Contribution au 13ème Séminaire communiste international
Bruxelles, 2-4 mai 2004
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Parti Communiste de l'Union soviétique
Russie
Oleg Chénine, président du PCUS
Ce mois de mars a été marqué par des évènements interdépendants, modifiant sans aucun doute un tableau contrasté. Ce 20 mars était le premier anniversaire de l’invasion criminelle des militaristes américano-britanniques en Irak, qui, comme l’avaient prédit les communistes, ne pouvait que conduire à une forte aggravation de la situation et à des sacrifices absurdes non seulement au Proche-Orient, mais partout dans le monde. Les agresseurs se sont enlisés là-bas. Sans risque d’erreur, on peut assurément parler de l’apparition en Irak d’un large mouvement national de libération contre les occupants.
Le 11 mars, avec une série d’explosions dans des trains bondés à Madrid, le sang a coulé dans la vieille Europe pacifique. Après la terrible provocation aux Etats-Unis, 2 ans et demi exactement ont été nécessaires au djinn laissé en liberté sous l’appellation de «terrorisme international» pour propager son influence dans le monde entier. Cette engeance monstrueuse des forces les plus obscures de l’impérialisme mondial et du sionisme, issue de la soumission et du contrôle aïeuls, menace le monde entier d’une crise aux conséquences imprévisibles.
Ce dernier incident a approfondi et élargi les contradictions entre les groupes et blocs dominants du capital mondial. Le peuple espagnol a aussitôt conduit à la retraite le gouvernement fasciste du successeur spirituel du caudillo Aznar. Le nouveau leader, le socialiste Zapatero a immédiatement annoncé le retrait des troupes d’Irak et la réorientation de la politique extérieure vers l’Europe. Cinq ans après l’agression contre la Yougoslavie, l’Otan a provoqué le massacre de Serbes au Kosovo. L’assassinat par la direction sioniste d’Israël du cheikh Ahmad Yasine enterre même l’espoir illusoire de paix, et signifie une nouvelle spirale dans la guerre d’extermination.
Les Européens (et pas seulement eux) sont pris de terreur face à de nouveaux actes terroristes. Dans pratiquement tous les pays, on prend des mesures de sécurité sans précédent. Tant que le grand capital réussira à masquer le terrorisme sous des dehors religieux et nationaux, l’affaire se réduira à de massives démonstrations anti-guerre. Dès qu’apparaîtra davantage son caractère de classe, social, alors pourra surgir une situation révolutionnaire classique. Alors le facteur subjectif sera décisif. Non seulement un parti puissant communiste marxiste-léniniste sera indispensable, mais aussi un centre unifié de direction internationale, un nouveau Kominterm, dont on parle beaucoup, et pour lequel on fait si peu.
Les communistes soviétiques, lors du 33e Congrès de l’Union des Partis Communistes – PCUS (en février 2004), ont rétabli le Parti Communiste de l’Union soviétique, et ont accepté le Programme et les Statuts du PCUS. C’est seulement le premier pas, mais un pas très important et indispensable pour la renaissance du pouvoir soviétique, du socialisme et de l’indivisible URSS. Bien entendu, les autorités ont passé sous silence cet évènement très désagréable pour elles, et elles commencent à nous mettre des bâtons dans les roues. La situation en Russie, qui est un chaînon-clé pour la solution de nos tâches de programme, est proche de la catastrophe.
Le 14 mars, s’est tenue, pour la deuxième fois consécutivement, l’élection sans choix et sans programme du président en fonction pour la deuxième fois consécutivement. Le cas est sans précédent dans la pratique mondiale. «Sous Poutine», les ressources sont concentrées dans tous les domaines : administratifs, matériels, financiers, technologiques et informationnels. A cela s’ajoute un contrôle absolu et violent sur les processus, sur toute la verticale du pouvoir, sur les médias électroniques. La formule : contrôle et pression, le knout pour le pouvoir régional et du pain d’épice pour les électeurs. La presse regorge de multiples faits d’achat direct et indirect de l’électorat. On a attiré les gens par tous les moyens possibles, on les a littéralement contraints à se rendre aux urnes. La vieille génération a de nouveau aidé le président, étant habituée par la direction du Parti Communiste de la Fédération de Russie à participer amicalement aux élections. Les partisans du boycott actif furent minoritaires. Par la forte influence de l’opportunisme dans les masses, la foi dans le changement par des élections vit toujours, la foi dans «le bon tsar et les méchants boyards», l’aberration ou la confusion de beaucoup de gens sur base d’une confiance habilement crée par l’éloquence présidentielle.
