Contribution au 13ème Séminaire communiste international
Bruxelles, 2-4 mai 2004
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Parti communiste de l’Inde (marxiste-léniniste)
[Liberation]
Inde
par Daya Varma
Introduction
Considéré simplement, l’impérialisme signifie l’ingérence dans les affaires internes d’autres nations, l’exploitation impitoyable, la colonisation, la néo-colonisation et la guerre. Tout cela se déroule à l’époque actuelle. La paix et l’impérialisme ne peuvent coexister. Quand l’impérialisme ne fait pas vraiment la guerre, c’est qu’il en prépare une. La guerre fournit la plus grande convergence entre l’économie et la politique impérialistes. La seule fois où l’impérialisme se retient de recourir à la force, c’est quand il peut sauver des vies comme au Rwanda, il y a dix ans, ou au Soudan actuellement.
Tous les aspects de l’impérialisme opèrent à toutes les époques. Toutefois, certains aspects se muent en sa manifestation dominante dans certaines périodes spécifiques de l’histoire. Actuellement, l’impérialisme américain traverse une période où il met tout en oeuvre pour s’assurer la domination mondiale, presque 60 ans après l’échec de l’Axe des trois au cours de la Seconde Guerre mondiale.
En ce moment, les Etats-Unis sont la puissance mondiale dominante. Les contradictions entre impérialistes sont secondaires et c’est la coopération qui prime. De même, les contradictions entre le tiers monde, les victimes les plus graves de l’impérialisme et l’impérialisme américain sont occupées à bouillonner, alors que l’obéissance aux dictats américains de la plupart des dirigeants du tiers monde est à l’ordre du jour.
En dépit de certaines variantes dans la politique étrangère américaine d’un président à l’autre, son essence réside dans la continuité. Du fait que l’Etat est devenu un instrument du capital, qu’on assiste à la domination du capital financier dans la production, et vu les termes avantageux proposés par le FMI, la Banque mondiale et l’OMC à l’impérialisme et, en particulier, à l’impérialisme américain, et vu également la domination des sociétés multinationales sur l’économie mondiale, les Etats-Unis sont disposés à exercer le contrôle des ressources mondiales et tout spécialement de l’énergie. Dans cette tentative des Etats-Unis, d’autres puissances impérialistes ainsi que l’élite dirigeante du tiers monde ajustent leur politique et rivalisent entre elles pour obtenir une récompense plus lucrative dans le cadre de la domination mondiale des Etats-Unis. Le cas de l’Inde est un bon exemple de ce réajustement.
L’évolution de la politique étrangère de l’Inde
Le pouvoir colonial britannique sur l’Inde a pris fin en 1947. Au commencement, la politique étrangère de l’Inde indépendante gardait les marques de la longue lutte anti-coloniale qui avait été fortement influencée par la révolution bolchevique, la lutte glorieuse du Parti communiste indien et les revendications populaires afin qu’un terme soit mis au féodalisme. Par conséquent, au cours des deux décennies qui ont suivi l’indépendance, les classes dirigeantes indiennes n’ont pas développé une alliance décisive avec les Etats-Unis et elles ont tenté de se distancier de l’URSS aussi bien que des Etats-Unis. La politique étrangère, tant de l’Inde que du Pakistan, s’était centrée sur le conflit entre les deux pays. Dans le même temps, l’Inde a entrepris plusieurs démarches pour acquérir de l’importance sur le plan international dans ses efforts pour émerger comme superpuissance régionale. Elle a joué un rôle dans le développement du mouvement des pays non alignés et dans la conférence de Bandung, en 1955, à laquelle ont assisté les dirigeants de l’Inde, l’Indonésie, la Yougoslavie, la République populaire de Chine et l’Egypte. Dans son ambition de devenir le pion central en Asie du Sud, l’Inde a tenté à plusieurs reprises d’améliorer ses relations avec la Chine, la Russie et les puissances européennes comme l’Allemagne et la France. Alors que, dans le sillage de son explosion nucléaire de 1998, l’Inde désignait la Chine comme l’ennemi numéro un, le ministre de la Défense et le Premier ministre de l’Inde effectuaient tous deux une visite amicale en Chine. En dépit de ces développements, la dépendance de l’Inde et sa loyauté vis-à-vis des Etats-Unis se sont développées à un tel point, ces dernières années, que cela occulte grandement les relations de l’Inde avec d’autres puissances majeures comme la Chine, la Russie ou l’Union européenne. Pour le gouvernement indien, les liens avec d’autres puissances constituent simplement une extension mineure du noyau de sa politique étrangère, orientée vers les Etats-Unis et obsédée par le Pakistan. Malgré des spéculations occasionnelles à propos d’un axe Inde-Russie-Chine, le rêve de jouer les seconds violons dans une coalition dirigée par les Etats-Unis, comme un axe Etats-Unis-Israël-Inde, par exemple, s’est mué en vision de plus en plus précise pour la politique étrangère indienne.
