Contribution au 13ème Séminaire communiste international
Bruxelles, 2-4 mai 2004
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Ludo Martens,
président du Parti du Travail de Belgique
Au nom du comité central du PTB, je salue chaleureusement tous les participants à ce 13e Séminaire Communiste International et particulièrement les partis qui participent pour la première fois à nos travaux. Ils sont trop nombreux pour les nommer tous, je me limite à vous signaler la présence des représentants du Parti Communiste de l'Union soviétique représenté pour la première fois par son président, le camarade Chénine, le Parti populaire démocrate d'Afghanistan, le Parti communiste du Liban, le Parti communiste de Bohème et de Moravie, le Parti communiste de Slovaquie, le Parti Communiste du Venezuela, les trois partis communistes du Népal et une organisation populaire révolutionnaire importante d'Indonésie.
A ce Séminaire 70 partis et organisations sont inscrits comme participants et 12 comme observateurs. Tout cela montre l'intérêt international grandissant pour ce Séminaire international initié en 1992 et depuis lors organisé chaque année à Bruxelles. Votre présence montre que nous tous qui défendons le marxisme-léninisme et l'héritage communiste, sentons la nécessité impérieuse de nous concerter et d'agir ensemble.
Nous connaissons tous les anciennes divisions du mouvement communiste. Depuis la fin des années soixante, certains partis s'étaient regroupés autour du Parti communiste de l'Union soviétique, d'autres étaient proches des thèses chinoises, d'autres encore partageaient les positions du Parti du Travail d’Albanie, plusieurs partis d'Amérique latine étaient surtout inspirés par la révolution cubaine et d'autres prenaient une position indépendante.
L'effondrement de l'Union soviétique et la restauration d'un capitalisme ont marqué la faillite complète du révisionnisme. La preuve a été faite que le révisionnisme, initié par Tito et Khrouchtchev, n'est rien d'autre que l'idéologie bourgeoise, infiltrée dans le Mouvement communiste.
Depuis 1992, ce Séminaire réunit des partis, organisations et groupes qui affirment leur volonté de défendre le marxisme-léninisme et l'internationalisme prolétarien et qui s'opposent au révisionnisme et au dogmatisme et sectarisme.
Pendant quatre ans, de 1992 à 1995, tous les débats du Séminaire communiste international visaient à identifier les véritables causes de la restauration en Union soviétique et en Europe de l'Est et d'en tirer des leçons. Le livre "L'effondrement de l'Union soviétique: causes et leçons" reflète ces réflexions et ces débats.
Le Séminaire de 1995 a adopté le texte "Propositions pour l'unification du Mouvement Communiste International".
C'est une charpente minimale qui permet aux partis et organisations communistes qui appartiennent aux différentes tendances historiques de se rencontrer, d'échanger des analyses politiques et théoriques et des rapports d'expériences pratiques, de discuter des différences idéologiques, de débattre entre communistes sur des problèmes cruciaux de l'heure, d’adopter certaines résolutions et de coordonner certaines activités et actions sur une base volontaire.
Depuis la contre-révolution de 1989-90, le monde a beaucoup changé. La contre-révolution dans la plupart des pays socialistes a permis aux puissances impérialistes et particulièrement à l'impérialisme américain, de déclencher une vague réactionnaire violente dans le monde entier: la première guerre de l'Irak, la guerre contre la Somalie, les différentes guerres réactionnaires dans les anciens pays de l'URSS, la division de la Yougoslavie par la violence et les guerres entre les nouveaux Etats sortis de la Yougoslavie, la guerre contre l'Afghanistan et l'occupation militaire de ce pays, et la deuxième guerre terroriste contre l'Irak.
Toutes les contradictions fondamentales qui marquent notre époque se sont fortement aggravées. Relevons d'abord, celles entre les pays néo-coloniaux et les puissances impérialistes ainsi qu'entre l'impérialisme et les pays de l'Asie et de l'Amérique latine qui ont acquis une certaine indépendance.
Ensuite, les contradictions entre l'impérialisme et les pays qui affirment maintenir la voie socialiste - la Chine, Cuba, la R..P.D. de Corée, le Vietnam et le Laos.
Puis, les contradictions entre les puissances impérialistes elles-mêmes et particulièrement entre les Etats-Unis et la Communauté européenne et la Russie se sont aggravées.
Et finalement la contradiction fondamentale entre la classe ouvrière internationale et le capitalisme mondial.
1.
Si la contre-révolution est devenue arrogante et féroce, les forces anti-impérialistes et révolutionnaires connaissent actuellement un nouvel essor.
Le 1er mai 2003, Bush fêtait sa victoire totale sur ce qu'il appelait «la dictature de Saddam Hussein ». Ce 1er mai 2004, Bush fait face à une véritable guerre populaire des héroïques masses populaires irakiennes qui, après avoir subi 12 années d'embargo qui a fait plus d'un million et demi de morts, versent leur sang pour l'indépendance et la démocratie.
En Afghanistan, l'Otan contrôle quelques villes, mais fait face à une résistance générale contre l'occupation. Le mouvement anti-guerre ne faiblit pas aux Etats-Unis, en Espagne, en Italie, en Corée du Sud. Cuba et la RPD de Corée maintiennent le socialisme et résistent à toutes les intimidations et provocations. Chavez démontre que l'indépendance est la principale revendication de tous les peuples latino-américains contre la domination yankee.
