Contribution au 13ème Séminaire communiste international

«La stratégie et la tactique de la lutte contre la guerre globale impérialiste des Etats-Unis».

Bruxelles, 2-4 mai 2004
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org

Préparé par John Catalinotto, Workers World Party, États-Unis

 

Il y a un an, le 1er mai, le président des États-Unis George Bush appontait de manière triomphale sur le porte-avions USS Lincoln. Il était paré de son uniforme de pilote et sous une banderole affichant "Mission accomplie", il annonça que les combats les plus importants étaient terminés en Irak.

Lui, ses copains dans l'administration de la Wolfowitz Connection, ses alliés Tony Blair, Silvio Berlusconi et José María Aznar croyaient alors que la campagne "choc et terreur" avait écrasé et soumis les Irakiens. A l'époque, tous les médias capitalistes américains, presque tous les politiciens d'influence des deux partis et tous les directeurs de banques et d'industries se réjouissaient de la conquête de l'Irak.

Comme les choses ont changé. Déjà en été, la résistance irakienne sporadique rendait la vie dure à l'occupation US. A la mi-avril 2004, cette résistance, qui, au départ, semblait divisée selon des lignes religieuses et géographiques, s'était déjà développée et répandue au point que le monde commence à la considérer comme le mouvement de libération nationale irakien.

Le thème de ce séminaire s'intitule "La stratégie et la tactique de la lutte contre la guerre impérialiste globale US". Eh bien, les héros et héroïnes de Falludja et Nadjaf sont aux premières lignes de cette lutte. L'impérialisme US pourrait encore lancer un assaut militaire massif. Il peut occasionner beaucoup de souffrances mais la politique de Washington s'avère dorénavant comme étant une faillite politique.

Je suis sûr que d'autres ici, à ce séminaire, discuteront plus en détails, les événements en Irak et les développements au sein de la résistance et de sa direction politique. Nous nous limiterons donc à quelques commentaires. En tant que communistes organisés aux États-Unis, nous devons considérer la question de l'autodétermination des nations opprimées très sérieusement. Dans le cas de l'Irak, cela signifie que notre responsabilité est de contribuer de notre mieux pour que l'impérialisme US se retire d'Irak et laisse les Irakiens en paix. Nous allons tenter de mobiliser la classe ouvrière et la jeunesse des États-Unis, y compris les troupes, pour mettre fin à l'occupation. Nous mobiliserons avec la même intensité quelle que soit la force politique qui mène la lutte de libération nationale irakienne.

 

Changements au sein de l'establishment de la classe dirigeante aux États-Unis

Ce qui intéresse probablement le plus les camarades réunis ici, ce sont les développements aux États-Unis mêmes, à la fois parmi les factions de la classe dirigeante et des mouvements ouvrier et anti-guerre.

La presse bourgeoise principale, comme le New York Times, le Washington Post ou le Los Angeles Times, sont actuellement remplis de critiques envers l'administration Bush. Les spécialistes qui, auparavant, n'avaient que des louanges pour les "néo-conservateurs" à la Maison Blanche, maintenant, se moquent d'eux comme étant des idiots incapables. Deux anciens membres de l'administration, l'ancien Secrétaire au trésor Paul O'Neill et l'ancien employé à la Sécurité nationale Richard Clarke ainsi que Bob Woodward, le journaliste qui rendit public le scandale du Watergate impliquant Nixon il y a 30 ans, ont écrits des livres devenus des best-sellers et qui montrent l'obstination de l'administration Bush à vouloir attaquer l'Irak avant et juste après le 11 septembre 2001.

Ce désaccord se produit car, aux yeux de certaines sections importantes de l'establishment politique capitaliste et responsable des choix stratégiques, la politique de Bush mène à la faillite. Une section marginale de la classe capitaliste US, comme Bechtel, Halliburton et ceux ayant des liens étroits avec le Pentagone et l'administration Bush et dont les affaires touchent au pétrole et à l'occupation, tire un grand profit. Mais toute la classe capitaliste ne parvient pas à s'introduire en Irak. De même, la bande de Bush a été incapable d'ériger un gouvernement stable en Afghanistan.

