Contribution au 15ème Séminaire communiste international
« Expériences passées et présentes dans le mouvement communiste international »
Bruxelles, 5-7 mai 2006
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Thèses: L'Internationale communiste et le Parti Communiste Bolchévique Russe et Soviétique
1919-1943

Parti Communiste de l'Union Soviétique

 

 

Auteurs de l’article :
Oleg Chénine, président du Parti Communiste de l'Union Soviétique
Vladimir Tolstikov, secrétaire du Comité central du PCUS

Le thème des relations mutuelles du Komintern et du Parti Communiste Russe - Soviétique (Bolchevique) est excessivement varié et complexe. Les thèses actuelles sont un résumé du colossal travail de recherche déjà réalisé.

Dans l'époque des divergences et chancellements, la forme théorétique de la lutte des classes du prolétariat passe au premier plan. Friedrich Engels

La grande révolution socialiste d’octobre, a modifié profondément la situation dans le mouvement ouvrier international. Le combat pour l’Internationale communiste entrait dans une nouvelle phase.

Vladimir Lénine a commencé à réunir des forces pour la création de l’Internationale communiste immédiatement après le début de la 1ère guerre mondiale de 1914-1918. Les prémisses de la création du Komintern étaient la victoire évidente du marxisme-léninisme sur le réformisme dans le mouvement ouvrier international et la croissance puissante du mouvement révolutionnaire dans le monde entier, qui a débuté sous l’influence de la révolution d’Octobre et a conduit à la formation des partis communistes dans une série de pays.

Le premier congrès, constitutif, du Komintern a eu lieu du 2 au 6 mars 1919. A ce congrès se réunissaient des représentants de 30 partis communistes et d’organisations socialistes de gauche. Le congrès fut dirigé par le chef du prolétariat mondial V. Lénine.

Il y a eu en tout 7 congrès du Komintern et tous furent tenus à Moscou.

Le 1er congrès des partis communistes créa la 3ème Internationale communiste, entérina les thèses de Lénine sur la démocratie bourgeoise et la dictature du prolétariat, confirma la plate-forme du Komintern et s’adressa aux prolétaires du monde entier avec un Manifeste appelant à une lutte résolue pour la dictature du prolétariat, pour la prise du pouvoir par la classe ouvrière.

La création du Komintern fut une grande victoire du marxisme-léninisme sur la social-démocratie. Toutes le meilleures forces révolutionnaires du prolétariat international se rassemblèrent sous la drapeau de l’internationalisme communiste. Une puissante montée révolutionnaire se produisit en Europe occidentale, des grèves massives se transformèrent en affrontements armés avec la bourgeoisie. La lutte de libération nationale des peuples coloniaux commença à se développer.

L’œuvre de V. Lénine "Le gauchisme: maladie infantile du communisme", sorti en mai 1920, a eu une énorme importance pour la croissance idéologique des jeunes partis communistes.

Lénine appelait son œuvre : « L'expérience d’un entretien populaire sur la stratégie et la tactique marxiste ». Ce livre est le meilleur guide en stratégie et tactique du léninisme, il expose la science de la direction de la lutte révolutionnaire du prolétariat, et l’expérience des grandes révolutions. Pour la révolution, écrivait V.I. Lénine, il ne suffit pas que les masses exploitées et asservies aient pris conscience de l’impossibilité de vivre comme avant et qu’elles exigent des changements. Pour la révolution il est nécessaire que les exploiteurs ne puissent vivre et régner comme avant, la révolution est impossible sans crise générale nationale ( qui touche et les exploités, et les exploiteurs). Et deuxièmement. Afin que toute la classe ouvrière et les larges masses de travailleurs participent à la révolution, il ne suffit pas de propagande et d’agitation. Pour cela ces masses ont besoin de leur propre expérience politique.

Lénine critiquait sans pitié la phraséologie de « gauche », l’approche dogmatique des tâches révolutionnaires, et le refus de faire le travail parmi de larges masses. Il faut avant tout gagner l’avant-garde du côté du communisme, apprenait Lénine, mais on ne peut vaincre avec l'avant-garde seulement. L’avant-garde révolutionnaire du prolétariat, les partis communistes doivent gagner à leur côté la majorité de la classe ouvrière, les masses de travailleurs. Il faut savoir attirer les masses à la révolution, en les enseignant habilement sur la base de leur propre expérience communiste, en tenant compte des particularités nationales et étatiques concrètes. La stratégie et la tactique des partis communistes doivent être souples au maximum. Les partis doivent maîtriser tous les moyens et formes de lutte : l’art du soulèvement armé et l’usage révolutionnaire des syndicats et des parlements les plus réactionnaires. Ils doivent combiner habilement le travail illégal et légal. Ils doivent attaquer courageusement, sans crainte, et se retirer calmement, de façon organisée, louvoyer, conclure des compromis pratiques « même avec le diable », savoir utiliser tous les tiraillements, conflits, querelles et divergences dans le camp de l’ennemi : remplacer rapidement et de façon abrupte une forme de lutte par une autre, quand la situation l’exige.

Ainsi commença l’histoire remarquable, quasi d’un quart de siècle, de l’Internationale communiste.

Du 19 juillet au 7 août 1920 eut lieu le 2ème congrès du Komintern, auquel participèrent les représentants des partis communistes et autres organisations ouvrières de 41 pays. Le congrès démontra la croissance très forte de l’influence de l’Internationale communiste dans le mouvement communiste international.

Le congrès entendit le rapport de V.I. Lénine sur la situation internationale et les objectifs de base de l’International communiste, les discours de Lénine sur le rôle du parti communiste et sur les conditions d'admission dans l’Internationale communiste. Le congrès approuva les historiques 21 conditions d'admission au Komintern, et aussi les Statuts du Komintern. Les conditions et les Statuts furent fondés sur l’enseignement de Lénine sur le parti d’un type nouveau. Ils jouèrent un rôle énorme dans la formation des partis révolutionnaires marxistes et leurs cadres dans la lutte contre l’opportunisme, et dans le développement réussi du mouvement communiste international.

Des décisions furent adoptées sur des questions agraires et coloniales nationales, dont les thèses furent aussi rédigées par V.I.Lénine.

Les documents historiques du 2ème congrès orientèrent les partis communistes vers la conquête de réserves de révolution prolétarienne sous la forme de la paysannerie travailleuse et des peuples coloniaux asservis par l’impérialisme.

Créé à l’initiative et avec la participation active du Parti communiste russe (bolchevique) et personnelle de V.I.Lénine, le Komintern fut, depuis les premiers jours de son existence, étroitement liée à la Russie soviétique et au Parti communiste russe sur le plan idéologique, politique et organisationnel. Etant, selon les Statuts du Komintern, une partie du Komintern, le Parti communiste russe (bolchevique) et plus tard le Parti communiste de toute l'Union soviétique (bolchevique), était le seul parti au pouvoir, et aussi le parti qui possédait le potentiel idéologique et politique le plus puissant dans le mouvement communiste mondial. L’existence même du Komintern, le succès de son action dépendait directement des destinés du pays des Soviets, de ses possibilités et capacités. Ceci conditionnait la place particulière du PCR(b) dans le Komintern comme la force la plus influente, déterminant tous les aspects de son action.

