Contribution au 15ème Séminaire communiste international
« Expériences passées et présentes dans le mouvement communiste international »
Bruxelles, 5-7 mai 2006
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Georges Dimitrov et le processus révolutionnaire actuel
Parti Communiste de Bulgarie (KPB)
Ludmil Kostadinov
avec la collaboration de Pétia Candéva
Le rôle du Komintern pour le renforcement du PCB est particulier, puisque l'histoire du Parti communiste bulgare dès ses débuts est liée au nom de Georges Dimitrov, qui est une figure importante de l'Internationale Communiste.
Le PCB est issue du Parti Ouvrier Social-démocrate, créé par Dimitar Blagoev en 1891. Au début des années 1900, à l'initiative de Blagoev les tendances "étroite" et "large" du Parti se séparent. L'aile gauche ("socialistes étroits") renomment le Parti en 1919, il devient Parti Communiste Bulgare, et prend part dans la fondation de la III Internationale (l'Internationale Communiste) la même année.
Suite à la crise révolutionnaire après la Première guerre mondiale, Lénine proposa l'idée d'édifier un "front unique" du prolétariat non seulement pour parer les coups de la réaction, mais aussi pour garantir les futurs succès des luttes révolutionnaires du prolétariat. Cette nouvelle politique était absolument nécessaire pour faire sortir le mouvement révolutionnaire et communiste de l'échec qu'il essuya dans un grand nombre de pays, y compris en Bulgarie, dans le combat de classe cruel contre le capital après la guerre mondiale, et pour préparer son nouvel élan révolutionnaire.
Dans les conditions politiques spécifiques de la Bulgarie pendant l'insurrection de septembre 1923 est apparue la nécessité de constituer un front unique des masses populaires contre l'offensive du capital et du fascisme. Georges Dimitrov enrichit et concrétisa l'idée de Lénine. Il étendit l'idée du front prolétarien unique en front de toutes les forces laborieuses progressistes et démocratiques.
L'expérience de la lutte commune des ouvriers et des paysans bulgares confirma la justesse de ses recommandations de s'orienter vers la création d'un large front populaire.
Dans la deuxième moitié des années 1920 et le début des années 1930, certaines appréciations et formulations sectaires avaient réussi à marquer la ligne politique du mouvement communiste mondial et à créer des obstacles sérieux au développement du processus révolutionnaire: la nouvelle situation politique survenue en Europe avec la montée du fascisme, et surtout avec le triomphe de l'hitlérisme en Allemagne, n'était pas considérée avec le sérieux nécessaire. Une approche non différenciée à l'égard de la social-démocratie avait cours: elle était qualifiée de social-fasciste et on ne tenait pas compte des milieux de gauche en son sein. La tactique du front unique était considérée à tort, comme une manœuvre qui visait essentiellement à discréditer les dirigeants sociaux-démocrates. En même temps, plusieurs partis communistes succombèrent à une certaine dose de dogmatisme dans leur théorie et leur pratique. Influencés par la phraséologie et les slogans gauchistes, ils sous-estimaient le travail quotidien avec les masses et le combat pour leurs revendications immédiates. La victoire du fascisme allemand, remportée en janvier 1933, détermina une nouvelle conjoncture politique en Europe et dans le monde. Le fascisme et la contre-révolution avaient devancé les forces révolutionnaires.
Dans cette nouvelle situation, il était extrêmement urgent de faire sortir le mouvement communiste mondial de la situation créée, et il fallait que l'Internationale communiste prenne une nouvelle orientation à cet effet.
En sa qualité de responsable du Bureau occidental d'information de l'Internationale communiste (le Komintern), Georges Dimitrov déploya ses efforts pour intensifier l'activité des partis communistes dans la lutte contre le fascisme, pour exhorter les mouvements démocratiques et antifascistes à se dresser contre le danger croissant, aussi bien dans les différents pays qu'à l'échelle internationale. Dimitrov était engagé directement dans les préparatifs et l'activité du Congrès européen des paysans de 1929, du Congrès mondial contre la guerre de 1932. Et en tant que membre du Comité mondial contre le danger de guerre, présidé par Henri Barbusse, il qualifiait la lutte contre le fascisme de problème crucial de l'activité des partis communistes.
