« Validité et actualité de la Révolution d'Octobre 1917 pour le 21ème siècle »
Bruxelles, 4-6 mai 2007
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Lélection présidentielle en France
Paul Fraisse,
Communistes - France
Examinés dun point de vue de classe, les résultats du premier tour de lélection présidentielle française ne sont pas surprenants : La disparition de lURSS et des pays socialistes de lEst européen a amené un changement énorme du rapport des forces dans le monde entier qui sest traduit dans notre pays en particulier, par la disparition du PCF comme parti révolutionnaire et par celle de la CGT comme syndicat révolutionnaire de classe.
Depuis près de vingt ans les conséquences de la disparition de lURSS continuent de peser très lourdement sur notre lutte. Nous savons tous ici quil ne peut y avoir de solution définitive en dehors de labolition du capitalisme et lédification dune société socialiste, propriétaire des grands moyens de production et déchange, débarrassée de lexploitation de lhomme par lhomme. La différence fondamentale entre un parti révolutionnaire et les autres est là. Nous ne manquons pas de le dire haut et fort.
Mais pour autant il ne sera jamais question de nous réfugier derrière un « grand soir » mythique qui règlerait dun coup tous les problèmes. Cest tous les jours que les questions politiques se posent, cest au quotidien que lexploitation capitaliste est vécue. Cest à partir de là que nous donnons notre point de vue, que nous participons aux actions, que nous nous efforçons délever la conscience de classe, lesprit révolutionnaire. Nous ne serons jamais des pseudo doctrinaires abstraits, coupés du monde réel.
En mai 2005, le vote NON au référendum sur la Constitution européenne a été un vote de classe, loccasion de dire tout dabord NON au gouvernement français et à sa politique intérieure. 2006 a connu un grand mouvement social, avec les jeunes en tête, qui a contraint le gouvernement à retirer un projet extrêmement dangereux contre le premier emploi des jeunes. Et lannée 2007 sannonce déjà comme une grande année de luttes. La liste des grèves et manifestations sest allongée, la riposte à lexploitation patronale sest étendue. Grève pour les salaires à Citroën-Aulnay et à Poissy, à Peugeot Mulhouse, à Renault Le Mans, aux fonderies du Poitou, grève des dockers de Marseille, à France-Télécoms. En février, plus de la moitié des enseignants ont fait grève. Le quotidien financier « Les Echos » sous le titre « Accès de tension sociale » écrit « Tandis que les plans sociaux continuent, une accumulation de conflits, de nature très différente, fait brusquement changer le climat de la campagne ».
Ces actions doivent dautant plus être mises en relief que les centrales syndicales françaises, la CGT y compris, sefforcent de freiner les luttes. Lexploitation accrue de la classe ouvrière et de la masse des salariés de notre pays rencontre une résistance qui sélargit.
En dix ans les profits capitalistes ont progressé de 74%, la hausse des prix (officielle) a été de 30% mais celle des salaires seulement de 8%.
Les entreprises industrielles à elles seules ( en dehors des banques et des assurances) ont disposé en 2005 de 567 milliards deuros. Cest une somme supérieure au budget de lEtat et des collectivités territoriales confondues (360 milliards pour lEtat + 180 pour les collectivité territoriales). Comment ces ressources sont-elles utilisées ? Voilà une question importante pour le mouvement social.
Les profits des 40 plus grosses firmes du CAC 40 ont crû de 71% en cinq ans pendant que leurs investissements chutaient de 42%. Où sont passés ces centaines de milliards ? Dans les poches des actionnaires. Plutôt que dinvestir dans lappareil productif français, ils préfèrent aller au plus sûr en achetant des concurrents, ou en investissant là où les profits sont les plus élevés. Cest cette course capitaliste aux profits qui sacrifie lemploi et le développement national. Cest elle qui est la cause de la désindustrialisation de notre pays, des « délocalisations » vers des pays où le prix de la force de travail quils appellent « le coût du travail » est encore plus bas quen France. Cest elle qui est la cause de centaines de milliers de suppressions demplois chaque année.
Il y a trois mois, 2400 participants au forum économique mondial de Davos (en Suisse) constataient que « léconomie internationale na jamais été aussi prospère dans un monde aussi dangereux ». A une majorité de 92%, 1094 patrons de multinationales se sont déclarés « confiants » ou « très confiants » sur leurs perspectives 2007, au plus haut depuis dix ans.
