Contribution au 13ème Séminaire communiste international

«La stratégie et la tactique de la lutte contre la guerre globale impérialiste des Etats-Unis»

Bruxelles, 2-4 mai 2004
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org

L’unification des communistes à l’échelle nationale et internationale est une tâche capitale

Parti du Travail d’Albanie
Albanie

 

Chers Camarades,

Permettez-moi de remercier le Parti du Travail de Belgique pour l’invitation adressée à notre Parti à participer au Séminaire communiste international de Bruxelles et à y discuter de certains problèmes en rapport avec la présente session.

Comme vous le savez, l’Albanie s’est précipitée dans la voie du capitalisme, voici presque quinze ans, via la violence d’une contre-révolution bourgeoisie venue de l’extérieur et d’une trahison interne, organisées par l’impérialisme américain et ouest-européen et, depuis lors, le pays a perdu sa liberté et son indépendance.

Avec cette aide, la nouvelle bourgeoisie locale a supprimé toute forme de socialisme dans le domaine de la production et de la distribution, elle a détruit l’organisation de la classe ouvrière et des autres masses laborieuses, elle a désuni le peuple et l’a plongé dans des situations inextricables; contre les communistes et contre toutes les valeurs spirituelles et matérielles mises sur pied durant les années du pouvoir populaire, elle a stimulé la création de plus de cinquante partis politiques bourgeois.

Aujourd’hui, le peuple albanais souffre de toutes les séquelles du capitalisme. Cela va de l’oppression féroce, de l’exploitation, du chômage et de la pauvreté extrême au crime organisé, à l’émigration clandestine, la prostitution et toutes sortes de trafics.

La propagande bourgeoise en Albanie est tout à fait vulgaire, démagogique et agressive et elle exerce son influence sur le peuple. Par conséquent, il circule bien des illusions et des ambiguïtés à propos de l’ordre capitaliste, de l’impérialisme en général et de l’impérialisme américain et ouest-européen en particulier, qui soutiennent l’adhésion de l’Albanie à l’Otan et à l’Union européenne, l’envoi de troupes militaires en Irak, Afghanistan, etc. Il est malaisé de trouver un Etat plus servile à l’égard des Etats-Unis et de l’Union européenne que l’Etat albanais et une bourgeoisie montante plus anti-nationaliste que la bourgeoisie albanaise.

Le Parti du Travail d’Albanie est confronté aux situations et problèmes existants. En fait, il n’a pas une riche expérience du travail et de la lutte révolutionnaires sous les conditions du capitalisme. Mais le Parti du Travail d’Albanie prouve de plus en plus sa loyauté envers son peuple par le biais de sa participation, même avec des effectifs réduits, aux protestations des masses populaires, par le soutien modeste qu’il apporte aux mouvements antiglobalistes et anti-impérialistes, ainsi qu’à la lutte des peuples du monde entier et, tout particulièrement, des peuples cubain, coréen, irakien, palestinien dans leur volonté d’arracher la liberté et l’indépendance, ainsi que par son soutien de l’ordre socialiste, par son analyse des causes et par sa critique des graves erreurs qui ont abouti au renversement du socialisme en Albanie et, enfin, par sa dénonciation de l’ordre politique, économique et social de la bourgeoisie.

Une bonne part de la population a commencé à prendre conscience, à s’opposer à l’oppression et l’exploitation capitalistes, à ne pas suivre les partis bourgeois et à comprendre que le capitalisme n’est pas l’ordre qui servira les intérêts de la classe ouvrière et des masses qu’il oppresse et exploite.

Tirant parti de cette possibilité, notre Parti a participé aux élections générales des corps locaux du pouvoir d’Etat, l’an dernier. Il importe que nous puissions avoir des conseillers dans à peu près la moitié des municipalités des villes d’Albanie, sans mentionner les communes et autres municipalités de moindre importance. Par bonheur, le Parti communiste albanais a fait le même score. Il a également été significatif et d’une grande importance que 60 pour-cent environ des électeurs n’ont pas participé à ces élections.