Naturellement, le Komintern n’occupa jamais, et ne pouvait pas occuper, des positions opposées aux intérêts de l’ URSS et du PCR(b) - PCUS(b). Son activité se déroulait dans la politique extérieure soviétique. En plus, cette activité reflétait chaque jour le fait indiscutable que le Komintern, comme union des partis communistes du monde entier, comme mouvement communiste international, dirigeait des masses de millions de gens de la classe ouvrière et d’autres couches de travailleurs. Grâce à la direction du Komintern, les partis communistes de nombreux pays, exprimant les intérêts des travailleurs, luttant pour eux, s'implantaient profondément dans la vie socio-politique de leurs pays et ils jouaient un rôle toujours croissant dans leur vie sociale.

Tout cela permit au partis communistes d’apporter activement dans le mouvement ouvrier des tendances radicales, ce qui fortifia leur vitalité et servit à son tour comme base du renforcement de leur indépendance dans les rangs de l’Internationale communiste.

Il est important de remarquer que le PCR(b), comme règle, n’examinait pas les questions concrètes de la lutte socio-économique et des revendications quotidiennes des différents partis communistes, ce qui tombait pratiquement entièrement sous la compétence du Komintern et des partis communistes concernés.

Le caractère et le mécanisme des relations mutuelles entre le Komintern et le Politburo du CC du PCR(b) se modifiaient en dépendant de nombreux facteurs, dont les événements sur la scène internationale et dans les différents pays capitalistes importants, et dans leurs partis communistes.

Pendant la première période d’activité du Komintern à laquelle se rapportent généralement les années 1919-1921, le PCR(b) s’occupa beaucoup des questions de la formation de l’Internationale communiste même, de la démarcation dans le mouvement ouvrier international, et de la formation des partis communistes sur base de l’aile gauche de la social-démocratie.

Pendant ces années, beaucoup d'affaires du Komintern se décidèrent au travers de la participation directe de V. I. Lénine et des autres membres du Politburo du Comité central du PCR(b). Les documents témoignent du rôle décisif de la direction du parti communiste russe dans l’élaboration des documents fondamentaux de la stratégie et de la tactique du Komintern, en particulier dans l’élaboration des conditions d’admission au Komintern, de ses Statuts et d’autres décisions du IIème congrès, poursuivant le but de ne pas admettre dans ses rangs les sociaux-démocrates et les centristes.

Une place importante dans l’activité de la direction du PCR(b) pendant ces années fut occupée par les discussions avec les partis socialistes de gauche d’Italie, de France, avec le Parti social-démocrate indépendant d’Allemagne et d’autres.

Dans cette période les questions organisationnelles et des cadres du Comité Exécutif de l’Internationale communiste (CEIC) se trouvaient entièrement aux mains du PCR(b). Le 1er Congrès du Komintern décida, sur proposition du parti communiste russe, que les partis communistes importants devaient envoyer leurs représentants dans le Comité Exécutif, mais que « jusqu’à l’arrivée des représentants venant de l'étranger, les camarades du pays où se trouve le comité exécutif, portent sur eux la charge du travail ».

Sur base de cette résolution, le Politburo et le bureau organisationnel du Comité central du PCR(b) déterminaient la composition du Bureau restreint du CEIC, du secrétariat du CEIC et des autres organes du Komintern. A partir de ce temps là et jusqu’à la dissolution du Komintern, tous ses cadres responsables furent élus ou furent nommés avec l’accord obligatoire de la direction du PCR(b). S’occupant des affaires des partis communistes, le Politburo du Comité central du PCR(b) accordait une attention spéciale à la composition de ses organes directeurs. Par exemple, le règlement du conflit interne dans le Parti Communiste de Finlande, qui aboutit en août 1920 à un affrontement armé et à l’assassinat de plusieurs membres du Comité central, exigeait des efforts importants de la part du PCR(b).

Au cours des années 20, le CEIC et le Parti Communiste Russe s’occupèrent plus d’une fois de la situation dans le Parti Communiste de Corée, essayant d’éviter les divergences entre les groupes existant dans son sein et de les unir. Mais la lutte de fractions dans le Parti Communiste de Corée continua, et en 1928 le CEIC a dissout ce parti.

Le financement de toutes les activités du Komintern se fit sur le compte des ressources du PCR(b) – PCUS(b) et de la caisse d’Etat. Moscou couvrit aussi les dépenses importantes des partis communistes pour financer leur appareil, l’édition de leurs journaux et de leur littérature, la tenue de congrès, de conférences et d’autres activités. Des moyens importants furent attribués pour la formation et l'équipement des partis communistes, pour l’acquisition de maisons d'éditions, d'imprimeries, etc.

Des dépenses très importantes furent supportées par le PCR(b) pour la tenue de congrès et autres activités importantes du Komintern. Ce fut un fardeau lourd, si on tient compte de la désorganisation et de la ruine de la Russie par la guerre et l’intervention étrangère. On voit par exemple dans les documents, que les questions de logement et d'alimentation des délégués du 2ème Congrès furent examinées même à plusieurs reprises aux séances du Politburo du Comité central du PCR(b).

Durant l'été 1920, le Komintern tenta « d’aider à la soviétisation de la Pologne », « de tâter l’Europe à la baïonnette ». V.I. Lénine nomma cette tentative, dans le rapport à la 9ème conférence du PCR(b), un passage de la politique de défense de la Russie soviétique à une politique offensive, « un tournant dans toute la politique mondiale ». En fait, cette tentative était un exemple d'une politique irréaliste, basé sur des attentes révolutionnaires subjectives, conduisant à la défaite. Mais d’énormes moyens matériels et techniques y furent dépensés.

Après cette tentative suivit une période, connue comme passage « de la tempête au siège » (1921-1922). Cette période se caractérisa par la tendance de se libérer des représentations révolutionnaires utopiques, et de placer au centre de la lutte la tâche de gagner la majorité de la classe ouvrière et de tous les travailleurs au côté des partis communistes. Une âpre discussion de la part des partisans « de la théorie de l’intervention » constitua l’essentiel des discussions et des décisions prises par le IIIème Congrès du Komintern (juin-juillet 1921). V.I. Lénine, qui l'année précédente était encore intervenu pour des actions offensives, rejeta les conseils gauchistes du Parti communiste français. Le Politburo du Comité central du PCR(b) repoussa toutes les tentatives des tendances de gauche d’apporter leurs amendements dans les thèses du IIIème Congrès, qui de l’avis du PCR(b) étaient déjà un compromis, au-delà duquel il ne fallait pas aller.

Le IIIème Congrès du Komintern posa la tâche du développement d'un travail approfondi, à long terme, des partis communistes dans les masses, de la lutte pour la conquête de la majorité de la classe ouvrière. Le congrès entendit aussi le rapport de V. I. Lénine sur le passage à la nouvelle politique économique de la République soviétique.