L’axe Inde-Etats-Unis-Israël
Le changement de politique économique de l’Inde en faveur de la libéralisation, qui a commencé dans les années 1980, a conduit l’Inde à opter dans les années 1990 pour une politique distinctement pro-américaine. Celle-ci a atteint un point culminant à la fin des années 90 avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement fondamentaliste hindou du Bhartiya Janata Party (BJP). La politique pro-américaine a adopté un rythme élevé dans le sillage du 11 septembre 2001 lorsque New Delhi est sorti de sa réserve pour s’insinuer dans les bonnes grâces de Washington, espérant par-là utiliser son statut de partenaire secondaire ou d’allié régional des Etats-Unis dans sa rivalité avec la Chine. L’actuel réchauffement des relations entre l’Inde et le Pakistan est un sous-produit propice du besoin américain des deux pays dans sa politique en Asie centrale et au Moyen-Orient. Pour l’essentiel, toutefois, l’Inde est apparue comme un allié stratégique des Etats-Unis.
Au cours d’une visite effectuée à Washington l’an dernier, le Conseiller indien en matière de Sécurité nationale, Brajesh Mishra, prônait ouvertement la perspective d’un axe Etats-Unis-Israël-Inde en prétendant que les trois pays étaient confrontés à la menace commune du terrorisme moderne actuel et qu’une telle alliance aurait l’autorité morale de prendre des décisions courageuses dans des cas extrêmes de provocation terroriste. Dans les grandes lignes, Mishra a déclaré que l’Inde, Israël et les Etats-Unis détiennent l’autorité morale de lancer des attaques, séparément ou conjointement selon les nécessités. Le Premier ministre indien, Vajpayee, a réclamé une alliance des « trois démocraties actuellement en guerre ».
Le gouvernement indien oeuvre de plus en plus à la construction d’une alliance militaire dans divers domaines – à la fois avec les Etats-Unis et avec Israël. Plusieurs milliers de soldats indiens se spécialisent dans la contre-insurrection en s’entraînant en Israël. Les Etats-Unis ont réglé la vente du système d’alerte aéroporté Falcon Rudder à l’Inde et on s’attend à ce que le gouvernement indien acquière le système de défense balistique Arrow, produit de la collaboration américano-israélienne.
Malgré la pauvreté massive, malgré des chiffres parmi les pires de la planète sur le plan de la malnutrition des enfants et de l’analphabétisme chez les femmes, malgré le chômage massif, les gouvernements indiens successifs ont dépensé des montants colossaux pour se procurer des armes onéreuses destinées à gonfler l’image de l’Inde en tant que puissance régionale et à entretenir savamment l’hystérie anti-pakistanaise. Selon le dernier rapport annuel du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les importations indiennes en armements ont augmenté de 72% en 2002, faisant de l’Inde le second acheteur mondial d’armes en provenance de l’étranger. Entre 1993 et 2002, l’Inde a dépensé un total de plus de 9 milliards de dollars dans l’achat d’armes, ce qui en fait un des plus gros clients, à l’échelle planétaire, de l’industrie mondiale des armements. Au cours de la prochaine décennie, les forces armées indiennes recevront de la Russie 140 avions de combat Su-30 de la nouvelle génération, plus de 300 nouveaux chars et une douzaine de navires de guerre flambant neufs. Des pourparlers sont en cours actuellement en vue d’acquérir un porte-avion russe, de nouveaux sous-marins russes et français ainsi que le système d’alerte aéroporté Falcon (1,2 milliard de dollars) à Israël. Ces dernières années, l’Inde est donc devenue l’un des principaux clients de l’industrie d’armement israélienne. Par conséquent, les Etats-Unis considèrent l’Inde comme un allié bien armé.