Poutine n’a toutefois recueilli que 45% des voix. Mais il en est très content. Et le grand capital étranger aussi en est content. L’Occident compte sur la prolongation des réformes libérales et sur une ouverture complète du marché russe, c’est à dire sur la perte de l’indépendance réelle du pays (bien que Poutine proclame l’esprit d’Etat, le statut de grande puissance et la religion orthodoxe). Et non sans raison. La «réforme administrative» largement réclamée et la lutte contre la corruption ont tourné à une véritable farce. Comme l’a publiquement déclaré le nouveau premier ministr, le but n’est pas la réduction, mais le «regroupement de l’appareil» et «l’important c’est de ne pas aggraver la sécurité sociale des fonctionnaires».
Les services et agences d’Etat sont passés de 54 à 73. Quasi tous les personnages odieux sont restés au pouvoir. Les analystes occidentaux disent carrément que Fradkov (le nouveau premier ministre) est «l’homme de l’Union européenne», et que Lavrov (le nouveau ministre des Affaires étrangères) «a vécu à New York pendant 17 ans et connaît mieux les Etats-Unis que la Russie».
L’impérialisme ne peut considérer la Russie et l’URSS que comme un assortiment «d’espaces contenant des matières premières, prêtes à être appropriées». Pour cela il faut garantir une direction effective du pays de l’extérieur, qui serait acceptée dans la conscience commune comme souveraineté entière et indépendance. Bien sûr, le fait que la Russie possède l’arme nucléaire, est un obstacle à ce but. Mais avec l’aide de «leur» président et de l’incompétent ministre de la Défense, on peut résoudre ce problème. Toutefois, le capital craint fort la colère du peuple soviétique et pour cela il entoure le pays de bases militaires de l’Otan.
Le président a maintenant en main un pouvoir pratiquement illimité, absolu, seulement comparable avec la toute puissance tsariste, mais également il en porte la responsabilité entière. Sans aucun doute, la politique néolibérale, la privatisation et le repartage de la propriété (au profit du «groupe» de Poutine et de la «Russie Unie») se poursuivra en même temps que l’asphyxie prolongée de la sphère sociale. Après l’acceptation du Code de la Terre surgissent à nouveau – après 90 ans –les propriétaires fonciers. Le gouvernement a récemment approuvé les Codes des Eaux et Forêts, introduisant la propriété privée sur les petits bois et pièces d’eau. A la joie du grand capital, on a annoncé une prochaine baisse des impôts, surtouts des impôts sociaux selon un taux régressif, et la suppression des «avantages sociaux sans adresse». A partir du 1er avril, rien que dans la région de Moscou, le prix du trajet de transport en commun des passagers sera augmenté de 1,5 à 2 fois.
Le président Poutine, dès son apparition sur la scène politique, n’a cessé de démontrer sa religiosité. Ca, c’est l’affaire de sa conscience. Mais même s’il est simplement superstitieux, il doit alors sérieusement se préoccuper de son avenir : la nuit suivant les élections, le bâtiment historique du Manège, près des murs du Kremlin, a «subitement» pris feu et s’est complètement consumé. La 2e nuit a retenti l’explosion, due à un sabotage, d’un immeuble d’habitations d’Arkhangelsk, entraînant la mort de 58 personnes, dont 9 enfants. Et le jour suivant, un immeuble d’habitation en bois de 2 étages a pris feu, avec la famille qui l’habitait. La déclaration du chef de la flotte Kouroyedov, selon laquelle le vaisseau-amiral nucléaire russe «Pierre le Grand» peut exploser à tout moment, a provoquée une panique dans le pays et dans le monde. Tout cela, ce ne sont pas des incidents séparés, ni le hasard, ni des bagatelles. Ce sont des signes extérieurs d’une crise intérieure profonde. Ce sont les résultats de cette impasse à laquelle conduit «le cours des réformes». C’est pourquoi le soutien au régime tombera très rapidement, à mesure que se dégradera le niveau de vie.