A Davos, les multinationales ont étalé leur confiance dans lavenir du capitalisme surtout depuis quil domine le monde mais aussi leur préoccupation quant à lavenir. Car ces multinationales sont bien placées pour juger des ravages de plus en plus énormes, de plus en plus graves que lexploitation capitaliste cause dans le monde entier. Elles savent comme nous que la disparition du socialisme existant, grave défaire pour le mouvement révolutionnaire mondial na jamais signifié la fin de la lutte des classes. Cette lutte continue dans le monde entier, elle a déjà obtenu des conquêtes remarquables en Amérique du Sud où les peuples, à Cuba, au Vénézuela, en Bolivie, au Nicaragua et ailleurs luttent aujourdhui avec succès contre limpérialisme US. Pensons aussi aux contradictions entre ces groupes impérialistes qui se disputent férocement laccès aux profits, la mainmise sur les zones qui leur apparaissent décisives, au prix de millions de vies humaines.
Européenne Angela Merkel dont le pays assure la présidence de lUnion a déclaré : « Avec les règles actuelles, nous savons que lUnion Européenne na pas la possibilité de prendre les décisions nécessaires ». S. Royal et Sarkozy sont daccord. Normal puisque les deux soutenaient le OUI au référendum. Que dit S. Royal ? « Il faut un traité qui permette aux institutions de fonctionner », jugeant indispensable que « des solutions soient trouvées » au premier semestre 2008 alors que la France assurera la présidence de lUnion Européenne. La candidate socialiste a même ajouté quelle ne souhaitait pas « voir les français pénaliser les pays européens qui se sont prononcés ».
Nous disons à celles et ceux qui ont voté NON au référendum : « Ne votez pas pour la candidate socialiste à la présidentielle ». On peut nous répondre : le socialiste Fabius lui a voté NON. Certes mais pourquoi ? « Il faut réorienter le projet européen » a-t-il déclaré à la presse : « concernant lintégration économique, la renégociation du budget de lUnion en 2008 devra être mise à profit pour le muscler, rouvrir le financement, lorienter vraiment vers la préparation de lavenir. Enfin la défense européenne doit sortir du virtuel en progressant vers la standardisation des équipements, lharmonisation des formations et la création dunités communes. La France et lAllemagne devraient montrer le chemin en lançant le projet ambitieux dune armée commune. Pour rendre ces avancées possibles, le moment est venu de redéfinir lorganisation interne de lunion ».
S. Royal et Sarkozy se félicitent que la France ait réduit sa dette publique à moins de 3% et rentre ainsi totalement dans les clous européens. Quen est-il de notre indépendance nationale, de lexistence de la nation française ?
Que préparent les grandes sociétés capitalistes et leur syndicat le MEDEF pour les mois qui viennent ?
Un sondage IPSOS paru récemment est éclairant. Le patronat juge nécessaire la diminution des charges sociales, laugmentation du temps de travail, lassouplissement du droit du travail pour lembauche et le licenciement, laugmentation du nombre dannées de travail pour financer les retraites. Suivent la diminution des allocations chômage, la baisse du niveau des retraites et la possibilité dembaucher au dessous du SMIC.
« Etre compétitifs », cet le mot dordre des groupes dirigeants de léconomie, les Renault, Total, Airbus-EADS, EGF, la BNP-ParisBas etc La représentante de leur syndicat sest félicité que des pas importants aient été réalisés dans cette voie mais on doit maintenant aller plus loin et plus vite a-t-elle déclaré. On devine où.
Le syndicat patronal sest lancé dans la bataille électorale, pour dire : en France ça ne va pas. Il faut redresser la situation, répondre aux défis de notre époque. Comment ? En donnant aux entreprises, elles qui sont le centre nerveux du pays, les moyens dintervenir de façon décisive dans la vie économique nationale, dans tous les secteurs qui comptent. Ce qui signifie quil faut donner au capitalisme encore plus de pouvoirs quaujourdhui. Le MEDEF a réuni à Bercy 6000 chefs dentreprises, il leur a demandé de participer partout au débat. Dans un livre à grand tirage du syndicat patronal intitulé « Besoin dAir » on peut lire : « la définition même de lentreprise est dêtre une association pour le profit. Cest sa nature, cest son but, cest même son bonheur » ;
Il y a encore quelques années, le patronat naurait jamais osé faire de telles proclamations. On mesure à travers ce genre de phrases les changements intervenus dans notre pays.
Cest dans ce contexte que se déroulent lélection présidentielle et les élections législatives qui vont suivre. Sarkozy le représentant de la droite classique est en tête avec 31,2% des voix. Il est suivi par la socialiste S. Royal avec 25,9%. Le centriste Bayrou obtient 18,8% devant lextrême droite Le Pen qui est en recul avec 10,5%. Un trotzkiste (LCR) recueille 4,1%.
Sarkozy, Royal, Bayrou, Le Pen etc tous nous enferment dans un seul choix de société : le capitalisme, horizon indépassable.
