Contribution au 15ème Séminaire communiste international
« Expériences passées et présentes dans le mouvement communiste international »
Bruxelles, 5-7 mai 2006
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Le Parti du Travail de Belgique et la lutte contre le « pacte des générations » du gouvernement libéral-socialiste (octobre-décembre 2005)
Parti du Travail de Belgique
Jo Cottenier
Il y a trois ans, notre parti a connu une tentative de remise en cause de la ligne fondamentale et du caractère révolutionnaire du parti. L’ancienne secrétaire générale du parti a voulu transformer le parti en un parti électoral. Cette tentative a été précédée d’un abandon progressif du travail communiste dans les entreprises et du travail militant dans la classe ouvrière, prenant pour prétexte la disparition inévitable des grosses usines. La nouvelle avant-garde était l’immigration et le sous-prolétariat. Pendant près de six ans, notre parti a glissé également sur la pente du gauchisme vis-à-vis des syndicats. Cela a mené progressivement le parti au désintérêt pour le travail syndical et à l’isolement dans les syndicats. Cette ligne a été encouragée et poussée à son comble par la secrétaire générale. En août 2002, le parti en appelait à la rupture avec « les organisations chauvines ».
La lutte de masse qu’a connu la Belgique au cours de la deuxième moitié de 2005 était pour le parti une occasion rêvée de redresser la barre et de réorienter le parti de fond en comble sur la classe ouvrière et sur le travail dans les syndicats. La direction du parti a saisi des deux mains cette occasion et le comité central en a fait un bilan très positif avec des leçons importantes pour notre futur travail. En voici quelques-unes.
La première leçon, c’est l’importance de suivre et d’analyser les orientations imposées par l’Union européenne. La plupart des grandes luttes en Europe sont pour l’instant des luttes défensives contre les attaques économiques et sociales qui sont commandées, dirigées et orchestrées par l’Union européenne. Ces attaques font suite au protocole de Lisbonne en 2000 et visent deux grands domaines de la configuration sociale : la sécurité sociale, jugée trop coûteuse et le marché du travail, jugé trop rigide.
L’Union européenne s’est fixé comme objectif de devenir pour 2010 l’économie la plus dynamique et la plus compétitive au monde. Ce qui sous-entend dépasser les États-Unis. Dans ces deux domaines, la sécurité sociale et le marché du travail, les États-Unis sont largement « en avance », du moins à travers les lunettes du grand capital européen. La sécurité sociale collective y est pratiquement réduite à zéro (et donc aussi la charge à porter par le patronat) et il y a abondance de contrats précaires (les jobs hamburger) qui tirent l’ensemble des salaires vers le bas. Il s’y ajoute que l’Europe est confrontée au vieillissement de la population, un phénomène qui est beaucoup plus pressant en Europe qu’aux États-Unis. Cela amène des coûts supplémentaires pour le secteur de la maladie et des pensions de retraite, ce qui pousse encore plus l’Union européenne à intervenir. Après les normes de Maastricht qui ont dirigé pendant dix ans les politiques gouvernementales (de 1991 à 2000), nous sommes en plein dans l’exécution des normes de Lisbonne. Pour 2010, le taux d’emploi des travailleurs à l’âge actif devrait atteindre 70 % et le taux d’emploi des plus de 55 ans devrait atteindre 50 %. Ceci devrait aller de pair avec une flexibilité maximale du marché de l’emploi et avec une privatisation des régimes de retraite. En reculant l’âge du départ, la bourgeoisie européenne prétend remédier aux coûts supplémentaires de quelque 3 à 5 % du PIB que va provoquer le vieillissement. Moins de retraites à payer, plus de rentrées de la part des actifs. En théorie.