Tout cela n’affaiblit pas, en aucune mesure, « la poussée révolutionnaire » sur le monde ancien. Dans une série de pays (Allemagne, Bulgarie, Pologne et d’autres) se déroula en 1923 la dernière vague des manifestations révolutionnaires d’après guerre. Des démarches particulièrement importantes furent entreprises par le Politburo du Comité central de la PCR(b) pour soutenir « la révolution allemande ». En septembre 1923 fut même adoptée une résolution spéciale du plénum du Comité central de la PCR(b) – « Future révolution allemande et missions du PCR(b) » - un vaste document constituant un exemple d’utopie et d’impatience révolutionnaire, lié en plus à la possibilité d’une guerre des puissances européennes contre la Russie soviétique. Pour "diriger la révolution" en Allemagne, quelques membres du Comité central du PCR(b) y furent même envoyés.

En réponse au coup d’Etat réactionnaire en Bulgarie, voulant favoriser le développement de la révolution mondiale, le Politburo du Comité central du PCR(b) accorda une aide en armement aux insurgés dans ce pays en septembre 1923.

Les appels à "la liquidation accélérée du système capitaliste dans le monde entier" arrivèrent aussi de Chine. Envoyé à l’automne 1923 par Sun Yatsen à Moscou, Tchiang Kai-Chek essaya de convaincre la direction du PCR(b) à accorder "une grande aide directe" à la révolution de libération nationale en Chine, où la victoire "était déjà proche".

Après l’échec des actions en automne 1923, le Politburo du Comité central du PCR(b) et le Komintern réexaminèrent de nombreuses orientations précédentes gauchistes et sectaires.

En premier lieu cela concerna les questions du gouvernement ouvrier et ouvrier – paysan, les étapes de transition de la lutte, la possibilité d’une union avec la social-démocratie de gauche, la tactique d’un front uni et autres. Tout cela eut un rapport direct avec les grandes luttes de classe en Allemagne (révolte des travailleurs de Hambourg), en Bulgarie, en Pologne et dans d’autres pays européens entre les IVème et Vème congrès du Komintern.

Déjà dans les premières années de son existence, le Komintern - comme le PCR(b) - avait affaire à la contradiction liée au fait que d’un côté, la Russie soviétique lançait l’idée de la révolution mondiale, et la propageait activement parmi les communistes et les travailleurs de différents pays, mais que d’autre part, vivant dans un environnement capitaliste, elle devait mener une politique de coexistence pacifique. Après la fin de la guerre civile et de l’intervention étrangère, il était indispensable de développer des relations économiques et commerciales avec les pays capitalistes, afin de relever l’économie détruite.

Le Politburo du Comité central du PCR(b), examinant ces deux objectifs, trouva une issue assez habile pour sortir de cette situation. Pour le monde extérieur on proclamait une répartition des sphères d’activité - avant tout en politique extérieure - entre l’Etat soviétique et le Komintern, comme une organisation menant un travail autonome d’agitation et de propagande pour lequel l’Etat soviétique ne portait pas de responsabilité. On procéda à une répartition des fonctions et des moyens de liaison, entre les représentants diplomatiques de la Russie soviétique et les agents du Komintern.

Le 21 janvier 1924, V. I. Lénine mourut après une longue et grave maladie. La mort du leader et du maître porta un coup terrible au parti bolchevique, à la classe ouvrière, aux masses des travailleurs de Russie soviétique, aux ouvriers du monde entier.

A la séance de deuil du IIème Congrès des Soviets de l’Union soviétique, le 26 janvier, J.V. Staline fit un serment au nom du parti, dans lequel il disait : "Nous ayant quitté, le camarade Lénine nous a légué la fidélité aux principes de l’Internationale communiste. Nous le jurons, camarade Lénine, que nous n’épargnerons pas notre vie pour renforcer et élargir l’Union des travailleurs du monde entier - l’Internationale communiste ».

Toute l’action ultérieure du Parti Communiste de l'URSS (bolchevik), dirigé par Joseph Staline, témoigne clairement de ce que le serment au leader du parti des Bolcheviques fut accompli avec honneur.

Dans la période de stabilisation du milieu des années 20 (1924-1928), il devint clair que la perspective révolutionnaire s’éloignait. Le Politburo du Comité central du PCUS(b) concentra une attention particulière sur « les missions préparatoires » dans les questions du Komintern, en particulier sur la mission de « bolchevisation » des partis communistes, sur leur resserrement ultérieur à « l’étalon » du PCUS(b), sur la création dans ces partis d’un centre dirigeant dévoué au Komintern et à l’Union soviétique, sur le renforcement de la discipline internationale dans le Komintern. La plus grande importance était donnée à l'assimilation par ces partis de toute l’expérience bolchevique de lutte pour la victoire et le renforcement du pouvoir soviétique, pour qu’à l’avenir les partis communistes, conduits par le Komintern, seraient capables de diffuser l’expérience soviétique dans d’autres pays.

Cette période se caractérisa par une lutte aiguë de fractions dans le PCUS(b) – contre le trotskisme, ensuite contre « l’opposition unie » et finalement contre « la déviation de droite ». Tout cela exerça une influence importante sur de nombreux partis communistes et sur le Komintern en entier. Dans le parti communiste d’Allemagne et dans une série d’autres partis communistes une crise aiguë se produisit dans la direction.

La situation difficile détermina l'implication du Politburo du Comité central PCUS(b) dans la solution de problèmes du Komintern. Cette transition est caractérisée par le renforcement de la participation directe de la direction du PCUS(b) dans l’examen de pratiquement toutes les questions importantes de la politique du Komintern, depuis la ligne politique de base et les tâches du travail parmi les masses, surtout dans les syndicats, jusqu’à la sélection directe des cadres dirigeants dans les partis communistes.

Le Politburo du Comité central du PCUS(b) et le CEIC ont consacré beaucoup de temps dans ces années au parti communiste allemand, le deuxième en nombre et influence après le PCUS(b). Un groupe d’extrême gauche a pris la direction de ce parti de façon autoritaire, et très vite elle agit contre le Komintern et le PCUS(b). La direction du PCUS(b), avec Staline en tête, initia l’éloignement de ce groupe des fonctions de direction dans le KPD.

Un changement de politique du CEIC et du PCUS(b) fut aussi introduit dans la question bulgare. Encore en mars 1924, le Politburo du Comité central du PCUS(b) appuya la poursuite de la lutte armée contre le régime de Tsankov, mais déjà en juillet de cette année, on arriva à la conclusion que la situation était défavorable pour une révolte, et début 1925 on confirma la résolution du CEIC sur le renoncement à la révolte armée.

En 1926 le CEIC et le Politburo du Comité central du PCUS(b) accordèrent une grande attention à la grève générale en Angleterre, au conflit des mineurs avec les patrons des mines et à l’activité du comité anglo-russe d’unité syndicale. Le PCUS(b) et le Komintern espéraient que la grève anglaise change sérieusement toute la situation en Angleterre et dans le mouvement ouvrier international au profit des communistes. On entreprit des efforts énormes, on distribua des grands moyens pour soutenir les mineurs.

