Contribution au 15ème Séminaire communiste international

« Expériences passées et présentes dans le mouvement communiste international »

Bruxelles, 5-7 mai 2006

www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org

Un organe central du mouvement communiste international est historiquement nécessaire

Parti du Travail d'Albanie

Chers camarades,

Il est clair que le Séminaire Communiste International de Bruxelles exerce un rôle important dans les activités des partis communistes qui le soutiennent et qui prennent part à ses travaux. Le Parti du Travail d’Albanie a fait des efforts modestes pour contribuer avec ses délégations à la réalisation des objectifs de ces séminaires. Sur ce fond concret, la collaboration du Parti du Travail d’Albanie avec le Parti du Travail de Belgique et avec les autres partis communistes a avancé dans la bonne voie. C’est pourquoi, à cette occasion, nous voulons remercier le Parti du Travail de Belgique et vous tous au nom du Comité Central du Parti du Travail d’Albanie.

Il est bon que, cette année, le 15e Séminaire Communiste International ait mis au centre de ses travaux la discussion sur le rôle de la Troisième internationale communiste. Il n’y a pas de doute que l’expérience, les enseignements et l’esprit révolutionnaire de la Troisième internationale communiste, fondée par Lénine, ait été au cœur des analyses et des conclusions des séminaires de Bruxelles. Mais en en faisant l’objectif directeur de ses travaux, comme cette fois, nous tous apprendrons et tirerons davantage des acquis du Komintern.

Notre délégation exprimera sur cette question les idées du Comité Central de notre Parti. Mais d’abord, nous voudrions dire rapidement quelques mots sur la situation en Albanie et sur les activités du Parti du Travail.

L’Albanie est redevenue un pays capitaliste extrêmement arriéré, où la corruption fait la loi. Le peuple souffre de toutes les plaies économiques, sociales et politiques du système bourgeois, jusqu’au point de n’avoir aucune sécurité d’existence. Cette situation de crise générale a secoué profondément l’existence, la conscience et l’esprit des masses populaires, parmi lesquelles une partie non négligeable prend conscience, se lève contre l’exploitation et ne compte plus sur l’Etat et les partis bourgeois. Cela a atteint un point tel, qu’aux élections parlementaires de 2005, près de 50% des électeurs ne sont pas allés aux urnes.

Sans prétendre que, dans les conditions du capitalisme, nous ayons acquis l’expérience nécessaire de la lutte révolutionnaire avec les masses populaires et l’expérience du travail avec les syndicats, la jeunesse et les femmes, notre parti a mis à profit la situation, s’est confronté aux problèmes et a pris une part active dans les actions de la classe ouvrière et des autres masses populaires en constituant une force politique qui a une influence dans la vie politique du pays. Ainsi, lors des élections parlementaires de 2005, cette force a exprimé les sentiments et les préoccupations du peuple. Nous étions dans des conditions de grande pauvreté matérielle, médiatique et financière et sans aucune aide internationale ; mais nous avons pu recueillir 10.000 voix précieuses. Plus de 25.000 à 30.000 autres voix nous ont été volées ouvertement et honteusement par la bourgeoise (et autant pour le Parti Communiste d’Albanie), sans parler des autres obstacles administratifs et juridiques. Le soutien que nous avons récolté parmi les masses populaires et les résultats obtenus ont inquiété la bourgeoisie qui a réagi immédiatement en durcissant ses directives contre les communistes et le mouvement communiste dans notre pays.