Nous avons toujours prêté une grande attention aux directives européennes. Le processus de Lisbonne a fait l’objet de trois numéros d’Études marxistes, en 2002, en 2004 et en mai 2005. Depuis le début 2004, nous avons mis le parti en alerte. En septembre 2004 le gouvernement belge a annoncé son intention de lancer un plan pour allonger la carrière, pour empêcher les départs anticipés (surtout les préretraites) et pour remettre les chômeurs âgés au travail. Le parti a saisi la balle au bond et s’est préparé dès cet instant à une lutte nationale d’envergure. Nous savions que le gouvernement ferait tout pour réaliser les directives européennes. Car la Belgique se trouve en queue de peloton pour ce qui concerne le taux d’emploi des plus de 55 ans, qui n’atteignait à ce moment que 25 %, la moitié donc de l’objectif européen. Mais nous savions également que la préretraite est un acquis extrêmement populaire parmi la classe ouvrière. Si la Belgique a un taux élevé de préretraités, c’est dû avant tout au fait que la productivité est de 20 % au-dessus de la moyenne européenne. Elle est obtenue par une exploitation forcenée qui mène à l’épuisement, à des maladies chroniques et au burn-out. Le patronat a également abusé du système de préretraite à partir de 55, de 52 et même de 50 ans pour faire passer des restructurations sans licenciements secs et pour empêcher ainsi des luttes. Des enquêtes parmi nos membres et parmi les sympathisants ont montré très vite le caractère explosif du dossier et nous avons mis dès cet instant le parti sur pied de guerre.
Conscient de du caractère explosif du dossier, le gouvernement a mené une campagne idéologique pour préparer les esprits et pour amadouer les dirigeants syndicaux. Pendant un an nous avons mené une contre-offensive au niveau des arguments. À cette étape, nous nous sommes avant tout adressés aux milieux syndicaux pour construire un front de résistance dans les structures syndicales. Nous avons fourni une analyse précise et marxiste des plans pendant que le gouvernement paralysait les sommets syndicaux par des négociations secrètes. Nous avons démontré que le patronat européen veut se débarrasser des charges salariales qu’impose l’existence d’une sécurité sociale qu’il a dû concéder après la deuxième guerre mondiale sous menace de révolutions socialistes. Le premier message était donc que toute atteinte au salaire indirect augmente le taux d’exploitation de la classe ouvrière et mène à la privatisation de la sécurité sociale. Le deuxième message a plus encore frappé les esprits. Nous avons mis le doigt sur les intentions cachées du gouvernement et des patrons. Le vieillissement signifie plus de vieux, mais également moins de jeunes travailleurs. C’est une épouvante pour le patronat car cela fait descendre l’armée de réserve avec risque de pénurie de main-d’œuvre. Le plein emploi est un spectre pour les patrons car cela amène inévitablement à la hausse des salaires. Nous avons démontré que l’allongement de la carrière sert surtout à entretenir une offre suffisante de main-d’œuvre de manière à garantir une pression constante sur les salaires. Le gouvernement ne crée pas d’emplois, mais pousse les travailleurs à se faire concurrence pour les mêmes emplois et obtient ainsi une dévalorisation de la force de travail. Pratiquement cela s’exprime par une croissance du nombre d’emplois précaires, des sous-statuts, des emplois temporaires et partiels. C’est la voie que suit l’Europe entière, comme en témoignent le mouvement contre le Contrat première embauche en France, le mouvement contre les plans Harz en Allemagne et la mobilisation contre le plan Balkenende aux Pays-Bas. Nous avons constaté que ce dernier message passe très bien, d’autant plus que la notion du marché de l’emploi à l’américaine est connue chez beaucoup de syndicalistes.
Une deuxième grande leçon, c’est qu’il importe non seulement d’avoir une bonne analyse, il faut surtout qu’elle passe dans le public cible. L’aspect communication joue également un rôle important. Nous avons lancé notre contre-campagne dès la fin 2004. Pour la mener, nous avons fait appel à différents aspects de la ligne de masse. La campagne était centrée autour 1° d’un profil général, 2° d’un mot d’ordre spécifique et 3° d’une revendication populaire.
1° Le parti a adopté comme profil général le slogan : « Les gens d’abord, pas le profit ». C’est un slogan que le comité central a fixé comme étendard du parti pour cinq ans. Il a été choisi après une large consultation dans le parti. Il exprime la contradiction de base de notre société capitaliste, où la chasse au profit est inconciliable avec les besoins et les préoccupations des travailleurs. Il exprime également le souci de traduire cette contradiction en un langage simple, qui correspond au vécu et à la perception des travailleurs. Nous voulons que ce slogan devienne le profil du parti dans les masses. Il se trouve sur tous les tracts et affiches, sur tout le matériel diffusé par le parti.