Washington a invité New Delhi à faire partie de la force multinationale de « stabilisation » en Irak. On rapporte qu’Albert Thibault, chef adjoint de mission, et Steve Sboto, attaché militaire à l’ambassade des Etats-Unis à Delhi, ont récemment rencontré les chefs de l’armée indienne et qu’ils ont discuté de la proposition concernant cette force de « stabilisation ». L’ambassadeur américain en Inde, Robert Blackwell, a également discuté de la question en long et en large avec le ministre indien de la Défense, George Fernandes. Thibault a fait allusion à la possibilité pour l’armée indienne d’administrer l’un des quatre secteurs militaires de l’Irak. Le chef de l’armée indienne s’est rendu récemment en visite aux Etats-Unis et plusieurs membres hauts gradés de l’armée américaine ont également effectué des visites en Inde.
Le Pentagone et le gouvernement indien effectuent une série d’exercices militaires conjoints sur terre, sur mer et dans les airs, dans les collines et la jungle du Nord-Est de l’Inde, des unités mixtes de paras s’entraînent en Alaska et dans des opérations aéroportées en Inde recourant aux service des avions cargos C-130 de l’US Air Force et les deux pays se livrent également à des exercices de « maintien de la paix ». Encouragée par les Etats-Unis, la marine de guerre indienne a lancé un programme en trois ans visant la construction d’une flotte capable d’utiliser sa puissance dans le Sud de la mer de Chine. Récemment, les Etats-Unis et l’Inde se sont également mis d’accord sur l’organisation d’exercices navals avec des sous-marins atomiques dans l’océan Indien. Une coopération aussi étroite entre Washington et New Delhi implique que les Etats-Unis envisagent en toute confiance des relations à long terme avec l’Inde, puisque ces relations ont l’aval des principaux partis politiques indiens, tant du parti au pouvoir, le Bhartiya Janata Party (BJP) que de l’opposition officielle, le parti du Congrès national indien.
Ces développements sont contraires aux intérêts de l’unité sud-asiatique et de celle du tiers monde. Déjà le Pakistan a commencé à se plaindre des relations entre Israël et l’Inde et de toute l’Asie du Sud, des inquiétudes s’expriment à propos de l’impact que ces relations auront sur l’équilibre stratégique du sous-continent. Naturellement, ces développements ont provoqué un renversement dans le soutien traditionnel de l’Inde à la cause palestinienne. En lieu et place, l’Inde a proposé un soutien à la fois formel et informel à Israël et, en dépit de protestations massives, le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, a été invité à se rendre en Inde et y a été accueilli par le Premier ministre Vajpayee ainsi que par la dirigeante de l’opposition Sonia Gandhi.
L’importance de l’Inde dans la stratégie américaine
De plus en plus, dans les domaines économique et militaire, les Etats-Unis perdent leur emprise sur leurs alliés traditionnels en Europe, à l’exception de la Grande-Bretagne. L’Union européenne, principalement sous la direction de l’Allemagne, apparaît de plus en plus comme un puissant rival des Etats-Unis sur le marché capitaliste mondial. En Asie, la Chine et le Japon se muent également en menaces contre l’hégémonie économique américaine. Dans le domaine militaire, la position de l’Otan non plus n’est pas très cohésive. Lors de l’invasion de l’Irak, les Etats-Unis n’ont pu impliquer l’Otan. Au vu d’une telle situation, les impérialistes américains se tournent de plus en plus vers l’Asie pour y chercher un nouvel allié puissant comme l’Inde. La visite du ministre indien de l’Intérieur et vice-Premier ministre Advani aux Etats-Unis, en juin 2003, a culminé par une entente informelle entre les deux pays en vue d’œuvrer conjointement à une architecture mondiale et régionale qui accepte la prééminence américaine mais reconnaîtrait en même temps la propre sphère d’influence de l’Inde.
