Bruxelles, 2-4 mai 2004
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Aijal Centre
Liban
Les Etats-Unis, en occupant l’Irak, ciblent clairement toute la région du moyen orient pour ce qu’elle contient comme richesses pétrolières et financières et ce qu’elle représente comme marchés rentables. Le moyen orient est important des points de vue géographiques et stratégiques pour la redistribution des forces et bases américaines. Il fait partie de la stratégie mondiale suivie par les Etats-Unis dont le dessein est de contrôler militairement et économiquement le monde.
Nous notons 4 thèmes principaux à travers lesquels la politique américaine dans le monde arabe est appliquée :
1.
Les Etats-Unis utilisent la guerre contre l’Irak pour faire pression sur les gouvernements arabes. Le renversement du pouvoir irakien, la détention de ses dirigeants, la destruction des infrastructures et des services publics irakiens, les vols commis à l’encontre des ministères et des institutions culturelles et patrimoniales, la dissolution de l’armée et de la police, le contrôle complet de l’économie du pays et de ses richesses dont le pétrole en particulier, la nomination d’une équipe gouvernementale constituée de ministres complaisants travaillant main dans la main avec les forces d’occupation sont les agissements servant l’impérialisme américain. Ils sont l’arme menaçante avec laquelle les Etats-Unis exercent leur pression sur les régimes arabes afin que ces mêmes régimes se soumettent à la volonté colonialiste et capitulent devant les demandes et conditions américaines.
Les régimes arabes ont plus ou moins répondu, de façon individuelle ou collective, aux demandes américaines. Prenons plusieurs exemples :
La Libye a présenté aux Etats-Unis tout ce qu’elle avait comme documentation, renseignement, appareils et matière concernant les armes de destruction massive. La Libye a en outre abandonné le rôle qu’elle entendait jouer en Afrique.
Le Yémen s’est engagé dans une nouvelle organisation sécuritaire et militaire en permettant aux navires de guerre américains d’accoster dans ses ports.
L’Egypte répond aux demandes américaines en jouant son rôle d’intermédiaire avec les Palestiniens afin d’écraser l’Intifada et de mettre fin à la résistance.
A ceux-là, s’ajoutent les régimes arabes reconnus pour avoir toujours été les alliés des Etats-Unis comme le Maroc, l’Arabie saoudite, le Koweït, Bahreïn, le Qatar et bien d’autres encore.
Les régimes arabes ne se sont pas contentés d’offrir aux Etats-Unis des concessions individuelles susceptibles de les mettre à l’abri d’un destin semblable à celui d’Irak, ils ont également répondu aux demandes américaines par des mesures collectives telles que :
2.
Les Etats-Unis se sont activés pour appliquer la politique impérialiste classique basée sur le principe de la division pour mieux régner. Les Etats-Unis provoquent les conflits internes. Ils nourrissant les conflits de minorités comme ce qui se passe actuellement dans le sud et l’ouest du Soudan, en Syrie et en Irak (les Kurdes), en Algérie (les Berbères). Ils déchaînent les sentiments d’appartenances religieuses et communautaires comme ce qui se passe au Liban et en Irak (le conflit musulman –chrétien puis celui des sunnites-chiites). Les Etats-Unis ont également mobilisé leurs alliés parmi les régimes arabes afin de paralyser les institutions arabes communes telles que la Ligue Arabe, le Conseil de Coopération du Golfe et l’Union du Maghreb Arabe, qui ne pouvaient plus se réunir, ou dont les résolutions lors des réunions correspondent en aucun cas à la volonté du peuple arabe. Bien au contraire, ces résolutions restent fidèles aux exigences du pouvoir américain, en étant parfois formulées et préétablies par celui-ci.
3.
