Bruxelles, 2-4 mai 2004
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Parti Communiste de Bulgarie
Bulgarie
Ludmil KOSTADINOV
Membre du CC du Parti Communiste de Bulgarie
Rédacteur de l'organe du KPB «Rabotnitchesky Vestnik»
Les faits démontrent clairement qu'à l'aube du 21e siècle, l'humanité est entrée dans une phase de crise politique de pré-guerre, ce qui veut dire une phase transitoire de l'état de paix entre les principales grandes puissances vers une nouvelle guerre mondiale entre elles.
Quels sont les événements qui nous permettent d'affirmer que l'humanité se trouve dans une crise pré-guerrière?
A mon avis, l'invasion de la Yougoslavie par l'Otan en 1999, l'attaque des Etats-Unis et de leurs satellites contre l'Afghanistan et son occupation en 2001, et surtout, l'occupation de l'Irak en 2003, où le droit international, les statuts et les principes de l'Onu ont été bafoués, sont les événements marquant cette nouvelle phase. De fait, tout le système mondial de sécurité collective et de traités, créés après la Seconde Guerre mondiale pour assurer la paix dans le monde, a été détruit. Un moment culminant et un tournant décisif a été sans équivoque, la guerre et l'occupation de l'Irak par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et leurs satellites.
Cette guerre a isolé les agresseurs pour la première fois depuis des décennies et a provoqué un puissant mouvement anti-guerre dans le monde entier. Mais en même temps, aucune aide militaire ou économique n'a été apportée à la victime de l'agression. Les milieux dirigeants de l'Union européenne ainsi que la Russie, ont permis sans résistance aux Etats-Unis de piétiner ouvertement leurs propres intérêts. Ces pays ont renoncé au système existant de sécurité collective que représentait l'Onu et n'ont accusé aucune résistance collective contre l'agression, comme les y oblige cette organisation selon ses statuts, découlant de ses objectifs.
Certains d'entre eux, comme l'Italie, l'Espagne et «les nouvelles démocraties» de l'Europe de l'Est, ont même rejoint et soutenu l'agresseur, en acceptant le rôle de partenaires subalternes et de satellites. Ce comportement a privé l'Irak des moyens élémentaires de défense de sa souveraineté, et a abandonné ce pays seul face à l'énorme superpuissance des agresseurs. Cette politique de «non-intervention» rappelle curieusement celle de la France et de la Grande-Bretagne avant la Seconde Guerre mondiale, face aux agresseurs fascistes et à leurs victimes. De toute évidence, l'objectif d'un tel comportement est de laisser les Etats-Unis s'enliser dans la guerre en dirigeant leur agression vers d'autres pays, et d'intervenir quand les Etats-Unis se retrouveront dans une situation grave, ou même sans issue, pour dicter leurs conditions au «rétablissement de la paix». Cette variante contemporaine de la politique de «non-intervention» signifie l'encouragement de l'agresseur et mène à la transformation de la crise pré-guerrière en guerre mondiale.
A l'aube du 21e siècle, comme au 20e siècle, l'impérialisme pousse à nouveau l'humanité vers la guerre mondiale. Ceci prouve encore une fois, que les guerres mondiales ne sont pas un hasard, mais une conséquence logique de la loi économique fondamentale du capitalisme monopoliste - l'impérialisme - contemporain, qui exige de s'assurer des profits maximaux. Et le moyen le plus efficace pour le pays impérialiste le plus puissant militairement d’assurer ses profits maximaux est l'établissement de sa domination par la guerre. L'exemple historique de la Seconde Guerre mondiale montre que l'agresseur commence la guerre non pas quand il a une supériorité économique et militaire sur ses rivaux, mais même quand il n'a que la supériorité militaire.
Une des principales causes de la crise actuelle de pré-guerre est le changement des rapports des forces dans le monde, à la fin du 20e siècle. Quels sont les événements qui ont changé les rapports des forces dans le monde? Ce sont la restauration du capitalisme en URSS et dans les pays de l'Europe de l'Est, ainsi que la désagrégation de l'URSS et la dissolution du Conseil d'Entraide Economique (COMECOM) et du Pacte de Varsovie. Suite à ces événements, le potentiel économique et militaire de tous ces pays a été réduit brusquement et le système de coopération économique et de sécurité militaire, créé par eux, avait été détruit. Les anciens pays socialistes de l'Europe de l'Est, et même les républiques baltes de l'Union soviétique ont rejoint l'Otan et sont devenus des satellites fidèles des Etats-Unis. Au début du 21e siècle, à la place de l'Union soviétique et du puissant Pacte de Varsovie qui garantissaient la paix en Europe et dans le monde, il n'est resté qu'un seul pays relativement grand qui peut défendre sa souveraineté seul, la Russie.