Aux yeux des Etats-Unis, l’Inde est l’alternative la plus attrayante. L’Inde possède une infrastructure relativement développée sur le plan de l’espionnage et des opérations militaires. L’Inde possède une grosse armée qui a mené des guerres contre le Pakistan, est parvenue à donner l’indépendance au Bangladesh (anciennement le Pakistan oriental). L’armée indienne a été la plus occupée au monde dans la suppression interne des luttes populaires qui ont commencé avec, à la fin des années 1940, la lutte armée paysanne de Telangana, dirigée par le Parti communiste indien, ainsi que dans le Nord-est et le Cachemire, depuis cette époque. L’Inde et les Etats-Unis ont entrepris plusieurs démarches pour supprimer la lutte paysanne au Népal, dirigée par le Parti communiste (maoïste) du Népal.
De toutes les considérations ayant abouti au patronage de l’Inde par les Etats-Unis, c’est peut-être bien la crainte américaine de la Chine qui a été le facteur principal. Avec l’apparition de la Chine comme rivale puissante sur le marché mondial, de même que son apparition comme puissance militaire forte, l’impérialisme américain est très intéressé à l’idée d’utiliser les ressources indiennes contre la Chine. L’Inde, elle aussi, considère la Chine comme une importante menace à l’égard de ses aspirations hégémoniques. La capacité de la Chine à satisfaire les besoins essentiels de sa population, tout en développant une économie qui a bien de l’avance sur celle de l’Inde malgré un départ avec une base industrielle plus faible à l’époque de la libération en 1949, est perçue par le peuple indien comme une faiblesse de la politique intérieure et extérieure de l’Inde même.
Dans le passé, les peuples du tiers monde, et tout particulièrement du Moyen-Orient, considéraient l’Inde comme une source de soutien moral et politique. L’emprise impérialiste américaine sur l’Inde est amenée à isoler cette dernière. De même, les énormes dépenses militaires, associées à la politique de libéralisation et de privatisation, vont accroître les privations des masses laborieuses, dont quelque 30% (près de 300 millions de personnes) subsistent déjà avec moins d’un dollar par jour.
Le fondamentalisme au service de l’impérialisme et de la réaction
Les réactionnaires du monde entier ont attisé le fondamentalisme religieux et l’ethno-nationalisme qui, sous toutes leurs formes, servent l’impérialisme et la réaction. Le fondamentalisme islamique a pratiquement paralysé tous les pays à majorité musulmane. Le fondamentalisme hindou en Inde est en bonne voie de détruire le moule même de la société indienne.
L’Occident, dirigé par les Etats-Unis, a lancé la construction d’une culture anti-musulmane vers le milieu des années 1990. Nombre de ses conséquences sont déjà apparentes. Le climat anti-musulman a été une bénédiction pour les fondamentalistes hindous de l’Inde. Ils se sont lancés dans l’obscurcissement systématique de tout problème national important en invoquant le besoin d’une entité hindoue et d’un rashtra (pays) hindou. La section la plus réactionnaire de la bourgeoisie indienne a dépassé tout le monde dans l’art de se servir des fondamentalistes religieux comme d’un bouclier contre son propre peuple, contre les minorités et au profit d’une politique pro-impérialiste. L’Inde est, historiquement, une société multi-religieuse, multilingue, multiculturelle et plurinationale ; mais la bourgeoisie indienne se sert avec agressivité du fondamentalisme hindou pour bâtir l’Inde sur le modèle d’Israël. Un sous-produit de ce nationalisme hindou, entre autres conséquences néfastes, est la mise en place d’une atmosphère pro-impérialiste, tout particulièrement parmi la classe moyenne indienne. Par conséquent, dans l’actuel contexte indien, la lutte contre l’impérialisme est inextricablement liée à la lutte contre le fondamentalisme, d’une part, et à la lutte pour les besoins urgents des masses, d’autre part.