De la tribune du procès de Leipzig en 1933, Dimitrov ne se lassait pas d'indiquer l'unique voie correcte à suivre par le mouvement communiste mondial: "pour le travail dans les masses, pour une lutte des masses, pour une résistance des masses, pour un front unique, sans aucune aventure - base de la tactique communiste." Ce slogan reflétait aussi bien les défauts du mouvement communiste mondial, que les moyens pour les surmonter.
La lutte internationale contre le procès de Leipzig pour exiger la mise en liberté de G. Dimitrov et des autres inculpés, lutte commune des communistes, des socialistes, des catholiques, des mouvements politiques de différentes compositions et idéologies, était la confirmation réelle de l'envergure du front unique contre le fascisme.
Elu Secrétaire général de l'Internationale, il consacra toute son érudition marxiste, son énergie révolutionnaire et sa perspicacité politique à la réalisation de la nouvelle stratégie et de la nouvelle tactique du mouvement communiste mondial. Il fit preuve de son dévouement à la classe ouvrière, de sa maturité politique et de ses qualités de théoricien marxiste. Il argumentait et œuvrait pour faire adopter une nouvelle ligne politique dans les rangs de mouvement communiste mondial, visant l'unification de la classe ouvrière et de toutes les forces progressistes et démocratiques contre le fascisme et la réaction.
De la tribune du VII Congrès du Komintern en 1935, Dimitrov a déclaré: "L'unité d'action du prolétariat à l'échelle nationale et internationale, voici l'arme puissante, qui rend la classe ouvrière non seulement capable de se défendre avec succès, mais aussi de lancer une contre-offensive contre le fascisme, contre l'ennemi de classe."
Au cours de l'élaboration de la ligne politique du front unique, Dimitrov et la direction du Komintern attiraient l'attention sur quelques points essentiels:
l'unité de la classe ouvrière n'est pas provisoire, n'est pas conjoncturelle;
les communistes proposent le front unique aux sociaux-démocrates et aux autres organisations politiques et économiques du prolétariat, sur la base d'une vaste plate-forme démocratique, au nom des "intérêts politiques et économiques immédiats de la classe ouvrière, de sa défense contre le fascisme, qui doivent être le point de départ et l'objectif essentiel du front unique dans tous les pays capitalistes";
les communistes ne posent qu'une seule condition à l'édification du front unique, élémentaire et acceptable pour tous les ouvriers, notamment: l'unité d'action doit être dirigée contre le fascisme, contre l'offensive du capital, contre le danger de guerre, contre l'ennemi de classe.
En tenant compte de la complexité des rapports entre communistes et sociaux-démocrates, qui étaient le reflet de leurs divergences de longue date, de leurs positions opposées et des particularités d'ordre historique, Georges Dimitrov conseillait d'adopter une attitude prudente, souple et patiente au cours de l'édification du front unique, car: la nécessité objective d'une unité d'action avec les ouvriers sociaux-démocrates ne sera pas réalisée d'un seul coup - ce sera un processus difficile.
La scission au sein de la classe ouvrière dans les différents pays et à l'échelle mondiale aboutit directement à la division du mouvement syndical en différents pôles politiques. La désunion, l'opposition des détachements ouvriers l'un contre l'autre, favorisait les victoires de la contre-révolution. "Le travail dans les syndicats est le problème le plus épineux pour tous les partis communistes. Nous devons opérer un tournant réel dans le travail syndical et axer notre attention sur la lutte pour l'unité syndicale", déclarait Dimitrov au VII Congrès du Komintern.