Le désastre politique des élections en Espagne pour Bush et la décision par l'Espagne de retirer ses troupes d'Irak et que la République Dominicaine et le Honduras ont imité, a isolé encore plus Washington. De plus, le coup d'État à Haïti, orchestré et organisé par l'administration Bush, se transforme en occupation de durée indéterminée et qui pourrait provoquer une résistance à long terme. Le coup à Haïti a déjà causé des problèmes entre les États-Unis et les pays des Caraïbes. L'administration Bush n'a pas non plus été capable d'imposer son plan de "Zone de libre échange des Amériques" à l'Amérique du Sud. Elle a intensifié l'intervention contre le gouvernement d'Hugo Chávez au Venezuela et contre le mouvement de guérilla FARC en Colombie.

Dans la poursuite de leurs ambitions, le groupe Bush-Cheney-Wolfowitz-Rumsfeld s'est avéré être un groupe restreint qui manque de prévoyance élémentaire et de finesse stratégique. C'est ce qui les distingue de leurs opposants dans le camp "multilatéraliste" des stratèges impérialistes représentés par le démocrate John Kerry. Pour l'instant, les actions de Bush n'ont pas apporté ni de grand profits ni de nouvelles grandes zones d'exploitation pour les patrons. Les patrons se réjouissent des grosses diminutions d'impôts mais toutes ces aventures à l'étranger ont coûté cher politiquement et financièrement. Des doutes commencent à se faire jour.

 

Changements de la conscience des masses aux États-Unis

Ces débats publics de la classe dirigeante ont aidé une partie de la population à se distancer de leur position initiale de soutien ou d'apathie face à la guerre qui existait lorsque l'opinion de la classe dirigeante était unie derrière le président. La plupart de l'opinion s'exprime dans les termes utilisés par les médias capitalistes. Le candidat démocrate John Kerry, au lieu d'être contre la guerre, s'est prononcé pour un envoi supplémentaire de troupes en Irak et pour une tentative d'internationaliser la guerre, d'envoyer plus d'alliés impérialistes européens et les Nations unies. Maintenant plus d'attention est porté dans les nouvelles aux pertes américaines comme le montre le débat agité sur la question de publier ou non les images de cercueils revenant d'Irak. Le soutien à la politique de Bush en Irak tomba à seulement 44 % dans un sondage CNN/Time magazine du 9 avril. Bush et Kerry sont maintenant très proches dans les sondages pour l'élection présidentielle.

Et maintenant les généraux US réclament plus de troupes en Irak. C'est seulement en rallongeant la durée de service des réservistes -- souvent des hommes et femmes ayant une famille et un travail fixe -- que le Pentagone pu trouver ces troupes. Ce service obligatoire est extrêmement impopulaire parmi les troupes et leurs familles. C'est de fait une conscription. Il y a d'ailleurs un débat sur la réintroduction de la conscription. Si cela devait se produire, cela entraînerait des millions de jeunes dans la vie politique.

L'économie américaine continue de stagner avec peu de créations de nouveaux emplois. Les emplois dans l'industrie de fabrication continuent à disparaître. Les capitalistes profitent des avantages de l'économie globale pour minimiser leurs coûts de production et cela pas seulement dans l'industrie de fabrication ; cela touche aussi les emplois qualifiés en informatique, les services financiers, tous ce qui peut être réalisé par téléphone ou l'internet. Le résultat, c'est une pression vers le bas sur les salaires aux États-Unis. Jusqu'à présent, ces développements n'ont pas entraînés de révoltes répandues dans la classe ouvrière mais un mécontentement grandissant se répand alors que l'insécurité s'accentue. Les souffrances parmi les chômeurs s'accentuent également car les programmes sociaux cassés par les quatre dernières administrations, ne peuvent plus les aider.