La lutte contre l’impérialisme et pour la paix
Nous pensons qu’un mouvement sur trois fronts est essentiel pour déjouer la politique impérialiste américaine de domination mondiale via divers mécanismes comprenant l’intervention militaire directe, comme dans le cas de l’Afghanistan et de l’Irak et des menaces de guerre contre l’Iran et la Corée du Nord.
Primo, le mouvement international dans son ensemble a le grand mérite de s’opposer aux Etats-Unis et de dénoncer leurs actes d’agression et d’intervention au niveau mondial. Dans le passé, un mouvement de ce type s’est exprimé durant la guerre du Vietnam et il a réapparu contre la guerre américaine en Afghanistan et, plus particulièrement, en Irak. Des millions de gens dans le monde entier, dont en Europe et en Amérique du Nord, sont descendus dans la rue pour exprimer leur désapprobation à l’encontre de la guerre en Irak, dirigée par les Etats-Unis. Il s’agissait de protestations de masse impliquant toutes les couches de la société et ne se limitant donc pas à la gauche traditionnelle. Bien que ces mouvements ne soient pas parvenus à mettre un terme à l’occupation américaine en Irak, ils ont forcé à la fois les Etats-Unis et leur plus proche allié, la Grande-Bretagne, à raconter encore plus de mensonges et à commencer à envisager une issue aux crises dans lesquelles ils se rouvent. Rien en Irak ne se passe à l’avantage des Etats-Unis. Même les médias traditionnels de l’establishment sont divisés sur cette question.
Secundo, il devrait y avoir simultanément d’importants mouvements dans certains pays spécifiques afin d’exiger que leurs gouvernements respectifs prennent leurs distances vis-à-vis de la politique américaine de guerre et d’agression. L’ancien gouvernement du Canada, dirigé par Chrétien, s’est abstenu de faire partie de la coalition dirigée par les Etats-Unis, précisément en raison du sentiment anti-guerre des masses. Le mouvement anti-guerre en Espagne est parvenu à obtenir un changement de gouvernement et il peut aboutir à un retrait des troupes espagnoles de l’Irak. Des protestations de masse ont forcé plusieurs gouvernements, y compris le gouvernement indien, à s’abstenir de proposer leur soutien déclaré et à grande échelle à la guerre en Irak dirigée par les Etats-Unis. En raison de pressions populaires, le parlement indien a dû passer une résolution condamnant la guerre des Américains en Irak et il a dû refuser l’invitation américaine à envoyer l’armée indienne sur place. Le mouvement de masse anti-américain dans le pays même pourrait s’avérer d’une importance cruciale, particulièrement dans les pays impérialistes de l’Union européenne. Les larges masses des pays en voie de développement souffrent de privations généralisées en raison des politiques répressives de leurs propres classes dirigeantes et ils sont généralement privés d’informations sur l’évolution de la situation à l’étranger. Par conséquent, la réponse anti-impérialiste dans le tiers monde est invariablement associée aux réclamations en faveur de la justice sociale et elle se reflète dans l’opposition des masses à la politique de la classe dirigeante, centrée sur la libéralisation, les privatisations et la globalisation. Partant de là, la lutte revêt souvent la forme de grèves et d’autres modes de protestation. Notre Parti a constamment mobilisé les travailleurs et les paysans sans compter les autres couches du mouvement anti-impérialiste et anti-guerre, en recourant au slogan « Sauvez la démocratie, sauvez l’Inde », afin de s’opposer à la politique du gouvernement indien consistant à privatiser le secteur public et à promulguer des lois hostiles à la classe ouvrière. Le 24 février dernier, répondant à un appel des syndicats de gauche, près de 50 millions de travailleurs ont participé à une grève générale, qui a paralysé les administrations gouvernementales, pour protester contre une réglementation de la Cour suprême interdisant aux agents de l’Etat de faire grève. Notre Parti a dirigé maintes manifestations contre la guerre dans diverses parties du pays. Le 7 novembre 2002, dans l’Etat de Jharkhand (récemment créé et isolé de l’Etat du Bihar, et où notre Parti mène une incessante lutte paysanne depuis 30 ans), nous avions organisé une marche de 45 kilomètres contre la guerre.
