Contribution au 13ème Séminaire communiste international
Bruxelles, 2-4 mai 2004
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Parti de la Libération d’Argentine (PL)
Il y a quelques problèmes politiques qui demandent une solution.
1. La relation entre la lutte nationale contre l’oligarchie argentine et l’impérialisme au niveau intérieur, et la lutte anti-impérialiste et antifasciste au niveau mondial.
Un bon exemple du passé: le Parti communiste chinois, qui a résisté à l’impérialisme japonais lorsque celui-ci n’était pas encore, comme l’Allemagne, la cible principale durant la Seconde Guerre mondiale. Le Parti communiste chinois s’appuyait en premier lieu sur ses propres forces et recevait aussi de l’aide de l’Union soviétique. Après le 8 mai 1945, l’URSS, qui avait vaincu l’Allemagne, déclarait la guerre au Japon. Le Parti communiste chinois pouvait alors s’attaquer aux occupants japonais, soutenu par l’attaque de l’Armée Rouge russe.
Un mauvais exemple : après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la direction du Parti communiste argentin a continué à collaborer avec les partis de l’oligarchie et même avec l’ambassade des Etats-Unis à Buenos-Aires.
Pour déterminer un juste rapport entre la lutte nationale et internationale, il faut l’unité entre les partis qui participent au Séminaire communiste à Bruxelles et ceux qui n’y participent pas encore. De plus, nous insistons pour la mise sur pied d’une Conférence des Partis, avec une coordination permanente, des publications et des tâches communes.
Parfois les tâches nationales et internationales coïncident en majeure partie, comme par exemple en Colombie. Là, la guérilla lutte contre le gouvernement fasciste d ‘Uribe Belez et l’état-major militaire, qui est entièrement aux mains de l’armée nord-américaine, à tel point qu’ils ont même recopié le « statut antiterroriste » du « Patriot Act ».
2. La relation entre l’ampleur du front antifasciste et la lutte pour la direction de ce front par les communistes.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, il y avait l’URSS, où le socialisme était en construction avec un sixième de la population mondiale. Ceci était essentiel pour la question de la direction du front antifasciste. Aujourd’hui, ce bloc socialiste n’existe plus et le danger est dès lors beaucoup plus grand qu’une alliance antifasciste soit reprise par les partis de la démocratie bourgeoise non fasciste et même par des secteurs pro-impérialistes, auxquels appartiennent de nombreux dirigeants sociaux-démocrates. En tant que marxistes-léninistes, nous devons donc encore plus mener la lutte antifasciste dans un certain nombre de pays et en même temps renforcer la coordination mutuelle par une Conférence des Partis. Il faut adopter la position indépendante, comme conseillé par Mao Zedong dans texte « Le problème de l’indépendance et de l’autodétermination au sein de Front uni ».
3. La relation entre les tâches actuelles contre l’impérialisme et la réaction d’une part, et les tâches qui concernent l’opposition à la guerre impérialiste de fait, d’autre part.
Les plus urgentes sont aujourd’hui les tâches anti-impérialistes et antifascistes contre l’occupation Anglo-américaine de l’Irak, contre le régime fasciste d’Ariël Sharon en Israël, contre le blocus et la menace d’agression envers Cuba, contre les campagnes de Bush contre la Corée du Nord, la Syrie, la Libye, etc. En Amérique latine, la question clé est la résistance contre la dette extérieure et l’ALCA, le « plan Colombie », et le coup d’Etat au Venezuela financé par la CIA et le Département d’Etat. Nous devons lutter contre la répression et la fascisation croissante : la répression anticommuniste et les attentats fascistes, les lois telles que le « Patriot Act » de Bush, la limitation des libertés démocratiques dans plusieurs pays, les arrestations illégales, le grand nombre de prisonniers politiques, l’espionnage policier, les exercices militaires des troupes US qui revendiquent leurs propres bases, les budgets croissants pour la Défense et la Sécurité. Si nous voulons vraiment vaincre le fascisme et la guerre, nous devons alors encore aujourd’hui faire obstacle à la fascisation de l’impérialisme et des régimes qui y sont liés. Il s’agit d’une leçon de Dimitrov : « Celui, qui durant les phases préparatoires, ne se bat pas contre les moyens réactionnaire de la bourgeoisie et du fascisme, ne sera pas en état d’empêcher la victoire fasciste, mais au contraire, la facilitera. » (Septième Congrès de l’Internationale communiste)