Les leaders des forces, qui s’autoproclament «de gauche», «progressistes», «populaires et patriotiques», voire même «communistes», le voient-ils et le comprennent-ils ? Oui, sans doute. Mais ils n’indiquent et ne peuvent indiquer, aucune issue à part des arrangements et exhortations au pouvoir, de «changements du cours des réformes» à l’aide «d’élections honnêtes et propres», «de partenariat social», de «soutien aux entrepreneurs orientés nationalement», - et la mythique «troisième voie». Ou alors ils sont depuis longtemps égarés dans les mailles du capitalisme global, et dépendent dès lors entièrement de celui-ci ; et ils ne font qu’essayer de le réformer sur des points précis, prudemment et peureusement, comme la social-démocratie occidentale, et à attendre … que le capitalisme se transforme de lui-même en socialisme.
Ces jours-ci, j’ai ouvert Le journal économique et philosophique (N° 9 – 489 – mars 2004), considéré comme opposé au régime, et j’y lis avec stupeur que le Parti des Communistes de la République de Moldavie (dont la politique sera expliquée dans leur rapport au Congrès) «est le premier des partis communistes dans l’espace post-socialiste à réaliser un passage évolutif qui, comme on comprend maintenant, était aussi à la portée du PCUS… Une telle variante de développement social, quand les partis bourgeois et communistes s’échangent dans l’émulation parlementaire, est tout à fait à la portée des communistes. Et… on peut déjà poser la question d’un modèle socio-économique adéquat, où cette variante peut se développer sans contradictions.»
Cette vision est vraiment illimitée, et renvoie l’auteur, ainsi que le journal, dans le marais tourbeux de l’opportunisme et dans les bras du capitalisme. Il n’y a ici rien de nouveau. Le contrôle de l’espace global de l’information et des «élites» nationales, usuellement par leur achat direct, par la corruption, par «les agréments d’une vie de société libre», «la reconnaissance internationale» ou le chantage et la menace de destitution, voilà les techniques d’asservissement les plus souvent utilisées.
Il est relativement facile de lutter contre l’ennemi direct, à découvert : on comprend toujours ce qu’il faut attendre de lui, et on peut prendre d’avance des mesures pour prévenir la menace. Beaucoup plus redoutable et dangereux est l’adversaire caché, masqué, le loup sous la peau de la brebis. «La lutte contre l’impérialisme, si elle n’est pas liée indissolublement à la lutte contre l’opportunisme, est une phrase vide et mensongère.» écrivait V.I.Lénine. Aujourd’hui, en période d’essor du «multipartisme communiste», initiée à dessein par l’impérialisme, cette conclusion est aussi actuelle qu’au début du siècle passé.
De pair avec cette lutte sans merci contre ce mal, le PCUS et tout le mouvement communiste doivent éclairer, éduquer et unir la classe ouvrière, travailler avec des alliés et des compagnons de route, attirer les hésitants de son côté et agir chaque jour de façon organisée.
Malgré leur désir de ceux qui se considèrent maître de la situation, de supprimer les changements révolutionnaires dans le passé et dans le futur des relations humaines, ils ne peuvent pas arrêter la marche de l’histoire. La reconstitution du Parti Communiste de l’Union Soviétique forme la preuve la plus récente de ce que le fameux spectre n’a nulle part disparu, et «erre sur la planète» avec une force encore plus menaçante et effrayante pour la bourgeoisie. Par cet acte - l’union de groupes communistes internationaux importants en un parti unique - il est prouvé de façon convaincante que la communauté soviétique des gens continue d’exister.
