Contribution au 13ème Séminaire communiste international

«La stratégie et la tactique de la lutte contre la guerre globale impérialiste des Etats-Unis»

Bruxelles, 2-4 mai 2004
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org

 

Les tâches qui attendent les communistes

 

Parti communiste népalais (Centre Mashal pour l’unité)
Népal

 

A

Aujourd’hui, le monde est entré dans le 21e siècle et le troisième millénaire. Le mouvement communiste, lui aussi, est entré dans le 21e siècle et le troisième millénaire. Mais, après la chute du système socialiste dans l’ancienne Union soviétique et dans les autres pays socialistes, après la dégénérescence de la plupart des partis marxistes-léninistes en partis révisionnistes, le mouvement communiste international est devenu très faible et occupe aujourd’hui une position défensive. S’appuyant sur cette situation défavorable du mouvement communiste international, les réactionnaires du monde entier ont déclaré que le socialisme avait vécu et qu’il n’avait pas d’avenir. Mais ce qu’ils ignorent – à moins qu’ils ne tentent de falsifier la vérité – c’est qu’en définitive, ce sont les conditions matérielles et le rôle du peuple qui décident du cours de l’histoire. En se basant sur la façon dont se développent les conditions matérielles, et principalement les forces productives, on peut très bien se rendre compte qu’à l’instar de ce qui s’est produit dans le passé avec les systèmes sociaux reposant sur l’esclavage et le féodalisme, le système capitaliste n’a pas d’autre choix non plus que de devoir céder la place à un autre système social plus élevé et que ce système ne peut être que socialiste. Le capitalisme prépare les conditions du système socialiste en donnant de plus en plus de caractère social aux forces productives. La globalisation, elle aussi, préétablit les conditions de l’avènement d’un système mondial socialiste en socialisant toutes les forces productives au niveau international. Ainsi, le futur du socialisme sera-t-il brillant et optimiste. Par conséquent, ce n’est pas le socialisme, mais bien l’impérialisme, qui n’a aucun avenir. C’est en tenant compte de ces deux aspects du mouvement communiste international, d’une part, subjectivement, sa situation très faible et sur la défensive et, d’autre part, objectivement, l’avenir brillant auquel il est promis, que les communistes doivent considérer leurs tâches dans le contexte actuel.

Il pèse sur les épaules des communistes l’importante responsabilité de changer le monde et de bâtir le socialisme et le communisme. Pour réaliser cet objectif, nous devons mettre l’accent tout d’abord sur l’organisation et la consolidation du mouvement communiste et de la classe ouvrière. Mais, en même temps, nous devons faire de notre mieux pour nous unir à bien d’autres classes non prolétariennes et à des forces politiques d’autres pays, selon les différences de situation régnant dans ces pays ou dans le monde. Les communistes ont toujours suivi cette ligne politique depuis le début du mouvement communiste et ils ont rassemblé de nombreuses expériences sur un plan comme sur l’autre. C’est en en tirant les leçons qu’il nous faut décider du cours à donner à notre action dans le monde actuel et ce, en vue de renforcer l’unité du parti et celle du mouvement. Mais cette tâche est très complexe et elle ne peut être menée à bien sans passer par un long processus de lutte et d’unité, à la fois au sein du parti et du mouvement unifié. Les grands dirigeants du mouvement communiste, Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao, ont dû mener une lutte infatigable et de tous les instants contre toutes sortes de tendances et d’éléments déviants au sein du mouvement communiste, afin de maintenir une unité de principe parmi les communistes, une unité au sens large entre la classe ouvrière et la bourgeoisie durant la phase de révolution démocratique, et l’unité au sein du mouvement socialiste durant toute leur vie.

