAmérique latine. Comment ne pas saluer à cette occasion le magnifique élan des peuples latino-américains autour de Cuba et de son chef de file historique, Fidel Castro, autour de Chavez, Morales et de lAlternative bolivarienne pour les Amériques ? Il est capital que moins de vingt ans après la catastrophe mondiale que fut la mort de lURSS, le Venezuela bolivarien proclame le caractère socialiste de sa révolution .
Il est bien faux en outre de prétendre que le « modèle vénézuélien », pacifique, démocratique, rompt avec le « modèle bolchevik », soi-disant violent et autoritaire. En réalité, au fur et à mesure que se déploiera laffrontement entre le peuple vénézuélien , les classes privilégiées et limpérialisme US, lactuelle coexistence précaire entre le pouvoir populaire et le pouvoir bourgeois deviendra ingérable.
Un mot sur la lutte nationale, linternationalisme et la lutte pour le socialisme .
Même si le combat de Lénine contre le « social-patriotisme » a nourri Octobre, il est capital à notre époque de ne pas abandonner aux fascistes le « droit des nations à disposer delles-mêmes » que Lénine défendit naguère contre la révolution permanente trotskiste et contre le nihilisme national propre à certains écrits de R. Luxemburg.
A notre époque, le capital sorganise de plus en plus à une échelle transnationale. Limpérialisme sefforce de « constituer » des Etats continentaux pour permettre laccumulation des profits monopolistes à une échelle plus vaste et pour mener la guerre économique, et le moment venu, la guerre tout court pour la domination mondiale. Cest la vrai signification de classe de lUnion européenne et lenjeu principal de la constitution européenne, que nous devrons combattre, non seulement sur son contenu néo-libéral mais sur son principe supranational qui interdit de fait tout changement progressiste dans un pays de lUnion.
Il nest quà se souvenir de la manière dont la grande Allemagne capitaliste unifiée, si « fédéraliste » et anti-nationaliste en paroles, a encouragé les séparatismes et les nationalismes en Tchécoslovaquie, en Yougoslavie, dans les Pays baltes, et peut-être en Belgique, pour démanteler ses voisins et les dominer plus aisément.
Contre le national-européisme, le Pôle de Renaissance communiste de France est donc fier de défendre à la fois le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau, et le drapeau tricolore de Valmy, que nous voulons reprendre à lextrême droite, quitte à y implanter le bonnet rouge des régicides de 1793 ! Cest ainsi que le Parti communiste français en 1934/36, puis sous la Résistance, a conquis une audience de masse en intégrant au combat patriotique les glorieux Francs Tireurs et Partisans de la Main-duvre Immigrée dont nous nous honorons davoir dans nos rangs Léon Landini issu du groupe « Carmagnole-Liberté » et Arsène Tchakarian, ultime survivant du groupe de lArménien Manouchian.
Notre but nest évidemment pas didéaliser la nation dont nous savons bien quelle est vouée à se fondre dans lhumanité libérée. Notre but est de rompre avec le mythe fondateur du réformisme en France et en Europe, ce mensonge de lEurope sociale qui enchaîne les salariés à la « construction européenne » et à ses courroies de transmission, Internationale socialiste, Quatrième Internationale et parti de la gauche européenne, jusquà mettre le président du Parti de la Gauche européenne Bertinotti à la remorque de leurocrate Romano Prodi, actuel premier ministre italien.
Cest pourquoi le PRCF est toujours aussi intéressé par la proposition du Parti communiste de Grèce, de construire un Pôle européen de lutte contre lUE de Maastricht ; car nous ne concevons pas la défense ouvrière et républicaine de la nation française en dehors de notre engagement internationaliste pour construire à léchelle européenne la résistance à leuro-maccarthysme et à la criminalisation galopante du communisme.
Dans ces conditions, comment reconstruire le Parti communiste de France. Malgré son appellation, le PCF fondé au congrès de Tours nexiste plus, même sil y a encore de vrais communistes dans ses rangs et même si nous considérons comme capitale lunité daction des communistes membres et non-membres du PCF. La stratégie pro-européenne du PCF mutant est de « faire réussir la gauche », cest-à-dire de se mettre à la remorque du parti socialiste sans avoir le moindre moyen dinfléchir à gauche.
Comment dans ces conditions faire renaître un vrai parti communiste ? Pour nous le concept de renaissance est important car il signifie à la fois la rupture avec le parti mutant et la continuité avec le parti de Duclos, Frachon et Thorez.
Cest pourquoi nous construisons notre organisation, nos finances, notre journal mensuel Initiative Communiste, notre site Internet, notre revue théorique Etincelles, notre intervention syndicale, notre organisation de jeunesse et nos contacts internationaux.
Cependant nous navons pas lillusion dêtre à nous seul « le » parti, ni même la base essentielle du futur parti communiste de France. Pour reconstruire, il faut impulser lunité des communiste français. Celle-ci nest pas facile, mais nous ne nous décourageons pas.
Malgré certains atermoiements incompréhensibles, limpulsion est donnée et ne sarrêtera pas. Le bon sens, et le simple instinct de conservation, commandent aux communistes français de sunir ; cest pourquoi nous les appelons à célébrer ensemble le 90ème anniversaire dOctobre.
Chers camarades,
Jour après jour la chasse aux sorcières et l'euro-maccarthysme s'installent dans l'Union européenne du grand capital, notamment dans les ex pays socialistes. Que nul n'imagine pour autant que les communistes de l'Ouest sont à l'abri. En France c'est notre camarade Annie Lacroix-Riz, historienne de renom international, qui est l'objet d'une persécution politique parce qu'elle s'oppose, documents à l'appui, à la criminalisation du socialisme. C'est aussi une campagne odieuse et ridicule, à laquelle le PCF officiel ne répond rien sur le fond, qui tend à prétendre que les communistes, principale force de la Résistance armée française, ont "collaboré" avec les nazis. Certains proches de Sarkozy l'homme du grand patronat et fils d'émigré anticommuniste hongrois, ne cachent pas leur volonté de faire adopter une "loi" qui criminaliserait le communisme à l'égal du nazisme, ce qui conduirait rapidement à l'interdiction des organisations qui n'ont pas renié le léninisme.
Toutes ces attaques sont orchestrées par l'UE comme le montrent la motion Lindblad du Conseil de l'Europe et la motion du parlement européen à propos des évènements contre-révolutionnaires hongrois de 1956.
Cette offensive va certainement prendre une nouvelle ampleur avec le prochain 90 ème anniversaire de la Révolution d'Octobre.
Nous devons aujourdhui absolument réagir ensemble à cette offensive continentale. Ne pourrions-nous, sans attendre, organiser une rencontre ouverte à tous ceux qui, quelles que soient par ailleurs leurs positions, refusent catégoriquement la criminalisation d'Octobre, saisissent que la criminalisation du communisme menace en réalité tous les démocrates, comme l'a justement remarqué le camarade Kolozof dans une récente déclaration du PC de Grèce.
Il nous semble quil y a urgence ; déjà nous avons agi ensemble à Strasbourg et à Bruxelles contre cette criminalisation . Nous devons aujourdhui absolument réagir ensemble à cette offensive continentale.
Je vous remercie de votre attention.