4. La relation entre le travail du parti et du front au sein de la classe ouvrière et des autres couches sociales.
Aussi bien la colonne vertébrale que la tête du front antifasciste doivent se trouver au sein de la classe ouvrière. Nous pensons à ce sujet à la classe ouvrière au sens large (pas seulement le prolétariat industriel) et aux chômeurs de cette classe. Il faut concevoir un front large comme un front populaire auquel prennent part de nombreux secteurs : des paysans pauvres et moyens, des jeunes, des intellectuels, des étudiants, la classe moyenne urbaine et rurale, des secteurs démocratiques de la bourgeoisie, etc. Les partis du Séminaire doivent mettre l’accent sur la classe ouvrière et à partir de là déterminer un éventail large d’alliés qui doivent être travaillés à la base et conclure des alliances avec des organisations qui représentent ce spectre.
5. La relation entre l’unité contre le fascisme d’une part et la continuation de la lutte pour la révolution nationale, démocratique et populaire dans les pays dépendants et pour la révolution socialiste dans les pays capitalistes développés d’autre part.
Les différentes phases de la lutte, chacune avec ses propres tâches et alliés, doivent être déterminées de façon créative et dialectique. Mais en même temps, il faut voir le lien et la continuité entre toutes ces phases et ne pas se détacher de la perspective de la révolution populaire et de l’avancée vers le socialisme. Ceci nous oblige à déterminer une relation correcte entre le travail parmi les masses, les organisations de masse, le front uni antifasciste en construction, le front stratégique de libération nationale et la direction par le parti marxiste-léniniste. Le renforcement politique, idéologique et organisationnel de ces instruments sera déterminant pour la victoire antifasciste et son ancrage révolutionnaire général. En effet, il ne s’agit pas seulement de vaincre des régimes fascistes comme celui de Bush et ses plus proches alliés, la couche la plus agressive du capital financier. La lutte de classe doit être poursuivie sans interruption contre toute forme d’impérialisme et d’oppression. L’histoire a démontré qu’il était nécessaire d’unir les forces contre le Troisième Reich d’Hitler, mais nous avons aussi vu quels actes barbares les présidents nord-américains Truman et Eisenhower ont commis par après la leur arrière cour latino-américaine.
L’ancrage de la lutte anti-impérialiste, qui va plus loin que l’antifasciste, découle nécessairement de la réalité internationale : le clivage entre les pays impérialistes riches et les pays pauvres s’aiguise toujours plus. Un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) de février 2004, « Pour une globalisation équitable, créer des chances pour tous », mentionne que le produit intérieur brut par habitant des 20 pays les plus pauvres s’élevait à 212 dollars dans les années 1961-1962, contre 11.417 dollars pour les 20 pays les plus riches. En 2000-2002, le premier montant était 267 dollars, tandis que le second triplait à 32.339 dollars. « Ainsi, la différence entre les plus riches et les plus pauvres a augmenté de 53,85 à 121,12 fois. » (La Nación, 25 février 2004).
6. La relation entre les alliés directs et indirects dans la lutte antifasciste et l’exploitation des contradictions inter-impérialistes, sans rester « collé » aux secteurs impérialistes non-fascistes.
Les alliés directs sont les principaux : tous ceux qui appartiennent au camp populaire. Mais l’expérience a appris qu’en temps de guerre, des pactes de non-agression peuvent être conclus avec certains ennemis, les alliés indirects, afin de gagner du temps. Dans le cours de l’histoire, de tels accords ont été conclus avec des partis sociaux-démocrates qui faisaient partie de gouvernements qui réprimaient la classe ouvrière. Des fronts ont été conclus avec des armées impérialistes non fascistes, qui tentaient de prendre en main la lutte contre la guerre et d’éviter que le prolétariat et les pays socialistes en cueillent les fruits. C’était une tactique correcte, nécessaire et intelligente.