La globalisation libérale actuelle, continuant d’enrichir la bourgeoisie sur le compte de l’appauvrissement du prolétariat, exige une désorientation et désorganisation de la classe des travailleurs à l’échelle mondiale, et pour beaucoup elle a été provoquée par la destruction de l’URSS. Le néo-libéralisme, quel modèle d’union propose-t-il ? A sa base se trouvent des processus objectifs d’unification de l’activité vitale. Une telle unification est le résultat d’un développement forcé des forces productrices et de la révolution scientifique et technique au 20e siècle. Et le facteur soviétique a joué un rôle décisif dans ce processus : il suffit de mentionner la croissance inimitée de la productivité du travail en URSS dans les années 30 et 40, les rythmes de croissance de la production en Union Soviétique, inaccessibles pour l’Ouest, les systèmes d’éducation et de santé publique les meilleurs au monde et la richesse culturelle.
Les meilleurs exemples de production matérielle contemporaine démontrent de façon convaincante la réalité de l’assimilation des techniques d’information, qui garantissent la concentration, la qualité, la flexibilité, la mobilité des processus de production à un niveau extraordinaire, plus que suffisant pour satisfaire aux besoins humains de base à l’échelle mondiale. Il n’en est pas moins vrai que guerres, épidémies, faim, chômage et crise de sans logis continuent à tenailler la majorité des habitants de la planète au 21e siècle.
Le fond de la question, c’est que le modèle de la globalisation prévoit une union non pas sur base d’un enrichissement mutuel, mais sur base d’inégalité, et l’inégalité dans ce paradigme n’est pas tant insurmontable qu’inévitable. L’impérialisme signifie politiquement violence et réaction sur toute la ligne. C’est pourquoi l’union des peuples, qui est par sa nature même appelée à répondre aux intérêts de tous, passe sous le couvert du profit de quelques uns. C’est loin d’être une révélation. Déjà en 1977 Fidel Castro disait : N’importe quelle intégration sous le patronage de l’impérialisme sera toujours précaire politiquement et économiquement. Elle se révèlera incapable de surmonter toutes les formes possibles d’inégalité et de discrimination dans les relations entres des partenaires puissants et faibles… Une telle intégration servira à perpétuer l’échange inégal avec les pays faiblement développés et pour les contraindre, par des taxes protectionnistes, de livrer leurs produits agricoles et matières premières aux «sociétés de consommation», et à porter le poids du gaspillage et du haut niveau de vie d’une petite groupe d’états industriellement développés.» Les organisations et accords internationaux, où interviennent les USA, peuvent servir comme exemples les plus clairs d’une telle intégration.
L’Europe, qui nous est plus proche, fait la démonstration de cette expérience. Il faut en parler, parce que les opportunistes appellent souvent à restaurer l’URSS selon le type de l’Union économique européenne. Les postulats de l’Union européenne promettaient à ses participants des millions de nouveaux emplois, une baisse des déficits budgétaires et plus de 5% de croissance supplémentaire. En réalité les déficits budgétaires et le nombre des sans emploi augmentent fortement, la croissance a ralenti ou s’est tout à fait arrêtée. Les nouveaux membres de la CE se regroupent dans un espace concurrentiel unifié, où, dans les branches-clés de la production et dans les services, les super-monopoles dictent les règles du jeu. Pour les pays du camp socialiste, les républiques baltes de l’URSS, c’est spécialement sur leur compte que se fait l’élargissement de l’Union européenne, cela entraîne immanquablement la ruine de branches nationales entières, le diktat des grandes compagnies sur le marché de la main-d’oeuvre, la réduction de la sécurité sociale au profit de la lutte contre le déficit du budget et les dépenses de production, une menace réelle de chômage de masse, de nouveaux malheurs pour les travailleurs.
Quand on considère comme base possible d’une future URSS la CEI virtuelle ou l’Union gelée à mi-chemin de la Biélorussie avec la Russie, alors on en appelle à une ressemblance très superficielle. Au travers de liens extrêmement faibles, même pour une large fédération, exprimant pleinement le non-intérêt dans une union réelle de la part de ceux, de qui dépend aujourd’hui sa réalisation formelle, on distingue nettement le principe général de toutes les unions impérialistes.