2° Le mot d’ordre spécifique que nous avons choisi pour cette campagne est : « 600 000 chômeurs, pourquoi travailler plus longtemps ? » D’abord parce que ce mot d’ordre a l’énorme mérite de rassembler en une seule lutte les jeunes et les personnes âgés, ceux qui ont du travail et ceux qui n’en ont pas. Ensuite, il met le doigt sur une contradiction évidente du plan et ouvre le débat sur les motifs cachés du gouvernement. Finalement, on aborde de façon avantageuse un problème de société : les uns crèvent au boulot pendant que d’autres sont condamnés au chômage. Le choix de ce mot d’ordre s’est avéré très judicieux. Les ministres eux-mêmes ont dû avouer que leurs arguments « scientifiques » n’ont jamais eu raison de ce raisonnement limpide et compris par tout le monde. Avec ce slogan nous avons frappé dans le mille et renforcé l’esprit de résistance dans les syndicats et dans les masses.
3° Le parti a aussi décidé de propager une revendication populaire. Nous avons exigé le droit à la préretraite à 55 ans, avec embauche obligatoire d’un jeune chômeur. Une revendication qui exprime le même souci de rallier jeunes et âgés dans un seul refus de travailler plus longtemps. Au cours des cinq années à venir, 35 000 grands-pères et grands-mères supplémentaires pourraient chaque année laisser la place à autant de petits-fils et petites-filles. Quoi de plus naturel et évident ? La revendication a été choisie après une enquête auprès de 700 membres du parti.
Munis de ces armes nous sommes partis à l’assaut des multiples études que les instituts patronaux et gouvernementaux ont fournies pour prouver qu’il était inévitable de travailler plus longtemps. Que répondre à l’argument massue avancé par le gouvernement : « Voulez-vous sauver le modèle social européen ? Alors, il faudra travailler cinq ans de plus ». Notre argumentaire comportait trois lignes de force :
Primo. Travailler plus longtemps, c’est absurde. Les gens comprennent très bien que faire travailler plus longtemps les travailleurs âgés, c’est aux dépens de l’emploi des jeunes. Ce « sentiment des tripes » comme l’appelait un journal boursier, s’est fortement ancré dans la tête des travailleurs. Sur cette base, nous pouvons dire que l’adversaire a perdu le combat pour les esprits des gens.
Secundo. Travailler plus longtemps, c’est impossible. Comment expliquer à ceux qui se sont crevés pendant 30, 35 ans ou 40 ans qu’ils devront se sacrifier encore cinq ans de plus pour avoir droit à une retraite méritée, mais modeste. Une étude menée par nos dix pratiques médicales auprès de leurs patients a montré que deux tiers des travailleurs au-dessus de 50 ans ont des maladies chroniques, largement dues aux conditions de travail.
Tertio. Travailler plus longtemps, ce n’est pas nécessaire. Il est parfaitement possible de payer le surcoût que va provoquer le vieillissement pour la sécurité sociale et de renforcer la sécurité sociale au lieu de la détricoter. L’alternative se construit sur deux piliers : primo, une vraie création de 200 000 emplois et un financement supplémentaire de la sécurité sociale via un impôt sur la fortune.
Le gouvernement a tout fait pour entraîner les directions syndicales dans un pacte pour allonger la carrière. En octobre 2005, après des mois de négociations secrètes et semi-secrètes, il a finalement dévoilé son plan, destiné à liquider à terme la possibilité de départs anticipés avant 60 ans. À ce moment, le parti a jeté toute son énergie et sa force militante dans la balance pour faire rejeter ce plan. Il y a eu dès le 8 octobre une grève générale décrétée par le seul syndicat socialiste. Il y a eu surtout une grève générale avec manifestation nationale des deux grands syndicats le 23 octobre. À cette manifestation 100 000 participants ont marché dans les rues de Bruxelles.
La troisième leçon fondamentale, c’est la simultanéité et l’équilibre entre les trois grandes tâches du parti dans la lutte de classe. Nous avons conçu nos tâches dans le mouvement selon le modèle triangulaire MOC : mobiliser - organiser - conscientiser. Ces trois tâches sont inséparables. 1° Mobiliser. Ne pas prendre ses responsabilités dans les tâches de direction de la lutte mène à des positions intellectualistes et de commentaire en marge de la lutte. 2° Conscientiser. Oublier le travail politique de fond, c’est foncer dans le spontanéisme et l’économisme. 3° Organiser. Négliger la tâche d’organisation mène à l’activisme aveugle qui se paie par une stagnation organisationnelle du parti et une déception amère après la lutte.
