Contribution au 15ème Séminaire communiste international
« Expériences passées et présentes dans le mouvement communiste international »
Bruxelles, 5-7 mai 2006
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L’impact de l'Internationale communiste sur la formation du Parti communiste français
Pôle de Renaissance Communiste en France
René Lefort
L’Internationale Communiste a joué un rôle déterminant dans la formation des partis communistes. C’est particulièrement le cas en France, où le mouvement ouvrier était profondément gangrené par le réformisme – avec en réaction l’existence d’un fort courant anarcho-syndicaliste – et où sa transformation en un parti de combat révolutionnaire authentiquement marxiste s’est avéré particulièrement difficile.
Le déclenchement de la guerre mondiale 1914-1918, le ralliement de presque la totalité des dirigeants politiques et syndicaux de la classe ouvrière au patriotisme bourgeois, à la défense nationale et à l’union sacrée, la participation au gouvernement de guerre de plusieurs de ces dirigeants – y compris de ceux qui, comme Jules Guesde, représentait jusqu’alors le courant de gauche du Parti Socialiste – , la mobilisation générale privant le mouvement ouvrier d’une grande partie de ses forces vives, tout cela a empêché dans un premier temps la formation d’une opposition révolutionnaire de quelque ampleur. De petits groupes d’opposants vont se constituer lentement et dans une grande confusion idéologique autour des équipes rédactionnelles de journaux provinciaux, d’organes syndicaux et de diverses revues.
Les toutes premières réactions, isolées et de caractère individuel, ont lieu dès novembre 1914 au sein de la CGT, avec un premier regroupement autour du journal La Vie Ouvrière de quelques syndicalistes opposés à la guerre impérialiste, parmi lesquels on peut mentionner Monatte, Rosmer, Martinet, Guilbeaux, Raymond Lefèvre… D’autres viendront les rejoindre un peu plus tard, avec un fort courant d’opposition à la guerre dans l’Union Départementale du Rhône à partir de janvier 1915. La Fédération des Métaux, avec Merrheim et son journal L’Union des Métaux, adopte le 17 avril 1915 un Manifeste contre la guerre et l’Union sacrée publié par des socialistes allemands sous la direction de Karl Liebknecht. Ce Manifeste, transformé en appel pour le 1er Mai, est diffusé clandestinement dans la CGT par la Fédération des Métaux. En août 1915, c’est à son tour le Syndicat National des Instituteurs qui rejoint l’opposition à la guerre. Après la conférence internationale de Zimmerwald, cette opposition syndicaliste va commencer à se regrouper et à gagner des forces dans la CGT.
Un autre pôle d’opposition révolutionnaire, de caractère très anarcho-syndicaliste, va se constituer en automne 1915 sous la forme d’un Comité de Défense Syndicaliste dirigé par Péricat.
Sur le plan politique, c’est en mai 1915 que la Fédération de la Haute Vienne du Parti Socialiste, avec son journal Le Populaire du Centre, se constitue en tendance minoritaire au sein de ce parti. Son influence ne va dès lors cesser de croître, mais elle ne représente encore qu’une opposition très confuse avec de vagues tendances pacifistes. D’autres points de résistance apparaissent dans l’Ain (autour du journal L’Eclaireur de l’Ain), dans l’Isère et à Lyon, cependant que se forme une forte minorité d’opposition à la guerre dans la Seine autour de Longuet.
A partir de septembre 1915, dans l’élan donné par la conférence internationale de Zimmerwald, d’autres fédérations vont emprunter à leur tour la voie de l’opposition, telles que la Haute Marne, les Côtes du Nord, la Haute Garonne, les Bouches du Rhône, le Vaucluse… Il faut souligner que dans l’ensemble ces premières réactions contre la guerre sont très loin d’avoir un caractère révolutionnaire conséquent. Les dirigeants bolcheviks, à l’expérience des positions prises par les deux délégués français à la conférence de Zimmerwald, parlent de la « situation transitoire » du mouvement ouvrier français.
Dans la deuxième moitié de l’année 1915, l’aile droitière des zimmerwaldiens, sous la direction de Merrheim et Loriot, fonde le Comité pour le Rétablissement des Relations Internationales qui, jusqu’à sa fusion dans le PCF en 1921, jouera un rôle spécifique pour tenter de regrouper l’opposition sur des bases pacifistes, dans la perspective d’un redressement du Parti Socialiste et de la IIème Internationale.
