Contribution au 15ème Séminaire communiste international

« Expériences passées et présentes dans le mouvement communiste international »

Bruxelles, 5-7 mai 2006

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L’Internationale Communiste et le Parti Communiste de Belgique

Parti du Travail de Belgique

 

Juliette Broder et Ludo Martens

 

Le Parti Ouvrier Belge (social-démocrate) a été caractérisé dès sa naissance, en 1885, par un réformisme outrancier.

Le P.O.B. n’était pas un parti politique dans le vrai sens du terme, il était un conglomérat de groupes politiques, de syndicats, de coopératives, de mutuelles, de cercles artistiques, récréatifs, athlétiques, de chorales, etc.

Au début de la Première Guerre mondiale, le total des affiliés payant leur cotisation était de 600.000 !

Mais les groupes politiques proprement dits du P.O.B. comptaient 13.000 membres.

C’était un système politique des plus ingénieux !

Avec 13.000 membres, le parti réformiste avait un contrôle ferme sur 600.000 familles…

A la fin de la première guerre inter-impérialiste (1914-1918), la bourgeoisie a fait passer trois « gros calibres » du POB…. dans le gouvernement impérialiste : Vandervelde, Anseele et Wauters !

Dans la région de Gand, ville située dans la partie flamande de Belgique, sous l’occupation, un groupe de jeunes se réclama du marxisme et il constitua, avec des soldats opposés à la guerre inter-impérialiste, un « Groupe de la Paix ». Il adopta le point de vue de la IIe Internationale voté à Stuttgart en 1907, disant : « Il est du devoir des socialistes de tous les partis, d’assurer par tous les moyens sa fin rapide et d’utiliser les circonstances qu’elle crée, pour hâter la disparition de l’ordre capitaliste. »

Le groupe édita en 1918 une brochure où l’on lit : « Dans de nombreuses villes, les Bolcheviks ont … pris en main le pouvoir gouvernemental: la Russie est devenue une République Socialiste des Travailleurs. … Apportons une aide puissante aux magnifiques et courageux champions du socialisme, les Bolcheviks. »

En novembre 1918, il est devenu le premier groupe communiste belge. Il fut rejoint fin décembre 1919 par un important groupe de Bruxelles qui publia à partir du 1er mars 1920 le journal L’ouvrier Communiste .

Ces deux groupes, avec quelques autres de moindre importance, ont créé le 1er novembre 1920, le Parti Communiste.

Son principal animateur, War Van Overstraeten, avait assisté au IIe Congrès de l’Internationale Communiste (juillet 1920).

Joseph Jacquemotte dirigeait le Syndicat des employés de Bruxelles. Sous l’occupation allemande, il animait un Mouvement de solidarité avec la Révolution d’octobre. Le 17 novembre 1918, juste le jour de l’armistice, sortait L’Exploité, journal socialiste révolutionnaire qui était la colonne vertébrale de l’organisation « Les Amis de l’Exploité ».

Au Congrès de la Toussaint de 1920 du Parti Ouvrier Belge, sa fédération bruxelloise, sous l’influence de Jacquemotte, vote par 128 voix contre 29, le retrait du parti de la IIe Internationale. A ce moment, le Parti Ouvrier Belge a quatre de ses « poids lourds »… dans le gouvernement bourgeois : Emile Vandervelde, Joseph Wauters, Eduard Anseele et Jules Destrée.

En juin 1921, « Les Amis de l’Exploité » tiennent leur 3e Congrès qui décident de créer le Parti Communiste Belge.

Le nouveau parti veut « organiser les forces de la classe ouvrière dans un puissant parti de classe … et préparer la classe à s’emparer du pouvoir public ». Il appelle ses membres à rester dans leur syndicat et leur coopérative qui sont affiliés au P.O.B.

Le parti de Van Overstraete réagit de façon sectaire à la création du nouveau parti et dénonce « la création inconsidérée d’un parti soi-disant communiste ». « Ce groupe s’est toujours contenté de teinter d’un faux rouge les pâles propositions démocratiques des social-patriotes ». « Nous condamnons la formation de partis de masse parce que, inévitablement, ils sont condamnés, tout comme la social-démocratie, au réformisme et à la trahison. » « Nous ne voulons avoir à nos côtés que les éléments les plus fermes. Trop de faiblesses social-démocrates se retrouvent dans les rangs des avant-gardes révolutionnaires. »  

Van Overstraeten rejette les deux critiques que L’Exploité lui adresse : « Le P.C. existant est trop fermé et les communistes doivent aller au Parlement ». Répondant à L'Exploité, Van Overstraeten affirme que « les conditions d’un tel parlementarisme n’existent pas en Belgique. »

En effet, la pensée de Van Overstraeten se tournait souvent vers l’idéalisme, l’élitisme et l’anarchisme : « Pour que les prolétaires agissent par eux-mêmes, et non pas en suivant les ordres des chefs, nous voulons être les éléments de stimulation semant dans tous les cœurs ouvriers la haine du régime bourgeois ». « Nous condamnons le parlementarisme parce que nuisible à l’action révolutionnaire, nous condamnons les partis de masse, parce que condamnés au réformisme, à la trahison ».