Du point de vue MOC, nous avons mené une des meilleures campagnes de l’histoire du parti. En quatre mois, nous avons pu recruter quelque 500 nouveaux membres du parti. Nous n’aurions jamais réussi ce coup sans une prise en main de la lutte de classe, sans une démarcation politique correcte et tactique et sans le sens de l’organisation.
1° Le parti s’est porté responsable pour développer la lutte. Durant la phase de la lutte ouverte, le parti a diffusé six tracts nationaux à une série de grandes usines, chaque fois à 77 000 exemplaires. Un toutes-boîtes a été diffusé à 128 000 exemplaires. Une petite brochure avec onze questions/réponses a été vendue à 4 120 exemplaires. Nous avons lancé une lettre électronique spécialement adressée aux syndicalistes pour donner une ou deux fois par semaine des commentaires sur la situation. Cette lettre est fort appréciée par les 2 800 syndicalistes qui s’y sont abonnés. Un site web spécial a fonctionné pendant le mouvement. 7 500 affiches ont été imprimées. Ceci au niveau du matériel mis en circulation.
Au niveau du contenu, le parti a fixé deux « points de rupture » en octobre 2005, au début de la lutte ouverte : (i) maintien de la préretraite à 58 ans après une carrière de 25 ans ; (ii) pas de disponibilité des préretraités sur le marché de travail. Le but était de formuler une plate-forme du front uni qui pouvait rassembler la plus grande et la plus haute unité sur deux revendications qui étaient en contradiction frontale avec le « pacte des générations ». Ce sont des barrières en dessous desquelles le mouvement ne pouvait descendre. Cette décision du Comité central était importante. Elle s’appuyait sur une estimation correcte de la situation dans les masses et dans les syndicats. Cette position a été acquise contre des positions de gauche, pour qui le rejet total du plan était la plate-forme minimale, mais également contre des positions de droite, pour qui cette plate-forme était irréaliste. Le mouvement a montré le bien-fondé du choix. C’est autour de cette plate-forme que les forces combatives dans les syndicats ont maintenu la mobilisation et ont battu à trois reprises les forces qui voulaient capituler. Le gouvernement a finalement réussi à imposer le 60-38 (départ à 60 ans à la condition de 38 ans de carrière) à la place du 58-25 (58 ans, 25 ans de carrière) parce qu’il a conclu un compromis qui promet une série d’exceptions.
2° Nous avons défini de manière dialectique la tâche de conscientisation. Parce que nous avons fait une distinction entre la conscientisation de l’avant-garde et la conscientisation des masses. Au niveau des masses, dans les tracts, nous sommes partis de ce que ressentent les larges masses (600 000 chômeurs, pourquoi travailler plus longtemps ?) pour faire pénétrer quelques idées anticapitalistes. Il s’agit notamment de montrer comment les patrons veulent profiter de l’abondance et de la concurrence sur le marché du travail. Il s’agit de combattre les partis sociaux-démocrates et les partis fascistes à un niveau compréhensible pour les masses. Cette approche est également motivée par le fait que notre plus grand problème est que les larges masses ne connaissent même pas le parti et ne savent pas qu’il y a un parti réellement de gauche, qui est le porte-parole de leur résistance. Il s’agit de profiter de la conjoncture temporaire pour atteindre un maximum de gens avec une vision qui les touche directement.
La conscientisation de l’avant-garde se pose autrement. Il faut des instruments qui répondent aux questions qu’elle se pose sur la société, sur l’avenir, sur les contradictions du système et sur l’alternative socialiste. Lors de la manifestation du 28 octobre nous avons fait 700 enquêtes parmi les manifestants qui prouvent que les débats de société sont très intenses lors de mouvements pareils. Nous avions pour y répondre le numéro d’Études marxistes sur le vieillissement, des dossiers dans le journal Solidaire et un petit livre sur l’histoire et le caractère bourgeois des partis socialistes. Ce qui est globalement insuffisant. Nous n’avions pas à ce moment par exemple un document simple et convaincant sur ce que veut le PTB, sur le choix de société entre capitalisme et socialisme. Par contre, nous avons rassemblé une batterie de matériel et d’arguments pour élaborer une campagne pour un impôt sur la fortune. Nous avons relancé cette revendication au cours du mouvement, principalement comme moyen de refinancer la sécurité sociale et pour remédier au coût croissant causé par le vieillissement de la population. Mais il y a matière à susciter beaucoup plus l’indignation et à formuler des possibilités intermédiaires pour s’attaquer au système en place. La revendication d’un impôt de 1 % sur les fortunes au-dessus de 500 000 euros attire l’attention sur le fossé croissant entre capital et travail, entre riches et pauvres. C’est une piste qui pourrait également faire l’objet d’une campagne européenne.