Dès 1916, les dirigeants bolcheviks, Lénine en tête, commencent à intervenir auprès des dirigeants de l’opposition à la guerre en France. En février 1916, Lénine écrit une Lettre aux camarades français sur « les tâches de l’opposition en France », dans laquelle il critique la crainte de la scission de Parti Socialiste et souligne au contraire la nécessité de rompre avec les social-patriotes et les centristes, de préparer la révolution dans la perspective d’établir la dictature du prolétariat.
Lénine réitère en novembre 1916 dans une lettre où il reproche à Bourderon et Merrheim, encore à la tête du Comité pour la Reprise des Relations Internationales, de ne pas vouloir franchement la scission avec les social-chauvins qui dirigent le Parti Socialiste, la CGT et l’Internationale. Il écrit notamment : « La scission du mouvement ouvrier et du socialisme est un fait accompli dans le monde entier. La classe ouvrière se trouve en présence de deux tactiques et de deux politiques inconciliables ».
Cette fin d’année 1916 est une période de crise pour l’opposition socialiste. Le Comité pour la Reprise des Relations Internationales éclate en deux fractions, une fraction de droite opposée à la scission, et une fraction de gauche sous la direction de Loriot. Celui-ci va en Suisse voir Lénine, qui le convainc de mener une lutte juste et efficace contre l’opportunisme et pour une ligne révolutionnaire conséquente contre la guerre.
L’année 1917 voit un grand tournant s’opérer avec d’importants mouvements de grève, les mutineries dans l’armée, et par-dessus tout les deux révolutions russes s’achevant par la grande victoire de la révolution prolétarienne d’Octobre 1917. L’opposition à la guerre et au social-chauvinisme va continuer à se développer encore plus largement, mais en se différenciant entre divers courants, groupes et fractions agissant soit à l’intérieur du vieux Parti Socialiste, soit en rupture avec lui. En mars 1917 est notamment fondée l’ARAC (Association Révolutionnaire des Anciens Combattants) par Paul Vaillant-Couturier et Henri Barbusse.
Cette floraison va se poursuivre à la fin de la guerre et dans l’immédiat après-guerre. Diverses publications voient le jour : la Revue Communiste de Charles Rappoport ; La Vague de Pierre Brizon en janvier 1918, d’idéologie pacifiste et confusionniste mais servant aussi de véhicule aux idées révolutionnaires ; en mai 1919 est fondée par Henri Barbusse et Paul Vaillant-Couturier la revue Clarté autour de laquelle se regroupent un certain nombre d’intellectuels.
En mai 1919, immédiatement après le congrès de fondation de l’Internationale Communiste, la fraction de gauche du Comité pour la Reprise des Relations Internationales, rejointe par des éléments de La Vie Ouvrière et de l’ARAC, constitue le Comité de la Troisième Internationale, dirigé par Loriot et Souvarine, éditant le Bulletin Communiste et militant pour l’adhésion à l’Internationale Communiste. Mais ce Comité demeure une très petite organisation, sans caractère de masse. D’autres organisations groupusculaires vont se constituer, telles que la Fédération Communiste des Soviets ou l’éphémère Parti Communiste fondé en décembre 1919 sous la direction de Raymond Péricat.
Dès lors, la pression des dirigeants bolcheviks, de Lénine en particulier, puis de l’Internationale Communiste dès lors qu’elle commence à fonctionner, va se faire plus forte sir les thèmes suivants :
- opérer la scission complète avec les dirigeants droitiers, opportunistes, social-patriotes,
- réunifier toutes les forces communistes éparses en un seul parti au plan national,
- préparer la révolution non pas en paroles mais en fait, et se donner les moyens politiques à cet effet.
Le 28 octobre 1919, Lénine écrit personnellement à Loriot pour lui demander de démasquer « les opportunistes raffinés du genre Longuet ».
En décembre 1919, l’Internationale Communiste lance un appel aux travailleurs français, leur demandant d’unir leurs rangs en éloignant les dirigeants indignes, agents de la bourgeoisie. Le 17 janvier 1920, à l’occasion du congrès de Strasbourg du Parti Socialiste, le Comité Exécutif de l’IC renouvelle cette démarche d’une façon plus officielle, il appelle tous les communistes français à rompre avec la IIème Internationale, à s’unir en une seule organisation et à déclarer la guerre ouverte à tous ceux qui ont trahi le prolétariat.