Le 13 juillet 1921, des délégations des deux Partis communistes belges furent reçues par Zinoviev, alors président du Comité Exécutif de la IIIe Internationale.

Van Overstraeten voulait organiser d’abord la fusion des deux partis et refusait que l’ancien Exploité adhère à l’Internationale.

Zinoviev répliqua que le nouveau parti pouvait adhérer à l’Internationale: « Ce sont des camarades qui nous appartiennent. Les divergences peuvent être surmontées par le Congrès de fusion. »

Le P.C. de Van Overstraeten a tenu son 2e Congrès les 31 octobre et 1 novembre 1921.

Dans son rapport à l’Internationale nous lisons : « Bien que les syndicats soient affiliés au P.O.B., nous y restons pour y démasquer le réformisme des majoritaires et des minoritaires. » Les minoritaires étant les partisans de Jacquemotte.

Le verbiage ultra-révolutionnaire du groupe Van Overstraeten masquait un mépris du travail patient et souvent ingrat pour amener les travailleurs à la lutte économique et politique : « pas d’illusions dans la possibilité d’une agitation efficace dans les syndicats… »

Dans son rapport au 2e Congrès, Van Overstraeten écrit aussi : « Lors du congrès, les thèses du 2e congrès de l’Internationale furent adoptées, à l’exception de la thèse sur le parlementarisme. » « Toutes les trahisons, tout ce que le réformisme a coûté au prolétariat, est infiniment moins dangereux que le long et vigilant sabotage de sa volonté d’action et la substitution constante, à cette volonté, des méthodes parlementaires passives. »

Van Overstraeten accusait l’ancien Exploité de vouloir « unir les masses par les liens de la passivité aux cours de démonstrations électorales. » Son alternative : « Par la sélection des actifs, par leur organisation disciplinée et incessante parmi les masses, conquérir la majorité de ces dernières ».

Et comme conclusion (logique), il présente au Congrès de fusion une motion en faveur de l’anti-parlementarisme.

Van Overstraeten : « La pratique communiste … doit toujours reposer sur une stimulation d’en bas, sur l’éveil des personnalités, sur l’encouragement d’indépendance des caractères cherchant uniquement leur force dans l’instinct et les aspirations conscientes ou inconscientes de leur classe. »

Le même Van Overstraeten joignait ses tendances anarchisantes au mysticisme : « L’œuvre des bolcheviks est animée d’un sublime élan religieux. Elle montre une confiance et une certitude invincibles. On prévoit seulement, lorsqu’on voit cette confiance, l’écrasement de tous leurs ennemis, de tous les ennemis de la vérité humaine dont ils se sentent l’incarnation. »

Wilhelm Koenen, délégué de l’Internationale, appartenant au Parti Communiste Unifié d'Allemagne, a présidé le comité de fusion composé de dix membres de chaque parti.

Au moment de la fusion, le parti unifié comptait 531 membres.

Dans la motion commune des deux partis sur la fusion, où l’on voit la main de Wilhem Koenen, nous lisons : « La fusion devra se faire sur la base des statuts de la IIIe Internationale et des décisions du 2e et du 3e Congrès universel. Le Comité Exécutif insiste spécialement pour que le PC observe la discipline internationale dans la question parlementaire d’une part, et d’autre part pour que l’ancienne aile gauche du POB … combatte vigoureusement toute tendance centriste et pacifiste. »

Ainsi, pour aboutir à un Parti unifié politiquement, l’Internationale a mené correctement la lutte idéologique contre les deux déviations : l’élitisme et l’anarchisme du groupe Van Overstraeten d'une part et le centrisme et pacifisme du groupe de l’Exploité  d'autre part: c’étaient bien les deux tares du mouvement communiste belge à ses débuts. Ces tares ne seront jamais éliminées à la racine…

On peut affirmer que sans l’intervention de l’Internationale, les deux groupes, l’un sectaire et anti-parlementariste, l’autre prisonnier du réformisme de gauche, ne se seraient jamais unis sur une base marxiste-léniniste.