A juger par les dossiers du Politburo du Comité central du PCUS(b), on distribua au total plus de 10 millions de roubles d’or aux mineurs anglais. A l’occasion de la grève anglaise et de son bilan, une lutte acharnée éclata au Politburo du Comité central du PCUS(b), entre la majorité des membres du Politburo avec Staline à la tête, et « l’opposition unie » avec à la tête Trotski et Zinoviev, qui accusèrent Staline, Molotov et d’autres membres du Politburo de déviation de droite. Le conflit se termina par la destitution de Zinoviev du poste de président du CEIC.

A cette époque, le Politburo du Comité central du PCUS(b) examina plusieurs fois la question de la situation dans le Parti Communiste de Pologne, essayant d’aider à résoudre le conflit durable entre « la majorité » et « la minorité de gauche ». On réussit à résoudre le conflit seulement lors d’une séance commune du Politburo du Comité central du PCUS(b) avec les membres de la commission polonaise du CEIC et des représentants des deux tendances dans le parti communiste polonais.

Mais l’attention spéciale du Politburo du Comité central du PCUS(b) à cette époque fut attirée par les affaires chinoises, et la révolution chinoise débutant en 1924. Longtemps, les dirigeants du PCUS(b), et Staline en personne, «responsables pour » la question chinoise, s’efforcèrent de « renforcer les forces internes du mouvement de libération nationale chinoise », « de renforcer le bloc du parti communiste et du Kuomintang », de retenir les révolutionnaires chinois « d’actions prématurées » et de les convaincre de ne pas rompre les relations avec Tchiang Kai-Chek, bien qu’autour de ce dernier les forces de droite commencèrent déjà à ce concentrer. Après le coup d’Etat de Tchiang Kai-Chek, réalisé le 12 avril 1927, fut souligné la nécessité d'aller vers l’union avec le gouvernement de gauche à Wuhan. Le PCUS(b) proposa une aide à Wan Tsin Wei et des crédits, à condition qu'il poursuivrait la politique d'une révolution agraire et s'opposerait à Tchiang Kai-Chek. Dans le CEIC, on essayait d’élaborer l’idée de créer des soviets et des districts de soviets en Chine. Après l’échec de la révolution de libération nationale en Chine, la direction du PCUS(b) et du Komintern recommandèrent au parti communiste chinois de se concentrer sur la tâche de « rassembler les forces » et de les « préparer ». Le Politburo du Comité central PCUS(b) donna l’accord pour la révolte à Canton sur base d’informations sur l’état de préparation à l’action. C’est justement alors que fut envoyé le télégramme avec les mots : « … nous n’avons pas d’objection contre votre proposition et nous conseillons d’agir avec assurance et détermination. »

La politique chinoise fut aussi l’objet de discussions acharnées entre la majorité stalinienne et « l’opposition unie ».

La fin des années 20 signifia une poussée à gauche dans la politique du Komintern, il se développa une campagne contre "l’opportunisme de droite", qui s’accompagna d’épurations de « droitiers » et de « réconciliateurs ».

Dans ces années, I.V. Staline prend une part active à l’élaboration du programme de l’Internationale communiste, des documents se rapportant au travail des Vème et VIème Congrès du Komintern, aux plénums VI à IX du CEIC (questions du travail du Profintern, thèses sur la question nationale – coloniale etc.).

Restaient les problèmes de financement du Komintern et des Partis Communistes, les questions sur la suspension des activités du Parti communiste dans les domaines des services secrets et de la conspiration, et aussi de la suspension des actions, causant du dommage à notre travail diplomatique et gênant les activités des partis communistes concernés.

A cette époque, le CEIC adopta une résolution sur la création d’un parti de révolution populaire en Iran.

De 1919 à 1943 il existait au Komintern, en qualité de section, l’Internationale communiste de la Jeunesse (ICJ) – organisation internationale de masse de la jeunesse,travaillant sous la conduite idéologique et organisationnelle du Komintern. Comme sa principale mission, l'ICJ considérait l’union des larges masses de la jeunesse de divers pays pour la lutte contre la préparation d’une nouvelle guerre par les impérialistes, contre l’exploitation impérialiste, pour les intérêts économiques, politiques et culturels de la jeunesse, pour son éducation dans l’esprit du marxisme-léninisme.

Dès 1921, des organisations de jeunesse ICJ existaient pratiquement dans tous les pays d’Europe, dans de nombreux pays d’Amérique et d’Asie, et leur effectif général dépassait 600.000 membres.

A la veille de la 2ème Guerre mondiale, l'ICJ comptait 56 organisations nationales de la jeunesse communiste. Dans les années de guerre, l'ICJ et ses organisations de jeunesse étaient une réserve de combat du parti communiste et une force active dans la lutte contre le fascisme.

Pendant ses années d’existence, l'ICJ eut 6 congrès, où on examina les questions les plus actuelles du mouvement international de la jeunesse. En 1943, en même temps que la dissolution du Komintern, étant donné l’autonomie renforcée des organisations de la jeunesse communiste, fut aussi dissout l’Internationale de la jeunesse.

L’Internationale rouge des syndicats (Profintern) a existé de 1921 à 1937. C'était l' union internationale des syndicats révolutionnaires, à laquelle participaient les représentants de plus de 50 pays. En accord avec la ligne du 7ème Congrès du Komintern, de 1935 à1937, le Profintern participa activement à l’union du mouvement syndical dans une série de pays.

Le début des années 30 fut caractérisé par une poussée plus forte de la politique du Komintern vers le radicalisme de gauche. Le monde entier était ébranlé par une crise économique profonde et ses conséquences, et chez les partisans de la révolution mondiale surgissaient à nouveau des espoirs de l'approche « d’un assaut de l’ordre capitaliste ». Le Politburo du Comité central du PCUS(b) orienta le Komintern vers la préparation de tous les aspects de cet assaut, en particulier vers une accentuation de l'attaque des partis communistes contre la social-démocratie, vers la lutte des communistes et des syndicats révolutionnaires pour la direction indépendante des luttes économiques, vers leur transformation en actions politiques.

Plus tard, on a considéré cette dernière orientation comme une erreur du PCUS(b) et du Komintern, causée par une profonde hostilité vis à vis de la social-démocratie, une sous-estimation évidente des revendications démocratiques et des contradictions principales entre fascisme et social-démocratie. La politique gauchiste et l'attaque accentuée contre la social-démocratie conduisirent à la sous-estimation du danger réel du fascisme.

Il faut toutefois remarquer ici, qu’en propageant qu'« un nouveau cycle de révolutions et de guerre » se rapproche, la direction du PCUS(b) et le Comité exécutif du Komintern ne donna jamais de directives concrètes sur le passage aux « combats décisifs », et témoigna de modération et de sang-froid.

Les dirigeants du PCUS(b) et du Komintern voyaient naturellement la menace croissante du fascisme, et avertissaient continuellement à ce sujet, ils s’efforçaient d’organiser les masses contre le fascisme, comme détachement de choc de la réaction. Dans une résolution adoptée sur proposition de J.V.Staline par les délégués du PCUS(b) au CEIC, on soulignait la nécessité « d’une lutte énergique et continue contre les nazis». Cette résolution était le début de l’élaboration d’un "programme de libération sociale et nationale du peuple allemand", promulgué par le Parti Communiste Allemand le 24 août 1930.