La plus grande grève, durant l'année écoulée, fut menée par les travailleurs de supermarchés (chaîne de magasins d'alimentation) en Californie. Elle dura cinq mois. Beaucoup des employés étaient des immigrants, surtout des femmes ; ce sont ceux dans la classe ouvrière qui ont montré le plus de militantisme ces dix dernières années. La grève se termina par des concessions imposées aux travailleurs. Cependant, lorsqu'une grève menaça dans les supermarchés de la côte Est, la compagnie décida de faire des concessions plutôt que d'avoir à faire avec une grève similaire coûteuse. La lutte des nouveaux immigrants en général dans la classe ouvrière est extrêmement importante.

La direction de l'AFL-CIO a joué un rôle ambivalent dans les luttes des travailleurs. A l'automne 2003, elle a aidé à organiser en défense des droits des travailleurs immigrés mais elle investi beaucoup plus d'argent dans l'effort pour faire élire Kerry président qu'elle ne l'a fait pour soutenir la grève sur la côte Ouest. En plus, elle aide l'impérialisme US à se servir de syndicats pro-impérialistes au Venezuela contre le gouvernement d'Hugo Chávez.

Il y a également eu d'importantes mobilisations pour la défense des droits démocratiques bourgeois. Il y a quelques jours, le 25 avril, il y a eu une manifestation gigantesque à Washington pour défendre le droit à l'avortement. Il y a eu aussi une lutte croissante durant les derniers mois par la communauté des lesbiennes, gays, bi et trans pour obtenir le droit de se marier.

 

Les élections américaines

Depuis la fin de l'année dernière et le début de celle-ci, il y a eu un développement dans le mouvement progressiste aux États-Unis de ce que l'on peut appeler la tendance "n'importe qui sauf Bush". Son argumentation est, schématiquement celle-ci : la bande à Bush est une équipe de fauteurs de guerres, d'archi-réactionnaires, répressifs, misogynes et racistes, ce qui est exact, et "qu'importe si le candidat démocrate est bon ou mauvais, nous devons l'aider, donner de l'argent pour sa campagne et le soutenir contre Bush".

A notre avis, une telle stratégie lierait le mouvement progressiste et anti-guerre à une politique guerrière. Kerry veut internationaliser l'occupation en y incluant les alliés européens et s'est prononcé pour l'envoi de troupes supplémentaires. Il a également soutenu l'assassinat du chef du Hamas Rantissi par Israël.

Les forces derrière Kerry promettent d'augmenter les fortunes de la classe dirigeante en combinant la force militaire brutale avec plus de tact et de diplomatie. Elles veulent surmonter l'isolation de Washington. Elles veulent écraser la résistance en Irak, éteindre les feux de la résistance palestinienne, assujettir Haïti avec plus de finesse etc. Leur but est aussi de consolider le capitalisme US de l'intérieur. Les faiblesses de Bush devraient être un signal au mouvement de ne pas courir auprès des démocrates mais plutôt d'intensifier la lutte contre le système d'expansion impérialiste et d'exploitation capitaliste.

 

Les prochaines étapes pour le mouvement anti-guerre

L'impérialisme US a joué gros en envahissant presque unilatéralement l'Irak. Les ressources de la région sont vitales pour ses plans de domination mondiale. D'un autre côté, se faire repousser d'Irak serait un échec cuisant et encouragerait d'autres à se rebeller contre Washington plutôt que de se soumettre. C'est pourquoi, le mouvement doit se préparer à une intensification de l'occupation de l'Irak plutôt qu'à un retrait américain.

La grosse partie du travail anti-guerre de notre parti Workers World se déroule au sein de la coalition ANSWER où sont représentées également d'autres forces progressistes. ANSWER a conquis une réputation de témérité politique contre la politique de la classe dirigeante depuis la réponse immédiate aux plans de Bush après le 11 septembre 2001. Elle a organisé le mouvement anti-guerre depuis lors dans une période où aucun groupe important de la classe dirigeante ne s'est opposé à la guerre.