La question de l’unification des communistes dans un seul parti est la priorité centrale du PTA. Au cours de l’année 2005, un pas en avant a été franchi dans le processus de travail commun entre le Parti du Travail d’Albanie, le Parti Communiste d’Albanie et d’autres groupes communistes. De manière irrévocable, nous travaillons pour que ce processus soit couronné de succès avec l’unification de tous les communistes dans un seul parti, au cours de l’année 2006, à l’occasion du 65e anniversaire de la fondation du Parti Communiste d’Albanie. Bien sûr, la réalisation de cet objectif ne sera pas facile, en raison des problèmes internes des partis et des groupes communistes qui s’unissent ainsi qu’en raison des activités de sabotage de la bourgeoisie en place et de ses partis. Quoi qu’il en soit, nous sommes décidés à aller de l’avant en suivant les exemples que nous apporte l’expérience historique, laquelle montre que les vrais communistes maîtrisent l’avenir, trouvent les solutions aux désaccords, et prouvent dans les faits qu’ils ont la capacité de dépasser ce qui les sépare, guidés par les principes et les normes marxistes-léninistes, qui règlent les activités des partis de type communiste.

Ce pas est accueilli avec un intérêt particulier par l’opinion publique à la ville et à la campagne, par les travailleurs, les vétérans, les jeunes et les femmes, par la masse des chômeurs, que les réformes économiques ont jetés sur le pavé. Cela s’est exprimé par le soutien qu’ils ont apporté au Parti du Travail et au Parti Communiste d’Albanie, dans les activités organisées contre la globalisation impérialiste, par le soutien à Cuba et à la Corée du Nord et à la juste lutte des peuples irakiens et palestinien, par la défense des valeurs de l’ordre socialiste et la dénonciation de l’ordre bourgeois, en particulier de l’impérialisme américain en tant que gendarme international des peuples.

Sans exagérer, il y a des années que les masses populaires n’avaient pas vu organiser dans les rues et sur les places des actions politiques avec les symboles communistes et avec une participation au niveau national, comme celle réalisée en 2005 pour commémorer le 29 novembre 1944, date de la libération de la patrie et de l’installation du pouvoir populaire. Un tel soutien s’est manifesté envers les autres activités organisées sous la direction du Conseil national interpartis du mouvement communiste albanais, comme celle de la condamnation de la résolution du Conseil de l’Europe sur les prétendus « crimes du communisme » et à l’occasion de débats télévisés sur ce problème et d’autres problèmes entre les communistes et des représentants des partis au pouvoir. Ces activités ont renforcé la confiance que les communistes sont en mesure d’agir et de guider les masses contre la bourgeoisie et le capitalisme.

En 2006, le mouvement communiste en Albanie se trouve devant une épreuve difficile. Premièrement, il a pour objectif de participer aux élections générales pour les pouvoirs locaux (élections municipales) non pas divisé comme les autres fois, mais uni dans un seul parti, et deuxièmement d’atteindre un succès grâce à un large soutien populaire. En n’ayant aucune illusion sur le parlementarisme bourgeois, dans sa lutte pour démasquer l’ordre capitaliste, notre parti utilise les possibilités légales ainsi que les lois de la « démocratie bourgeoise ». Mais il ne considère pas cette forme de lutte comme une tactique suffisante pour contrer les organes du pouvoir de la bourgeoisie. De même, les luttes parlementaires n’ont pas une importance déterminante, ni les réformes, dans le cadre de l’ordre capitaliste.

Par contre, comme parti de la classe ouvrière, il place le centre de gravité du combat politique en dehors des murs du parlement.

Aujourd’hui, la bourgeoisie de chaque pays et au niveau international trouve les forces et les formes pour s’unir contre le communisme et les communistes en laissant de côté leurs contradictions internes pour l’hégémonie et le pouvoir. Malheureusement, ceci arrive sans que le mouvement communiste international et dans chaque pays en particulier lutte contre la bourgeoisie et l’impérialisme pour la victoire du socialisme.