Ici on posa pour la première fois la question de la lutte contre la démagogie nationaliste des hitlériens, et on donna au peuple allemand un éclaircissement sur ce qu'étaient les intérêts nationaux réels. Toutefois, malgré certaines actions dans la lutte antifasciste, dans ces années on ne trouva pas de voie efficace vers une union de toutes les forces antifascistes.

Selon le Politburo du Comité central du PCUS(b) et le Komintern, la menace de guerre augmentait de pair avec le danger fasciste dans le monde. Pour la contrer, on a entrepris des efforts de propagande et autres pour organiser le mouvement anti-guerre, des campagnes et des congrès anti-guerre.

L’arrivée du fascisme au pouvoir en Allemagne, ce grand pays européen, l’instauration là-bas d’un régime terrible, obsédé par les idées de revanche, devint un signal angoissant pour le mouvement ouvrier et démocratique, pour les pays et peuples contre lesquels l’agression hitlérienne se mit à se préparer. Il devint de plus en plus évident que la nouvelle situation exigeait immédiatement de nouvelles recherches d'une voie pour réunir les adversaires du fascisme et de la guerre.

La direction du Komintern et du PCUS(b) s’efforçaient au printemps 1933 d’atteindre des accords sur des actions combattives unies au niveau des partis, mais gardaient leurs positions stratégiques précédentes, et refusaient de mener des entretiens avec la direction de l’Internationale Socialiste ouvrière. Seulement l’expérience de la lutte anti-fasciste en Europe en 1934 a convaincu que justement les tâches antifascistes et anti-guerre, et pas les tâches de préparation de la révolution socialiste venaient au premier plan.

Le tournant du Komintern vers une stratégie antifasciste, vers la politique du front populaire large et unifié, ce qui répondait à l’exigence réelle de l’époque – sauver l’humanité de l’asservissement fasciste et de la guerre – a été réalisé grâce à la participation très active de la direction du PCUS(b). Un tel tournant s’inscrivait non seulement dans la conception politique externe de l’URSS, mais avait comme base les intérêts antifascistes des ouvriers, des autres couches de travailleurs, de toutes les forces démocratiques du monde.

Le VIIème Congrès historique du Komintern (juillet – août 1935), s’appuyant sur la stratégie antifasciste, proclamait comme mission principale sur toute la période non la lutte pour la révolution socialiste, mais la conquête de la république démocratique antifasciste, la création de régimes de front populaire Tout cela était préparé avec la participation active des importants du PCUS(b), et avant tout de J.V. Staline, bien que pas tous ses représentants dans le CEIC soient partisans d’une révision hardie des thèses antérieures, et en particulier de la position de confrontation dure par rapport à la social-démocratie.

Le Politburo du Comité central du PCUS(b) en entier gérait ce processus. Il précisa l’ordre du jour du congrès, le définissant de façon plus réaliste, ce qui fut proposé par le Comité exécutif du Komintern. Staline appuya dans une lettre à Dimitrov sa proposition sur une restructuration des méthodes de direction dans le Komintern. Il donna une série de directives importantes et de conseils concernant le contenu des thèses préparées pour le Congrès.

Au Congrès le dirigeant du Parti Communiste bulgare, Georgi Dimitrov, fut élu sur proposition de Staline comme secrétaire général du CEIC. Il demeura dans cette fonction jusqu’à la dissolution du Komintern en mai 1943.

Après le VIIème Congrès du Komintern et la formation de la nouvelle direction du CEIC, en qui le Politburo du Comité central du PCUS(b) et personnellement I.V. Staline avaient entièrement confiance, le mécanisme des rapports mutuels entre le Politburo du Comité central du PCUS(b) et le CEIC changea de façon importante. Le Politburo du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique ne prit plus de décisions sur les questions de politique du Komintern, excepté celles qui concernaient les financements de l’activité du Komintern, la tenue de campagnes internationales anti-guerres et antifascistes et le transfert de grands groupes de personnes (combattants interbrigades, etc) au travers de la frontière soviétique. Tous les pouvoirs pour l’adoption de décisions importantes appartenaient officiellement au présidium et au secrétariat de l’CEIC. Mais pratiquement chaque décision importante était cordonnée avec le Politburo du Comité central du PCUS(b) ou avec Staline. Sans leur accord, ne fût ce qu'oral, aucune démarche importante du sommet du Komintern n’était prise. Au Komintern également la centralisation du pouvoir continua. Les plénums du CEIC n'eurent pas lieu. Les projets des résolutions principales du Présidium et du Secrétariat du CEIC furent présentés au Politburo du Comité central du PCUS(b).

Pour savoir quelles directives - et quand - Staline a donné au Komintern, il n’y a pas d’autres documents que les notes journalières de G. Dimitrov, les résolutions extrêmement rares ou les remarques de Staline inscrites sur les projets du Komintern qui lui étaient envoyés. Le nouveau mécanisme des rapports mutuels permettait à la direction du PCUS(b) de contrôler et d’orienter la politique du Komintern à un degré non moindre qu’avant, bien qu’une certaine partie des décisions politiques était transmise aux Partis Communistes mêmes.

Analysant les directives de Staline sur les questions de Komintern dans cette période précédent la guerre, on ne peut pas ne pas tirer la conclusion que la majorité d’entre elles allaient dans le cours de la direction et du développement de la politique de lutte contre le fascisme et la guerre. Cela apparaît clairement dans les écrits journaliers de Dimitrov et de ses lettres à Staline, se rapportant aux événements de la guerre de révolution nationale en Espagne en 1936-1939, à la politique du front Populaire en France, au développement de la lutte de libération nationale du peuple chinois contre l’agression japonaise.

La direction du PCUS(b) partait fermement du point de vue que la lutte en Espagne avait un caractère antifasciste – démocratique, qu’il ne fallait pas se laisser entraîner par des réformes radicales et encore moins de se poser la tâche de prise du pouvoir par la classe ouvrière, qu’il fallait mobiliser toutes les forces pour la défense de la république antifasciste, pour l’écrasement militaire des rebelles et des forces d’intervention. C’était précisément ainsi qu’étaient soutenues toutes les principales propositions du CEIC, orientées vers le développement de la politique de Front Populaire en France, vers l’interdiction de mesures et de démarches menaçant d’affaiblir ou de briser ce front.

C’est particulièrement en partant de ces considérations que le CEIC recommanda au Parti Communiste français en 1936 de s’abstenir de participer au gouvernement de L. Blum, qui s’appuya sur le Front Populaire.