Le 7 février 1920, c’est à son tour le bureau de l’IC pour l’Europe Occidentale qui appelle à « l’unification des groupes communistes dans les différents pays », afin qu’ils ne forment qu’un seul parti communiste, sur la base limitée des principes suivants :
- guerre de classe des travailleurs sans compromis, et leur action directe comme moyen de conquérir le pouvoir,
- perspective de la dictature du prolétariat,
- construction soviètique comme forme propre de la démocratie prolétarienne.
Mais rien n’est réglé encore, et la conduite du congrès de Strasbourg, bien qu’il ait voté à une énorme majorité pour la sortie de la IIème Internationale, amène Lénine à formuler à nouveau de vives critiques contre la coexistence au sein d’un même parti des opportunistes et des révolutionnaires. Il demande aux communistes français de présenter aux ouvriers un programme clair, de confier la propagande à des camarades éprouvés, fidèles à l’avant-garde du prolétariat et instruits de la théorie marxiste, d’appliquer entre eux le principe du centralisme démocratique, et de développer activement la propagande chez les peuples coloniaux.
C’est là l’amorce des 21 conditions d’adhésion à l’IC, adoptées par le 2ème congrès de celle-ci en juillet 1920, et qui constitueront un puissant instrument pour aider à la formation d’authentiques partis communistes.
Il apparaît nécessaire d’insister, pendant toute cette période et jusqu’au congrès de Tours en décembre 1920, sur les invitations de plus en plus fréquentes et pressantes de l’IC et de ses dirigeants sur l’urgence de regrouper en un seul parti tous les éléments et les groupements épars se déclarant partisans de la nouvelle Internationale.
Dans La Maladie Infantile du Communisme écrite à cette époque, Lénine met en garde contre la formation de petits cercles qui « ne sont pas le parti des masses, mais un groupe formé d’intellectuels et d’un petit nombre d’ouvriers reflétant les pires déformations des intellectuels ».
En juin 1920, l’Internationale Communiste écrit : « En France, il nous faut à tout prix surmonter le scepticisme qui existe encore chez les syndicalistes révolutionnaires… contre l’idée même de fonder un parti communiste . Le moment est venu en France où il faut, coûte que coûte, créer un parti communiste unique. Et il faut évidemment commencer par organiser un parti homogène de véritables camarades d’idées, qui pourront ensuite attirer à eux les éléments qui ne sont pas encore pleinement communistes ». Le 2ème congrès de l’IC, en juillet 1920, énonce que « la tâche principale est à l’heure présente le regroupement de toutes les forces communistes éparses, la formation dans chaque pays d’un Parti Communiste unique ».
Deux délégués français , Frossard et Marcel Cachin, partisans de l’IC mais toujours membres du Parti Socialiste, participent à titre consultatif au 2ème congrès et ont à cette occasion une rencontre avec Lénine. Dans un message du 26 juillet 1920, le Comité Exécutif de l’IC critique encore vivement la politique du Parti Socialiste, dirigée par les centristes qui font le jeu de la bourgeoisie et ne peuvent en aucun cas être admis à l’IC.
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Et nous arrivons au congrès de Tours, la scission avec les réformistes, l’adhésion de la majorité à l’IC et l’acceptation des 21 conditions , la constitution de ce qui va devenir au prochain congrès le Parti Communiste unique en France. On ne peut nier l’impact tout-à-fait décisif de l’IC pour parvenir à ce résultat, qui se manifeste encore au cours même du congrès avec le télégramme de Zinoviev et la brillante intervention de Clara Zetkin mettant clairement les congressistes devant la responsabilité de leur choix.
Mais c’est très loin d’être encore fini. Il va falloir encore de longues années, et de nombreuses interventions de l’IC, pour que le PC (section française de l’IC) devienne un véritable parti communiste. Cette situation particulière s’explique notamment par le fait que le PCF a été un des rares partis à naître par un vote majoritaire d’un grand parti socialiste, avec les séquelles qui en ont longtemps subsisté et les rapports difficiles qui en ont résulté avec l’IC pendant toute une époque.
Les 2ème et 3ème congrès de l’IC, en 1920-1921, jouent un rôle fondamental pour aider les partis communistes à définir correctement leurs tâches et leur rôle dans la situation d’après-guerre, à mettre au point leurs nouvelles structures et leurs principes d’organisation, leur programme, leurs méthodes d’action, leur propagande, leur tactique dans différents domaines (syndical, électoral, parlementaire), dans l’objectif de la conquête des masses en vue de la révolution. Ils mettent également l’accent sur l’importance du travail en direction des peuples coloniaux, et sur la nécessité de lier le travail légal et le travail illégal.