Karl Marx et Friedrich Engels, les cofondateurs du communisme scientifique, mirent tout en oeuvre pour construire, renforcer et consolider le mouvement communiste. Ils ne s’épargnèrent aucun effort pour lui apporter une véritable unité. Durant ce processus, ils publièrent le Manifeste du Parti communiste qui posait les fondements théoriques du communisme scientifique et de l’internationalisme prolétarien. C’est dans ce manifeste qu’on trouve le slogan : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Dans un même temps, Marx et Engels consentirent des efforts vigoureux afin d’organiser la classe ouvrière au niveau international. Pour ce faire, ils fondèrent d’abord la Ligue des communistes et, ensuite, la Première Internationale communiste. Leur chemin ne fut toutefois pas parsemé de roses, mais fut plein d’épines. Par conséquent, il leur fallut mener la lutte contre les déviances, tant ultra-gauchistes que droitières.

Après la disparition de Marx, Engels prit sur lui d’assurer la pérennité de l’héritage du mouvement communiste international et il organisa la Seconde Internationale. Cette période, elle non plus, ne se déroula pas sans luttes et Engels dut affronter les révisionnistes de droite. Après le décès d’Engels, Lénine porta bien haut l’étendard du mouvement communiste international, sa principale réalisation étant la révolution socialiste en Russie. Après la trahison de la Seconde Internationale, Lénine organisa la Troisième Internationale qui allait devenir la centrale dirigeante du mouvement communiste international au cours des nombreuses années à venir. Mais il est bien connu, dans l’histoire du mouvement communiste international, que les réalisations de Lénine ne furent possibles qu’après avoir mené un combat très dur, ferme et opiniâtre contre les différents types d’opportunisme, tant en Russie qu’au sein du mouvement communiste international même. Après Lénine, ce fut Staline qui dirigea le mouvement communiste international et qui parvint à construire le socialisme en Russie pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, en passant par une série de luttes acharnées contre divers types d’opportunismes et d’idéologies. Après que le XXe Congrès du PCUS se fut engagé dans une voie révisionniste, Mao dirigea le mouvement communiste international en luttant à la fois contre le révisionnisme soviétique au sein du mouvement communiste international même et contre les révisionnistes de droite en Chine même. A cet égard, il est utile de mentionner la GCRC.

Aujourd’hui, le révisionnisme de droite constitue une tendance dominante au sein du mouvement communiste international. Dans un même temps, les opportunistes de « gauche », les trotskistes ou les tendances sectaires prévalent également sous l’une ou l’autre forme dans le mouvement communiste de plusieurs pays et toutes ces tendances ont fait beaucoup de tort au mouvement communiste international. Dans un tel contexte, la tâche consistant à bâtir un mouvement communiste s’appuyant sur l’idéologie marxiste-léniniste revêt une importance internationale. Ainsi, il nous faut être des plus sérieux lorsqu’il s’agit de faire une analyse marxiste-léniniste correcte et de dénoncer ces tendances. Un simple survol superficiel de l’histoire du mouvement communiste international montre que la lutte contre les tendances droitières, ultra-gauchistes, centristes, libérales, sectaires etc. et leurs variantes a fait inévitablement partie du mouvement communiste international. Nous sommes également bien informés de la réalité qui veut qu’en raison de l’une ou l’autre de ces tendances opportunistes, non seulement bon nombre de partis marxistes-léninistes sont passés au révisionnisme de droite ou ont mis la clef sous la paillasson, mais d’anciens pays socialistes ont également emprunté la voie capitaliste. Ainsi donc, le problème de la lutte idéologique contre tous les variantes des tendances opportunistes prévalant au sein du mouvement communiste ne devrait être sous-estimé à aucun prix.

Une grande responsabilité des communistes consiste à lutter pour la libération et l’exploitation de la classe ouvrière. Il est possible de réaliser cet objectif après avoir traversé un long processus de lutte de classe et d’activités d’un mouvement révolutionnaire. Durant ce combat, il nous faut lutter non seulement contre diverses espèces d’ennemis de classe et de partis politiques ou d’idéologies les représentant, mais, dans un même temps, il nous faut lutter contre divers types d’organisations ou tendances de droite ou ultra-gauchistes existant dans certains pays ou au niveau international. Et c’est uniquement de cette façon que nous pourrons et devrons reconstruire un mouvement communiste digne de diriger la classe ouvrière et de la mener vers la révolution socialiste mondiale.