Tout dépend des situations concrètes, des rapports de force, de la nécessité d’unir plus de secteurs afin de contrer la bande impérialiste la plus agressive. Les révolutionnaires doivent tirer avantage des contradictions interimpérialistes et intermonopolistes, comme Joseph Staline l’a fait entre 1930 et 1950.
Une autre chose en est la forme concrète. Pour cela, il faut vaincre des points de vue simplistes dans le mouvement communiste. Sur base d’un programme commun des tactiques non identiques peuvent s’opposer. En Argentine, par exemple, nous devons approfondir la lutte pour la réforme agraire et exiger l’expropriation sans dédommagement des plus de 400.000 hectares de terre appartenant au méga-investisseur Soros (Cresud). En même temps, nous comprenons le gouvernement d’un pays socialiste lorsque celui-ci, afin de contrer Bush, s’allie indirectement avec Soros, qui a promis de donner 12 millions de dollars à John Kerry et a déclaré dans le Washington Post que le discours de Bush lui rappelait les nazis dans son pays d’origine, la Hongrie.
Des secteurs de la grande bourgeoisie non fasciste peuvent voir dans certaines alliances antifascistes un « moindre mal », afin de faire tourner la lutte interne parmi les classes dirigeantes à leur avantage, avec l’objectif de stopper ensuite la progression des communistes et révolutionnaires.
Nous devons faire un front uni contre l’ennemi le plus dangereux aujourd’hui : le fascisme yankee et ses alliés dans la guerre. Mais après, au lieu de rendre les armes comme Maurice Thorez en France et Palmiro Togliatti en Italie en 1945, nous devrons à nouveau reprendre le chemin de la guérilla et de la révolte afin de mener à bien la révolution populaire contre le capitalisme dépendant. C’est ce que Staline a fait après la victoire contre le Troisième Reich en 1945. C’est aussi ce que Mao Zedong a fait entre 1945 et 1949 lorsqu’il a – après avoir vaincu les impérialistes japonais – totalement défait le Kuomintang et proclamé la République Populaire de Chine.
7. La relation entre la lutte contre l’une et l’autre forme de déviation opportuniste au sein du peuple et du mouvement communiste.
Au sein du mouvement de masse, parmi les activistes et les forces anti-impérialistes et progressistes, nous pensons que la déviation la plus grave est l’opportunisme de droite. Concrètement : incrédulité par rapport aux possibilités de lutte ou de victoire contre l’impérialisme, manque de confiance dans les possibilités des peuples et magnification des victoires tactiques de l’impérialisme et de l’Otan dans lez Golfe persique, au Kosovo ou en Irak. Ou encore : partir de l’idée que la période actuelle est une période de défaites et que la direction de l’évolution politique doit être laissée à la social-démocratie.
Le mouvement populaire doit se battre pour combattre ces positions social-démocrates, réformistes, vertes, altermondialistes et révisionnistes, qui sont majoritaires dans les Forums Sociaux internationaux, le mouvement pacifiste et le mouvement culturel.
Au sein des courants révolutionnaires et du mouvement communiste, l’obstacle majeur est le simplisme dans les conceptions et la ballaste du sectarisme. Les camarades « de gauche » ne comprennent pas la nécessité absolue d’unir des forces hétérogènes contre la superpuissance, la seule qui possède suffisamment d’arsenaux et de force politique, économique et militaire pour déclencher une Troisième Guerre mondiale. Relire le classique léniniste Le gauchisme, maladie infantile du communisme serait une bonne aide. Surtout maintenant que, à cause de la crise générale du système capitaliste, des millions de gens se mettent en mouvement, et nombre d’entre eux pour la première fois de leur vie. Ces gens, les communistes devraient les aborder d’une manière tactique et flexible. C’est maintenant que nous devons faire notre travail de masse le mieux possible. Avec la seule avant-garde, nous ne pouvons pas obtenir de victoire anti-impérialiste et antifasciste.
Quelques leçons positives du passé
En premier lieu, nous attirons l’attention sur la résistance anti-impérialiste des Irakiens et du reste du monde. Les gouvernements socialistes de Cuba, de Corée du Nord et du Vietnam se sont dressés conte le fascisme nazi. Les peuples de pays du tiers monde comme le Venezuela, la Syrie, la Libye, la Chine, etc. ont fait de même.