Puis les élections parlementaires ont obligé les deux partis, qui étaient tous les deux très faibles, à s’unir pour surmonter les très grandes difficultés à s’implanter.

En 1923-25 Trotski lance son combat contre la ligne générale du PC de Russie et de Staline.

Au CC du 1 mars 1925, Van Overstraeten introduit une motion dans laquelle il prend la défense de Trotski contre la large majorité du comité central du Parti russe.

En voici les termes. « Le CC condamne sans réserve le trotskisme, l’ensemble des erreurs commises par Trotski dans sa lutte contre le bolchevisme léniniste avant la révolution d’Octobre. Le CC, par contre, croit que les erreurs commises par Trotski… ne permettent nullement de conclure à un essai de faire renaître le « trotskisme » et de substituer celui-ci au léninisme. L’interprétation de la pensée de Trotski nous a paru erronée, sinon radicalement fausse. Nous croyons que Trotski est un léniniste qui, comme beaucoup d’autres léninistes, doit vaincre des faiblesses. »

Cette motion a été votée par le CC le 10 avril 1925 à 19 voix contre 3…

Jacquemotte introduit une motion de défense de la ligne du PCUS et de Staline:

« Le CC du PCB considère comme profondément regrettable qu’en opposition formelle avec les résolutions votées par les instances compétentes du PCR et approuvées par le Ve Congrès, le camarade Trotski ait cru devoir rouvrir la discussion sur la ligne suivie par le CC approuvée par la XIII Conférence et le XIII Congrès du parti russe. ». La motion obtint 3 voix sur 19…

La question de l’Opposition russe devient un sujet de débat général dans le Parti Communiste de Belgique à partir de fin 1927.

Le 27 novembre, le CC vote à 15 voix contre 3, une résolution qui demande la suspension des exclusions dans le Parti Communiste Russe et la convocation d’un Congrès mondial… Le CC décide d’interdire de défendre la ligne du Parti bolchevique dans Le Drapeau Rouge !

Van Overstraeten affirme : « La théorie défendue par Staline selon laquelle seule une intervention militaire puisse empêcher d’achever le socialisme, n’est pas juste. »

C’est affirmer que le socialisme dans un seul pays est impossible. Van Overstraeten fait ici allusion à la théorie de Trotski sur l’interdépendance économique des deux systèmes. Staline, qui ne nie pas cette interdépendance, montrait que cette thèse n’implique pas le contrôle d’une économie sur l’autre.

Coenen répondit à Van Overstraeten : « Le prolétariat russe n’accomplit pas une ''tâche nationale'' en construisant le socialisme, mais une tâche internationale de classe. » Il demande : « Est-ce que le PC de Russie interdit aux autres partis de faire la révolution chez eux ? Soyons sans crainte : le PCR est partisan du socialisme  '‘dans plusieurs pays’'' »

Les 1 et 2 janvier 1928, le CC du PCB écoute deux rapports sur l’opposition au sein du Parti Communiste de l’URSS.

Le premier présenté par Van Overstraete, défend l’opposition trotskiste.

Coenen défend la ligne du CC du PCUS et de Staline dans le deuxième.

Chaque rapport se termine par une motion, celle de Van Overstraeten comme celle de Coenen obtiennent 13 voix.

La moitié du CC se range donc du côté des trotskistes dans leur combat contre la ligne léniniste défendue avec conséquence par le camarade Staline.

Le « débat » sur le Parti russe, lancé par le groupe Van Overstraeten, sert non seulement à défendre les trotskistes et leur ligne de capitulation en Russie, mais surtout à entraîner le parti dans des débats stériles qui paralyseront toute action sur le terrain de la lutte de classe en Belgique.

Le 29 janvier 1928, le représentant de l’Internationale Communiste fait une intervention capitale au CC du PCB. Il veut ramener le PCB…sur le terrain belge.

« Il y a plus d’un an, le CE de l’I.C. faisait le constat que « le PCB, par son influence, est devenu un parti de masse, mais par son activité politique, par son organisation, ses méthodes de travail, ses effectifs réduits, il est demeuré un petit parti de propagandistes … » Toute tentative de demeurer à l’ancien stade d’organisation et de maintenir ses anciennes méthodes de travail, feraient perdre au parti l’influence qu’il vient de conquérir dans les masses et développeraient le malaise intérieur et une crise. … »

Le diagnostic de Van Overstraeten : « bonnes décisions, mauvaise exécution ».

