Contribution au 13ème Séminaire communiste international
Bruxelles, 2-4 mai 2004
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Parti Communiste Ouvrier Russe – Parti
Russe des Communistes
Russie
Le capitalisme européen s’est vite et cruellement débarrassé de la Commune de Paris. La Révolution socialiste en Russie n’a pas mené à la victoire des révolutions prolétariennes en Europe. Au début du siècle précédent, le capitalisme, pourrissant - selon la détermination de Lénine, a montré au monde le produit puant de ce pourrissement : le fascisme.
Le monopole fasciste dans la gestion de la société civile, au nom de la lutte violente avec ses concurrents, s’est métamorphosé en Seconde Guerre mondiale.
La victoire de l’Union soviétique, puis le krach de système mondial colonial, l’apparition et la consolidation d’une union de pays ayant choisi la voie socialiste de développement, ont fait comprendre aux impérialistes des Etats-Unis d’Amérique et à tout le monde la dimension de la menace pour leur monopole sur le marché mondial.
Cette menace provenait surtout de l’attraction de l’idée communiste et de l’exemple de l’Union soviétique comme une alternative au déclin à l’Occident. Pour liquider cette menace, l’impérialisme mondial devait vaincre chez lui, à l’aide des lois répressives envers les communistes, et de l’opportunisme dans les rangs des intellectuels de gauche, qui acceptaient pendant la Guerre froide, la philosophie sociale et politique du néolibéralisme.
Ce virement vers la droite a infecté les dirigeants de l’URSS, las de leurs devoirs économiques et politiques envers les travailleurs.
La perestroïka de Gorbatchev a garanti en premier lieu la position monopoliste des Etats-Unis, elle a permis à l’impérialisme américain d’employer n’importe quel moyen pour sauvegarder son monopole dans le monde actuel. L’impérialisme des Etats-Unis mine les institutions internationales, transforme l’ONU et l’Otan en arme pour liquider ses concurrents, dont les Etats, qui mènent une politique financière et économique indépendante. Les monopoles des Etats-Unis stimulent et accélèrent l’expansion des marchandises et des capitaux. La recherche d’ouvertures dans le marché ne change pas seulement des biens vitaux de consommation en marchandises, mais aussi le corps humain, ses organes, la dignité personnelle, les sièges au parlement, l’information – tout ce qui n’était pas objet d’achat et de vente auparavant, même la surface de la lune et la perspective de la résurrection.
Entourés de misère à grande échelle, du chômage croissant et de la mortalité infantile, les monopolistes américains déclarent que la force de travail est superflue dans le monde, et ils garantissent ainsi leur position monopoliste sur le marché mondial du travail et des matières premières.
Le temps est passé où des «Américains paisibles», des missionnaires, essayaient de convaincre le monde de la supériorité du mode de vie américain. Au lieu de la conviction on se base, comme au temps d’Hitler, sur l’aveugle force policière et la soumission forcée. L’idéologie du globalisme et de la lutte contre le terrorisme international servent ici comme couverture à cette soumission. Une armée gigantesque de mercenaires, préparée à la lutte contre le communisme à l’époque de la Guerre froide, cherche maintenant des champs d’application à ses acquis partout dans le monde. L’intérêt économique va de pair avec les actes de violence, d’élimination des concurrents.
Le monde unipolaire, créé formellement après la chute de l’URSS, est secoué par des mini-guerres et des conflits locaux. Les relations de la lutte des classes, qui existaient jadis dans la société bourgeoise elle-même, se transforment, à l’époque de l’impérialisme global, en relations entre les sociétés et réfutent ainsi la thèse de l’unipolarité.
La prétendue collision des civilisations, les guerres religieuses, les conflits entre Nord et Sud, entre Ouest et Est reflètent la lutte de classes internationale, qui exige des communistes internationalistes des formes adéquates d’organisation du prolétariat et de ses alliés. Les facteurs actuels réfutent finalement Kautsky et ses adeptes, avec leur consolation réactionnaire des masses par l’espoir d’un monde stable sous le capitalisme.