Il ressort des documents que Staline joua un rôle décisif dans le changement des directives du Komintern dans les affaires de la Chine, dans le succès de la politique du "front uni, anti-impérialiste, antijaponais". Ce furent ses recommandations à fin juillet 1936 et le 26 novembre 1936. Staline est intervenu vigoureusement surtout au temps des événements de Sian en Chine en décembre 1936, quand l’armée dirigée pour réprimer les bases révolutionnaires, refusa d’exécuter l’ordre et arrêta ensuite Tchiang Kai-Chek, arrivé avec un groupe de ses généraux. La menace de la liquidation physique de Tchiang Kai-Chek se posa, et au CEIC on prépara déjà le télégramme sur l’accord d'une telle opération. Staline empêcha une telle évolution des événements. Ainsi fut résolu le conflit, qui menaçait d’approfondir la guerre civile, d’affaiblir la Chine jusqu'à sa défaite totale dans la guerre avec Japon et d’aggraver la position géopolitique de l’URSS en Extrême Orient, particulièrement en cas de guerre. D’autres dispositions de Staline eurent aussi une grande importance, visant à ce que le Parti Communiste chinois puisse « entrer dans la vague nationale générale et y occuper la place dirigeante".

La répression à l’égard des cadres du Komintern a pesé lourdement sur ses activités dans la 2ème moitié des années ’30. La direction du PCUS(b) et Staline personnellement vinrent à la conclusion que le danger grandissant du fascisme et les menaces de guerre dans le monde activèrent toutes les forces ennemies et d’opposition à l’intérieur de l’URSS, qu’il était nécessaire « de les écraser rapidement par des coups rudes ». Pour cela la direction stalinienne entreprit de « nettoyer » le pays de toutes les forces d’opposition.

La répression contre les cadres du Komintern commença déjà fin 1935, quand on conclut que des espions, des terroristes et des saboteurs pénétraient en URSS à travers de la structure du Komintern.

L’appareil du CEIC fut considéré presque comme le canal principal d’infiltration de tels éléments. De très nombreuses arrestations s’ensuivirent, et la liquidation sur ordre du Politburo du Comité central du PCUS(b) de toutes les écoles du CEIC, y compris de l’école Internationale Lénine, la dissolution du Parti Communiste polonais, dont Staline écrivait que « avec la dissolution on retardait d'une année ou deux », et d’autres mesures répressives. Les répressions non seulement portèrent un énorme dommage aux cadres du Komintern, mais affectèrent aussi l'efficacité de sa politique antifasciste, qui jouissait d'un soutien de masse important.

Dans un entretien avec Dimitrov le 7 septembre 1939, Staline donna la caractéristique de la guerre qui débutait comme impérialiste des deux côtés et déclara qu’avec la guerre, la différence entre puissances fascistes et démocratiques disparaissait.

La réaction impérialiste durcit continuellement la lutte contre le Komintern et son influence croissante, et y envoya ses agents secrets. Rapidement après le VIIèmeCongrès du Komintern, le 25 novembre 1936 l’Allemagne fasciste et le Japon conclurent à Berlin le « Pacte anti-Komintern », exposant ouvertement son but de la lutte contre le Komintern.

En novembre 1937 l’Italie fasciste adhéra au « Pacte anti-Komintern », et en 1939-1940, le « Pacte » fut modifié en union militaire officielle entre l’Allemagne, le Japon et l’Italie. Ensuite l’Espagne franquiste et la Hongrie l'ont joint. Après l’agression de l’Allemagne contre l’Union soviétique, encore d’autres satellites de l’Allemagne hitlérienne se sont unis au "Pacte Anti-Komintern".

Avec la conclusion du pacte germano-soviétique de non-agression (23 août 1939), et le début de la 2ième guerre mondiale, commença la période d’alignement complet du Komintern aux orientations de la politique extérieure de l’URSS.

Alors I.V. Staline dicta à Dimitrov de nouvelles dispositions qui représentaient en soi un programme d’action pour le Komintern, l’ordre de masquer ou de biffer les slogans du front populaire antifasciste. On connaît encore un rapport d’un entretien de Staline dans lequel il parle aussi des prévisions sur un affaiblissement mutuel des puissances combattantes et sur la ruine de tout le système capitaliste, qui en résulterait.

A ce moment, la direction du PCUS(b) considérait l’élargissement de la sphère d’influence de l’URSS comme méthode principale de diffusion du socialisme dans le monde, et au Komintern on assignait un rôle auxiliaire. Dans l’intérêt de la politique extérieure soviétique, le Komintern devait ne pas permettre que les Partis Communistes donnent à Hitler n’importe quel prétexte pour une rupture de l’accord sur la non-agression avec l’URSS. D’autant plus que l’URSS était encore loin d’être prête pour une grande guerre avec l’Allemagne fasciste.

Dans la deuxième moitié des années 30, le Komintern s’adressa à plusieurs reprises à la direction de la 2ème Internationale en proposant d’établir l’unité d’actions afin de barrer la voie au fascisme et à la guerre. Toutefois, la direction de la 2ème Internationale sabotait obstinément toutes les propositions du Komintern, en aidant par la même le fascisme allemand et ses complices de préparer une nouvelle guerre mondiale. Les agresseurs fascistes allaient ouvertement sur la voie de déchaînement de la guerre, en utilisant les concessions politiques à Hitler et Mussolini, offertes par les cercles impérialistes d’Angleterre, de la France et des USA.

L’agression hitlérienne contre l’URSS signifia le début d’une nouvelle étape de la 2ème guerre mondiale et menaça le peuple soviétique d’asservissement par le fascisme allemand, qui avait déjà envahi quasiment toute l’Europe. Dans cette circonstance, la direction du PCUS(b) soumit toute sa politique à la tâche de l’écrasement de l’Allemagne et de ses satellites, et pour réaliser cette mission, mobilisa toutes les forces du Komintern.

Déjà à 8h40 du matin, le 22 juin 1941, jour de l’agression des hitlériens sur l’Union Soviétique, Staline rencontra au Kremlin Dimitrov - Secrétaire général du Komintern et Manouilsky, Secrétaire du Comité Exécutif, représentant le PCUS(b) au Komintern. Il n’est pas difficile de supposer que la conversation porta sur le rôle du Komintern dans l’organisation de la lutte contre l’agression fasciste. A ce moment il y avait sur la planète 69 Partis communistes et ouvriers, où l’on comptait 4 millions de membres (sans le PCUS(b). Aux élections dans les pays capitalistes, plus de 40 millions d’électeurs votaient pour les communistes. Dans 25 pays, les communistes avaient des mandats de députés dans les parlements.

Staline et son entourage immédiat orientaient le Komintern vers une lutte active contre les « oppresseurs fascistes », vers l’organisation d’un mouvement européen de Résistance et vers la guerre de libération nationale antifasciste.

Cette guerre répondait aux intérêts de l’Union soviétique, s’inscrivait dans les calculs géopolitiques de Staline, mais à l’époque coïncidait avec les intérêts vitaux de tous les peuples, et cela aboutit à une épopée vraiment héroïque, pleine de victimes, de la libération.

La direction PCUS(b) témoigna au Komintern ici toute l’aide possible. Ensemble avec le CEIC elle retint les tentatives de certains partis communistes de forcer des transformations révolutionnaires, vu que celles-ci pouvaient affaiblir le front de la lutte contre le fascisme. A plusieurs reprises suivirent des instructions pour que les partis communistes subordonnent leur activité aux intérêts de l’union des forces de la coalition anti-hitlérienne pour « écraser l’ennemi commun ». Ainsi, le CEIC envoya en Yougoslavie, en accord avec la direction du PCUS(b), une série de directives pour que la guerre nationale de libération soit menée en tenant compte de la mission principale – « l’écrasement des forces du bloc hitlérien par les pays de la coalition anti-hitlérienne », et n’autorisa pas de se précipiter en avant, ce qui aurait dérangé la coopération entre les pays de cette coalition.