B

Outre l’organisation du mouvement communiste et de la classe ouvrière, les communistes doivent s’allier avec bon nombre de classes ou de forces politiques non prolétariennes afin d’assumer leurs responsabilités dans les conditions historiques de divers pays et époques. La ligne politique de Marx et d’Engels consistant à s’unir à la bourgeoisie et aux classes intermédiaires au cours de la révolution démocratique bourgeoise et l’emphase mise par Lénine sur la constitution d’un front uni entre la classe ouvrière et la paysannerie peuvent être considérées comme des exemples classiques de la question, un autre exemple de cette importance historique étant la constitution d’un front antifasciste uni tel qu’elle fut mise en pratique par Staline au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Après l’apparition du fascisme et, plus précisément, après la victoire de Hitler en Allemagne, le fascisme a eu le vent en poupe et les forces fascistes ont pris l’initiative partout dans le monde. Dans une telle situation, le premier devoir de l’ensemble des forces antifascistes était de contrôler le développement du fascisme. L’Internationale communiste a consacré immédiatement toute son attention au problème. L’Union soviétique de l’époque a proposé aux pays occidentaux de constituer un front antifasciste uni. Durant cette période, les communistes ont tenté de leur mieux de préserver l’unité au sein des partis qui soutenaient la Seconde Internationale et des syndicats, mais les gouvernements ou partis qui n’étaient pas d’accord ne soutinrent pas cette proposition d’unité émise par les partis communistes. Néanmoins, les communistes consacrèrent le plus d’attention possible à la lutte contre le fascisme.

On en était arrivé au moment où la Seconde Guerre mondiale menaçait de plus en plus d’éclater. Le 7e Congrès de l’Internationale communiste se tint en juillet-août 1935 et il envisagea avec le plus grand sérieux cette grave menace d’invasion fasciste qui pesait sur le monde entier, expliquant et analysant ses caractéristiques et définissant les tâches indispensables face au défi fasciste. La guerre civile révolutionnaire, en Espagne, mérite une place importante dans les luttes menées contre le fascisme. Sur l’initiative des communistes, en 1935, un large front uni se constitua entre ces mêmes communistes, les socialistes et les autres partis ou syndicats de gauche. Le front vainquit également les forces fascistes, obtint la majorité lors des élections de 1936 et constitua le gouvernement. La guerre révolutionnaire d’Espagne inspira la lutte antifasciste dans le monde entier. En fin de compte, toutefois, après avoir vaincu les forces révolutionnaires espagnoles, le fascisme gagna en force, ouvrant ensuite la porte toute grande à la Seconde Guerre mondiale.

Les communistes allaient poursuivre sans relâche leurs efforts pour préserver le plus longtemps possible l’URSS de l’époque contre la guerre et ils combattirent avec vigueur le fascisme dans le monde entier afin de mettre un terme à son développement. Plus tôt, les pays occidentaux avaient rejeté les propositions émises par l’URSS en vue de poursuivre une alliance contre le fascisme. Plus tard, ils allaient comprendre que sans unir ses forces pour combattre ensemble le fascisme, il est impossible d’en venir à bout. Dans de telles circonstances, les pays occidentaux furent d’accord de maintenir avec l’URSS une alliance en vue de combattre le fascisme et, en fin de compte, la victoire sur le fascisme  fut acquise par le biais d’une alliance mondiale contre ce même fascisme. L’expérience du Parti communiste chinois avec Tchang Kaï-Chek, en vue de combattre le fascisme et l’agression japonaise, revêt également une importance internationale. Outre ces expériences bien connues du mouvement communiste international, les partis communistes de divers pays ont également vécu de solides expériences sur le plan du mouvement ou du front unis. Toutes ces expériences à propos d’une unité dans le mouvement ont non seulement une grande importance historique, mais elles pourraient également revêtir une grande importance lorsque l’on considère l’actuelle situation internationale dominée par l’impérialisme et que l’on construit un mouvement uni en vue de combattre ce dernier. Ainsi, en tirant les leçons des expériences de l’histoire, nous devons faire de notre mieux pour en faire des principes directeurs en vue de renforcer aujourd’hui notre mouvement anti-impérialiste.