«Tout défaut dans l’organisation, toute faiblesse dans le fonctionnement des organes du parti, doit avoir des racines dans la politique même. L‘Internationale a toujours considéré comme principal obstacle …l’esprit de sectarisme qui engendre, cultive et justifie la passivité … et paralyse les initiatives venant des militants. … Ils ont voulu représenter l’accusation de « sectaires » comme une vengeance mesquine pour l’audace dont ils ont fait preuve en ralliant Trotski. »

Le représentant de l’I.C. critique ensuite l’absence d’intérêt du parti pour les alliés de la révolution en Belgique : les paysans pauvres et le mouvement de libération flamand.

Puis il conclut : « La social-démocratie a pour base les syndicats. Conquérir cette base, c’est menacer la social-démocratie d’écroulement. Tout un plan de travail, concret et réfléchi, a été élaboré… On l’a accepté du bout des lèvres. Des fédérations syndicales importantes se sont mises en opposition contre le centre réformiste, le groupe d’Unité a été formé. … Avec notre millier de membres du parti, entourés de quelques milliers de sympathisants, nous aurions pu couvrir depuis deux ans, le pays d’un vaste réseau de groupes d’Unité, étendre l’influence ce cette organisation non-communiste mais hostile au réformisme à de nombreuses dizaines de milliers d’ouvriers syndiqués. »

Mais ce n’est qu’à la fin de 1928 qu’il y a un début de prise en compte des erreurs fondamentales dans le domaine syndical. Le parti n’arrivait pas à mobiliser les travailleurs pour une lutte conséquente pour leurs intérêts, il « faisait pression sur les bonzes réformistes ». On entendait dire : « Nous nous montrerons quand les réformistes briseront le mouvement ».

Ce n’est qu’en décembre 1930 que le Parti lance une Opposition Syndicale Révolutionnaire, capable de préparer et de mener indépendamment, sur la base des besoins quotidiens, les luttes économiques de la classe ouvrière. 

Mais début des années 30, un « vent d’extrême gauche » souffle sur l’Internationale et sur le Parti Communiste de Belgique, qui déclare : Il y a « une évolution profonde de l’opposition des travailleurs sincèrement socialistes à la politique social-fasciste de leurs dirigeants. Pour canaliser cette opposition, pour empêcher son évolution vers la politique révolutionnaire communiste, les chefs social-démocrates de « gauche » sont et seront les plus utilisés. Ils sont les ennemis les plus dangereux des travailleurs qui commencent à se dégager de l’emprise social-démocrate. » (Résolution du 5e Congrès du PCB, 1931)

Dans le PCB, profondément divisé en une aile sectaire-dogmatique et une aile réformiste de gauche, un aussi violent vent de gauche devait tôt ou tard provoquer un retour en force du vent de droite…

Le 18 juillet 1936 apparaît dans Le Drapeau Rouge ce qui a été appelé (par la droite du PCB…) « le Testament politique» de Jacquemotte. Nous y lisons ceci :

« Devant ce courant puissant d’unité qui a soulevé et galvanisé les masses, …la réalisation de l’unité entre les organisations du Parti Ouvrier et du Parti Communiste se pose comme une des questions centrales du mouvement ouvrier belge. … Le Parti communiste a sa plate-forme, a ses principes. Il doit garder son organisation autonome jusqu’au moment où un accord sera réalisé sur des principes communs au POB et au PCB.. …Le moment est venu pour poser la question de la réalisation de l’unité organique du POB et du PCB. … La direction a décidé de poser devant le Congrès la proposition d’adhérer comme organisation autonome au POB. Cette proposition ferait du PCB une partie intégrante du POB. »

Relecom, qui après la mort de Jacquemotte devient le nouveau Secrétaire général, continue cette ligne ultra-droitière. Il écrit en octobre 1936 dans « Pour le salut du Peuple » : « Nous ne voulons pas désagréger le POB, comme l’ont fait les trotskistes, ces ennemis perfides de l’unité ouvrière. Nous ne voulons pas détruire le POB, nous voulons le redresser, le consolider. » Et il y ajoute cette perle : « Il est possible de rendre la démocratie plus forte…en interdisant l’intrusion des organismes financiers dans la vie politique, en restituant la plénitude de la fonction du Parlement…. »

Le Secrétaire général du PCB ignore donc que le capitalisme constitue une société divisée en classes sociales où la dictature du capital s’impose par des méthodes « démocratiques » si possible, par la violence la plus bestiale, si nécessaire… Sous un régime de dictature du grand capital, ce monsieur veut « interdire » l’intrusion de ce grand capital dans la politique…

Le PCB avant, pendant et après la guerre 40-45

La guerre antifasciste sera l’épreuve décisive pour le PCB : a-t-il réussi à assimiler les thèses politiques et tactiques du marxisme-léninisme et ses principes d’organisation ? A-il acquis la capacité de guider les masses travailleuses dans les luttes pour leurs revendications et dans le combat pour renverser la dictature de la bourgeoisie ?

