Contribution au 15ème Séminaire
communiste international
« Expériences passées et présentes dans le
mouvement communiste international »
Bruxelles, 5-7 mai 2006
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Parti Toudeh d’Iran
La montée de la tension entre l’Iran et l’Occident
Malgré trois mois de négociation entre trois pays européens le Trio (France, Allemagne, Angleterre) et les responsables iraniens, depuis la reprise de l’enrichissement de l’uranium par l’Iran, le dossier nucléaire iranien a été envoyé devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies afin de prendre des sanctions contre l’Iran. Cette tension sans précédent entre l’Iran et l’Occident a augmenté les dangers et le nombre de menaces des deux cotés. D’une part, les dirigeants iraniens mènent une politique aventurière et provocante en lançant des paroles menaçantes. D’autre part, les Américains exigent l’arrêt immédiat du projet nucléaire iranien et menacent l’Iran de représailles militaires.
Mais qu’y a-t-il derrière cette guerre psychologique entre l’Iran et les Américains? Quels sont les réels enjeux et les intérêts des Américains dans la région ? Dans le cadre du projet « Grand Moyen-Orient », quel rôle les Américains réservent-ils à l’Iran ? Sur quelle doctrine, l’Iran s’appuie-t-il en adoptant cette politique aventurière dans un contexte de crise accrue dans cette région ? Les mouvements sociaux iraniens, et surtout les ouvriers, les étudiants et les défenseurs de la liberté, peuvent-ils entraver le processus dangereux de la situation actuelle en Iran ?
Ces derniers mois, le Parti Toudeh d’Iran a suivi les évènements avec une attention particulière afin d’avoir une analyse approfondie sur la situation critique du monde et en particulier les menaces qui pèsent sur notre pays. Nous essayons, ici, de donner une courte analyse sur la situation actuelle dans notre pays et dans le monde.
Une courte analyse sur la politique menée par le régime de la République Islamique
Les divergences entre l’Iran et les pays occidentaux remontent à celles de l’époque de la révolution de 1979. En fait, cette révolution était anti-impérialiste et anti-dictatoriale. C’est pour cette raison qu’après la chute du shah d’Iran, sous la pression du peuple et des forces démocratiques et progressistes de notre pays, le pouvoir sortant (composé de libéraux et de leaders religieux) a été obligé de répondre à certaines revendications exprimées par le peuple.
La victoire de la révolution de 1979, en faisant perdre aux Américains l’une de leurs plus importantes bases, a pu donner un coup sérieux au prestige et aux intérêts des Américains dans notre pays.
Mais, la révolution de 1979, fruit de décennies de sacrifices et de luttes des forces progressistes et de gauche contre le Shah, dans le but d’obtenir la liberté, la démocratie et la justice sociale, n’a pas pu surmonter les obstacles et a été déviée de ses objectifs pour les raisons suivantes :
L’absence de participation des partis politiques démocratiques et progressistes au sein du pouvoir
Les idées et les concepts rétrogrades des leaders religieux et leur volonté « d’islamiser » le pays et de fonder « un pouvoir islamique » dans le monde.
Les répressions violentes exercées par le régime contre tous les partis démocratiques et progressistes du pays.
L’absence d’un front uni, composé de l’ensemble des forces démocratiques et progressistes, durant la révolution face aux forces réactionnaires.
Les conspirations de l’impérialisme mondial, ayant pour but d’entraver l’avancement de la révolution et surtout d’imposer la guerre de l’Irak contre l’Iran qui a duré 8 ans.
L’ensemble de ces conditions a été suffisant aux forces réactionnaires pour mener leur programme planifié afin de créer un pouvoir obscurantiste, basé sur la doctrine islamique (chiite) du « Velayat-e-Faghih » (la suprématie du guide religieux). Dès son arrivée au pouvoir, le pouvoir conservateur a mis en place et graduellement mené la politique suivante:
La répression violente de la liberté et de ses défenseurs
L’imposition des lois sociales et juridiques islamiques (chariât) a la place des lois civiques et des Droits de l’Homme
La création d’institutions spécifiques afin de garder le pouvoir entre les mains des leaders religieux et de préserver leur pouvoir rétrograde du « Velayat-e-Faghih » comme le Conseil des Gardiens, l’Assemblée des Experts islamiques et le Conseil de Discernement du Bien de l’Etat.
L’islamisation de l’ensemble des pouvoirs juridiques, civiques, exécutifs et culturels du pays
La présence active des Gardiens de la Révolution (armée idéologique du régime), les différents organes sécuritaires et les milices islamiques sur la scène politique, économique et sociale du pays.