Nous avons mentionné cette expérience, non pas pour montrer que le Parti du Travail en a fait une ligne générale et qu’il nourrit quelque illusion de reprendre le pouvoir d’Etat et de rétablir le socialisme par ce biais, mais bien pour montrer que ce qui a été réalisé dans notre travail avec les masses a été d’une grande aide pour poursuivre le renforcement de notre Parti et conforter son rôle prépondérant. Cela a également contribué à faire disparaître l’opinion selon laquelle nous sommes faibles vis-à-vis de la bourgeoisie, à faire participer et à mieux organiser les mouvements des masses populaires, à propager les enseignements du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien et à lutter efficacement contre le pouvoir politique bourgeois.

Nous sommes conscients de ce que la conscience de classe des masses laborieuses et l’esprit révolutionnaire militant que nous voulons leur insuffler à nouveau, est encore loin de notre objectif stratégique et que tout cela n’est pas encore bien organisé et rendu très concret. C’est pourquoi nous œuvrons, comme le camarade Enver Hoxha l’avait mis en exergue, à développer la propagande conjointement à l’activité révolutionnaire, de façon à la rendre plus efficace.

Mais soyons réalistes, nous n’avons pas utilisé au mieux les possibilités légales en vue de la réalisation de nos objectifs. L’une des raisons à cela, c’est que le mouvement communiste albanais est morcelé : il existe trois partis communistes légaux aux noms différents et quelques groupuscules de communistes qui ne présentent pas de différences essentielles quant aux questions fondamentales du marxisme-léninisme. Néanmoins, ils opèrent séparément, ils n’échangent pas de relations entre eux ni n’entreprennent d’activités communes, même pas lors de la manifestation traditionnelle du 1er mai – la Journée internationale des Travailleurs. Nous serions mieux organisés et plus forts contre la bourgeoisie locale, dans le développement et le soutien des mouvements antiglobalistes, contre la guerre, contre les Etats-Unis, contre l’Otan, etc. ou dans la campagne politique en vue des élections parlementaires générales qui, en Albanie, se tiendront en juin de l’an prochain, si nous étions unis au sein d’un seul parti communiste ou, du moins, au sein d’un front communiste uni.

Depuis longtemps, le Parti du Travail d’Albanie s’est engagé dans l’unification du mouvement communiste et des communistes albanais au sein d’un seul parti, et il n’y revendique absolument pas le rôle principal. Jusqu’à présent, la chose n’a pas été possible, pour des raisons subjectives. C’est regrettable, parce que les communistes doivent avoir les moyens de résoudre leurs divergences et différences et de prouver par les faits qu’il est possible de surmonter ces éléments de scission en appliquant de façon conséquente, avec conviction, les principes et normes qui régissent l’existence et l’activité des partis de type communiste.

Sans prétendre vouloir dire quelque chose de bien neuf, à notre avis, toutefois, la scission au sein du mouvement communiste international exerce une influence sur la situation même du mouvement communiste dans différents pays. Il n’est pas normal, alors que la bourgeoisie de chaque pays et du monde entier agit en unité contre le communisme et contre les communistes, que le mouvement communiste en général ne soit pas uni ni n’agisse en unité contre la bourgeoisie et contre le capitalisme, que ce soit dans chaque pays séparément ou à l’échelle mondiale. Sans pour autant envisager d’être d’accord tout de suite sur tous ces points, il est grand temps que l’on discute de la création, conformément aux enseignements du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien, de formes d’organisation qui contribueront à réaliser les exigences de notre principal devoir sans affecter l’indépendance et l’individualité des partis communistes. Cela contribuerait en outre à lancer avec plus de succès une lutte de principe contre l’opportunisme, le révisionnisme, le sectarisme et à atteindre au moins une forme d’unité au nom des principes fondamentaux du marxisme-léninisme.