Des anciennes républiques de l'Union soviétique, il n'y a plus que la Biélorussie, la Moldavie, l'Arménie et le Tadjikistan qui entretiennent des rapports unitaires avec la Russie. En Europe, le seul pays allié de la Russie est resté l'ancienne république yougoslave, la Serbie.
Comment s'est modifié le rapport des forces dans le monde suite à ces événements?
Dans le domaine de l'économie: en 1985, la parité du pouvoir d'achat de l'URSS était estimée à 60% comparée aux Etats-Unis, et en 2002, le PIB de toutes les républiques de l'ex-URSS est estimé à 20% de celui des Etats-Unis, et pour la Russie seule - à 15% de celui des Etats-Unis.
La population de l'URSS en 1985 était de 281,7 millions, dépassant la population des Etats-Unis, et en 2002, la population de la Russie est de 145 millions, près de deux fois moindre de celle des Etats-Unis.
Dans le domaine militaire: une des deux superpuissances nucléaires a disparu, laissant les Etats-Unis seule superpuissance nucléaire. Le seul facteur qui retient encore les Etats-Unis de mener une confrontation directe avec la Russie est son énorme potentiel militaire, hérité de l'URSS.
On sait que l'Union soviétique et les pays socialistes avaient atteint la parité militaire avec les Etats-Unis et leurs alliés dans la période entre la Seconde Guerre mondiale et 1970. La parité avait été atteinte tout d'abord dans le domaine des armes conventionnelles, et cela avait été déjà prouvé pendant la guerre de Corée, et plus tard, dans la guerre du Viêt-nam. Concernant les armes stratégiques et nucléaires, la parité avait été atteinte vers 1970. Seulement dans la période de 1966-1970, en URSS ont été construits et implantés des silos bien abrités de plus de 1.000 missiles balistiques intercontinentaux, soit 200 missiles par an.
Cela a forcé les Etats-Unis de signer une série de pactes de réduction des armes stratégiques défensives et offensives, reconnaissant leur échec dans la course à la supériorité.
Je tiens à souligner que la parité militaire était atteinte dans une période de croissance rapide du potentiel économique de l'URSS et des pays socialistes et d'accroissement net de leur part dans l'économie mondiale. Ce fait contredit la théorie que la course aux armements a mené à l'épuisement de l'économie de ces pays et au crash économique. Les dépenses militaires de l'URSS représentaient, dans les années 1980, 7 à 8 % de son PIB, chiffre tout à fait comparable au pourcentage des dépenses militaires des Etats-Unis.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier, qu'à la différence des pays capitalistes, en URSS et dans les autres pays socialistes, les forces militaires participaient activement à l'édification économique du pays, et s'autofinançaient en grande partie.
Les vrais problèmes économiques, jamais vus auparavant dans les pays socialistes sont apparus non à la suite de la course aux armements de la période 1950-1980, mais à la suite de la restauration du capitalisme dans les années 90 du 20e siècle.
Vers le mois de janvier 1990, les forces militaires stratégiques russes comprenaient 2.500 porteurs (1.398 missiles balistiques intercontinentaux, 940 missiles sous-marins et 162 bombardiers lourds) avec plus de 10.271 charges nucléaires. Vers le mois de janvier 2001, les forces nucléaires stratégiques de la Russie comprenaient 1.179 porteurs avec 5.912 charges opérationnelles. Aujourd'hui la Russie produit annuellement 4 à 5 missiles balistiques intercontinentaux, ce qui est très insuffisant pour remplacer les missiles restant de l'époque soviétique, dont le délai d'exploitation expire bientôt. Le délai d'exploitation des missiles hérités de l'époque socialiste a été prolongé de beaucoup et ils resteront dans les rangs au moins jusqu'en 2015-2020. Pour l'instant, les forces stratégiques et les armes de défense aérienne sont la partie la plus conservée et la plus apte militairement des forces armées russes. Pourtant, si la production n'atteint pas dans les prochaines années 50 missiles stratégiques par an, après 2015 le nombre des missiles stratégiques russes commencera à diminuer sensiblement. Dans les conditions d'élaboration d'un système national américain antimissile, et de désagrégation du système russe d'avertissement rapide des forces stratégiques, cela pourrait réduire énormément l'effet dissuasif du potentiel nucléaire russe, avec toutes les conséquences de cette situation.