3° Au cours de toute la campagne, le travail d’organisation a occupé une place centrale. Le redressement du parti après la crise que nous avons connue a mis le doigt sur la nécessité d’une « reconversion mentale » dans le domaine de l’organisation. Par reconversion mentale nous entendons un déclic dans les idées qui nous permet de devenir vraiment un parti ouvrier. Cette orientation a été cruciale pour réaliser différents objectifs au cours du mouvement.
D’abord il a fallu repenser notre travail à la base pour faire de la cellule d’usine le centre du travail dans les masses. Le parti a développé l’habitude pernicieuse de mettre le poids du travail militant sur l’agitation à la porte des entreprises, sur le travail de l’extérieur. Souvent les travailleurs et syndicalistes qui y travaillent ne sont pas valorisés. Toute la campagne a été repensée pour renverser les priorités. La préparation concrète dans les cellules était centrée sur des discussions sur les lieux de travail, sur des assemblées générales et syndicales. Les réunions étaient conçues en partant du principe que les solutions partiront de la cellule de base. Beaucoup de membres se sont sentis beaucoup plus utiles et mieux préparés que d’habitude. C’est une rectification extrêmement importante pour l’avenir du parti. Rien ne se fait sans l’implication réelle des membres, tout doit partir d’eux. C’est une condition cruciale pour devenir vraiment un parti ouvrier.
Ensuite, nous avons donné la directive d’ouvrir les cellules de base aux membres consultatifs qui ne participent normalement pas aux réunions de cellule. Ce sont des membres qui adhèrent sur une base minimale et dont le lien fixe avec le parti se fait par une assemblée générale des membres trois ou quatre fois par an. Au cours d’un mouvement pareil, beaucoup de ces membres sont prêts à s’investir plus parce qu’ils en ressentent le besoin pour la lutte. C’est donc un moment opportun pour faire le passage de membre consultatif à membre avec droit de vote. Le pas qualitatif se fait en participant régulièrement à la cellule de base. L’ouverture des cellules de base aux membres consultatifs a apporté beaucoup de sang neuf et a renforcé considérablement le parti. Il s’agit maintenant de consolider ce progrès.
Un autre objectif central de la reconversion mentale était le recrutement d’un grand nombre de syndicalistes et de travailleurs au cours de la lutte. C’est la première fois dans l’histoire du parti qu’une campagne de recrutement a été menée à si grande échelle. Au début, ce sont surtout les cadres intermédiaires qui ont pris cette campagne en main. Mais progressivement, de plus en plus de travailleurs et syndicalistes ont eux-mêmes amené de nouveaux membres parmi leurs copains de travail et leurs connaissances. Le résultat en est que nous affichons plus de 500 nouveaux membres depuis le 15 octobre 2005, dont presque la moitié sont des syndicalistes. Le grand défi est maintenant d’encadrer cette nouvelle réserve et d’en faire passer un maximum de membre consultatif à membre des cellules de base.
La quatrième grande leçon, c’est l’importance du travail syndical. Comme mentionné au début, le parti a largement viré vers le gauchisme dans le domaine syndical. Après le départ de la secrétaire générale nous avons fait un bilan sévère de cette période qui est en contradiction totale avec les enseignements de Lénine dans Le gauchisme, maladie infantile du communisme. Nous avions imaginé beaucoup d’arguments pour contourner ces enseignements. Mais aucun de ces arguments ne résiste à l’épreuve de la pratique. Nous avons abordé la lutte contre le « pacte des générations » avec une autre ligne syndicale. Celle de considérer les syndicats comme l’organisation de masse des travailleurs, de chercher des alliances, de soutenir tout ce qui est positif, de discuter intensément dans les structures, de mener la lutte aussi loin que possible contre les tendances à la capitulation.