D’autre part, ces dernières années, il y a une tendance à organiser des forums et des séminaires dans les Balkans, en Europe et ailleurs, indépendants les uns des autres. Certainement, cela n’est pas mauvais, pour autant que ceux-ci soient organisés et développés par des partis communistes éclairés et instruits par le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien. Mais quand ils se déroulent sans collaboration et sans les liens nécessaires entre eux, le mouvement communiste international ne peut en tirer le profit recherché. Notre séminaire de cette année pose clairement la question de la connaissance et des enseignements de l’expérience historique du Komintern. Le Parti du Travail d’Albanie considère le Komintern comme l’exemple lumineux de ce qu’il faut à l’avant-garde du prolétariat pour préparer la révolution, pour défendre le marxisme-léninisme et pour son application créatrice, pour démasquer l’opportunisme de droite et « de gauche » et toute autre forme anticommuniste et anti-ouvrière.

Chacun sait que la collaboration et la coordination des activités communistes internationales et la solidarité entre les partis communistes est nécessaire. « Les forces du mouvement communiste marxiste-léniniste international - soulignait le camarade Enver HOXHA - résident dans la justesse des idéaux pour lesquels ils luttent et dans leur unité ». Il est absolument nécessaire que se construise sur les bases et sur les enseignements du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien un organe central du mouvement communiste international. Un tel organe, basé sur les acquis du Komintern - bien entendu sans se fermer les yeux, car la situation dans le monde a changé - contribuerait à la collaboration dans les luttes contre l’impérialisme avec à sa tête les USA, améliorerait les qualités idéologiques, politiques, organisationnelles, théoriques et pratiques des partis communistes, élèverait l’autorité et le rôle du marxisme-léninisme aux yeux de la classe ouvrière dans le monde entier, soutiendrait la construction des partis communistes dans les pays où les forces marxistes-léninistes sont faibles, stimulerait l’échange des idées et des analyses, apporterait des réponses plus qualifiées aux questions qui réclament des choix, accroîtrait le moral et la confiance du prolétariat et des peuples là où l’alternative communiste se poursuit, et préserverait les partis communistes des dangers et des attaques de l’opportunisme et du révisionnisme ancien et nouveau.

Il se peut que nos idées ne soient pas cohérentes, mais nous sommes convaincus que, sans cet organe, le mouvement communiste international ne pourrait s’organiser et se transformer en une organisation communiste mondiale et ne pourrait réaliser sa mission historique. Au cas où cet organe est à l’ordre du jour, alors il deviendrait historiquement nécessaire - nous insistons là-dessus - d’inventer et de combiner la démocratie et le centralisme au niveau international. Mais cela n’est pas le cas, car cette initiative bloque du fait que tous les partis de type communiste ne s’y engagent pas tout de suite. La peur, les doutes et les hésitations qu’une organisation communiste internationale marxiste-léniniste soit nuisible au développement des partis communistes des pays en particulier, doivent être surmontés.

Il ne faut pas faire une maladie des attaques des ennemis d’hier et d’aujourd’hui contre le Komintern et le marxisme-léninisme. Le Parti communiste bolchevik de Lénine et Staline avait une voix déterminante dans le Komintern, mais cette voix n’était pas gênante. Au contraire, elle a permis que le mouvement communiste mondial connaisse entre 1919 et 1943 des rythmes élevés et une efficacité plus grande à cette époque qu’aujourd’hui. Avoir peur des défauts et des erreurs du Komintern n’est pas un argument qui prouve que le mouvement communiste n’a pas besoin de son organe central.

Enfin, nous ne portons pas d’appréciation sur les autres, mais nous dirons que les partis communistes au pouvoir et certains autres partis avec des possibilités plus grandes pour contribuer au développement du mouvement communiste mondial peuvent faire davantage pour élever plus haut la solidarité, l’esprit de collaboration communiste et l’aide internationaliste. Le Parti du Travail d’Albanie pense que les suggestions qui vont s’exprimer sur le thème du séminaire cette année ne resteront pas au niveau des discours, mais s’appliqueront concrètement, que le mouvement communiste international prendra une forme organisée et se mettra davantage au service de sa mission historique.

Je vous remercie !

MUHARREM XHAFA

Premier Secrétaire du CC du PTA