L’Internationale sera dissoute en 1943 : la direction du PCB devait maintenant prouver de quoi elle était capable.

En octobre 1936, le roi des Belges, Léopold III, chef des Armées, avait déclaré que la Belgique devait pratiquer une politique de neutralité. Léopold III déclara aussi : «L'adversaire éventuel (c.à.d. l'Allemagne) ne pourra tirer argument d'une quelconque alliance belge avec l'un de ses adversaires.» Léopold III capitulera rapidement devant l’agression nazie et deviendra un collaborateur. Cette politique de soi-disant neutralité a été soutenue par le POB, et notamment par Paul-Henri Spaak, ministre POB des Affaires étrangères, et par Henri De Man, président du POB.

SEUL, en tant que Parti, le PC a dénoncé la politique de neutralité pratiquée au bénéfice unique d'Hitler.

Le matin de l'invasion allemande, le 10 mai 1940, des centaines de communistes, la majorité des cadres du Parti, seront emprisonnés.

Sur quelle classe s'appuyer pour combattre le fascisme ?
Le secrétaire général Relecom répond que la lutte contre le fascisme doit se baser sur toutes les classes sociales, sans priorité aucune. Il faut s'appuyer, dit-il, sur tous les démocrates et on les trouve dans toutes les classes sociales, même, ajoute-t-il, dans les partis d'extrême-droite et dans l'armée où on peut aller les repêcher.

Jusqu'au 13 septembre 1939, tous les discours de Relecom, proclament qu' «Hitler est l'ennemi n°1». Mais ce jour marque un tournant à 100 % dans la ligne. Le Comité central du PCB déclare,: «Notre pays... ne doit devenir le jouet ni de l'Allemagne hitlérienne, ni de l'Angleterre». Et un manifeste lancé à la classe ouvrière explique,: «Nous ne voulons mourir ni pour Hitler, ni pour Chamberlain.» Le mot d'ordre est: «Ni Londres, ni Berlin». Déclaration du PCB du 2 octobre 1939: «La guerre n'est pas une guerre anti-fasciste, mais au contraire une guerre impérialiste nettement caractérisée, résultant de capitulations successives des Etats démocratiques, dans l'espoir de détourner les pays fascistes vers le pays du socialisme.»

Certes, toute la politique de la France et de l'Angleterre, depuis l'avènement d'Hitler - auquel ils ont largement contribué – était uniquement guidée par leur espoir de voir l'URSS anéantie par Hitler ! Cette politique a imposé à l’Union soviétique la nécessité tactique du pacte germano-soviétique, pacte approuvé par l'ensemble du PCB.

Le Parti que la bourgeoisie a tenté de démanteler par les arrestations massives du 10 mai 1940, se reconstituera avec une rapidité remarquable dès les premiers jours de l'occupation. Les partis catholique et libéral ont disparu en tant que partis.

Henri De Man, président du POB se met au service de l'occupant et dissout son parti.

Le 17 mai 1940, les Allemands occupent Bruxelles. La Voix du Peuple du 29/30 mai 1940 affirme toujours: «Dans cette guerre impérialiste, les peuples de Flandre et de Wallonie n'ont rien à gagner.» La capitulation du 28 mai 40 est accueillie «comme un véritable soulagement». Il faut maintenant,: «se mettre au travail et reconstruire le pays.» Curieusement c'est le même mot d'ordre que le collaborateur numéro un, Léopold III lance au pays !

De la base du PCB à son sommet, la ligne prônée par la direction est rejetée par des camarades. Dès septembre 1940, il y a, sous la direction de communistes, sabotages, propagande anti-fasciste, grèves notamment dès juillet 1940 à Liège, en septembre 1940 au Borinage, et qui se poursuivent en Flandre comme en Wallonie. Ce sont des communistes tels René Dillen, responsable du Parti à Anvers; Leenaerts, un cadre flamand; Louis Neuray des ACEC d'Herstal; Borremans, député et Jules Vanderlinden, responsable bruxellois qui furent les premiers occupants de Breendonck.

Ceci contredit les thèses qui continuent à affirmer que la Résistance communiste n'a vu le jour que lorsque l'URSS a été envahie par les nazis en juin 1941.

Liège – janvier 1941 – La grève des 100.000

Cette grève, dirigée par Julien Lahaut, membre du Bureau Politique, est la plus spectaculaire.