Au lieu d’avoir l’approche de précipiter les ruptures, nous voulons renforcer et conquérir les syndicats. Cela a créé une ouverture immense dans les syndicats et beaucoup de syndicalistes nous ont félicités pour ce revirement. Au cours du mouvement nous avons appliqué consciemment deux principes :
1° Nous ne sommes pas un groupe syndical alternatif. Nous sommes un parti politique qui vise les vrais ennemis de la classe ouvrière, les patrons, le gouvernement et les partis bourgeois. Nous concentrons nos critiques sur ces ennemis. Ce sont eux qui influencent politiquement et mettent la direction syndicale sous pression. Nous combattons les fausses visions politiques qui sont introduites dans le syndicat et nous rassemblons les forces qui s’y opposent. Car les contradictions politiques existent de la base au sommet.
2° Nous respectons certaines règles de conduite pour faire la critique. Il faut avant tout qu’elle soit portée par une large partie du syndicat. Nous avons souvent surestimé le niveau politique des masses et considéré l’antisyndicalisme comme un phénomène positif. Le point de départ pour la critique ne doit pas être ce que nous avons en tête, mais ce qui passe et est acceptable par une partie importante des syndicalistes. Il faut que la critique garde la mesure et laisse une porte ouverte au changement. Pendant le mouvement, nous avons été témoins de ce que des secrétaires nationaux ont changé positivement d’attitude sous la pression de la base et des cadres intermédiaires. Mais nous avons aussi été témoins de ce que des secrétaires ont tout fait pour entraîner les masses dans le mouvement et les mener aussi loin que possible. Ces phénomènes ont recréé une confiance dans les syndicats, même si la lutte n’a pas débouché sur une victoire.
Si la lutte s’est finalement éteinte, il y a évidemment une grande responsabilité de ces dirigeants syndicaux qui ont plus travaillé de concert avec le gouvernement qu’avec leur propre base. Mais la leçon la plus importante qu’il faut en tirer, c’est qu’il faut renforcer notre présence dans les syndicats, qu’il faut prêter beaucoup plus d’importance au travail syndical, aussi bien à la base que dans les structures.
À ce propos, nous avons beaucoup avancé à travers ce mouvement. D’abord par une meilleure préparation des syndicalistes pour intervenir dans les structures syndicales. Des initiatives clé sont les forums et les cafés syndicaux que nous avons organisés à deux ou trois reprises dans chaque province du pays. Ensuite par un travail de front poussé avec beaucoup de syndicalistes. Nous avons organisé des débats avec participation de hauts responsables syndicaux. Et finalement par un recrutement intense de délégués. Notre campagne de recrutement a été fortement aidée par la grave contradiction, qui a connu son apogée pendant le mouvement, entre le syndicat socialiste dans son ensemble et les partis socialistes, surtout en Flandre. Nous en avons profité pour créer une large ouverture pour le parti et pour montrer à beaucoup de syndicalistes que la trahison de la social-démocratie n’est pas un phénomène accidentel ou conjoncturel.
Tout ceci n’était possible que parce que nous avons rectifié le tir et que cette stratégie syndicale est portée maintenant par l’ensemble des structures du parti, de haut en bas. Cela ouvre énormément de perspectives pour les élections sociales qui vont arriver en 2008.
Conclusion
Le mouvement contre le « pacte des générations » en Belgique a montré de façon éclatante que la classe ouvrière est et reste le moteur d’un changement de société. Ce mouvement, comme ceux dans les autres pays européens, réfute dans les faits les théories de liquidation qui prêchent le défaitisme pour la lutte de classe après la chute du Mur. Il démontre de façon positive l’importance du travail dans les syndicats. Le parti vient d’éditer un numéro d’Études marxistes, écrit par Peter Mertens, du bureau politique, qui soutient théoriquement ces constats et qui réfute les courants de liquidation, qu’ils soient de gauche ou de droite. Le parti prépare un congrès qui fait le bilan de la crise, mais qui centralise surtout la richesse des campagnes que le parti a menées depuis la rectification. Ce congrès devra mener la reconversion mentale jusqu’au bout et tirer toutes les leçons pour être plus marxiste-léniniste à l’intérieur et plus tactique vers l’extérieur.