L’époque actuelle est celle de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne. Tant Staline que Mao l’ont définie comme étant celle de Lénine, alors que l’époque du capitalisme concurrentiel était celle de Marx. Depuis lors, il y a eu de nombreux changements dans les caractéristiques de l’impérialisme et dans les conditions de la révolution socialiste. Malgré cela, la caractéristique fondamentale de l’impérialisme à l’heure actuelle est la même. Après la chute de l’URSS, l’impérialisme américain est resté aujourd’hui la seule superpuissance et c’est donc celle-ci qui a pris la direction de l’impérialisme mondial. L’impérialisme américain a adopté une ligne consistant à assurer son hégémonie sur la planète entière. Dans ce processus, les Etats-Unis ont intensifié leurs ingérences et leur domination dans le monde entier. En agissant de la sorte, ils ont multiplié leurs pressions, leurs interventions ou leurs agressions, sous l’une ou l’autre forme, dans les affaires internes des pays du monde. De cette façon, les Etats-Unis ont développé une attitude tyrannique et constituent une grave menace pour l’indépendance et la souveraineté des nations et pays indépendants de ce monde. Qui plus est, aujourd’hui, l’impérialisme américain se lance dans une mission visant à garder le contrôle économique de la planète. Il applique ainsi la stratégie de son empire financier au moyen d’institutions comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres sociétés multinationales et institutions financières. En un mot, par la globalisation. Nous pouvons donc dire que l’impérialisme est entré sa phase de globalisation. Après les événements du 11 septembre et sous le prétexte de combattre le « terrorisme », l’Amérique recourt directement à une politique de guerre ouverte afin d’étendre son propre domaine. Outre le fait d’avoir attaqué l’Afghanistan et l’Irak, l’Amérique a menacé de s’en prendre aussi à maints Etats souverains du tiers monde. Elle a agressé l’Irak sous le prétexte que ce dernier possédait des armes de destruction massive, telles des armes biologiques ou chimiques. Mais il a été prouvé que ce prétexte avait été inventé de toutes pièces et qu’il ne reposait sur aucun fondement. Par conséquent, l’Amérique a été dénoncée comme l’ennemi numéro un de la paix mondiale et de l’humanité et son agression contre l’Irak s’est révélée l’action terroriste la plus ample de notre époque. L’Amérique mérite donc d’être châtiée pour ses crimes de guerre et ses actions terroristes. Mais il n’est absolument pas crédible que le criminel de guerre numéro un de la planète se prétende le défenseur de l’humanité et de la paix mondiale. Une telle situation fait que la lutte contre l’impérialisme et pour la défense de la paix est très malaisée et complexe. Mais cela ne signifie en aucun cas qu’il est insensé ou impossible de combattre l’impérialisme ou de le vaincre. Au contraire, cela signifie uniquement que nous devons en assumer très sérieusement la responsabilité. Mao a dit que tous les réactionnaires sont des tigres de papier. Mais cela ne vaut qu’à long terme et, tactiquement, ce sera une grave erreur de les sous-estimer. La théorie maoïste des tigres de papier est également correcte dans le contexte actuel, c’est-à-dire dans le contexte de la lutte contre l’impérialisme dans une situation très difficile et complexe. Dans la situation qui est la nôtre aujourd’hui, nous devons tenter sérieusement d’utiliser, d’organiser ou d’unir contre l’impérialisme toutes les possibilités dont nous disposons actuellement et tenter de la sorte de bâtir un vaste mouvement mondial contre ce même impérialisme. C’est la seule façon d’en venir à bout un jour.