Les 100.000 ne se battent pas uniquement pour des revendications. Le journal communiste liégeois clandestin Les temps nouveaux leur donne leur vraie signification: En se révoltant contre la misère:

  1. Les grévistes mènent une lutte hautement politique;

  2. Ils prennent la tête du mouvement de libération en vue de l'indépendance du pays.

Ce sera l'origine des futurs Comités de Lutte Syndicale qui existeront dans toutes les entreprises du pays et, dès lors, il n'y aura plus un jour sans qu'éclate une grève contre l'occupant.

Ces Comités de Lutte Syndicale auront à leur tête un communiste exemplaire, Constant Collin, membre depuis l'avant-guerre du secrétariat national du Parti, qui sera odieusement torturé à Breendonck, au point d'en devenir aveugle. Il mourra comme il a vécu: en communiste.

Le virage

La grève des 100.000 montrera au peuple que la Résistance est un fait et le Parti doit en tenir compte: En mai 1941, le Parti diffusera largement une plate-forme qui assigne aux communistes la tâche unique de lutter contre l'occupant et appelle à constituer le Front de l'Indépendance (FI), large mouvement unitaire et populaire de résistance à l'ennemi.

La confusion a enfin officiellement pris fin.

Tracts, journaux clandestins, inscriptions sur les murs fleurissent.

En dehors des entreprises, dans les quartiers, des « Comités de Défense Populaire » se créent et organisent des cortèges de femmes, d'enfants, drapeau noir en tête, réclamant du pain, refusant les rafles organisées par les nazis pour envoyer au travail obligatoire les hommes en Allemagne.

La Résistance que le PC seul va impulser, s'organisera autour de sept pôles.

Premièrement. Dès le printemps 1941, les groupes de partisans armés qui porteront le nom d'Armée Belge des Partisans, sont constitués. 962 militaires allemands, parmi lesquels des généraux, colonels, majors, etc. ont été tués. 1017 ont été blessés. 1137 traîtres et collaborateurs ont été tués. Il y a eu 1268 sabotages et destructions de chemin de fer et vicinaux dont 10.305 wagons détruits ou gravement endommagés. A 497 reprises des actes de sabotage spectaculaires ont causé des pertes considérables aux industries belges travaillant pour les Allemands.

Et, pour ajouter encore quelques exemples, mais la liste est loin d'être close:

Deuxièmement Les Comités de Lutte Syndicale unirent la classe ouvrière contre l'occupant. Ils dénoncèrent la trahison des chefs syndicaux et du syndicat collaborateur l' Union des Travailleurs Manuels et Intellectuels, mis sur pied par H. De Man. Ils organisent à la fois les grèves revendicatives et politiques, et le sabotage de l'outil et de la production ainsi que la distribution de journaux clandestins à l'usine.

Troisièmement. La paysannerie étant encore en nombre dans le pays, le Parti impulsa le «Mouvement de Défense Paysanne» qui lutta contre les réquisitions allemandes, détruisit les champs de colza (champs imposés par les allemands qui avaient besoin de l'huile de colza pour leurs véhicules). Le M.D.P. alimenta la Résistance en vivres et en logements illégaux. Quatrièmement. Le Parti impulsa ou s'associa très largement à l'organisation des intellectuels, dans la Résistance. Par exemple, les médecins se regroupèrent dans « Médecine Libre ». Leur tâche principale : apporter des soins aux clandestins. Les avocats furent regroupés dans « Justice Libre ». Leur tâche principale : assurer la défense des résistants arrêtés lorsqu'ils passaient en jugement. Le Front National des enseignants eut la lourde tâche de s'opposer à la propagande nazie dans les écoles et universités.

Cinquièmement. Le Parti impulsa le Rassemblement National de la Jeunesse qui regroupait

jeunesse ouvrière et étudiante de toutes tendances politiques et religieuses, flamands, bruxellois et wallons, réunis.

Sixièmement. Le Parti participa largement à la Résistance Civile qui confectionna la littérature

clandestine (tracts, journaux, etc.) et s'occupa de sa distribution. Nous ne parlons pas ici uniquement des journaux propres au Parti, mais également du F.I., etc. D'autre part, outre l'organe central du Parti, chaque fédération du Parti avait sa propre presse.

La Résistance Civile prit en charge la confection des faux papiers, timbres de ravitaillement, etc.

(Il y avait aussi de vrais faux papiers fournis par les employés des administrations communales).

Elle trouva des centaines de logements clandestins, etc. Il faut mentionner aussi les facteurs qui

jouèrent un rôle considérable dans l'interception du courrier envoyé à ou par la Gestapo.

Cette Résistance incluait les Comités de Défense Populaire dont nous vous avons parlé plus haut. Elle s'adjoindra par la suite les Milices Patriotiques qui furent à la fois la réserve de l'Armée Belge des

Partisans et des formations populaires chargées de procéder, militairement, le jour venu, à

l'insurrection armée générale contre l'occupant. Insurrection qui n'eut pas lieu contrairement à ce qui se passa à Paris par exemple.