Les Arabes sont dominés par la peur de ce qui se passe en Irak. Les Etats-Unis profitent de leur impuissance et leur incapacité à prendre des mesures collectives unies qui seraient basées sur une vision stratégique commune. Cette situation déplorable donne aux Etats-Unis l’occasion de présenter leur projet du « Grand Moyen-Orient ». Il n’est qu’une nouvelle formulation du projet visant la chute de Bagdad, suivi par celui concernant « le vide à remplir », suivi par le projet du « Grand Moyen-Orient », sachant que tous ces projets portent les mêmes objectifs principaux :
Annuler toute appartenance à l’identité nationale pour les citoyens dans les différentes zones de la région. Donner la priorité exclusive à la culture mondialiste. Se soumettre à la logique du plus fort et encourager la tendance à la consommation passive. Enfin, développer le complexe d’infériorité par rapport à la culture occidentale supposée être supérieure pour amener les dirigeants de la région et son peuple à se soumettre aux Etats-Unis et à capituler devant ses demandes.
Pointer l’islam comme étant à l’origine du terrorisme et accuser les partis et forces islamistes d’être des outils d’application au service du terrorisme international. Parce que la région du moyen orient est le berceau de la religion musulmane et devient ainsi représentative du radicalisme ou conservatisme musulman, les Etats-Unis dans leur vision impérialiste, veulent restructurer cette région au niveau culturel, réorganiser ses programmes éducatifs et religieux, repenser les instructions et les programmes suivis tant dans les écoles que dans les espaces religieux en censurant les discours prononcés par les religieux dans les mosquées.
À travers cette vision de l’islam, Les Etats-Unis, dans leur vision impérialiste, cherchent à tromper l’opinion publique. Ils insinuent aux peuples du monde que la guerre menée dans la région est une guerre contre le terrorisme incarné par l’islam radical et ses fervents adorateurs, une guerre pour la paix, la liberté et une vie meilleure pour les peuples de cette région. Ce grand mensonge sert à camoufler les motivations réelles de l’intervention impérialiste scandaleuse dans les affaires de la région. Cette intervention sert qu’à profiter des richesses pétrolières et financières de la région. Les Etats-Unis veulent également placer la région, sa terre, son espace aérien, ses canaux maritimes, au service de leur stratégie impérialiste qui exprime leur volonté d’affronter les états voisins et protéger Israël, son premier allié.
Donner la possibilité à Israël de faire partie intégrante de la région arabe et de l’ensemble des Etats arabes, et de devenir un partenaire actif dans la stratégie impérialiste menée par les Etats-Unis. Cette même stratégie compte assurer à Israël un maximum de profits au niveau des marchés arabes, du pétrole arabe et des capitaux arabes, sans oublier une certaine sécurité et stabilité gagnées aux dépens des droits du peuple palestinien qui seront sûrement ignorés dans le cadre du projet du « Grand Moyen-Orient ».
La domination américaine au moyen orient constitue un argument de poids essentiel pour la réussite de la stratégie américaine internationale qui aimerait répandre son hégémonie sur le monde entier. Contrôler les sources de pétrole qui se trouvent dans la région permettrait aux Etats-Unis de manipuler l’économie mondiale et de limiter le pouvoir de concurrence des pays développés. Installer ses bases militaires dans de nombreux états de la région permettrait aux Etats-Unis d’affronter les états qui pourraient représenter à l’avenir un danger potentiel contre les intérêts américains particulièrement la Chine, l’Inde et peut-être la Russie.
4.
« La Feuille de route » est un projet mensonger qui trompe les Palestiniens. C’est un projet piège qui n’est pas destiné à être appliqué. Ce projet, comme l’a déjà mentionné un dirigeant palestinien, tend un piège aux Palestiniens pour provoquer un conflit interne qui justifiera l’annulation du projet sous responsabilité palestinienne. Ce qui donnera l’occasion à Sharon de mettre en application son propre projet sous prétexte qu’il n’y a pas de partenaire de négociation au niveau palestinien. Notons, que la direction palestinienne a approuvé tous les projets et propositions présentés, depuis le traité d’Oslo jusqu’à « Wye Plantation » à Charm el cheikh, en passant par les plans Mitchell et Tenet, et la Feuille de route etc.…Seul le gouvernement israélien trouvait toujours des obstacles à l’application de ces traités en renvoyant la responsabilité sur les Palestiniens. Pourquoi ?