Sarkozy cest la liberté totale pour les entreprises, la liberté individuelle est présentée comme la seule manière de se faire une place dans la société. En découle la liquidation de ce qui reste dacquis sociaux collectifs. Avec en plus des formules démagogiques comme « travailler plus pour gagner plus ». La situation de chacun étant évidemment de sa seule responsabilité, ce qui blanchit le capitalisme de toute exploitation et renforce lindividualisme.
S. Royal veut battre Sarkozy. Pour faire quoi ? Cest la vraie question mais cest justement celle que le PS et sa candidate se gardent bien daborder. Aucune proposition pour changer la société française en profondeur et pour cause puisque le PS ne veut pas la changer. Elle nenvisage nullement de frapper les grands groupes industriels qui règnent sur notre pays. Au contraire, elle veut « donner de lagilité aux entreprises, notamment celles qui sont confrontées à la concurrence mondiale » et « réconcilier les français et lentreprise ». Elle aussi poursuivra sans relâche la réduction de la dette publique.
Le capital peut être tranquille, avec S. Royal comme avec Sarkozy il sera assuré dune équipe au pouvoir qui continuera à servir ses intérêts.
Ajoutons rapidement que Bayrou le 3ème homme, veut rassembler la droite et la gauche qui « arriveront ensemble à relancer léconomie nationale et à améliorer la situation sociale ». Lexemple à suivre serait celui de lAllemagne où socialistes et droite gouvernent ensemble, le résultat est paraît il très positif ! S. Royale envisage de confier à Bayrou des postes ministériels ! Une chose est sûre : Avec Sarkozy ou avec S. Royal comme président( e) les attaques contre les salariés et le peuple vont se multiplier. Malheureusement les travailleurs ne sont pas en mesure aujourdhui den arriver à cette conclusion. La disparition de ce grand parti révolutionnaire davant-garde quétait le PCF se fait cruellement sentir dans notre pays. Ce type de parti, il faut le reconstruire, un grand parti de la classe ouvrière et du salariat, un parti qui base toute son activité sur une analyse de classe de la société et qui se détermine en toutes circonstances à partir de là.
Cest ce que nous efforçons de faire avec COMMUNISTES.
Tous les partis à la gauche du PS, les centrales syndicales (plus ou moins clairement) appellent à voter socialiste pour battre Sarkozy. Nous pas !
Nous savons que notre position est loin dêtre approuvée actuellement mais nous savons avant tout que le rôle dune avant-garde révolutionnaire est de montrer le chemin de la lutte contre le capital quelle quen soient les difficultés ( aujourdhui elles sont de taille). Nous ne cautionnerons jamais une union sans principe tournant le dos à la lutte de classe. Un parti se structurant autour du Marxisme-léninisme, un parti de classe uni dans la lutte contre lennemi de classe, voilà le type de parti qui répondra aux défis du 21 siècle ! Cest ce parti que nous construisons dans notre pays.
Demain 6 mai, comme nous lavons fait au premier tour, nous appelons à déposer dans lurne un bulletin intitulé « COMMUNISTES » appelant à balayer tout ça. Il va falloir agir, lutter, se rassembler, pour bloquer ce qui se prépare et imposer la satisfaction de nos revendications. De grands changements comme ceux du Front populaire, de la Libération et dans une moindre mesure celui de 1968, ont résulté de laction des grandes masses populaires, unies pour faire aboutir leurs revendications.
Bien entendu nous nen sommes pas là aujourdhui mais il reste que la seule force qui dans les conditions actuelles empêchera la progression de la politique capitaliste cest comme par le passé, celle des travailleurs et du peuple. Nous le vivons dailleurs tous les jours quand nous apprenons que dans telle entreprise, sur tel chantier, dans tel établissement scolaire, des revendications ont été arrachées et des attaques patronales tenues en échec.
Aux élections législatives du mois prochain nous aurons des candidats dans 70 circonscriptions. Chaque candidat disposera dune circulaire officielle expédiée à tous les électeurs, ce qui nous permettra de nous adresser à environs cinq millions de foyers. Dans les circonscriptions où nous naurons pas de candidats nous mettrons à la disposition des camarades un bulletin de vote « COMMUNISTES » avec un texte, qui pourra être distribué partout.
Cette période est favorable à des prises de contacts que nous organisons dans des entreprises, des quartiers, des établissements scolaires, sur les marchés etc Nous avons des points de rencontre où lon discute et diffuse notre matériel de propagande, où lon propose ladhésion.
Cher (es) camarades,
Je termine en saluant fraternellement tous les participants et observateurs à votre Séminaire Communiste International 2007.