Contribution au 13ème Séminaire communiste international
"La stratégie et la tactique de la lutte contre la guerre globale impérialiste des Etats-Unis".
Bruxelles, 2-4 mai 2004
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Entre le marteau et l’enclume
La lutte anti-impérialiste et la période de concurrence mondiale
Red de los Comunistas
Italie
La concurrence mondiale entre les blocs impérialistes
L’actuelle période historique présente bien des caractéristiques différentes de celles de la précédente mais, en même temps, elle s’inscrit dans la continuité d’un même processus historique : la formation d’un marché mondial et ce, via la généralisation de la production capitaliste. Ce processus n’a été interrompu que par la révolution d’Octobre. Ce qu’on appelle la globalisation n’est rien d’autres que le processus impérialiste de l’expansion d’un modèle capitaliste qui, il y a 15 ans, se limitait encore à une partie du monde. Après une période de relatif rapprochement, nous nous trouvons aujourd’hui dans une phase de concurrence intercapitaliste croissante, d’une période de mondialisation, nous sommes passés à celle de la concurrence mondiale. Une fois que le capitalisme passe à son stade suprême de développement, il ne peut faire autrement que d’entrer en concurrence avec lui-même et avec les fractions au sein desquelles il s’est ancré dans le monde.
Les acteurs de cette concurrence ne sont plus les Etats nationaux auxquels l’impérialisme faisait appel entre la fin du 19e siècle et le début du 20e. Ce sont les blocs, les blocs économiques en premier lieu, mais également les blocs politiques et militaires. Le bloc impérialiste est bien davantage qu’une simple zone monétaire ou commerciale : il y va d’un effort permanent pour systématiser tous les moyens possibles vers la concurrence mondiale, y compris les Etats, les unités monétaires, les institutions, les forces armées et, par-dessus tout, le capital et le travail.
L’analyse révèle clairement la formation de trois centres ou blocs impérialistes. La premier centre est celui qui est soumis aux Etats-Unis. Le second bloc se compose de l’Union européenne avec, au centre, l’axe franco-allemand et, tout autour, les Balkans et la zone méditerranéenne. Le troisième, centré sur l’Asie, est à la recherche d’un nouveau pays qui, après la faillite du Japon, soit susceptible de reprendre le rôle de locomotive. Ces trois blocs présentent les caractéristiques typiques des formations impérialistes : ils sont dominés par les monopoles, avec une haute concentration interne de capital, avec davantage d’exportation de capital que de marchandises, avec une prépondérance du capital financier sur le capital issu de la production.
A l’instar de l’Angleterre au siècle dernier, les Etats-Unis, aujourd’hui, perdent de plus en plus leur hégémonie économique. La crise de surproduction accélère encore le processus et confronte les Etats-Unis à de sérieuses difficultés.
Les Etats-Unis et l’Union européenne : une concurrence effrénée
Depuis des années, les principaux secteurs économiques de l’Europe veulent qu’à l’avenir, cette région du monde se mue en pôle de référence concurrentiellement distinct de celui des Etats-Unis. L’euro constitue un véritable moteur, dans ce processus. L’introduction de l’euro n’a pas encore pu jouer pleinement son rôle de contrepoids à l’hégémonie mondiale du dollar. Cette suprématie monétaire est précisément l’un des quatre éléments de l’hégémonie impérialiste, outre le rapatriement des bénéfices et des intérêts des investissements étrangers, l’inégalité des cours de change et les charges que constituent les intérêts sur les dettes extérieures. Mais à personne n’échappent des « détails » tels le désir des pays producteurs de pétrole d’utiliser l’euro dans leurs transactions pétrolières – cela a valu à l’Irak d’être envahi – ou les effets de la dévaluation du dollar utilisés par les Etats-Unis contre l’Europe dans une tentative de stabiliser la crise de leur balance des paiements. L’euro commence à se profiler de plus en plus comme devise de réserve et dans les transactions entre d’importants pays.