Face aux luttes fractionnelles qui continuent à sévir à l’intérieur du PCF et de sa direction, le 3ème congrès de l’IC, en juin 1921, décide d’appliquer une politique souple et progressive de redressement de ce parti . Dans ses Thèses sur la Tactique, il consacre toute une partie au PCF. Il appelle celui-ci à liquider plus catégoriquement dans son propre sein, et surtout dans les milieux dirigeants, les survivances de l’idéologie du pacifisme nationaliste et du réformisme parlementaire, à rompre catégoriquement avec « les formes repoussantes et mensongères » du parlementarisme, à développer plus énergiquement l’agitation pratique dans les masses, en tirant de tous les évènements des conclusions fondamentalement révolutionnaires. Il appelle à critiquer dans les syndicats les tendances réformistes et anarcho-syndicalistes, à combattre le neutralisme syndical et à favoriser la fusion du syndicalisme révolutionnaire avec l’organisation communiste.
Au premier congrès du PCF à Marseille en décembre 1921, le Parti est en crise, divisé en cinq tendances dont l’affrontement nuit à son activité politique dans les masses. La crise est aggravée par la large opposition, ou la fausse interprétation, de la tactique du front unique préconisée depuis peu par l’IC . Les courants opportunistes y voient la possibilité de revenir aux anciennes coalitions électorales sans principe, cependant qu’un fort courant sectaire, majoritaire, rejette cette tactique, contre laquelle se prononce unanimement le Comité Directeur du Parti. L’IC délègue à Paris un envoyé spécial, Jules Humbert-Droz, et convoque à Moscou en février-mars 1922 une conférence pour examiner la crise du PCF.
Les difficultés éprouvées par le PCF de se transformer en un véritable parti communiste alertent Lénine, qui écrit en février 1922 dans son article Notes d'un Publiciste : « La transformation d’un parti européen de type ancien, parlementaire, réformiste dans les faits et à peine teinté de couleur révolutionnaire, en un parti de type nouveau, réellement révolutionnaire et réellement communiste, est une chose extrêmement ardue. L’exemple de la France est sans doute celui qui montre le plus nettement cette difficulté ».
Pendant toute l’année 1922, les interventions du Comité Exécutif de l’IC vont se poursuivre. En juin, la question française, à propos des problèmes d’organisation, est portée à l’ordre du jour du CE élargi de l’IC, qui examine la structure du Parti, l’application du front unique en France, et préconise d’unir le centre et la gauche du Parti pour isoler la droite. En juillet, Zinoviev (alors président de l’IC) déclare que « la question française est en ce moment la question la plus importante pour tout le Mouvement Communiste International ».
En octobre, l’IC envoie Manouilsky participer au 2ème congrès (congrès de Paris) du PCF, avec comme mission d’appuyer la lutte dans le Parti contre l’anarcho-syndicalisme et le pacifisme petit-bourgeois, pour régler le problème de la discipline dans le parti et de la composition de ses organismes dirigeants. L’IC n’hésite pas à intervenir directement pour exclure les éléments hostiles à sa politique.
En novembre, Lénine rencontre personnellement Pierre Sémard et Gaston Monmousseau pour les convaincre de combattre le neutralisme syndical .
Le 4ème congrès mondial de l’IC, en novembre 1922, va jouer un rôle décisif pour le redressement du PCF. Une Commission française est spécialement constituée dans le cadre de ce congrès. Elle constate que la naissance d’un véritable parti communiste en France est extrêmement lente et encore plus difficile qu’il n’avait été prévu. Les principaux griefs qui lui sont adressés sont :
de n’avoir pas appliqué correctement la tactique du front unique,
d’avoir une mauvaise tactique des grèves, avec plus de bavardages que de véritables actions de masse
l’absence d’une véritable presse communiste, L’Humanité ne jouant pas son rôle dans ce domaine,
de tolérer la survivance des origines social-démocrates et du centrisme parmi le groupe dirigeant.
Le congrès exhorte le PCF à défendre sans réserve le droit des pays colonisés à l’autonomie ou à l’indépendance, à lutter de toutes ses forces contre l’impérialisme de sa propre bourgeoisie, contre le traité de Versailles, et à rompre avec la franc-maçonnerie. Il critique la composition sociale du parti, constate que beaucoup d’authentiques communistes, notamment parmi les syndicalistes révolutionnaires, sont encore en dehors du parti, et que « notre tâche est de les amener à nous ».