Le régime de la République islamique, oriente également l’économie du pays en faveur des intérêts de la grande bourgeoisie, en particulier la bourgeoisie commerçante (Bazar). Cette politique a eu pour conséquence le développement de la misère et un accroissement de l’écart entre les riches et les pauvres en Iran. Après la fin de la guerre en 1998, avec l’arrivée au pouvoir présidentiel de M. Rafsandjani un pilier connu du régime, son gouvernement a poursuivi la même politique de répression et de terreur qu’auparavant.
Au cours de son mandat présidentiel, il a suivi les prescriptions de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, en privatisant un grand nombre d’entreprises du pays. Suite à cette politique, la plupart des entreprises gouvernementales ont été confiées à des sociétés privées, des organismes liés au régime. On a également observé le rôle, de plus en plus actif, des organes militaro sécuritaires dans l’économie du pays.
Dans le cadre de cette politique, la bourgeoisie mercantiliste du Bazar et la bourgeoisie bureaucratique dominent la scène politique et économique du pays.
Il est évident que la poursuite de la politique du régime a créé un grand mécontentement au sein de la population et l’accroissement des mouvements contestataires. En 1997, lors des élections présidentielles, les Iraniens ont profité de l’occasion pour voter en faveur de M. Khatami. Par ce vote, ils ont exprimé leur volonté d’un changement, d’une ouverture politique et sociale du pays et d‘un meilleur niveau de vie. Mais, malgré l’espoir de la population, M. Khatami et son gouvernement réformateur n’a pas pu répondre aux demandes de la population et n’ont pas su faire les réformes espérées. Son programme économique poursuivait la même politique qu’auparavant. Et sa promesse d’établir une société civique a abouti à l’arrivée d’Ahmadinejad et de son gouvernement sécuritaire militaire.
La politique agressive des Américains au Moyen-Orient
L’un des projets que les Américains poursuivent pour l’ensemble de la région du Moyen-Orient et du Nord de l’Afrique est le projet « Grand Moyen-Orient . Celui-ci envisage de définir un nouveau plan politique, économique qui garantira les intérêts des Américains dans la région et leur contrôle sur les ressources pétrolières pour les décennies à venir. A travers ce projet, les Américains exigent des gouvernements de ces pays de faire certaines réformes sociaux-économiques afin d’adapter leurs situations avec l’intérêt global du capitalisme néolibéral des Etats-Unis. Au niveau économique, ce projet est basé sur la privatisation des entreprises publiques et des ressources nationales ainsi que sur l’affaiblissement du rôle des gouvernements à gérer l’économie de leurs pays. En réalité, l’occupation militaire de l’Afghanistan et de l’Irak ainsi que les menaces d’attaque des autres pays de la région, comme l’Iran et la Syrie, consiste à poursuivre une politique planifiée par les Américains. D’une part, le gouvernement néolibéral de M. Bush veut la soumission totale de ces pays et imposer l’hégémonie idéologique, culturelle et politique des Etats-Unis. D’autre part, en raison de la hausse des demandes en énergie pétrolière des pays comme la Chine et l’Inde, la maîtrise de cette énergie permettrait aux Américains d’imposer son hégémonie sur l’ensemble du monde.
Le niveau de la lutte des mouvements sociaux en Iran
La poursuite du régime Velayat-e-Faghih et de sa politique rétrograde basée sur la religion, a eu, depuis la révolution de 1979, des conséquences désastreuses pour notre société et l’intérêt national de notre pays. Dès le premier jour après la victoire de la révolution, le nouveau pouvoir a commencé à agresser non seulement les forces démocratiques mais aussi l’ensemble des acquis historiques, culturels et sociaux. Les dirigeants réactionnaires voulaient, à tout prix, imposer leurs valeurs rétrogrades sur la société iranienne. Il est évident que cette agression ainsi que le pillage des richesses de notre pays par la bourgeoisie liées au régime, ne pouvaient être sans réponse étant donné la tradition de luttes sociales de notre peuple.
Face à la répression violente du régime, chaque fois les combattants de la liberté et de la justice sociale, se sont relevés avec un courage honorable. Ils ont subi la torture, la prison et la mort mais ne se sont jamais soumis devant les dictateurs. Ce combat a enrichi l’expérience, des principales bases de notre mouvement : les ouvriers, les étudiants et les femmes : ils ont acquis les leçons nécessaires pour continuer leur combat. Ces dernières années, les ouvriers de notre pays mènent une lutte perpétuelle contre la politique anti-populaire du régime : la lutte contre la privatisation des entreprises publiques et la fermeture des usines et des fabriques gouvernementales, la lutte contre les lois anti-ouvrières, pour l’augmentation des salaires et le droit d’avoir un syndicat indépendant.