Septièmement

Il faut encore ajouter à cette liste le rôle primordial que jouèrent les communistes dans le

Comité de Défense des Juifs grâce auquel des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants

furent arrachés aux griffes nazies et qui fut pourvoyeur de Partisans armés, de faux papiers et

de domiciles clandestins pour l'ensemble de la Résistance.

DEUX MILLE COMMUNISTES ONT DONNE LEUR VIE POUR CE QUE NOUS VENONS DE

VOUS DECRIRE.

Toutes ces organisations vont se retrouver dans le Front de l'Indépendance (F.I.) qui comportera

outre le PC en tant que Parti, des individus (leurs partis n'existant plus) membres avant-guerre du

POB, du Parti Catholique, du Parti Libéral.

Adhéraient également au Front de l’indépendance : L'Union démocratique belge

(essentiellement démocrates chrétiens); Wallonie Libre (mouvement fédéraliste); Solidarité

(Service Social du F.I.); des individus représentant le syndicat chrétien; La Libre Belgique

clandestine; une série de personnalités à titre individuel.

Le Front de l’Indépendance, créé à l'initiative du PC en 1941, élabora une plate-forme importante

en huit points, dont le contenu était le suivant:

  1. Lutter par tous les moyens contre l'occupant

  2. Coordonner la lutte

  3. Saboter et combattre la collaboration. Dénoncer l'attentisme (c.à.d. ceux qui attendaient le jour «J» - le jour de la libération pour se révolter contre l'occupant sur directive explicite de Londres et assurer «l'ordre dans le pays» -(mot d'ordre de la Résistance de droite))

  4. Châtier les traîtres

  5. Boycotter et saboter les institutions créées par l'occupant

  6. Défendre nos libertés constitutionnelles (à retenir pour la suite)

  7. Préparer le soulèvement national

  8. Collaborer à la grande lutte mondiale menée par les alliés et par tous les peuples opprimés.

Mais en s'alliant avec la bourgeoisie patriotique, au sein du front uni, le PC commettra l’erreur grave de céder la direction du front à la bourgeoisie. En même temps, il va abandonner son programme autonome. Le PCB a oublié que, quelles que soient les circonstances, la bourgeoisie conserve toujours son caractère de classe. Le PC s'est fait le représentant des aspirations immédiates des masses sans chercher à élever leurs aspirations au-delà du but de «chasser l'occupant», c'est-à-dire à élever les aspirations des masses à une conscience révolutionnaire. Or, il en avait toute les possibilités : le peuple se battait non seulement pour bouter dehors l'occupant, mais aussi pour que soit établie - après ces années d'horreur, que les intérêts politiques et la capitulation de la classe dirigeante avait permises - une société juste et fraternelle dont il voyait l'exemple dans l'URSS héroïque et martyre. Tandis que le PCB se cantonne dans la passivité, la bourgeoisie forge son avenir.

A cet égard, les mémoires (1) de Georges de Lovinfosse, agent de liaison entre Londres et la Belgique occupée, sont significatives. Il y décrit quelle fut sa mission et celle d'André Wendelen, officier de la Sûreté de l'Etat, dans la préparation de la Libération du territoire. « Bien sûr, nous pensions d'abord à la Libération du territoire... et surtout nous voulions revenir à l'application intégrale de notre Constitution... La résistance armée dont nous voulions garder le contrôle constant, risquait de nous échapper... un soulèvement généralisé aurait mis la Belgique à feu et à sang... Ma mission était... de garder à tout moment le contrôle de l'insurrection... ». (p. 186-187) « Pour Wendelen et pour moi, le problème crucial était le suivant : Qui doit entre la Libération et le retour des autorités belges assumer le pouvoir civil et militaire ? ». (p. 196)

Pour de Lovinfosse et Wendelen aucune hésitation: contre les communistes il faut maintenir l'ordre, le moyen le plus sûr est « d'obtenir l'engagement des troupes des organisations de Résistance dans l'armée régulière, à la fois pour renforcer les Alliés et pour réduire le climat insurrectionnel ». (1)

A la Libération, le but du Parti va être de récolter des miettes du pouvoir par la participation au gouvernement. Le PC sera surtout utilisé par la grande bourgeoisie pour désarmer le peuple.. L'opportunisme de droite du PC à la Libération va asseoir définitivement celui-ci dans une voie qui déterminera sa ligne politique de l'après-guerre à nos jours.