Georges Dimitrov soulignait la nécessité d'étendre au maximum les limites sociales et politiques du front unique des jeunes, des femmes et de toutes les organisations économiques, afin de "contrecarrer les forces de la réaction et de la guerre, pour la transformation démocratique de la société, pour assurer la transition à la révolution socialiste". Le front unique anti-impérialiste occupait une place particulière. La lutte dans les colonies et les semi-colonies devait être menée par les forces réunies de tout le peuple, pour s'opposer à sa bourgeoisie-comprador et à la puissance coloniale.
Avant la Deuxième guerre mondiale, le mouvement du front unique prépara le terrain au déploiement de puissants mouvements nationaux, à l'édification des fronts nationaux contre le fascisme pendant la guerre. La politique du front national réunit et illustra les succès de la stratégie et de la tactique du mouvement communiste, inscrites dans la résolution du VII Congrès du Komintern.
Après la guerre, les fronts démocratiques, nationaux et antifascistes servirent de base à la vague démocratique qui déferla sur la vie politique internationale et créa les conditions à la rénovation et au maintien des traditions démocratiques dans plusieurs pays. Les fronts antifascistes nationaux étaient le facteur intérieur important qui, joints à l'offensive de l'Armée Rouge, conduisit à la victoire des révolutions populaires et démocratiques dans les pays d'Europe Centrale et d'Europe de Sud-Est, et à leur développement sur la voie du socialisme.
Les processus contemporains ont évolué dans le cadre d'une nouvelle conjoncture économique, politique et internationale. Après le renversement du socialisme par la contre-révolution en URSS et dans les pays socialistes de l'Europe de l'Est, le rapport des forces dans le monde s'est modifié en faveur des forces réactionnaires. La forme des tendances fascistes qui se manifestent dans le monde, s'est modifiée aussi. Comme l'indique Georges Dimitrov dans une interview, accordée au journaliste américain Pittman, après la défaite de l'Allemagne nazie: "les formes spécifiques du fascisme correspondent aux traditions et à la conjoncture politique du pays, où elles se développent". Les promoteurs du fascisme aux Etats-Unis ne sont pas aussi naïfs pour reprendre machinalement l'idéologie, qu'orchestraient Goebbels et Rosenberg. Ils sont obligés de dissimuler leurs objectifs par des paroles comme "liberté", "valeurs démocratiques", "lutte contre le terrorisme", "non prolifération de l'arme nucléaire", etc. Les formes de l'idéologie fasciste sont aujourd'hui différentes, mais le contenu est le même: c'est l'aspiration à la domination mondiale de l'impérialisme du pays qui a pris une avance sur les autres pays impérialistes. Avant la Deuxième guerre mondiale, l'impérialisme allemand aspirait à arriver ce but. Aujourd'hui l'impérialisme américain poursuit le même but.
Le pouvoir croissant du grand capital financier et des multinationales influence l'établissement d'un nouveau rapport des forces politiques de classe, aussi bien dans les différents pays, qu'à l'échelle internationale. La confrontation principale est déterminée toujours davantage entre le grand capital monopoliste, qui tend à renforcer la réaction politique et l'exploitation, et les forces de la classe ouvrière, des travailleurs, des couches moyennes, des intellectuels et des autres groupes sociaux, qui subissent l'exploitation. Cette confrontation des forces politiques est en rapport dialectique avec la confrontation fondamentale entre les exploités et leurs exploiteurs, entre le travail et le capital. Lénine avait déjà écrit en son temps, que le pouvoir des monopoles aggrave "l'antagonisme entre l'impérialisme, qui renie la démocratie, et les masses qui aspirent à la démocratie."