Le problème de la guerre et de la paix dans le monde contemporain est une question brûlante et les forces impérialistes s’efforcent par tous les moyens d’imposer une guerre injuste à toutes les masses patriotiques et pacifistes sous le prétexte d’établir de prétendus régimes démocratiques, de combattre le terrorisme et de défendre les droits de l’homme. C’est en raison de l’attitude belliciste de l’impérialisme que celui-ci a poussé les forces et peuples patriotiques et épris de justice du monde entier à vivre dans la crainte et sous la menace d’une guerre impérialiste et, de la sorte, leur souveraineté et leur respect d’eux-mêmes sont réduits de la façon la plus brutale qui soit. Pour être précis, l’impérialisme, dans son attitude belliciste, constitue la principale cause des guerres qui sévissent actuellement dans les moindres recoins de notre planète. Par conséquent, il n’y a pas d’autre voie, pour atteindre une paix durable, que de vaincre l’impérialisme, principale source de guerre du monde actuel.

Le problème de la guerre et de la paix n’est pas une question absolue. En fait, les guerres menées pour des raisons impérialistes doivent être évincées par une guerre juste, si l’on peut dire, une guerre menée par les masses pacifistes et éprises de justice, dans le sens exact du terme. La guerre contre l’impérialisme ne pourra vraiment être menée que sous la direction forte du prolétariat, c’est-à-dire que le prolétariat doit jouer un rôle d’avant-garde, de fer de lance, dans cette lutte contre l’impérialisme. Mais, en même temps, nous ne devons pas perdre de vue le fait qu’il existe bien des autres forces autour de nous, par exemple, des forces patriotiques, ou éprises de paix et de justice qui, d’une façon ou d’une autre, luttent et élèvent leurs voix contre l’impérialisme. C’est pourquoi il est impératif pour nous d’adopter une ligne visant à unir toutes les forces qui contribuent au mouvement anti-impérialiste, même de façon limitée ou partielle. Ce n’est qu’en utilisant tous les moyens possibles et imaginables, ainsi que toutes les contradictions au sein du camp impérialiste, que nous pourrons constituer au niveau mondial un front uni puissant contre l’impérialisme.

Toutefois, nous ne devons pas perdre de vue que cette lutte contre l’impérialisme n’a rien de simple. Ce qui rend cette tâche plus compliquée, c’est le fait que, d’une part, tout en insistant sur la construction d’un mouvement uni contre l’impérialisme, nous ne pouvons ni ne devons abandonner la tâche consistant à lutter pour le socialisme, les révolutions néo-démocratiques ou la lutte des classes, selon les conditions historiques des différents pays. C’est également le fait, d’autre part, que, pour construire un mouvement uni contre l’impérialisme, nous allons devoir réaliser une unité avec bon nombre des forces avec lesquelles nous avons des divergences idéologiques ou politiques. Mais, une fois de plus, cela ne signifie nullement qu’il n’y a pas d’issue. Nous pourrons et devrons dégager ce genre de voie en nous appuyant sur la dialectique, laquelle nous enseigne de considérer l’unité et la lutte comme un ensemble et en nous servant de cette même dialectique. Nous devons essayer de construire un mouvement uni à l’échelle mondiale, même en nous alliant à ces forces avec lesquelles nous avons des divergences, mais sans cesser notre combat contre ces mêmes forces avec lesquelles nous avons des points de désaccord. Mais une telle politique ne peut réussir sans lutter contre les tendances aussi bien révisionnistes de droite que sectaires. Les premières renoncent à cet aspect de la lutte en mettant l’accent unilatéralement sur l’unité avec les forces présentant des divergences, tandis que les secondes sont incapables de prendre l’initiative de forger une unité avec ces mêmes forces avec lesquelles nous avons des points de désaccord.

Pour construire un vaste front antifasciste uni, nous devons même nous préparer à soutenir les diverses forces ou gouvernements non communistes des pays du tiers monde dans la mesure où ils présentent des contradictions avec l’impérialisme et où ils sont disposés à s’y opposer, mais nous devons le faire sans renoncer à la ligne de la lutte idéologique contre ces mêmes forces ou gouvernements non communistes sur les questions à propos desquelles nous avons des divergences avec eux. Ce n’est que de cette manière, tout en recourant à la dialectique, que nous pouvons et devons forger un puissant et vaste front anti-impérialiste uni. Cette unité pourra revêtir des formes multiples et diverses tant au niveau national qu’international. Une vue dogmatique consisterait à ne considérer comme valable qu’une seule forme d’unité tout en refusant la possibilité de la développer de nombreuses autres façons. Ce n’est que sur la base d’une façon aussi dynamique de procéder que nous pourrons construire un mouvement anti-impérialiste puissant et décisif et qu’à la longue, nous parviendrons à vaincre l’impérialisme.