Le congrès adopte une Résolution sur la question française et un Programme de travail et d’action du PCF. Il donne au CE de l’IC l’obligation de suivre de toute son attention la vie intérieure du PCF, et dans un premier temps obtient la conclusion d’un compromis entre les courants de gauche et du centre pour isoler l’aile droite au sein du Comité Directeur du Parti, épurer le Parti et imposer l’application du centralisme démocratique.
Toutes ces interventions de l’IC commencent à mettre le PCF sur de bons rails. Le 5ème congrès mondial de l’IC , en juin-juillet 1924, constate que le PCF a pu surmonter ses déviations opportunistes et petites-bourgeoises avec l’aide du CE de l’Internationale, malgré encore bien des faiblesses et des insuffisances. Le 5ème congrès s’efforce de poursuivre le travail de redressement lancé par le congrès précédent, notamment en ce qui concerne la bolchevisation du Parti, c’est-à-dire la refonte complète de ses structures et de ses formes d’organisation pour en faire un parti révolutionnaire de masse. Cette question d’organisation revêt alors une importance d’autant plus grande que le 5ème congrès adopte la conclusion du rapport du CE, selon laquelle il s’agit maintenant de « travailler à fondre les sections de l’IC en un seul et même parti mondial ». Enfin, le congrès rappelle encore une fois le caractère obligatoire de la 8ème condition, celle de la lutte intransigeante contre le colonialisme français, pour le soutien actif à la lutte d’émancipation des peuples colonisés.
Les conseils et l’aide de l’IC vont encore se poursuivre dans les années suivantes, où les questions relatives à l’activité du PCF, notamment en ce qui concerne les erreurs d’application de la tactique du front unique, vont de nouveau être examinées à la 6ème réunion élargie du CE de l’IC en février 1926. La résolution adoptée par cette réunion va servir de base aux travaux du 5ème congrès (congrès de Lille) du PCF.
En novembre 1926, le 7ème CE élargi de l’IC critique encore le PCF pour sa passivité à l’égard du mouvement des masses, son incapacité à préparer une grève politique de masse dans une situation de crise et de vive agitation sociale. En 1927, les conseils et les avertissements de l’IC contre le danger opportuniste en matière de front unique se font de plus en plus pressants, et le présidium de l’IC envoie le 2 avril au Comité Central du PCF une longue lettre contre cette déviation opportuniste. Une nouvelle lettre va être adressée en septembre 1927 pour condamner en particulier les fautes du PCF dans la lutte contre la répression qui s’abat dans cette période contre le Parti.
Le 9ème CE de l’IC, en février 1928, adopte une résolution sur la question française, dans laquelle il approuve la tactique électorale mise désormais en œuvre par le PCF sur les recommandations de l’Internationale, et note que ce parti a fait d’importants progrès dans la voie de la formation d’un réel parti bolchevik. Cependant, des aspects critiquables demeurent, manifestant encore la présence d’un courant opportuniste droitier et d’un courant gauchiste. Le 6ème congrès de l’IC, en août 1928, va une nouvelle fois dresser la liste des positions erronées, de gauche ou de droite, prises par le PCF, et exiger une lutte intransigeante contre ces deux courants. A l’issue de ce congrès, le présidium de l’IC adopte encore une fois une Résolution à propos du PCF dans laquelle il met en garde le Parti contre le crétinisme parlementaire, qui affaiblit sa conscience de classe révolutionnaire en face du danger de guerre et fait de lui un appendice des « partis de gauche ». Il aura également à combattre parallèlement les tendances gauchistes et sectaires qui, alimentées par la répression brutale du gouvernement contre les communistes, risquent de le couper de sa base ouvrière.
Par la suite et jusqu’à sa dissolution, l’IC n’a jamais cessé de porter une grande attention à la politique menée par le PCF, comme aux autres partis communistes dans le monde. Mais cette fois, sous la direction de Maurice Thorez et de l’équipe des nouveaux dirigeants mis en place au début de 1930 avec le soutien de l’IC, le PCF existe bel et bien comme un authentique parti communiste, même si resurgissent épisodiquement les vieilles tendances opportunistes qui finiront, une quarantaine d’années plus tard, par entraîner le Parti dans de nouvelles dérives social-démocrates et jusqu’à sa « mutation ». Mais ceci est une autre histoire, que nous aurons à poursuivre un jour.