Dans les conditions contemporaines, les actions brutales du capitalisme monopoliste contre les forces progressistes, menacent la démocratie et poussent certains pays et le monde vers l'escalade réactionnaire. Dans les conditions de la révolution scientifique et technique, l'aspiration des monopoles à réaliser des profits les plus élevés, à s'emparer des richesses mondiales de matières premières augmente, la concurrence dans la lutte pour gagner de nouveaux marchés s'intensifie. Les contradictions fondamentales de l'impérialisme non seulement ne sont pas liquidées, mais elles s'aggravent. Le capitalisme monopoliste d'Etat se révèle toujours davantage comme une force hostile aux peuples. D'où la nécessité du ralliement des travailleurs, des couches inférieures et moyennes de la société et de l'intelligentsia en une union anti-monopoliste, contre les forces du grand capital et de la réaction devient une urgence.
Les partis communistes tracent eux-mêmes leur ligne politique suivant les conditions historiques et politiques de leur pays, car les unions anti-monopolistes présentent pour chaque parti des caractéristiques et des dimensions différentes. Mais elles reposent sur l'idée de ralliement de toutes les forces démocratiques et progressistes contre le fascisme et la réaction. L'unité du prolétariat revêt aujourd'hui des formes et des dimensions nouvelles. On observe une grande extension du système d'unions de la classe ouvrière, essayant d'attirer des mouvements sociaux et politiques assez éloignés de la classe ouvrière, mais qui ont adopté des positions anti-monopolistes. On tient compte aussi d'autres caractéristiques: historiques, religieuses, ethniques et culturelles. Les alliances sont formées dans le but de résoudre les grands problèmes nationaux économiques, politiques, sociaux et culturels, envisagées dans les programmes des partis communistes comme des plus vastes unions démocratiques, englobant des mouvements à orientations différentes, qui aspirent à des réformes réelles, à une alternative démocratique dans le développement de la société.
Cependant, l'expérience historique contemporaine vient à nouveau à confirmer toute une série de formulations de principe, auxquelles tenait particulièrement Georges Dimitrov:
les alliances anti-monopolistes se forment autour de la classe ouvrière, et c'est celle-ci qui détermine leur orientation et leur lutte. La classe ouvrière est la force dirigeante du front populaire;
l'approche de classe dans la solution de tous les problèmes de la tactique du front unique - grands ou petits, généraux ou concrets;
l'approche de classe comprend la nécessité de lutter pour réaliser le rôle d'avant-garde du prolétariat dans le processus révolutionnaire et d'affirmer les positions d'avant-garde des partis communistes dans la lutte révolutionnaire. Dimitrov faisait ressortir que la classe ouvrière devait prendre la place qui lui revient de facteur dirigeant à l'égard de tous les travailleurs, et que cela est d'autant plus indispensable là où le prolétariat est relativement peu nombreux, là où prédominent les masses petites-bourgeoises à la ville ou à la campagne.
Les idéologues opportunistes et bourgeois essaient de faire croire que le rôle de la classe ouvrière faiblit avec le développement de la révolution scientifique et technique, avec les changements intervenant dans la structure de la classe ouvrière, des autres classes et de la société dans son ensemble. Tantôt ils confondent la classe ouvrière avec les couches moyennes, tantôt ils l'identifient avec les autres classes et couches de la population, ou bien, ils élèvent d'autres forces sociales à l'avant-garde du développement social, l'intelligentsia par exemple.
Lorsqu'il faut procéder à des réformes radicales, la pratique de la lutte révolutionnaire, les grèves, les conflits économiques, les manifestations politiques, les mouvements de masse, montrent que le prolétariat est non seulement au premier rang aux prises avec le capital monopoliste, mais aussi que sa participation massive comme force dirigeante est la garantie d'une victoire réelle.
La formulation marxiste sur laquelle insistait Dimitrov est actuelle aujourd'hui, à savoir que le prolétariat peut accomplir sa mission de dirigeant dans la lutte anti-monopoliste, grâce à son activité, son organisation et la poursuite obstinée de ses objectifs, suivant une ligne politique correcte, dans ses prises de positions politiques et économiques quotidiennes face au capital, dans la lutte politique.