En tirant également parti de l’expérience des partis communistes marxistes-léninistes, notre Parti accorde une attention particulière à la mise sur pied d’une tactique et d’une stratégie révolutionnaires, ainsi que d’une direction politique adéquate susceptible, dans l’immédiat et dans l’avenir, de dégager des solutions allant dans le sens des intérêts et aspirations des masses populaires, de mener la lutte contre le joug bourgeois et l’oppression impérialiste étrangère. Mais nous avons fort à faire au sein même de notre Parti pour mener à bien nos principales tâches, dans la situation que traverse notre pays, pour situer nos ennemis ainsi que nos alliés intérieurs et extérieurs, pour définir les limites claires séparant les forces progressistes des ennemis de la révolution, pour déterminer le principal ennemi intérieur et extérieur contre lequel, comme le disait Staline, il faudrait diriger les principaux coups, sans toutefois laisser de côté ni omettre la lutte contre les autres ennemis.

Il importe que nous ne nous en tenions pas à la stricte explication théorique des événements, mais que nous agissions efficacement sur le plan pratique, parce que, comme nous l’a enseigné Lénine, si l’on veut éclairer les masses, il importe que ces masses aient quelque expérience politique. En s’appuyant sur ce point de vue, notre Parti œuvre :

Primo, à définir clairement que la mission historique de la classe ouvrière n’a pas changé et que cette même classe ouvrière doit être à la tête de la lutte révolutionnaire en vue de passer du capitalisme au socialisme, bien que la classe ouvrière en Albanie soit dispersée, non organisée et on ne peut plus réduite.

Secundo, à la réorganisation du mouvement syndical et des masses populaires au sein de leurs organisations, en conformité avec les conditions concrètes et les traditions historiques de notre pays, particulièrement avec la paysannerie, laquelle compose la majorité de la population, et sans négliger le travail parmi les jeunes, les femmes et les écoles, parmi les vétérans de l’armée et les militaires retraités. Ceci constitue pour nous une nouvelle expérience car, à l’époque du système du pouvoir populaire, nous travaillions dans des conditions confortables.

Tertio, à mettre sur pied et organiser d’éventuelles alliances avec des partis non communistes, mais progressistes, et avec d’autres forces hostiles à la guerre et à l’hégémonisme, afin de créer un front intérieur antibourgeois plus large et de contribuer davantage au front uni international contre le principal ennemi de la planète – les Etats-Unis et leurs plans fascistes visant à déclencher une troisième Guerre mondiale.

Quarto, à coopérer avec d’autres partis frères sur base de l’internationalisme prolétarien. Une telle coopération, naturellement, se fera dans la lutte contre les Etats-Unis et contre l’impérialisme mondial ainsi que contre l’opportunisme et le révisionnisme de tous crins. Tous les partis, grands et petits, anciens et nouveaux, doivent apporter leur contribution à cette lutte en échangeant leurs expériences et en coordonnant leurs actions et attitudes politiques et idéologiques.

C’est pourquoi nous apprécions des séminaires comme ceux organisés par le Parti du Travail de Belgique, le Parti communiste de Grèce, le Parti communiste (ML) de l’Equateur et d’autres partis communistes, séminaires à certains desquels notre Parti a pu participer.

Bien sûr, nous aimerions participer à de nombreuses autres activités de ce type, voire en organiser nous-mêmes mais, en raison de la situation économique pénible de notre pays et des maigres ressources financières de notre Parti, la chose est impossible pour l’instant. Néanmoins, bien déterminés à contribuer bien davantage au renforcement du mouvement communiste international et à la cause de la révolution, nous ne cesserons de poursuivre notre travail à travers tout le territoire de l’Albanie et nous sommes convaincus de pouvoir atteindre de meilleurs résultats encore.

Je vous remercie.

Muharrem Xhafa

Secrétaire du Comité central
du Parti du Travail d’Albanie