« Validité et actualité de la Révolution d'Octobre 1917 pour le 21ème siècle »
Bruxelles, 4-6 mai 2007
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Le XXIe siècle et les leçons d'octobre 1917
par Ludmil KOSTADINOV
Parti communiste de Bulgarie (KPB)
Dans les conditions de l’impérialisme du début du 21e siècle, la révolution prolétarienne socialiste est inévitable. Mais pour qu’elle soit victorieuse, elle doit être préparée et guidée par le prolétariat le plus avancé et son parti communiste.
La connaissance des leçons de la Révolution socialiste d’Octobre 1917 est une des plus importantes conditions pour la réussite de cette tâche assignée au prolétariat et son parti communiste. Il nous semble que parmi ces leçons, il faut relever trois points développés par Lénine, dont les conclusions ne se sont pas démenties durant les 90 dernières années:
1. Le développement inégal des pays capitalistes sous l’impérialisme et la possibilité de victoire du socialisme
2. La transformation de la révolution anti-impérialiste en révolution socialiste;
3. La possibilité de victoire du socialisme dans un seul pays, dans les conditions d’encerclement capitaliste.
1. Le développement inégal des pays capitalistes sous l’impérialisme et la possibilité de victoire du socialisme
Le passage de système économique capitaliste au socialisme ne peut intervenir au même moment dans les différents pays. C’est une des plus importantes conclusions de Lénine, confirmée entièrement durant les 90 dernières années. Ce passage intervient progressivement, à des périodes différentes. C’est pourquoi il occupe une période historique entière.
Cette particularité du processus historique est définit par la loi du développement économique et politique inégal des pays capitalistes. Cette loi, concernant en principe la société capitaliste, avait été découverte par Marx dans la première phase du capitalisme (la phase concurrentielle). Elle se base sur le fait, qu’il est impossible d’avoir un développement économique égal et harmonieux, dans les conditions de domination de la propriété privée des moyens de production sous le capitalisme, avec une concurrence exacerbée entre entreprises et une production industrielle anarchique, aux rythmes accélérés. En conséquence, certains pays devancent dans leur développement économique les autres.
A l’époque de Lénine, le monde est déjà partagé en colonies entre les grandes puissances. Le capitalisme est, depuis la crise de 1900, définitivement entré dans la phase impérialiste, caractérisée par la concentration de la production dans les mains d’un nombre restreint de monopoles et un capitalisme étatique à leur service. La concurrence est entre Etats. Dans les conditions de l’impérialisme, le développement inégal mène au repartage du monde entre Etats-grandes puissances.
Ce repartage du monde n’est possible que par la guerre, ce qui mène à des conséquences particulièrement lourdes et catastrophiques: les guerres impérialistes mondiales - inévitables sous l’impérialisme. C’est pourquoi, au 20e siècle, nous avons été témoins à des guerres, jamais vues dans l’histoire, par leur ampleur, leur échelle, le nombre des victimes et des destructions provoquées, les moyens techniques perfectionnés étant mis au profit des intérêts impérialistes des Etats les plus développés.
Durant tout le 20e siècle, en quelques deux à trois décennies, nous avons été témoins d’une profonde redistribution des forces dans le monde. Car, suite au développement rapide des sciences et des technologies, le rapport des forces, et en premier lieu, le rapport de la puissance militaire des pays impérialistes se modifie sur une période très courte. De nouvelles coalitions d’Etats se forment. Ils naissent de nouveaux prétendants à la domination mondiale.
Depuis la décolonisation de la deuxième moitié du 20e siècle, les grandes puissances se disputent le repartage du monde en sphères d’influence, toujours dans le but d’exploiter encore plus dans le monde entier, les peuples et leurs richesses naturelles. A l’époque du développement extraordinaire des puissances militaires, cette concurrence, de nouveau, ne peut être résolue que par la guerre.
La théorie de Kautsky de "l’ultra-impérialisme", qui prédisait au début du 20e siècle, la création d’un unique "super-monopole" mondial, qui contrôlerait toute l’économie mondiale et supprimerait les crises économiques et les guerres, ne s’est pas confirmée. Avec les deux guerres mondiales et avec les tentatives, dont nous sommes témoins dès la deuxième moitié du 20e siècle et au début du 21e siècle, des Etats-Unis d’Amérique pour assurer leur superpuissance dans l’armement stratégique nucléaire, concevant la possibilité de victoire dans une guerre nucléaire, démontrent chaque jour l’inconsistance de cette théorie.
Les guerres, pour piller les pays les plus faibles et les plus arriérés - guerres locales, et surtout la guerre mondiale - pour anéantir les principaux concurrents impérialistes, restent toujours pour le capital, même au 21e siècle, le moyen le plus efficace pour s’assurer les profits maximaux, vitaux pour le capital à l’époque de l’impérialisme.
Et il sera ainsi, tant que l’impérialisme existe.