Les intérêts du plus fort prévalant, les faibles sont obligés de se soumettre et de s’accommoder au schéma proposé. Une expansion semblable, le droit de la plus puissante Russie de spolier les autres républiques de l’URSS étaient également prévus dans «l’intégration à la Tchoubais (l’auteur des privatisations en Russie)». Le capital veut toujours avoir affaire avec un partenaire affaibli et dépendant au maximum. Avec la destruction de l’Union soviétique, le modèle actuel de relations mutuelles entre Etats s’est confirmé sans entraves et partout. La dernière décennie du siècle passé et le début même du siècle actuel démontrent, avec une clarté effrayante, la perte globale de l’intellect et de la culture, qui sont indispensables pour une relation fructueuse entre égaux. On n’en n’a plus besoin, car le droit du plus fort se constitue ouvertement et exclusivement comme norme du moyen de communication. Les paroles prononcées depuis la haute tribune de parti du PCUS il y a plus de 50 ans, à propos des drapeaux de l’indépendance, de l’égalité et de la démocratie, jetés par dessus bord par la bourgeoisie, étaient prophétiques.
L’Union socialiste soviétique démontre une toute autre approche. La publication de nouveaux documents d’archives permet de se représenter plus clairement cette base socio-politique, sur laquelle a été fondé l’Union soviétique. En août 1922, J.V.Staline a écrit une ébauche des thèses sur la question de l’Union des Républiques Soviétiques. (Voir : V.A.Sacharov, «Testament Politique» de Lénine. Réalité de l’histoire et mythes de la politique. M, 2003. p. 646-647). Ce document expose précisément et clairement la logique historique, qui conduisit nécessairement les républiques nationales indépendantes, nées en 1917-1918, à l’Union.
En premier lieu, est constaté que «la seule solution radicale du problème national et de la libération effective des peuples dans les conditions d’un soulèvement de masse … n’existe que sous la forme de la fondation de républiques nationales indépendantes, sur base de la prise en compte des particularités de la vie quotidienne, de la langue et de la culture.»
En second lieu, il est démontré la nécessité d’une union militaire des républiques nationales, face à la contre-révolution et l’intervention militaire.
Troisièmement, il est prouvé la nécessité d’une union économique, des républiques après la victoire dans la guerre civile, car «les efforts isolés des républiques soviétiques séparés, pour élever l’industrie et l’agriculture sont non seulement infructueux, mais menacent aussi de ruiner les derniers restes de leurs ressources.»
En quatre, l’arrangement des rapports avec le monde bourgeois et la résistance contre les ambitions pillardes des anciens propriétaires étrangers, imposent un front diplomatique et commercial extérieur unifié.
Enfin en cinq, à la lumière du danger réel de nouvelle intervention et de la nécessité de restaurer et de développer l’économie nationale à des rythmes forcés, les républiques nationales soviétiques sont passées fermement à l’union militaro-économique plus étroite, ce qui sous-entend «la fusion du secteur militaire et économique et des relations extérieures (affaires étrangères, commerce extérieur) en un tout, en conservant pour tout le reste l’indépendance et pleine autonomie pour les républiques.» Cette ébauche fut approuvée par V.I.Lénine, et s’est trouvée à la base de projets ultérieurs d’Union, de même préparés par Staline à l’automne 1922.
Il est évident, que les délais et le niveau d’union des républiques soviétiques ne furent pas du tout choisis arbitrairement. Il ne pouvait en être autrement, car ce que Staline appelle largement dans les ébauches «problème national», on ne peut le résoudre en cinq ans par quelques décrets. Il saute aux yeux aussi, que le format de l’Union est dicté à chaque étape par la menace extérieure, et que, sans la prendre en considération, le développement intérieur devient impossible. Cette dialectique apparaît dans toutes les unions, qui nous sont connues : la CE a aussi commencé avec un accord monétaire, appelé à protéger les opérateurs sur le marché européens de variations imprévisibles des devises. Mais l’important, c’est l’égalité de droit absolue dans l’union future de tous ses participants. Aucune condition ne conduirait à la discrimination de telles ou telles autres républiques. Seule une telle approche pouvait garantir non seulement l’esprit d’équipe de toutes les parties de la future Union, mais aussi l’internationalisme réel, durement et sans concessions mis à l’épreuve pendant la Grande Guerre Patriotique (1941-1945).