Les décisions et directives du CEIC sur la question chinoise étaient orientées vers l’union des forces, combattant contre le bloc des puissances fascistes et du Japon impérial.

La direction du Komintern fit tout son possible pour soutenir l’Union Soviétique dans la Guerre Nationale contre le fascisme, pour organiser la lutte antifasciste sous toutes ses formes dans les pays occupés par les envahisseurs fascistes. Déjà le 30 juin 1941, Dimitrov aborda, lors d’un entretien avec Molotov, la question de savoir comment le Komintern pouvait aider concrètement le peuple soviétique dans sa lutte contre l’agression hitlérienne. La réponse de Molotov fut la suivante : « Chaque heure compte. Les communistes doivent entreprendre partout les actions les plus décidées pour aider le peuple soviétique. Le principal est de désorganiser le réseau de l’ennemi et décomposer son armée. Le CEIC élabora un plan concret de mesures dans ce sens. Le Komintern prépara des cadres politiques et militaires pour les engager dans les pays de dictature fasciste et dans les Etats occupés, en donnant toute aide aux partis communistes, politique, en cadres, matérielle – dans l’organisation d’un front antifasciste uni et en développant une lutte massive, des actions de partisans, des mouvements et des soulèvements de libération nationale.

Le CEIC s’occupa beaucoup de questions de la propagande par la radio dans les pays occupés, et du travail parmi les prisonniers de guerre.

Les intérêts de l’union de toutes les forces de la coalition anti-hitlérienne, la levée de n’importe quelles entraves à une telle union, furent l’une des principales raisons de la dissolution du Komintern, de pair avec une autre raison, notamment la difficulté de diriger les partis et mouvements à partir d’un centre unique, particulièrement en période de guerre.

L’idée de la dissolution du Komintern fut exprimée pour la première fois par Staline en avril 1941, et fut conçue comme une des manœuvres pour lever la tension dans les relations entre l’URSS et l’Allemagne.

En octobre 1941 le camarade Dimitrov soulevait le problème que l’activité du Komintern en période de guerre serait plus efficace sous « une autre forme interne ». Finalement, en mai 1943, Staline donna l'instruction directe de dissoudre le Komintern.

Dans le journal de Dimitrov il y a une note complète d’examen de la question de la dissolution du Komintern à la séance du Politburo du Comité central du PCUS(b) du 21 mai 1943. Voici le texte entier de cette note :

«  21.5.43

Séance Politburo au cabinet de Staline. Etaient présents: les membres et candidats du Politburo, e moi et Manuilsky.

Molotov commence la lecture de la disposition du Présidium CEIC sur la dissolution du Komintern.

Kalinine remarque que les ennemis utilisent cette démarche. C’est mieux de tenter de déplacer le centre de l'Internationale communiste à un autre endroit, par exemple à Londres ! (rires).

Staline explique : l’expérience a montré que dans le temps de Marx et de Lénine, et aussi maintenant, il est impossible de diriger le mouvement ouvrier de tous les pays du monde à partir d’un centre international. Particulièrement maintenant, dans les conditions de guerre, quand les partis communistes d’Allemagne, d’Italie et d’autres pays ont comme mission de renverser leurs gouvernements et de mener une tactique de défaitisme, mais que les partis communistes d’URSS, d’Angleterre, d’Amérique et d’autres au contraire ont pour mission d’appuyer par tous les moyens leur gouvernement pour écraser l’ennemi le plus rapidement. Nous avons surestimé nos forces quand nous avons créé l'Internationale communiste, et quand nous avons pensé que nous pourrions diriger le mouvement dans tous les pays. Ce fut notre erreur. Continuer l'Internationale communiste – cela serait un discrédit de l’idée de l’Internationale, ce que nous ne voulons pas.

Il y a un autre motif pour la dissolution de l'Internationale communiste, qui n’est pas mentionné dans la résolution. C’est que les Partis Communistes entrant dans l'Internationale communiste, sont faussement accusés d’être des agents d’un Etat étranger, et cela les empêche de travailler parmi de larges masses. Avec la dissolution de l'Internationale communiste, cet atout disparaît des mains de l’ennemi. Cette décision renforcera sans aucun doute les Partis Communistes, comme des partis ouvriers nationaux, et en même temps renforce l’internationalisme des masses populaires, dont la base est l’Union soviétique.

La proposition est adoptée à l'unanimité.

Suit un échange de vues sur certaines questions liées à la dissolution de l'Internationale communiste».

Simultanément l’édition du journal « Internationale communiste », édité en 6 langues depuis mai 1919, fut arrêtée.

Malgré toutes les tentatives des anticommunistes de tout péril de dénaturer le raisonnement de Staline, la vraie signification de la déclaration de Staline n'est pas de critiquer l’idée même du Komintern, mais d'utiliser la forme directrice de cette idée.

Le 22 mai 1943 la décision du Présidium CEIC sur la dissolution du Komintern fut publié dans la « Pravda ». Cette décision fut approuvée par tous les partis communistes.

La dissolution de l’Internationale communiste fut un acte correct et vint à son heure comme il facilita l’organisation de l'assaut général de toutes les nations éprises de liberté contre l’ennemi commun – l’Allemagne hitlérienne.

Beaucoup d'idées, pour lesquelles le Komintern a été crée et a fonctionné, n'ont jamais été réalisées, pour différentes raisons. Mais le Komintern joua un rôle énorme dans la lutte pour les intérêts de la classe ouvrière et des travailleurs de tous les pays, pour la paix, la démocratie et le socialisme. Les mérites historiques du Komintern consistent en ce qu’il restaura et renforça les liens des travailleurs de tous les pays, divisés à cause de la trahison des leaders de la 2ème Internationale à l’époque de la première guerre mondiale. Le Komintern maintint la doctrine du marxisme-léninisme contre les falsifications par les opportunistes, élabora les questions théoriques du mouvement ouvrier et du combat pour le socialisme dans la période entre les deux guerres mondiales, il éleva fortement le drapeau de la théorie du socialisme scientifique et fit beaucoup pour sa diffusion dans les masses.

L’Internationale communiste joua un rôle important dans la préparation et la formation des leaders du mouvement ouvrier. Il collabora à l'unification de l’avant-garde des travailleurs de choc dans les partis de la classe ouvrière, les partis du nouveau type à l’image du parti communiste de l’Union soviétique, il aida ces partis à mobiliser des masses de travailleurs pour la défense de leurs intérêts politiques et économiques, pour le soutien au rempart de la paix, de la démocratie et du socialisme – l’Union soviétique.

L’appareil du Comité Exécutif du Komintern fut modifié en département International du Comité central du PCUS(b) avec à sa tête Dimitrov.

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L’idée de l’Internationalisme – d’unité internationale de classe et de solidarité du prolétariat et des travailleurs de tous les pays dans la lutte pour la destruction du capitalisme et de la construction du socialisme et du communisme fut d’abord avancée et appuyée par K. Marx et F. Engels.