Aujourd'hui, les autres types d'armée se trouvent dans une situation très difficile. La production de technique militaire et l'élaboration de nouveaux modèles d'armement pour les forces terrestres et l'aviation est pratiquement arrêtée depuis le début des années 90, l'entraînement ordinaire ne se fait pas, l'artillerie, les chars de combat, les avions, hélicoptères et missiles tactiques sont réduits de plusieurs fois. Mais la plus tragique est la situation des forces navales, qui ont été, ces dernières années, pratiquement liquidées sans guerre. Actuellement, seule une petite partie des navires et sous-marins hérités de l'Union soviétique sont encore en service.
Trois tendances politiques
Dans ces conditions, on observe en Russie trois tendances politiques concernant les prétentions hégémoniques et la politique agressive des Etats-Unis.
1. La première tendance est pour la capitulation sans résistance et la transformation de la Russie en pays dépendant des Etats-Unis, en satellite de leur politique, à l'image des ex-pays socialistes. Cette tendance est soutenue par la partie des nouveaux riches liés directement au capital étranger, qui ont accumulé leurs grandes richesses par des spéculations financières et par la vente à des prix modiques de tout ce qu'ils ont pu s'accaparer et sortir de Russie dans les premières année de la transition vers le capitalisme. Ce sont les forces considérées de «droite», les hommes politiques et les média qui leur sont liés, représentant ouvertement les intérêts des Etats-Unis en Russie. Ils ont pris des positions politiques et économiques importantes dès les premières années de la restauration du capitalisme. Leur influence dans la société russe est faible et aux dernières élections ils n'ont pu dépasser la barre de 5% pour entrer au parlement russe (la Douma).
2. La seconde tendance est dominante à présent. Elle reflète les intérêts de cette partie du capital russe qui est intéressé par un développement indépendant des Etats-Unis et par le rétablissement, ou même l'élargissement, de la sphère russe d'influence. Ils sont liés à la production militaire et nucléaire, l'industrie lourde et le pétrole, le gaz, les métaux, etc. Ils sont représentés par le président Poutine et les forces politiques qui le soutiennent. C'est la politique de recul incessant devant les agresseurs, d'abandon des victimes de l'agression sans leur apporter aucune aide, de refus de la création d'une sécurité collective qui pourrait, en alliance avec d'autres pays menacés, parer l'agression. L'idée d'alliance politique et militaire avec la Chine et l'Inde est rejetée. Tout est fait pour s'entendre avec l'agresseur et pour impulser son agression vers d'autres pays, et en premier lieu vers les pays socialistes de Chine, de Corée, etc.
Cette politique est très dangereuse pour la Russie même, car elle mène le pays à l'isolement de la part des pays qui sont intéressés par l'établissement de la paix dans le monde.
D'autre part, même si des mesures sont prises pour renforcer les forces armées, ces mesures sont très insuffisantes. Car :
D'abord, sans le rétablissement du socialisme la renaissance économique du pays et la mobilisation de toutes les forces internes pour la création d'un potentiel militaire puissant est impossible, alors que le pouvoir actuel en Russie n'est pas pour le rétablissement du socialisme.
- Deuxièmement, parce qu’ils estiment que les Etats-Unis préféreront un conflit direct avec la Chine plutôt qu'avec la Russie. Les milieux dirigeants considèrent que les contradictions entre la Chine et les Etats-Unis, en tant que contradictions entre pays capitaliste et socialiste, sont plus importantes qu'entre la Russie et les Etats-Unis, d'autant plus que le potentiel nucléaire russe de dissuasion restera bien plus puissant et effectif que celui de la Chine durant les prochaines décennies. Pour cette raison, ils essaient de s'entendre avec les Etats-Unis, ils proposent de collaborer avec les Etats-Unis et même de participer à l'élaboration du système de défense antimissile américain. Cette politique est de toute évidence dirigée contre la Chine et la Corée populaire.