Ceci a réveillé des intellectuels progressistes aux Etats-Unis, comme Noam Chomsky, James Petras, Ramsay Clark, Michael Moore, Sean Penn, Tim Robbins, Susan Sarandon, etc. ANSWER-IAC a joué un rôle important dans la dénonciation et la mobilisation contre la guerre.
Par ailleurs, il y a plusieurs manifestes qui donnent la bonne voie antifasciste, à commencer par la résolution du Séminaire Communiste de Bruxelles de mai 2003 et plusieurs discours anti-impérialistes de grande valeur de la part de Fidel Castro. Nous mentionnons également :
L’appel des 145 unis dans l’UNEAC (Union des écrivains et artistes cubains) du 12 avril 2003 : « Déclaration des intellectuels et artistes cubains contre le fascisme ».
L’association antifasciste et les documents d’intellectuels du monde entier, présents au 13e Festival international du Livre à La Havane, en février 2004. La formation du Comité des intellectuels cubains « Pour la défense de l’humanité » après ce festival.
La Résolution de la rencontre nationale du mouvement de solidarité Argentine-Cuba le 26 et 27 juillet 2003 à Lomas de Zamora, Buenos Aires. Elle a également dénoncé le rôle fasciste de l’administration Bush et mis en avant le slogan central : « S’il touchent à Cuba, le monde se révoltera », une orientation correcte pour la mobilisation.
Les documents du Congrès bolivarien des Peuples, qui a eu lieu en novembre-décembre 2003 à Caracas, Venezuela, avec des résolutions contre l’intervention US dans ce pays et contre l’ALCA.
Le document anti-américain « La liberté ou la mort, mais l’esclavage jamais ! » des forces anti-impérialistes et de gauche d’Argentine, qui se sont opposés à l’opération aérienne « Aguila III » en octobre 2003 avec des avions nord-américains.
Le document de solidarité avec le peuple d’Haïti du 1er mars 2004, impulsé par le Comité démocratique Haïti en Argentine, MAP, Mopassol, Parti de la Libération, Parti communiste et d’autres organisations.
Quelques propositions concrètes du Parti de la Libération d’Argentine
Le Parti de la Libération d’Argentine propose d’approuver la résolution du Séminaire de Bruxelles de mai 2003 comme base pour l’action politique et de la compléter avec une annexe sur base des contributions politiques du Séminaire de mai 2004.
Sur cette base, le Parti de la Libération demande que les partis du Séminaire fassent une déclaration politique, avec la proposition de former un front contre la guerre, le fascisme et l’impérialisme, avec comme principal objectif de gouvernement de George Bush. Il faut y inclure de façon simple la direction politique et les tâches pour les peuples et les organisations qui souscrivent au front uni.
Les partis du Séminaire qui sont d’accord avec les résolutions politiques et les tâches devraient former une Conférence des partis marxistes-léninistes qui approuve cette plateforme de programme et instaure un organe de coordination provisoire. Les partis continuent à débattre dans le cadre du Séminaire sur un nombre de thèmes et d’accords plus limités. La crise internationale et les plans fascistes et nazis des Etats-Unis nous obligent à faire un pas qualitatif dans la façon dont nous collaborons, nous organisons, débattons et concluons des accords de travail.
Naturellement, le progrès de l’unité internationaliste des partis marxistes-léninistes ne résoudra pas d’un tour de main les problèmes de lutte des classes dans chaque pays. Il demeure essentiel que nous dirigions la « flèche » du marxisme-léninisme sur « l’objectif » concret de chaque révolution dans chaque pays. Cette vérité générale ne perd rien de son importance lorsque nous menons le débat sur une tactique anti-impérialiste unifiée au niveau mondial. L’essence en est l’intervention des partis dans les campagnes populaires et anti-impérialistes dans chaque pays et dans chaque région, ainsi que la lutte pour le front mondial contre la guerre, le fascisme et l’impérialisme et les efforts pour donner à ce front la direction révolutionnaire de la classe ouvrière.