Leur mérite réside dans le remplacement du slogan de la lutte de la classe ouvrière « tous les hommes sont frères » par le mot d’ordre toujours actuel « prolétaires de tous pays, unissez-vous ! ». Il faut, ne fut ce que brièvement, rappeler l’histoire des internationales ouvrières.

En 1864, Marx et Engels créèrent à Londres la première Internationale – première organisation internationale de masse du prolétariat. La première Internationale apporta le marxisme aux travailleurs d’avant-garde de nombreux pays. Aux dires de Lénine, « il forgea une tactique unie de lutte prolétarienne de la classe ouvrière dans les différents pays ». Par son action, la première Internationale prépara idéologiquement la Commune de Paris.

Dans la situation historique après l’échec de la Commune de Paris, le mouvement ouvrier avait une nouvelle mission de « créer des partis ouvriers socialistes de masse sur base d’Etats nationaux distincts » (Lénine).

La première Internationale, en 1876 fut dissoute. Mais déjà en 1873, K. Marx écrivait : « Prenant en considération l’état des choses en Europe, j’estime absolument utile de mettre l’organisation formelle de l’Internationale temporairement à l’arrière-plan. Les événements et le développement inévitable et la complexité de la situation s'occuperont eux-mêmes de la restauration de l’Internationale sous une forme améliorée ».

Douze ans plus tard, en 1889, la IIème Internationale fut créée dans les conditions de croissance du mouvement ouvrier, avec la participation étroite de F. Engels. Jugeant son activité dans les meilleures années, Lénine écrivait : « La 2ème Internationale fut une époque de préparation du terrain pour une expansion massive du mouvement dans une série de pays." Toutefois, après la mort d’Engels, des opportunistes se sont emparés de la direction, s’appuyant sur l'aristocratie ouvrière.

Les chefs de la 2ème Internationale refusèrent de diriger le mouvement de masse, qui se développa au début du 20ème siècle, et avec l’arrivée de la réaction après l’échec de la révolution russe en 1905-1907, ils passèrent ouvertement sur la voie d’un politique opportuniste. Après le début de la première guerre mondiale, les leaders de la 2ème Internationale ont trahi ouvertement la cause de la classe ouvrière, et la 2ème Internationale éclata en partis séparés social-chauvins, et cessa d’exister. Les bolcheviks russes, dirigés par V. I. Lénine, ont repris le drapeau de l’internationalisme prolétarien. En mars 1919, la IIIème Internationale communiste (Komintern) fut créée. Pour des raisons, exposées par J.V.Staline auparavant, elle fut dissoute en mai 1943. Mais le Komintern n’est pas mort, il n’est que dissout dans l’avenir. L’époque héroïque titanesque d’un quart de siècle du Komintern ne laisse pas indifférents, jusqu’à présent, toutes les nouvelles générations de révolutionnaires entrés dans la lutte ces 60 dernières années.

L’auréole romantique des glorieux faits de l’Internationale communiste continue d'inspirer la conscience, chaque fois qu’une bourrasque révolutionnaire cherche une issue hors d’une situation difficile semblant inextricable.

Le trait organique intégrant du parti communiste, c'est le penchant continu à la relation avec les compagnons idéologiques, à la recherche collective de solutions révolutionnaires nouvelles pour les tâches qui s'imposent.

L’idée même d’Internationale est immortelle parce qu’elle est vraie, elle exprime l'essence du marxisme-léninisme. C’est pourquoi les communistes avec une entière conviction disent: L’Internationale communiste a vécu, elle vit et elle vivra éternellement !

Sa richissime expérience, son valable héritage idéologique ont été ensuite utilisés par le Bureau d’Information des Partis communistes (Kominform, 1947-1956). Le Kominform a édité un journal hebdomadaire « Pour une paix durable, pour une démocratie du peuple », qui sortait en 20 langues.

Les idées immortelles du Komintern se trouvaient à la base des trois grandes réunions internationales des partis communistes et ouvriers (1957, 1960 et 1969), d’un grand nombre de forums communistes continentaux, régionaux et autres. A tous ces forums on a examiné les résultats des étapes passées du développement mondial, les problèmes théoriques principaux, on a échangé les expériences utiles du travail des partis frères, on a étudié d’autres problèmes importants du développement du mouvement communiste, ouvrier et de libération nationale.

Pendant 32 ans (1958-1990) l’idée de l’Internationale vécut dans l’édition du journal "Problèmes de la paix et du socialisme". Et cela pas par hasard : le journal n’était pas simplement "une édition collective", c’était aussi "un organisateur collectif". Il élabora une grande quantité de formes du travail collectif des partis, leurs jugements collectifs, l’échange d’opinions et d’informations, d’examens collectifs et la formulation de conclusions, d’évaluations, etc. Et ces formes d’internationalisme répondaient complètement aux exigences principales de l’époque. Les dernières années, le journal sortait dans 32 langues et était distribué dans 145 pays. Et le journal mourut non de sa mort. Il se battit héroïquement jusqu’à « la dernière cartouche » et fut étouffé par la contre –révolution, qui, à ce moment là déjà, faisait rage dans l’Union soviétique et dans les pays d’Europe de l’Est. Mais les partis communistes et ouvriers, gouvernant dans ces pays, abandonnèrent pratiquement sans combat leurs positions idéologiques et politiques, l'une après l’autre.

Dans la déclaration de la rédaction et de la maison d'édition du journal à propos des causes de l’arrêt de sa sortie, on dit : « Par le présent numéro, le journal "Problèmes de la paix et du socialisme'' termine son existence de 32 ans. Les changements dans le mouvement international communiste et ouvrier, de nouvelles conditions mondiales, des processus agités et divers s’étant produit dans les pays d’Europe de l’Est, des difficultés survenues y compris matérielles et techniques, ont rendu l’édition ultérieure de ce journal pratiquement impossible » (« PPS » N°6 (382), juin 1990).

L’histoire du mouvement communiste contemporain depuis le temps du Komintern témoigne de façon convaincante de ce qu’un organe de presse unique des partis communistes et ouvriers, à l’exception de deux très courtes interruptions, fut partie permanente et nécessaire de ce mouvement (sa boite postale, sa boussole et son baromètre) et il faut clairement expliquer cela. Tous les partis en avaient continuellement besoin pas moins qu’ils n’en ont besoin maintenant. Mais une telle édition n’existe plus, depuis 15 ans déjà. Des bulletins, recueils et autres éditions semblables ont toujours bien essayé de compléter, et de pallier l’organe de presse de base unique, mais ne peuvent pas le remplacer. A côté de ce travail énorme et de valeur qui est mené collectivement par les partis frères à Athènes et à Bruxelles, il mûrit un besoin aigu d’examiner et de débattre la question de l’édition d’une édition internationale unie.

C’est une décision difficile à de nombreux égards, mais pourtant, il faut commencer l'unification, un jour, avec un premier pas !

Oleg Shénine, président du PCUS

Vladimir Tolstikov, secrétaire du Comité central du PCUS

Le 22 décembre 2005.