La coopération russe dans la station internationale spatiale, exploitée à 90% par les Américains, alors qu'en même temps la Russie ne souhaite pas coopérer avec la Chine dans ce domaine, est très significative de sa politique actuelle.
Encore plus significatif est le manque de volonté pour sortir la Russie du Traité de non-prolifération des armes nucléaires, permettant à la Russie de vendre ces armes à des pays amis, ce qui serait une réponse adéquate à la sortie des Etats-Unis du Traité de limitation des systèmes de défense antimissiles.
Ce comportement peut s'avérer complètement erroné. Comme l'a démontré l'exemple de la Seconde Guerre mondiale, l'agresseur a d'abord attaqué les adeptes de la politique de «non-intervention» et non l'URSS qui s'efforçait de créer un système de sécurité collective et de parer la guerre. A ce propos Staline a écrit:
«On dit que les contradictions entre le capitalisme et le socialisme sont plus fortes qu'entre pays capitalistes. Théoriquement c'est vrai, bien sûr. C'était vrai aussi avant la Seconde Guerre mondiale. Malgré tout, la Seconde Guerre mondiale a commencé non pas par la guerre contre l'Union soviétique, mais par la guerre entre pays capitalistes. Pourquoi? Parce que, d'abord, la guerre contre l'URSS, comme pays socialiste, est plus dangereuse pour le capitalisme que la guerre entre pays capitalistes, car si la guerre entre pays capitalistes pose uniquement la question de suprématie des uns par rapport aux autres, une guerre contre l'URSS pose la question de l'existence même du capitalisme. Deuxièmement, parce que, même si les capitalistes répandent la propagande que l'URSS est un pays agressif, il n'en croient rien eux-mêmes et savent que l'Union soviétique n'attaquera pas les pays capitalistes.»
Actuellement, la Chine a toutes les possibilités techniques et économiques pour augmenter quantitativement et qualitativement son potentiel nucléaire de dissuasion. Il faut souligner que les forces chinoises terrestres, l'aviation, la défense aérienne et les forces navales sont en excellent état et qu’elles se renforcent constamment, à la différence de la Russie, dont le potentiel diminue sans cesse, et il n'y a aucune perspective de changement de cette tendance.
Par conséquent, il n'y a pas de garantie que les Etats-Unis porteront leur première frappe à la Chine et non pas à la Russie affaiblie par la restauration du capitalisme. Alors, les dirigeants du Kremlin se retrouveront dans la situation de Daladier et de Chamberlain en septembre 1939.
3. Les représentants de la troisième tendance en Russie sont les communistes et les forces patriotiques. Elle exprime les intérêts du peuple russe et des autres peuples dans le monde. Ils sont conscients que pour parer la guerre, il faut d'abord à la Russie un nouveau pouvoir et le rétablissement du socialisme. La mobilisation de l'économie, nécessaire au renforcement du potentiel militaire, est possible seulement après.
Le potentiel des forces nucléaires de dissuasion sera augmenté, l'élaboration du système américain de défense antimissile sera contrée, et la défense des forces stratégiques contre une première frappe dévastatrice sera assurée. La parité des forces terrestres et aériennes avec les Etats-Unis sera rétablie.
Une des tâches des plus importantes pour parer la guerre sera la création d'un nouveau système de sécurité collective sous la forme d'une alliance politico-militaire avec la Chine et l'Inde tout d'abord, à laquelle peuvent se joindre tous les pays indépendants, menacés par l'agression. Les victimes de l'agression, ainsi que les pays menacés par une agression américaine seront aidés économiquement et militairement.
Seule une telle politique de la Russie, associée à la résistance des peuples contre l'occupation impérialiste, appuyée par un puissant mouvement mondial pour la paix, est dans la mesure de parer une nouvelle guerre mondiale, et va dans le sens des intérêts aussi bien du peuple russe qu'à tous les peuples dans le monde, y compris à celui des Etats-Unis.
Malheureusement, pour l'instant, cette tendance politique de riposte décisive et de résistance collective contre l'agression, n'arrive pas à atteindre le pouvoir en Russie, malgré le soutien qu'elle a du peuple russe.
Et dans quelques années, il sera peut-être, trop tard.
Le choix qui s'ouvre au peuple russe, ainsi qu'aux autres peuples du monde, est le socialisme, avec la possibilité de parer la guerre nucléaire mondiale, ou bien, d'abord la guerre mondiale nucléaire, et après, le socialisme.