Au lendemain de la Libération, le 5 septembre 1944, le Front de l'Indépendance, dirigé par le PCB, appelle à la restauration de l'Etat, de ses institutions, de ses « libertés constitutionnelles ». Il appelle, à la direction du pays, le gouvernement belge d'avant-guerre, réfugié à Londres, ce même gouvernement qui fut si soucieux de protéger les fascistes belges et d'emprisonner les communistes.

Le PC pratiquera – nous citons le programme du F.I.- : « la collaboration étroite et loyale avec les autorités », ce qui implique les autorités gouvernementales judiciaires et policières, haut gradés de l'armée belge et autorités anglo-américaines qui font la loi dans le pays libéré. Mais le peuple, la Résistance, criaient vengeance contre les collaborateurs. Or, le programme du F.I., approuvé par le PC, prévoyait la dissolution de la Résistance par son incorporation dans l'armée légale belge sous prétexte que la guerre n'était pas finie, alors que chacun savait sa fin proche et inévitable. Les Résistants refusèrent de rendre les armes, manifestèrent et le sang coula lors d'un affrontement entre résistants et policiers, rue de la Loi à Bruxelles. La direction du Parti, soucieuse avant tout de sa participation au gouvernement, donnera aux autorités belges et aux Anglo-Américains son accord pour que soient désarmés les résistants.

Les modalités du désarmement de la Résistance et de son incorporation dans l'armée légale, ont été contresignées par le communiste Albert Marteau, ministre de la Santé Publique. L'historien anglais, Geoffrey Warner indique que le 17 novembre 1944 eut lieu une rencontre entre le Général Erskine, haut commandement anglais, et les ministres communistes. Warner note : « A l'issue de cette rencontre, un communiqué conjoint fut publié. Signé par le Général Erskine, MM. Marteau, Demany et Dispy, il constatait... : "Les trois ministres... se sont déclarés d’accord pour faire tout ce qui est possible afin d'assurer le respect de la loi et pour que tout se passe dans l'ordre... ils prennent l'engagement que les mouvements de la Résistance éviteront tout conflit avec les armées alliées'' (2)»

Le PC aura donc eu la triste mission de profiter de son influence dans la Résistance pour que le désarmement devienne effectif et qu'ainsi, « la légalité bourgeoise » triomphe.

A la vérité, la situation était telle à la Libération, que le PC avait la possibilité de mettre sur pied un Etat de type nouveau, c'est-à-dire: de type nouveau démocratique qui pouvait ouvrir la voie à une société de type socialiste. En effet, la volonté des masses le lui permettait. Au lieu d'accepter le gouvernement de Londres, le désarmement de la Résistance, etc., il lui aurait suffi d'exiger que le peuple se prononce immédiatement à la Libération par voie d'élections. Mais pour cela, il eût fallu un PC véritable, ne craignant ni la bourgeoisie, ni l'impérialisme anglo-américain et faisant confiance aux masses.

Mentionnons deux déclarations d'Edgard Lalmand, le nouveau Secrétaire général du Parti. Ces déclarations datent de 1946. Elles sont édifiantes par elles-mêmes et ne nécessitent aucun commentaire. La première est extraite de Bâtir une Belgique Nouvelle, la seconde de Pour la Rénovation du Pays. Lalmand écrit : « Notre classe ouvrière a donné à cette occasion (il s'agit de la reconstruction industrielle) une nouvelle preuve éclatante de son patriotisme clairvoyant et désintéressé. Quand sonna l'heure de la délivrance, les travailleurs belges, exténués par quatre années d'occupation féroce et de lutte héroïque contre l'envahisseur, ne songèrent pas un instant à exploiter à leur avantage, la situation difficile dans laquelle se trouvait le pays. »

« La participation de représentants du monde du travail à la direction de l'économie et à la gestion des entreprises, atténuera dans une certaine mesure le caractère anarchique et asocial de la production capitaliste ainsi que les contradictions constantes entre les intérêts privés et l'intérêt général. Par la co-gestion, nous jetons les bases de la démocratie économique et préparons ainsi le passage du régime capitaliste au régime socialiste. »

C'est ainsi que le PCB a sombré dans le révisionnisme et a renié ses propres idéaux.

Malgré les critiques de l’Internationale, la ligne du réformisme de gauche (sectarisme) qui domina l’ancien groupe l’Exploité – Parti communiste en 1918, n’a jamais été éradiquée et le révisionnisme s’est finalement imposé en force à la tête du parti.

1 Georges de Lovinfosse, Au service de leurs majestés, éditions Byblos

2 La crise politique belge de novembre 1944 - un coup d'Etat manqué, Cahiers du CRISP n°798 du 19/5/78