Dernièrement, au tournant du dossier nucléaire, les agents du régime ont arrêté des centaines d’employés et de conducteurs des transports en commun (bus) à Téhéran lorsqu’ils réclamaient la libération de leurs leaders emprisonnés et leur droit d’avoir un syndicat indépendant. Ce qui montre l’importance et le crédit du mouvement ouvrier dans notre pays. Cette agression prouve également à quel point le régime craint la montée de la lutte au sein des mouvements ouvriers. Les étudiants représentent aussi un des leviers principaux du mouvement social de notre pays lorsqu’on sait que 70 % des iraniens ont moins de 30 ans. Les étudiants de notre pays ont déjà une longue tradition de combat sanglante et difficile face au régime dictatorial. Aujourd’hui ils continuent à défier le régime malgré les complots et la répression envers leurs mouvements. Actuellement, un grand nombre d’étudiants combatifs sont en prison.
En République islamique, les femmes souffrent d’une inégalité dans tous les domaines économiques, politiques et sociaux. Les lois islamiques de la Charia sont toujours appliquées contre les droits élémentaires des femmes. Mais, ces dernières années, elles sont de plus en plus actives dans la société et luttent quotidiennement pour défendre leurs droits. D’ailleurs, le 8 mars, journée mondiale des femmes, lorsque des femmes se sont rassemblées dans un parc à Téhéran afin de commémorer cette journée, des agents sécuritaires ont sauvagement attaqué leur rassemblement. Au cours de cette attaque un grand nombre de femmes démocrates et progressistes de notre pays ont été blessées.
Afin d’étouffer ce caractère combatif et progressiste de notre mouvement social, le régime de Velayat-e-Faghih voit d’un œil favorable la tension sur le programme nucléaire entre l’Iran et les pays occidentaux. En réalité, cette situation de crise est une manœuvre calculée du régime pour étouffer les voix démocrates qui s’opposent à la politique des réactionnaires au pouvoir. Lorsque le mouvement social de notre pays prend de l’élan, le régime cherche à présenter « la menace d’un ennemi étranger » et sous ce prétexte, de réprimer les mouvements sociaux du pays.
Bien entendu, l’usage pacifique de l’énergie nucléaire à des fins civiles est un droit légitime pour notre pays ainsi que pour les autres pays. Dans cette affaire, l’impérialisme et le milieu guerrier de la politique américaine montrent les dents juste pour garantir leurs intérêts à court et à long terme dans la région. Par ailleurs, les menaces d’intervention et d’attaque militaire par les Américains ne constituent pas une nouvelle affaire. Mais les sources d’inquiétudes proviennent de l’expansion de la crise et des déclarations provocatrices des deux côtés.
Les devoirs des forces progressistes et démocratiques dans la situation actuelle
La déclaration irresponsable et la diplomatie provocatrice du régime nous montrent que, tout comme pour les talibans en Afghanistan, les dirigeants iraniens, en s’appuyant sur leur idée rétrograde, veulent conserver leur pouvoir au détriment de nos intérêts nationaux et de la vie des gens. Cette politique est contraire à la lutte anti-impérialiste des forces progressistes qui se battent contre la mondialisation inhumaine de la société, contre l’hégémonie des Etats-Unis et contre le système néolibérale et ses agressions envers l’humanité ; et luttent pour la délivrance humaine de l’injustice, l’inégalité, et pour un meilleur monde en paix. Nous croyons que la tâche immédiate des forces progressistes consiste à empêcher la guerre. Il est évident que l’ensemble des forces progressistes et démocrates de notre pays est contre l’intervention et la politique des Américains dans les affaires de notre pays, mais cette politique juste ne doit pas servir à défendre le régime rétrograde du Velayat-e-Faghih qui est le principal obstacle au progrès de notre société vers la liberté, les Droits de l’Homme, la justice sociale.
Nous sommes persuadés que le mouvement social-politique de notre pays a la capacité et le potentiel nécessaire à faire reculer le régime. Le soutien de ce combat est une partie de la lutte contre la guerre et de l’inégalité dans le monde.
Aider ce combat est un devoir primordial. Agissant ensemble et soulevons nos voix de protestations face à la politique guerrière des milieux réactionnaires dans le monde.
Parti Toudeh d’Iran