Mais de son côté, la guerre mène à l’affaiblissement du capitalisme mondial et facilite la possibilité de victoire du socialisme dans un certain nombre de pays. Il s’est avéré que les maillons faibles où se brise la chaîne de l’impérialisme, ne sont pas les pays capitalistes les plus développés et les plus forts, mais les pays où les contradictions provoquées par l’impérialisme sont les plus aiguës, et ou sont combinées avec la naissance d’une situation révolutionnaire. Le plus souvent ce sont des pays plus faibles, plus arriérés, dépendants et semi-coloniaux, où les souffrances des peuples exploités sont encore plus insupportables que dans les pays riches.
Il serait, bien sûr, erroné d’affirmer que la révolution peut réussir uniquement dans les pays moins développés. Pour arriver à la révolution socialiste, il est nécessaire d'avoir un certain développement du capitalisme, l’existence d’un prolétariat industriel, et surtout, un parti marxiste-léniniste, qui a déjà mené des luttes de classe sérieuses.
2. Transformation de la révolution anti-impérialiste en révolution socialiste
La possibilité de révolution dans les pays faibles et arriérés pose la question de son contenu. Lénine a développé la théorie de l’évolution des révolutions démocratiques bourgeoises en révolutions socialistes. Cette possibilité a une signification décisive pour le succès de la révolution dans les pays arriérés, avec un prolétariat de faible importance.
En Russie, la bourgeoisie russe et l’impérialisme occidental soutenaient le tsarisme et les restes du féodalisme, formant un camp uni réactionnaire. C’est pourquoi la lutte du peuple contre le tsarisme (révolution démocratique bourgeoise) s’est confondue avec la lutte contre le capitalisme (révolution socialiste). Le prolétariat, relativement peu nombreux, a occupé un rôle dirigeant dès le début de la révolution et avait des alliés puissants dans les rangs des couches petites-bourgeoises, et surtout, dans les rangs des paysans, qui étaient la grande majorité de la population en Russie. En 1917, la transformation de la révolution démocratique bourgeoise en révolution socialiste était rapide, sans longue période de domination de la bourgeoisie (de février à octobre 1917).
Plus tard, à la suite de la Seconde guerre mondiale, la transformation de la lutte de libération nationale vers la révolution socialiste victorieuse a été réalisée dans un grand nombre de pays victimes de l’agression impérialiste, des pays dépendants ou des colonies. Dans ces pays, la base sociale de la révolution nationale-libératrice était encore plus large, et comprenait aussi la bourgeoisie nationale, qui était également touchée par la domination étrangère. Des fronts unis nationaux se créaient, théorisés et impulsés par Georges Dimitrov et l’Internationale Communiste. Les fronts unis étaient dirigés par le prolétariat qui, à cette première étape, élaborait la tactique de la libération nationale.
Cette expérience est particulièrement précieuse aujourd’hui, car la fusion de la lutte de libération nationale et la lutte pour le socialisme s’est avérée la voie la plus juste et la plus efficace vers la victoire de la révolution socialiste.
Les partis communistes dans les pays occupés, dépendants, menacés ou victimes de l’agression impérialiste, doivent étudier attentivement, et profiter de l’expérience des révolutions démocratiques nationales et des fronts unis, et édifier sur cette connaissance leurs stratégie et tactiques.
La place et le rôle que le prolétariat et son parti gagneront dans la lutte de libération nationale seront décisifs pour la victoire. S’ils cèdent le rôle dirigeant à la bourgeoisie nationale, la révolution, dans le meilleur des cas, va aboutir à la victoire de la bataille pour l’indépendance du pays. Ensuite, la voie s’ouvre à la transformation de la révolution nationale en révolution socialiste.
3. La possibilité de victoire du socialisme dans un seul pays, dans les conditions d’encerclement capitaliste
La victoire de la révolution dans un seul pays, et surtout s’il est arriéré, dépendant ou ancienne colonie, pose la question de la possibilité de victoire du socialisme dans un seul pays, dans les conditions d’encerclement capitaliste. L’expérience de l’édification du socialisme durant les 90 dernières années donne une réponse claire à cette question.
Il n’y a aucun doute que la société socialiste peut être édifiée avec succès dans un seul pays, et non seulement dans le cas de grands pays avec beaucoup de ressources naturelles et humaines, comme la Russie et la Chine, mais aussi dans des pays petits, arriérés et pauvres en ressources naturelles, comme le Vietnam, la Corée, le Cuba, la Bulgarie, l’Albanie, etc. D’autant plus qu’en comparaison avec leur développement dans les conditions du capitalisme, l’édification du socialisme dans ces pays mène à un développement accéléré et stable dans tous les domaines - l’économie, la science, l’éducation, la santé, la culture, le sport, etc. En plus, le socialisme, malgré les inévitables dans les conditions d’encerclement capitaliste défauts et erreurs, assure la stabilité et la sûreté sociales, qui ne sont pas dans les capacités des pays capitalistes même les plus développés. Et tout cela est obtenu sans recourir au pillage de la majorité de l’humanité, comme le fait le capital des quelques pays avancés, et sans allumer les feux de guerres sans fin.
Dans le même temps, il a été prouvé qu’un grand danger existe pour le socialisme. Tant que le capitalisme existe dans la plus grande partie du monde et en premier lieu, dans les pays capitalistes développés, la victoire du socialisme n’est ni garantie contre la restauration du capitalisme, ni définitive.