«Les alliances du capitalisme – a noté Lénine dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme - ne sont inévitablement que des «répits» entre les guerres. Les alliances pacifiques [l’Union Européenne – note de l’auteur] préparent les guerres et naissent à leur tour des guerres [dont les guerres «froides» - note de l’auteur]. Elles se conditionnent mutuellement, sur le même terreau, naissent la transition des formes de lutte pacifique et violente, des liens impérialistes et interdépendants de l’économie mondiale et de la politique internationale.»
Le changement des formes de la lutte impérialiste
La période relativement pacifique de coexistence des pays impérialistes, conditionnée par leur besoin de lutter contre l’ennemi commun, l’URSS, est finie.
Ce n’est pas une coïncidence si l’intégration européenne a fait un bond en avant. L’Union européenne se renforce et, par la puissance de son marché et de son capital constitué, elle peut concurrencer les Etats-Unis. Les néolibéraux contemporains ne tiennent compte ni des limites déterminées de la croissance, des restrictions économiques, des problèmes démographiques.
Dans les conditions actuelles, l’orientation vers l’affaiblissement des régulateurs du marché mondial, ce sont surtout les Etats indépendants qui sont les instruments de la liberté économique et culturelle potentielle. Cela a mené à une politique impérialiste particulière, qu’une série d’auteurs appellent géo-fascisme.
On sait que dans l’Allemagne d’Hitler, il existait une majorité silencieuse à laquelle résistaient peu de gens. Cette majorité était nourrie par des commandes et trophées militaires. Cette majorité silencieuse aux Etats-Unis, selon les sondages sociologiques, se laisse entraîner facilement par la manipulation de la conscience pour justifier n’importe quelle forme d’agression contre les Etats souverains. L’illusion que la guerre sera profitable au simples gens d’une nation bourgeoise, est le résultat de la transformation de la dignité personnelle en marchandise.
Les premières manifestations du géo-fascisme sont liées à l’agression de l’Otan en 1999 contre la Yougoslavie. Un détonateur du processus d’installation du géo-fascisme, selon V.Tatura, un des participants à la Conférence Scientifique Pan-russe dédiée à Lénine à l’occasion du 80e anniversaire de son décès, était l’opération spéciale, globale, du 11 septembre 2001, analogue à l’incendie du Reichstag en Allemagne. «Aujourd’hui, estime V.Tatura, le géo-fascisme se manifeste par l’agression contre l’Irak, l’étourdissement de sa propre population, la construction d’une système d’espionnage contre chaque citoyen, sous le drapeau de la lutte contre le terrorisme.» On vide la casserole, la vapeur s’échappe. Mussolini déterminait le fascisme comme «la démocratie organisée, centralisée et autoritaire». Ceci est le nouveau visage des Etats-Unis, ils imitent déjà le fascisme. Une des opérations en Irak en témoigne, celle qu’on a appelé «le Renard du Désert» en honneur à Rommel. Et sans parler du «Nouvel Ordre mondial» des Etats-Unis, comme une nouvelle édition du «Nouvel Ordre» d’Hitler.
Le fascisme allemand est souvent expliqué par les conditions dans lesquelles vivait la nation allemande après la défaite dans la Première Guerre mondiale : les conditions humiliantes de la capitulation, les énormes indemnisations à payer aux vainqueurs, les pertes de la guerre et les destructions.
Les Etats-Unis n’éprouvent rien de cela. Il en suit que, aujourd’hui comme toujours, le fascisme naît du monde de la propriété privée et de la démocratie bourgeoise, réfutant les idéologues de la bourgeoisie, qui prétendent que le système capitaliste évolue vers l’harmonie à travers la lutte cruelle de la concurrence «de tous contre tous», comme ce qui se passe dans la nature vivante «de façon naturelle».