Ainsi, il s’agit d’approches différentes, de modèles d’unions qui se distinguent par leurs principes. L’Union actuelle, impérialiste, a des racines historiques objectives et se présente comme le sommet, la quintessence des relations mutuelles antagonistes. Le modèle soviétique, ayant démontré sa viabilité, appartient visiblement à une tout autre formation et est basé sur des relations de fraternité. Il est tout à fait naturel que la science bourgeoise aspire de toutes ses forces à réfuter la possibilité même de telles relations, que ce soit entre personnes, entre nations ou entre Etats. Totalitarisme et tyrannie – voilà les deux clichés les plus employés, deux épouvantails, qui suffisent pour certains à geler «sur une base scientifique» l’histoire au stade impérialiste.
A vrai dire, l’emprise totale de la propagande bourgeoise entraîne parfois, même auprès des communistes, un dédoublement connu, obligeant à se comporter sérieusement envers la représentation parlementaire-médiatique de la politique, qui combine organiquement la liberté illimitée d’acheter pour les uns, avec les obstacles des procédures pour les autres. Lénine désignait de façon cinglante une telle entente de «servilité face au sac à fric». Le passage de la politique d’une certaine couche engagée par le capital, vers un droit et une obligation de chaque citoyen de prendre part quotidiennement et directement aux affaires de la gestion de la société, ce passage est maintenu minutieusement dans l’approche bolcheviste envers les masses. En même temps on formule le rapport à la politique du point de vue scientifique.
«Le marxisme exige de nous la même prise en considération précise, objective, contrôlée du rapport des classes et des particularités concrètes de chaque moment historique», commence ainsi Vladimir Ilitch ses Lettres sur la tactique. «Nous, bolcheviks, avons toujours essayé d’être fidèles à cette exigence absolument obligatoire, afin de baser toute notre politique sur un fondement scientifique.» La poursuite du principe d’objectivité scientifique en politique est si peu compatible avec la défense des intérêts des classes exploiteuses, que dans l’arène politique bourgeoise, de tels acteurs semblent dangereux. Entre-temps, l’histoire du 20e siècle témoigne de manière non équivoque que seule une analyse de classe impartiale et l’appui sur les couches prolétariennes, permettent à l’organisme social d’accéder à une nouvelle qualité dans les intérêts des travailleurs, liée à la réalisation de relations fraternelles de production.
Ce qui, début 1917, paraissait une perspective lointaine et confuse, devint après un an une réalité objective. Mais combien de forces ont coûté aux bolcheviks leur position marxiste de principe envers la guerre impérialiste : de temps en temps, même leurs sympathisants étaient prêts à mettre en doute la viabilité d’une telle approche. Plus tard, les Thèses d’avril, nées organiquement des Lettres de loin, ont acquis, avec l’arrivée de Lénine, un terreau politique solide, mais elles ont failli conduire à une opposition à l’intérieur du parti. Beaucoup de gens ne voyaient pas derrière le mouvement soviétique le potentiel incomparablement plus grand que le pouvoir précédent des bourgeois de février. Précisément la tactique marxiste, fondée scientifiquement, centrée sur la naissance d’un nouvel Etat de type soviétique, permettait de mener le prolétariat, dans l’union avec la paysannerie la plus pauvre, au pouvoir dans le pays. Nous mettons en évidence ces exemples comme étant les plus claires. En réalité, il y a des dizaines de tels exemples dans la pratique bolchevique. Le triomphe de la politique scientifiquement fondée peut aujourd’hui être mis en doute seulement au risque de sa propre réputation.
La consolidation des bourgeois sur le compte de la classe ouvrière, l’étalement, le renvoi des contradiction de classe, l’opposition de diverses catégories de travailleurs les uns contre les autres, l’accumulation extrême des ressources face aux luttes de classes inévitables, la démonstration qu’on est prêt à ne s’arrêter devant rien, au nom du maintien du pouvoir du capital, voilà l’essence même de la globalisation. L’abandon de l’analyse de classe de ces processus n’est pas simplement anti-scientifique, mais anti-humain.