Parce qu’Israël a déjà prouvé à maintes reprises son refus d’une solution complète et équitable. En tant que partie gagnante, Israël se donne le droit d’ériger ses propres conditions à la partie palestinienne vaincue à qui reste que l’approbation.
Israël voit encore la solution en partant de ses croyances et principes sionistes selon lesquels les frontières historiques de la Palestine sont celles d’Israël, ce qui veut dire qu’il n'y a pas de place pour un Etat palestinien. Jérusalem unifiée selon ses frontières historiques est la terre d’Israël, il est donc impossible de la partager, entre l’Est et l’Ouest. Par conséquence, les réfugiés ne peuvent plus retourner dans les régions dont ils ont été chassés en 1948.
Parler d’un projet proposé uniquement par Sharon serait l’unique solution qui serait acceptée par les Israéliens à l’exception des extrémistes qui n’acceptent qu’une seule solution : transférer totalement les Palestiniens ou les tuer.
Nous pouvons résumer le plan de Sharon en une seule phrase :
« Donner aux palestiniens un pouvoir d’autodétermination en tant que minorité incluse dans l’Etat israélien tant qu’ils demeurent au niveau de la sécurité sous contrôle israélien. »Ainsi, lorsque les forces israéliennes prétendent se retirer de Gaza, ce n’est rien d’autre qu’un « désengagement » selon leur propre terminologie, qui complète la politique de construction du mur de séparation. Les deux démarches servent, dans le cadre des mesures de sécurité prises par Israël, à contrôler la densité de la population palestinienne et à paralyser sa capacité de résistance dans le but de mettre fin à l’Intifada.
D’après ce que j’ai mentionné ci-dessus, mes conclusions sont les suivantes :
La région arabe en tant qu’une partie du projet du « Grand Moyen-Orient » tient une place importante et particulière dans la stratégie politique et économique des Etats-Unis.
L’attaque impérialiste des Etats-Unis et de leurs alliés en Irak a ébranlé les régimes arabes officiels, ce qui facilite la tâche aux Etats-Unis trouvant là une occasion rêvée de présenter leur projet autour du « Grand Moyen-Orient ». Mais cela a paradoxalement créé, contre toute attente, un mouvement de résistance. Ce mouvement s’amplifie de jour en jour. Ses actions ont déjà prouvé qu’il n’est point un fruit importé comme le prétendent les Américains. Il ne se réduit pas à une seule religion ou communauté ou région. C’est en effet la résistance du peuple irakien contre l’occupation.
Les difficultés de plus en plus grandissantes auxquelles doivent faire face, au quotidien, les forces d’occupation, les pertes humaines et matérielles (4 milliards de dollars mensuels) vont contraindre les Etats-Unis à renoncer à un grand nombre de leurs projets et plans dans la région. Ils vont probablement échouer dans la réalisation de leurs objectifs stratégiques.
En Palestine, les Israéliens persistent à faire échouer tous les moyens d’une négociation politique. Ils profitent des difficultés auxquelles fait face Bush en Irak, et au niveau de sa politique intérieure en raison des élections présidentielles qui se préparent. L’attitude israélienne va sûrement entraîner une augmentation des violences à l’encontre des Palestiniens. Les Israéliens commettront de plus en plus de massacres sanguinaires. Les Palestiniens qui appellent à la paix se retrouveront dans l’impasse. Les concessions palestiniennes seront vaines. La Résistance et l’Intifada seront l’unique choix que les Palestiniens seront obligés de suivre et cela malgré toutes les difficultés qu’il comporte.
L’histoire des peuples a déjà prouvé que l’occupation, peu importe sa violence, sa force de domination et sa terreur, est amenée à se retirer devant la volonté et la persévérance de la résistance d’un peuple qui lutte pour sa liberté et son indépendance.
Salah Salah