Dans les conditions du monopole, de la collision entre les intérêts des Etats nationaux et des multinationales, il n’est plus nécessaire d’essayer de prouver que la lutte intransigeante de la concurrence correspond à une loi naturelle.
Comme le confirme E.Fromm (Anatomie de la destructivité, Moscou, 1994, p.78) : «A l’époque de la cybernétique, le capitalisme, grâce à la concentration gigantesque des entreprises, et pouvant donner aux ouvriers du pain et des jeux, obtient des moyens de contrôle tout neufs : la manipulation psychologique de l’homme et les méthodes du human engineering entrent dans l’arsenal des moyens de contrôle.» L’homme devient un être complètement «conforme» et s’habitue à ce que tout comportement, pensée et même sentiment qui dévie de la norme, auront des conséquences négatives. Il est efficace seulement dans ce qu’on attend de lui.
Si dans l’Allemagne d’Hitler l’ambition de rester une personnalité engendrait le risque de perdre non seulement la liberté, mais aussi la vie, alors dans les Etats «démocratiques» contemporains de l’époque de l’impérialisme, cette ambition est liée au risque de perdre son travail, sa carrière, d’être isolé, ce qui pour un être conforme est pire que la mort.
La guerre, que les impérialistes mènent pour la conquête des richesses d’autrui, est en même temps un moyen important de manipuler les gens.
«Les autorités canalisent délibérément tous les sentiments de révolte dans le cours de leurs buts militaires. Ainsi ils se libèrent automatiquement du danger d’une explosion interne, car dans les circonstances de guerres se forme une atmosphère de discipline sévère et d’obéissance absolue aux dirigeants, que la propagande présente comme des hommes d’Etat pleins d’abnégation.» (E.Fromm, ibid, pg 187).
Un «homme d’Etat» a allumé les fours d’Auschwitz, un autre a brûlé Hiroshima et Nagasaki avec ses habitants dans les flammes infernales des explosions nucléaires, le suivant emploie contre la population civile des armes, interdites par le droit international.
Dans la mesure où «la civilisation» du capitalisme augmente, se multiplient les conflits armés. Ainsi, la modification des formes de la lutte impérialiste souligne la nature inhumaine du capitalisme et sa première loi : «Augmentez le profit ou sortez du jeu».
Le niveau de la résistance à la guerre impérialiste globale des Etats-Unis
Le géo-fascisme des Etats-Unis est une réaction à n’importe quelle forme de politique indépendante de n’importe quel Etat. Les rapports de la lutte des classes, qui existent dans toute société sous l’hégémonie des Etats-Unis, apparaissent dans les rapports entre les différentes nations.
Déjà au début du 20e siècle, V.I.Lénine écrivait : «Le capitalisme a attribué le monde entier à une poignée (moins d’un dixième de la population de la terre…) de très riches et puissants Etats, qui pillent en coupant leurs coupons… Les rapports de domination et de violence conséquente sont typiques pour cette nouvelle phase du développement du capitalisme.»
La polarisation du monde, quoiqu’en déclarent les politiciens, ne mène pas à un monde unipolaire ou multipolaire, mais à une classe de nations d’exploiteurs (le milliard doré) et d’une classe d’exploités (le reste du monde).
Comme les chartistes détruisaient les machines et la technologie, qui, à leurs yeux, les privaient de leurs moyens traditionnels d’existence, le «troisième monde» actuel lance le défi à la machine impérialiste des Etats-Unis. La Corée et le Viêt-Nam, Cuba et la Colombie, le Venezuela et les Philippines, la Yougoslavie et l’Irak – la liste des foyers de résistance s’accroît. Elle souligne l’inadmissibilité pour l’humanité de ce que l’Occident considère comme progrès, et l’impasse de la guerre globale impérialiste des Etats-Unis.