L’axe franco-allemand constitue l’autre moteur de la construction européenne. Ici, il ne s’agit pas que d’une prise de position commune contre la guerre en Irak. Il s’agit d’une intégration économique et financière consolidée en une synergie de prise de direction politique. Concrètement : des points de vue communs lors du sommet de l’Otan à Prague, le document commun et le sommet des quatre, à Bruxelles, à propos de la défense, le sommet des trois à Berlin, où Paris et Berlin ont tout fait pour attirer la Grande-Bretagne de leur côté. Cette tentative d’enjôlement de la Grande-Bretagne a donné suite récemment à un document communautaire concernant la Défense, lequel a été signé par la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Cette dernière entend ne pas demeurer hors-jeu mais, entre-temps, se cramponne toujours à son rôle de « garante » des intérêts stratégiques des Etats-Unis face aux ambitions européennes.
La guerre : l’ultime terrain de la concurrence mondiale entre les centres impérialistes
Il est assez regrettable que la théorie et l’histoire prouvent que la seule façon de rétablir, sous le capitalisme, un certain équilibre entre les blocs impérialistes n’est autre que la guerre. La création de la monnaie européenne unique et sa rapide diffusion dans diverses régions du Sud (généralement dans d’anciennes colonies européennes et dans des pays producteurs de pétrole et de gaz) sont un camouflet pour l’hégémonie américaine. Cela oblige les Etats-Unis à réagir en recourant au plus grand étalage de puissance possible, étalage qui, aujourd’hui, n’est encore déployé que contre des régions situées en dehors du bloc européen et asiatique mais qui, demain, peut toucher directement l’Union européenne même ou les grandes puissances en devenir que sont la Russie, la Chine et l’Inde.
La rivalité et la concurrence entre l’armée européenne et le projet américain au sein de l’Otan sont évidentes. La mise sur pied de cette armée signifierait la fin de la dépendance militaire européenne vis-à-vis des Etats-Unis. L’Union européenne pourra alors intervenir militairement avec ses propres effectifs et moyens dans les régions en crise où elle considère ses intérêts menacés – pour reprendre les termes de Javier Solana – et ces interventions seront comparables à celles des Etats-Unis aujourd’hui. Au besoin, ici, l’Europe ici ira à l’encontre des intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient et en Afrique, en Europe de l’Est ou dans le Caucase.(…)
Dans le document du Séminaire international de 2003, on peut lire : « Il ne faut pas nier que l’impérialisme européen exploite les pays opprimés et intervient militairement afin de garantir ses intérêts néo-coloniaux. Mais l’impérialisme européen ne prépare pas de guerres d’importance contre la Russie et ou la Chine. » Effectivement, à l’heure actuelle, si l’Europe n’emprunte pas cette voie, ce n’est pas qu’elle ne le voudrait pas, mais parce que, sur le plan technologique et militaire, elle n’est pas encore prête pour le faire et parce que les grandes puissances en devenir pourraient éventuellement devenir ses alliées contre les Etats-Unis.
Un « non » catégorique à la guerre ne signifie pas seulement maintenir nos propres pays en dehors de la guerre et tenir les bases américaines et l’Otan hors de l’Europe. Cela signifie aussi que nous devons créer les conditions propices à un changement profond, démocratique et social. Cette transformation constitue non seulement une entrave à la guerre mais vise à créer une société alternative censée empêcher que l’humanité soit une fois de plus la victime de la guerre et de la concurrence au plan mondial entre les grandes puissances capitalistes.
Le démantèlement des bases militaires qui abritent les armes nucléaires, les bombes et les avions de combat américains doit être un objectif prioritaire dans notre travail politique et doit également constituer une étape qualitative significative au sein d’un mouvement vaste et unifié contre la guerre, que ce soit en Italie, en Europe ou dans le monde entier. (…)
Il est clair que les communistes peuvent tirer parti des conflits entre les puissances capitalistes afin de développer le mouvement populaire contre le pire danger qui menace le monde : la guerre permanente et mondiale déclarée par les Etats-Unis. Mais un large mouvement contre la guerre et une conscience anti-américaine croissante parmi les masses ne suffisent pas encore en soi. L’opinion publique peut encore être convaincue qu’un renforcement de l’Europe est indispensable en tant que contrepoids à cette menace américaine.