C

Aujourd’hui, l’impérialisme semble particulièrement puissant et invisible. Mais il ne l’est qu’en apparence. Quand on considère la question dans son ensemble, la réalité est absolument différente. La nature du développement du capitalisme est telle que, plus il se répand, plus sa tendance à la destruction s’accroît elle aussi. Pour l’expansion du capitalisme, l’expansion du profit est une condition incontournable. Pour réaliser cet objectif, le capitalisme doit maximaliser l’exploitation aussi bien de la classe ouvrière de son propre pays que des nations opprimées de l’extérieur. Ce fonctionnement débouche nécessairement sur deux genres de contradictions : d’une part, vis-à-vis de la classe ouvrière et des nations opprimées, d’autre part, vis-à-vis d’autres sections capitalistes à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Ces contradictions provoquent non seulement une intensification incessante de la lutte de classe au sein des pays capitalistes développés et l’émergence de mouvements nationaux au sein des nations opprimées, mais elles intensifient également les conflits entre les impérialistes mêmes. La situation du capitalisme devient de plus en plus faible du fait de l’inflation, de la surproduction et des crises économiques auxquelles il ne peut absolument pas échapper. Ses tentatives visant à surmonter ces contrecoups ont toujours échoué, fournissant des résultats inverses de ceux escomptés. Le développement du capitalisme en capitalisme monopoliste ne pourra résoudre les contradictions apparues durant la période du capitalisme concurrentiel, mais il les encore intensifiées durant la période du capitalisme monopoliste, causant ainsi la Première et la Seconde Guerres mondiales, cette dernière étant suivie par l’apparition de systèmes socialistes dans une part importante du monde. A présent, la tentative de l’impérialisme de résoudre ses crises à l’aide de la globalisation accroît la condition matérielle favorable à une révolution socialiste mondiale en internationalisant les forces productives de façon de plus en plus extensive en même temps qu’elle accroît les contradictions au sein même des pays impérialistes. Ces contradictions croissantes entre les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon sont également une preuve tangible de ce que la nature même du capitalisme est telle que même la globalisation ne le mettra pas en mesure de résoudre les contradictions entre les pays impérialistes, mais que ces contradictions iront sans cesse croissant.

Tous ces développements vont aboutir à coup sûr à l’effondrement du capitalisme. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous devons nous mettre à adorer la spontanéité ni rester passifs ou les bras ballants. Ce sont les conditions matérielles qui jouent le rôle décisif, dans le développement de l’histoire. Mais, en même temps, les conditions subjectives jouent également un rôle important, dans ce développement, au point même que, parfois, elles jouent un rôle décisif. Ainsi donc, le rôle des communistes décidera pour une part importante si, tôt ou tard, la domination de l’impérialisme va arriver à son terme et, dans un même temps, si la révolution socialiste va s’accélérer et ou être reportée à plus tard. Ainsi, les communistes doivent se montrer suffisamment prudents pour décider de leurs tâches à la fois dans leurs pays respectifs et sur le plan international, et ce, en faisant une analyse correcte des conditions objectives, d’une part, et en essayant d’appliquer l’idéologie marxiste-léniniste, d’autre part. Dans ce contexte, la question d’adopter une ligne correcte pour bâtir un mouvement mondial uni contre l’impérialisme revêt également une très grande importance, laquelle consiste non seulement à renforcer le mouvement contre l’impérialisme et à vaincre ce dernier, mais également à renforcer le mouvement socialiste. Parce qu’affaiblir l’impérialisme et le vaincre signifie également tracer la voie de la victoire, à plus ou moins longue échéance, du socialisme.