De pair avec la lutte de libération nationale contre le hégémonisme des Etats-Unis, dans les grands Etats impérialistes eux-mêmes, les foyers de conflits ne s’éteignent pas, et sont appelés maintenant «lutte contre le terrorisme».
Ici, il y a les tentatives héroïques de quelques groupes ultra radicaux de changer «en une fois» le caractère des rapports sociaux, et la stratégie à long terme de la lutte des communautés nationales pour l’autodétermination, et le mouvement des «anti-globalistes».
Les maintes formes de terrorisme, entre autres quand les bourgeois aisés changent leur opinion selon laquelle «le gouvernement fait la guerre contre son propre peuple» et trouvent nécessaire de partir en guerre, soulignent la totalité du conflit global des classes. Ce n’est pas un hasard si les idéologues bourgeois masquent l’essence de ce conflit par des formulations comme «collision des civilisations» et guerres religieuses.
Toutefois, les tentatives de justifier ainsi la guerre impérialiste globale des Etats-Unis prétendument pour préserver la sécurité générale, ne peuvent montrer d’issue à l’humanité.
Le rôle des partis communistes et des forces révolutionnaires
La lutte des classes globale dans la société globale en formation prend des diverses formes. Sous le capitalisme, les causes profondes de cette lutte sont insurmontables.
L’attente d’une catastrophe mondiale détermine l’état d’esprit de la société globale. Le monde cybernétique complexe crée de nouvelles menaces, dont on ne peut pas s’échapper par des systèmes de contrôle et d’espionnage, ou par la création de zones spéciales pour les très riches, ou par l’automatisation des processus de production. La sécurité et l’espérance disparaissent. La sphère artificielle de l’habitat, qui se dissout, exige pour sa reproduction ce même prolétariat, dont les idéologues bourgeois affirment la disparition. De nouveau, comme au 19e siècle, au nom du progrès réel, qui mène à la libération de l’humanité du joug du capital, les partisans de cette idée doivent unir les «chartistes» et les «socialistes». L’alternative à «la fin de l’histoire» appartient aux communistes.
Ce sont eux qui doivent garantir l’unité de la théorie du communisme scientifique avec la pratique de la lutte des forces révolutionnaires contre la guerre impérialiste globale des Etats-Unis, contre la construction d’un «nouvel ordre mondial», qui fixe la différenciation des classes, et par conséquence, la guerre éternelle de «tous contre tous» dans la société globale.
Etre à la hauteur de cette tâche, cela veut dire reconstituer sur une base technologique nouvelle la pratique du Komintern, vaincre le complexe de défaitisme, se libérer de l’opportunisme des idées régnantes, qui transforment le mouvement communiste en objet des opérations spéciales des institutions du capital mondial.
Un problème spécial se pose avec la situation des salariés. La pratique, déjà constatée par Engels, de la corruption de la classe ouvrière dans les métropoles de la bourgeoisie, a ses limites. La bourgeoisie actuelle tend à limiter artificiellement le nombre des ouvriers dans la sphère où se crée la plus-value. Le néo-malthusianisme est à la mode, on parle de la force de travail superflue. On dit que 20% des actifs dans la production réelle suffisent aujourd’hui pour garantir le produit national brut. Aux autres 80%, la bourgeoisie propose un peu de pain, un peu de sexe et un peu de jeux, dans la quantité exacte que détermine la bourgeoisie (on parle de deux dollars par jour).
La perspective d’une telle économie sur leur compte plaît-elle aux travailleurs?
Comprennent-ils la tendance du globalisme, déterminée par les limites de la croissance?
L’époque du progrès impétueux de la technologie du traitement de la nature par les gens est finie. Elle est remplacée par l’époque du traitement des gens par les gens. Qui vaincra qui?
La classe ouvrière mondiale peut devenir le sujet du processus historique seulement sous le mot d’ordre : «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !» Les partis communistes et toutes les forces révolutionnaires doivent donner l’exemple de l’unification.