Le rôle dirigeant du prolétariat vis-à-vis de l'intelligentsia a évolué, lui aussi. En tant que couche particulière de la société contemporaine, l'intelligentsia possède un niveau intellectuel, technique et professionnel élevé, elle a ses propres revendications et intérêts. Dans la lutte anti-monopoliste commune, la classe ouvrière entretient des rapports, des alliances et des formes d'actions spécifiques à son égard.
A l'égard des partis sociaux-démocrates, G. Dimitrov proposait une attitude souple et attentive, sur la base d'un programme concret, qui puisse refléter les intérêts immédiats de la classe ouvrière et des larges masses populaires. Les partis doivent veiller à s'acquitter consciencieusement des obligations prises en commun, à poser les tâches venues à maturité, et qui correspondent aux conditions objectives. Les désaccords avec les partis sociaux-démocrates doivent être réglés concrètement à chaque étape du processus révolutionnaire.
Les alliances anti-monopolistes ne sont pas des coalitions monolithes permanentes. L'unité n'est pas établie une fois pour toute, elle n'est pas statique. Le climat psychologique et les actions de l'ennemi de classe agissent constamment en faveur de la rupture de l'unité. L'union doit être rétablie sur la base des intérêts économiques et politiques communs de la classe ouvrière et des travailleurs. Il faut faire preuve d'une grande souplesse et d'une grande maturité politique, d'un esprit créatif dans l'application de la théorie léniniste des compromis révolutionnaires. Les compromis consentis doivent avoir des limites de classe bien définies, à partir de l'appréciation de classe des forces et des tâches politiques qui doivent être résolues à l'étape historique donnée. C'est à partir des positions de classe qu'il faut considérer les aspirations et les actions des alliés.
Dimitrov insistait que l'unité ne pourrait être obtenue par des concessions en faveur de la politique centriste des partis sociaux-démocrates, en faveur de leur idéologie et pratique de coalition avec la bourgeoisie, de la tactique social-démocrate de collaboration de classe. Par conséquent, il faut lutter "contre toute pénétration de cette idéologie dans nos propres rangs, sans renoncer un seul instant à notre activité indépendante d'organisation, de mobilisation des masses et d'éducation communiste".
Malheureusement, certains partis communistes ont marqué un recul précisément sur le principe de l'appréciation de classe des événements, de la situation politique et des objectifs des partis, et par leur détachement de l'analyse marxiste-léniniste, ils ont abouti à des positions et des appréciations assez proches de celles de l'ennemi de classe.
Se fondant sur l'expérience du front populaire en Espagne en 1936, Dimitrov soulignait, qu'après la victoire du front populaire, la réaction activera ses actions, recourant à des moyens divers, et particulièrement aux sabotages économiques, elle s'efforcera de compromettre le nouveau pouvoir. Cela impose de sauvegarder l'unité dans le front unique, dans les conditions d'une détermination révolutionnaire à écraser la réaction.
En Bulgarie, après le triomphe de la révolution populaire démocratique en septembre 1944, Georges Dimitrov continua de défendre cette position de la manière la plus catégorique. Il soulignait que la consolidation du Front Patriotique et des masses autour de lui, revêtait une importance primordiale pour le développement ascendant du processus révolutionnaire après la victoire. Dimitrov soutenait aussi une autre formulation marxiste, celle de l'organisation de l'unité "à la base", fondamentale et déterminante pour la construction du front populaire, tout en se déclarant contre le renoncement à la possibilité et à la nécessité de négocier avec des dirigeants des partis sociaux-démocrates ou d'autres partis. Il recommandait de négocier avec eux et d'envisager l'édification du front unique aussi "au sommet" avec les dirigeants, mais précisait que la puissance du front unique résidait dans la réalisation pratique de l'unité des masses populaires. Au VII Congrès du Komintern, Dimitrov a indiqué, que: "Plus vaste sera le réseau des composantes de classes du front unique en dehors du parti - parmi les chômeurs, dans les quartiers ouvriers, dans les couches défavorisées des villes et des campagnes - d'autant plus grande sera la garantie de prévenir l'éventuelle dégénérescence de la politique du gouvernement du front unique".