Pour la dernière manifestation mondiale le 20 mars, ANSWER a travaillé dur pour maintenir l'unité d'action avec l'autre coalition 'United for Peace and Justice (UFPJ)' mais se battit pour inclure la demande de mettre fin à l'occupation de la Palestine et finalement, elle l'emporta. Les manifestations aux États-Unis furent plus grosses que prévu avec 100.000 manifestants à New York, 50.000 à San Francisco, 20.000 à Los Angeles et d'autres manifestations importantes et beaucoup de plus petites dans 60 villes des États-Unis. Cela montre de nouveau l'avantage d'avoir des actions coordonnées mondialement, en utilisant les forums sociaux et l'internet.

Pour faire face à la nouvelle menace d'une opération militaire US d'envergure contre la résistance irakienne, ANSWER a appelé à manifester le 5 juin à Washington, San Francisco et Los Angeles. Cela permettra de mesurer le potentiel de mobilisation aux États-Unis après le soulèvement irakien en avril.

Le slogan principal le 5 juin sera : 'Ramenez les troupes au pays maintenant, toutes les troupes étrangères hors d'Irak'. ANSWER lancera aussi les slogans 'Fin à l'occupation coloniale de la Palestine, soutenons le droit au retour', 'USA hors d'Haïti, Corée, Afghanistan, Philippines, Colombie, Cuba, Venezuela', 'de l'argent pour l'emploi, l'éducation, le logement et la santé, pas pour la guerre', 'Défendons les libertés et droits démocratiques'.

Pour nous qui vivons aux États-Unis, il est nécessaire de prendre position et si possible d'agir sur tous ces thèmes. Par exemple, nos camarades ont aidé à lancer la première délégation pour rendre visiter au président Jean-Bertrand Aristide lorsqu'il était retenu au secret en République Centrafricaine et à briser le mur de silence qui l'entourait en montrant le rôle des États-Unis dans le kidnapping du dirigeant haïtien démocratiquement élu. ANSWER participa ensuite à un meeting de 2.000 personnes, dont au moins la moitié était composée d'immigrants haïtiens à Brooklyn. A présent, il y a des milliers de troupes américaines, françaises et canadiennes qui occupent Haïti et la présence US là-bas augmente les menaces contre le Venezuela et Cuba.

ANSWER participera également au Tribunal mondial sur l'Irak. Elle organisera une audition le 26 août, la veille de la convention nationale républicaine à New York, et invite les tribunaux du monde entier à envoyer des rapporteurs à cette audition.

Il sera également important pour le mouvement d'observer avec attention les changements politiques parmi les membres des forces armées US. Les troupes sont dans une position contradictoire en Irak. On leur ordonne d'agir comme des criminels de guerre, à tirer sur les ambulances, à abattre les civils au fusil à lunette et elles le font. Cependant, la plupart sont des jeunes de la classe ouvrière et beaucoup appartiennent aux nationalités opprimées. Il est important pour nous de les considérer avec toutes leurs contradictions, de comprendre qu'ils peuvent se transformer de criminels de guerre en opposants à la guerre. En grande partie, cela dépend de la rapidité de la croissance, de son étendue et de l'évolution de la revendication du mouvement anti-guerre civil et s'il prend clairement des positions de classe dans lesquelles les troupes puissent se retrouver.

Dans une région du monde aussi vitale pour les intérêts impérialistes, des manifestations symboliques seules, même très grandes, ne suffiront pas à faire reculer les impérialistes. Nous devrons trouver des moyens de poursuivre la lutte de classe aux États-Unis. Seulement de cette façon, nous serons capables de jouer un rôle matériel pour terminer l'occupation et arrêter la guerre impérialiste globale US.

26 avril 2004

Workers World www.workers.org

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