Il suffit d’exiger des apologètes de l’effondrement de l’Union soviétique de donner à titre d’exemple ne fut ce qu’un facteur interne décisif, ayant prétendument détruit l’URSS, et ayant continué son action dans les années 90 du siècle précédent, pour se persuader de leur bassesse. Ni dans l’économie, ni dans l’organisation politique, ni dans la structure sociale de l’URSS, il n’y avait de tels facteurs, et on n’en voyait pas la couleur. Au contraire, avec la destruction forcée de l’URSS dans tous ces domaines, le peuple soviétique a tout perdu, et seulement une clique de nouveaux bourgeois vit maintenant d’une manière plus aisée.
Si on se tourne vers les prémisses réelles et les facteurs sauvegardant l’unification soviétique, au fond ils sont restés les mêmes. Bien plus, l’héritage politique et matériel inappréciable de l’URSS s’y ajoute. Aujourd’hui, le dilemme est simple et dramatique comme jamais il n’a été : soit les travailleurs consolidés dans le cadre d’un Etat soviétique unifié réalisent une percée vers le socialisme et sauvegardent leurs droits de tout temps dans la lutte contre le capital transnational, soit, après la mort sociale, la majorité d’entre eux attend l’anéantissement physique, sous l’accompagnement du «développement stable», de «population pléthorique» et «d’autorégulation du marché».
Aujourd’hui, dans le cadre de l’URSS, il n’existe aucune raison objective, empêchant sa réunification. Et nous serions de mauvais marxistes si, face à la volonté évidente des travailleurs, nous prennions les régimes de marionnettes au sérieux comme obstacle : ce ne sont que des enflures nées ça et là sur le corps de l’espace de l’Union soviétique. Le prix de leur stabilité a été démontré ouvertement et de façon convaincante par le jeu d’échec géorgien. La véritable raison de la division tirée en longueur et de la destruction du peuple soviétique, sans aucun doute, ne se trouve pas ici, mais au coeur de la globalisation, au centre de sa puissance en capital. Cette puissance agit dans le cadre des institutions politiques bourgeoises, quoique à présent déjà à un degré moindre. A un niveau important, comme le montre la pratique récente, c’est la force de l’agression militaire, qui s’exerce sous n’importe quelles formes, soit les plus inhumaines.
Mais que pourrait signifier cette force contre la volonté des masses consolidées, selon les paroles de Lénine, avec un dédain sacré face à la mort et soulevées dans la lutte contre l’asservissement ? La montée du mouvement anti-impérialiste, anti-globalisation, anti-sioniste est partout, en particulier en Europe, à la lumière des derniers évènements, évidente. Ne pas prendre des mesures immédiates pour l’unification, aussi sur le plan international, signifie se détacher sans espoir de la vie, livrer le mouvement ouvrier et de libération nationale aux mains des opportunistes.
Comme fondements pour l’unification, à notre avis, dans le domaine idéologique et politique, il doit y avoir une lutte décisive contre toute manifestation de révisionnisme, contre l’opportunisme de gauche et de droite, l’union solide et fraternelle des travailleurs, l’internationalisme prolétarien, la primauté de l’approche de classe dans l’évaluation des évènements et phénomènes de la vie sociale, se diffusant jusqu’à la reconnaissance de la tendance révolutionnaire dans l’action et de la dictature du prolétariat. Sur le plan organisationnel – aucun consensus, la suprématie absolue du principe de centralisme démocratique, une discipline sévère mais consciente du parti, la soumission de la minorité à la majorité. Enfin, un nouveau Komintern est impossible sans une base matérielle et technique, ne fut ce que minimale, ce qui ne devrait pas être la principale difficulté.
Prédire les détails de la reconstitution de l’URSS, c’est affaire non productive. La situation historique concrète dicte telles ou telles mesures. Le plus important, c’est que le Parti Communiste de l’Union Soviétique incarne aujourd’hui la tendance objective du peuple à l’unification ; il apparaît comme l’ossature pour la cristallisation du monolithe de classe des travailleurs, comme l’incarnation de la volonté politique prolétarienne face à toutes les baraques foraines de type parlementaire-bourgeois et présidentielles. Nous sommes du côté de la vérité. L’avenir appartient à la vérité du travail libre.
Moscou, 25 mars 2004