Il est particulièrement indispensable dans la situation actuelle, de faire le constat que la résistance des alliances et des politiques de classe dépend de l'unité des masses "à la base". L'engouement pour des négociations et la collaboration "au sommet" avec les directions des partis, dépouillent les alliances anti-monopolistes de la force réelle, indispensable pour leur réalisation et leur activité. Les conclusions tirées de la pratique des fronts populaires des années 1930, comme les formulations léninistes, exigent que les programmes communs adoptés par les alliances reçoivent l'appui réel du mouvement de masse.
"Chaque sous-estimation du parti communiste dans le front antifasciste commun, chaque rabaissement du niveau idéologique et politique aux autres forces ralliées conduira à des maux irréparables" - mettait en garde G. Dimitrov - "Son rôle de force dirigeante au sein du front unique est dictée objectivement par sa cohésion, son unité et sa discipline. Le rôle d'avant-garde n'est pas un caprice ou une prétention injustifiée. C'est une nécessité, dictée par la marche objective du processus révolutionnaire et la place conquise dans la lutte de classe. Fort de sa théorie scientifique, le parti communiste est la partie la plus dynamique, la plus active, la plus persévérante dans ses objectifs, parmi les forces révolutionnaires."
Comme le souligne Lénine, "le parti est la fraction la plus consciente de la classe, son avant-garde. La puissance de cette avant-garde est 10 fois, 100 fois et davantage supérieure à ses effectifs numériques. L'essentiel, c'est la conquête de la confiance de la classe, sa direction politique correcte, sans se détacher des masses, mais en se rapprochant toujours davantage d'elles et en élevant leur conscience révolutionnaire."
"Pendant tout son développement historique, le parti se prépare pour ce rôle d'avant-garde, rôle conquis dans les combats de la classe ouvrière, mérité en tant que défenseur le plus conséquent de ses intérêts, gagné grâce au travail de masse quotidien et à une politique correcte" - indique G. Dimitrov. Il va de soi, que le rôle d'avant-garde n'est pas le privilège, ni le droit du parti communiste, il est conquis quotidiennement dans la lutte de classe. Les communistes ne prétendent pas avoir des privilèges dans la lutte politique. Ils mènent la lutte de classe sur pied d'égalité et dans une union équitable avec les autres partis et organisations, et au cours de la lutte gagnent la confiance des masses travailleuses par un travail quotidien et par ses positions politiques correctes.
Plusieurs formulations de Georges Dimitrov, liées à la lutte commune des forces démocratiques et progressistes contre le fascisme, revêtent aujourd'hui une importance directe. En Irak, en Iran, en Аfghanistan, en Asie, en Amйrique Latine, en Еurope et en Afrique, dans tous les pays qui sont dйjà victimes ou sont menacés par l'agression impérialiste, se pose à nouveau la question de ralliement de toutes les forces dans la lutte contre les forces de l'impérialisme, contre l'agression ou l'occupation du pays par les troupes étrangères, contre les régimes dictatoriaux, protégés par l'impérialisme américain. Les tâches qui se posent actuellement dans ces pays est de garantir la souveraineté nationale ou de renverser leurs régimes fantoches, de rendre les richesses nationales aux peuples. Les partis communistes doivent montrer de la souplesse, être tolérants, guidés par le désir de réussir le dialogue avec les autres partis et organisations pour l'édification du front uni, si nécessaire. En même temps, ils ne doivent pas oublier, que celui-ci ne peut être fondé que sur une lutte permanente pour la défense des intérêts de classe du prolétariat et sur la base de l'internationalisme prolétarien.