A notre avis, le troisième aspect, le plus important, de la lutte dans les pays sous-développés comme l’Inde requiert qu’on intensifie cette même lutte en faveur de la révolution démocratique dont la lutte anti-impérialiste fait partie intégrante. Etant donné le développement économique inégal au sein même de l’Inde ainsi que ses autres caractéristiques nationales, il existe plusieurs partis politiques régionaux influents, outre le Parti du Congrès et le BJP. En dépit de différences marginales, tous ces partis politiques occupent plus ou moins la même position en ce qui concerne la collaboration avec l’impérialisme et la politique économique. Avec l’apparition des forces fondamentalistes hindoues à l’avant-plan de la scène politique indienne, la plupart de ces formations politiques insistent sur leur adhésion à la laïcité, ce qui est également une proclamation creuse, puisqu’un jour, ils s’allient au Congrès et, le lendemain, au BJP. Ils pratiquent des politiques impitoyablement hostiles aux masses et partout où ils constituent le gouvernement, ils essaient de séduire les communautés minoritaires, et tout particulièrement les 15% d’Indiens musulmans, avec leur slogan laïcisant. Nous pensons qu’un programme anti-impérialiste consistant et ferme ne peut être séparé de la justice sociale à aucun niveau que ce soit. La laïcité n’est rien de plus qu’une affirmation du principe de l’Etat démocratique. Cette même laïcité, séparée des pleins droits démocratiques pour les paysans, les travailleurs et autres masses laborieuses est un slogan vide de sens, au contenu très pauvre et voué à l’échec. Pour cette raison, notre Parti est entré dans les présentes élections parlementaires en opposition frontale envers tous les partis bourgeois réactionnaires et en défendant directement une plate-forme démocratique et anti-impérialiste.
Conclusion
Il est vrai que le monde d’aujourd’hui n’est plus bipolaire comme il l’était à l’époque de la guerre froide. En même temps, il n’est pas non plus dans une situation unipolaire fixe. La guerre en Irak de Bush a mis en lumière l’isolement aigu de l’axe anglo-américain par rapport au reste du monde. Les tendances vers un monde multipolaire, ou peut-être vers un monde bipolaire, une fois de plus, sont tout à fait discernables aujourd’hui. Alors que l’actuelle période de transition ouvre de plus en plus d’espace à des initiatives de politique étrangère, le présent gouvernement indien reste engagé en faveur d’un monde unipolaire dominé par les Etats-Unis. De diverses déclarations émanant de la direction du Parti du Congrès, lequel représente actuellement la principale opposition, avec une mince chance de constituer le prochain gouvernement à la mi-mai, il est clair qu’il n’y aura que très peu de changement dans la politique étrangère indienne. C’est ce qui a poussé l’Inde dans un coin exigu, limitant terriblement la portée d’initiatives sur le plan de la politique étrangère. Notre Parti s’est toujours déclaré fermement partisan d’une politique étrangère indépendante et d’une solidarité avec la totalité du monde en voie de développement, y compris la Chine, et estime que ceci devrait constituer une partie intégrante de sa politique extérieure. Avec ses guerres d’agression, et tout particulièrement la guerre illégale et injuste contre l’Irak, l’impérialisme américain a aussi créé les conditions de sa propre disparition. L’effondrement de l’impérialisme américain peut n’être pas imminent, mais il se produira à coup sûr. La lutte unifiée menée par les peuples du monde rendra cette disparition possible.