C’est pourquoi les communistes ont la tâche de conférer à ce mouvement une vision de classe qui lui soit propre et indépendante. Les communistes doivent non seulement combattre l’impérialisme américain mais, en même temps, armer les travailleurs européens contre le projet alternatif de l’Europe qui, s’il est effectivement dirigé contre les Etats-Unis, n’en est pas moins tout aussi impérialiste. Il serait tragique que les communistes n’abordent pas le combat contre leur propre impérialisme en prétextant de la menace prioritaire de l’ennemi principal. La consolidation du « nationalisme européen » parmi les masses doit être rejetée : elle est une entrave à la lutte contre la guerre et contre l’anti-impérialisme.
Le renforcement d’une stratégie indépendante chez les communistes et la classe ouvrière des centres impérialistes
Lénine insistait sur le fait que l’impérialisme n’est pas une ligne politique issue d’une élaboration, que ce n’est pas une question de préférence pour tel gouvernement et Etat ou pas, mais qu’il s’agit surtout d’une constellation économique et sociale, d’un résultat historique spécifique du développement du mode de production capitaliste. L’impérialisme se développe à partir des contradictions croissantes du capitalisme et il constitue à la fois une tentative extrême de résoudre ces contradictions ET la cause de ses excès encore plus monstrueux.
Aujourd’hui, c’est l’agressivité de l’impérialisme américain qui est la menace la plus sérieuse. Mais, pour la classe ouvrière européenne, le développement rapide et la consolidation de l’impérialisme européen peut être une menace tout aussi sérieuse. IL est d’une importance fondamentale que les communistes et leurs alliés possibles adoptent une position correcte face à la formation et à l’extension de l’Union européenne. (…)
Lors d’une conférence récente, un intellectuel progressiste comme Samir Amin proposait une mouture renouvelée d’une sorte d’alliance anti-nazie, comme durant la Seconde Guerre mondiale, entre les mouvements pacifistes, la gauche et les gouvernements européens et eurasiens. Il s’agit d’une suggestion « forte ». Au cours de la Seconde Guerre mondiale, cette sorte d’alliance a également été rendue possible par l’URSS. Devons-nous aujourd’hui composer avec des gens comme Chirac, Schröder ou Poutine et laisser ces derniers nous écraser ? Les communistes doivent œuvrer à l’éducation idéologique du mouvement syndical et de la gauche de façon à pouvoir développer une vision qui leur soit propre, indépendante de celle de la classe dirigeante.
La proposition d’un référendum à propos de la Constitution européenne (avec soutien du « non ») et l’opposition à la doctrine stratégique et aux intentions politiques de l’armée européenne sont deux éléments de programme d’une certaine importance que nous devons intégrer dans la mobilisation générale contre la guerre préventive des Etats-Unis et contre le modèle néo-libéral. Sur base de ce programme, les communistes doivent être en mesure de contracter des alliances sociales et politiques en Europe même et hors de l’Europe, une alliance entre les gens de Seattle et ceux de Florence, de Durban ainsi que de Cancún. (…)
Ce n’est que si nous pouvons paralyser le processus d’unification européenne que la classe ouvrière et les peuples d’Europe seront à même de contrecarrer la formation d’un nouveau centre impérialiste. Ce centre impérialiste se tournera en effet de façon agressive et résolue, au fur et à mesure qu’il se consolidera, contre ses propres travailleurs et, à terme, contre les autres centres, accroissant ainsi l’éventualité d’une guerre totale, comme ce fut déjà le cas par le passé. Seul le détricotage de l’actuel niveau d’intégration de l’Union européenne créera les conditions d’une nouvelle unification continentale encore hypothétique aujourd’hui. Cette unification se caractérisera par une libre association des peuples et des travailleurs de tous les pays concernés et ne sera donc plus imposée par la bourgeoisie monopoliste et les Etats à son service.
Les communistes aspirent à de larges alliances politiques et sociales et à la dissolution des pactes stratégiques internationaux entre Etats imposés par la bourgeoisie de ces pays, tels le pacte de l’Otan, le Fonds monétaire international et d’autres.
La stratégie des communistes sera impérativement orientée vers la conquête du pouvoir par la classe ouvrière et la perspective d’une transformation universelle vers un mode de production socialiste.
Red de los Comunistas (Italie, avril 2004)