Il s’est avéré que le plus grand danger pour les pays édifiant le socialisme, n’est pas l’intervention militaire. Dans une confrontation frontale avec les agresseurs impérialistes, les pays socialistes gagnent immanquablement la victoire. La victoire de l’Union Soviétique sur l’Allemagne hitlérienne avait une portée historique mondiale. La Corée et le Vietnam se sont défendus victorieusement contre l’agression américaine. L’URSS a réussi à arriver à la parité militaire avec la puissance impérialiste la plus importante, les Etats-Unis d’Amérique, aussi bien dans le domaine des armes conventionnelles que dans les armes nucléaires, tout en développant son économie avec des rythmes dépassant de loin le capitalisme.
Aujourd’hui, au début du 21e siècle, la Chine démontre aussi des rythmes élevés de développement, tout en stabilisant rapidement son potentiel militaire de défense. Même la petite Corée réussit à créer, avec ses propres moyens, un potentiel militaire puissant, y compris nucléaire, barrant ainsi la route des tentatives d’agression.
Le problème de l’embargo économique – une des armes les plus puissantes et les plus impitoyables de l’encerclement capitaliste - n’est pas incontournable non plus. Même un petit pays aux portes des Etats-Unis – à 90 miles des Etats-Unis, avec des dimensions et des ressources limitées – le Cuba a survécu à l’embargo, grâce au socialisme.
Le principal danger, inattendu pour la nouvelle société, s’est situé dans la sphère idéologique. Les partis communistes de l’Europe de l’Est ont essuyé une lourde défaite dans la lutte idéologique, qui a mené à la restauration du capitalisme. Tous les pays qui prennent la voie du socialisme, doivent être vigilants et tenir compte de ce très grave danger.
La disparition du danger de restauration du capitalisme, en fin de compte, ne peut subvenir qu’avec la disparition des pays impérialistes. Et ces derniers ne disparaîtront qu’à la suite des révolutions socialistes réussies.
L’expérience des succès et défaites des pays socialistes durant les 90 dernières années nous permet de tirer les conclusions suivantes :
Aujourd’hui, dans les conditions de l’impérialisme du début du 21e siècle, la victoire de la révolution prolétarienne socialiste est inévitable.
Elle se réalisera par la séparation successive du système de l’impérialisme d’un nombre de plus en plus important de nouveaux pays.
Dans ces révolutions, le prolétariat aura comme alliés, pour constituer des fronts unis de lutte, toutes les victimes de l’oppression nationale et de classe de l’impérialisme.
La victoire de la révolution et de l’édification du socialisme a besoin d’un parti communiste fort, connaissant la théorie scientifique marxiste-léniniste, et suivant l’exemple de l’expérience de l’édification du socialisme dans une grande partie du monde.
Y a-t-il un modèle de la révolution socialiste? Lénine l’a développé :
"Du fait de son émigration imposée par le tsarisme, la Russie s’est trouvée dans la seconde moitié du 19e siècle infiniment plus riche en relations internationales, mieux renseignée qu’aucun autre pays sur les formes et les théories du mouvement révolutionnaire dans le monde entier.(…) L’expérience a prouvé que dans certaines questions très essentielles de la révolution prolétarienne, tous les pays passeraient inévitablement par où est passée la Russie."
Quelles sont les tactiques et les méthodes de ce "modèle"?
"Les bolchéviks commencèrent leur lutte victorieuse contre la République parlementaire, bourgeoise, et contre les menchéviks, avec une extrême prudence; ils l’avaient préparée avec infiniment de soin, contrairement à l’opinion assez répandue aujourd’hui (1920) en Europe et en Amérique. Au début de cette période (février 1917), nous n’avons pas appelé à renverser le gouvernement… Nous n’avons pas proclamé le boycottage du parlement bourgeois, de la Constituante; mais nous avons dit, au nom du Parti, dès avril 1917, qu’une république bourgeoise avec une Constituante valait mieux que cette même république sans Constituante, mais qu’une République "ouvrière et paysanne" soviétique valait mieux qu’une république démocratique bourgeoise, parlementaire. Sans cette préparation prudente, minutieuse et persévérante, nous n’eussions pu ni remporter la victoire en octobre 1917, ni maintenir cette victoire. (…)
"En vérité, le marxisme, seule théorie révolutionnaire juste, la Russie l’a payé d’un demi-siècle de souffrances et de sacrifices inouïs, d’héroïsme révolutionnaire sans exemple, d’énergie incroyable, d’abnégation dans la recherche et l’étude, d’expériences pratiques, de déceptions, de vérification, de confrontation avec l’expérience d’Europe. (…)
"Les Soviets (conseils populaires) sont nés en 1905 …, (d’où) est née l’idée d’un pouvoir des Soviets. (…) Sans la "répétition générale" (de la révolution) de 1905, la victoire de la Révolution d’Octobre 1917 eût été impossible."… (Lénine – La maladie infantile du communisme – le "gauchisme", 1920. /le souligné est par Lénine/)
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