La solidarité avec la guerre populaire de l'héroïque peuple irakien peut être le premier axe de coopération entre nos partis et d'échanges de projets et d'expériences.
Cette unité d'action peut répondre au souhait maintes fois exprimé par différentes délégations, de mettre davantage l'accent sur des activités et actions à entreprendre en commun, puisque l'internationalisme doit surtout s'exprimer dans des luttes communes contre l'ennemi commun.
2.
L'impérialisme américain invente aujourd'hui de nouvelles notions géographiques pour servir sa politique de domination et de guerre au niveau mondial. La nouvelle notion de Grand Moyen Orient sert d'abord à enchaîner l'impérialisme européen à l'hégémonisme des Etats-Unis et à maintenir le contrôle américain sur l'Europe. Les Etats-Unis sont conscients de leur faiblesse stratégique et ils ont besoin du soutien politique et militaire européen pour maintenir leur hégémonie mondiale.
La notion de Grand Moyen Orient sert aussi à justifier l'établissement de bases militaires en vue d'agressions futures contre la Chine et la Russie.
L'ennemi principal des masses populaires de l'Europe est le capital monopoliste européen. Seule la révolution socialiste pourra réaliser la libération du Travail, la démocratie populaire, l'égalité et la justice, le développement libre et harmonieux de tous. Dans notre monde complexe et en continuel changement, la préparation de la révolution socialiste se fera selon différents axes.
Aujourd'hui, l'impérialisme américain est l'ennemi principal de tous les peuples du monde. En Europe, nous avons aussi le devoir de constituer un large front des forces populaires pour combattre l'impérialisme américain et tous ses préparatifs à une guerre de dimension mondiale.
Pour faciliter la constitution de ce front, les communistes et les démocrates peuvent aussi exploiter les contradictions entre certaines fractions de l'impérialisme européen et l'hégémonisme américain pour isoler ce dernier. L'essentiel est de veiller au développement de la conscience anti-impérialiste et anticapitaliste, ainsi qu'au renforcement de l'organisation des forces révolutionnaires.
Le mot d'ordre «Dissolution de l'Otan » vise à affaiblir l'impérialisme américain et à entraver ses préparatifs d'une guerre générale. Il y aura le 28 juin des mobilisations importantes contre l'Otan en Turquie.
Nous lançons un appel pour qu’un maximum d'organisations du continent européen et de l'Asie puissent s'y associer pour développer aux cours des années à venir un vaste mouvement contre l'Otan et contre la politique belliciste des Etats-Unis. Cela peut être un deuxième axe de coopération.
3.
La solidarité avec Cuba, la RPD de Corée, la Chine, le Vietnam et le Laos, les pays qui affirment maintenir le système socialiste, peut également être coordonnée ou menée en commun.
4.
Une quatrième proposition a été formulée, celle de coordonner au niveau international l'intervention des communistes dans le Forum Social de Porto Alegre en janvier 2005. Nous attendons d’autres propositions de votre part pour aujourd’hui ou pour demain.
En effet, en ce qui concerne la coordination des travaux théorique et l'organisation de campagnes politiques communes, nous sommes bien obligés de constater que la pratique de l'internationalisme prolétarien a fortement reculé depuis les années 1920-1953.
En 1919, sous l'impulsion de Lénine et du Parti bolchevik, les communistes du monde entier se sont unis dans l'Internationale communiste. Ses statuts stipulaient: «Art. 1. La nouvelle Association Internationale des Travailleurs est fondée dans le but d'organiser une action d'ensemble du prolétariat des différents pays tendant à une seule et même fin, à savoir: le renversement du capitalisme, l'établissement de la dictature du prolétariat et d'une République internationale des Soviets qui permettront d'abolir totalement les classes et de réaliser le socialisme. »
A l'époque, les ouvriers des pays capitalistes développés, bien qu'ayant des intérêts objectifs communs, avaient peu de liens entre eux et la conscience des intérêts révolutionnaires communs était très faibles. C'est par un effort idéologique, politique et organisationnel extraordinaire, que les communistes ont donné à la classe ouvrière mondiale un instrument pour réaliser sa libération au niveau international. Avec la Troisième Internationale, la classe ouvrière mondiale possédait une organisation de combat internationale plus développée et unie que les armes politiques dont étaient pourvues les bourgeoisies des différents pays impérialistes.
Plus de 80 ans plus tard, ce rapport a été complètement renversé en défaveur des forces révolutionnaires. Chez les communistes continue à régner un manque presque total de coordination et d'unité organisationnelle, là où les différents courants politiques de la grande bourgeoisie et de la petite bourgeoisie ont créé de solides organisations politiques supranationales.
Dans le nouvel état européen qui se met en place, la bourgeoisie monopoliste a formé plusieurs partis européens qui servent les intérêts de l'impérialisme européen. Elle tente maintenant d'enfermer les partis qui se réclament encore du communisme dans les carcans de l'ordre établi et de marginaliser et d'éliminer les partis authentiquement communistes.
Nous voulons à ce propos formuler ici une suggestion pour le thème du Séminaire 2005, une suggestion qui part de plusieurs interventions formulées ces dernières années par les partis des anciens pays socialistes.
La suggestion est de prendre comme thème du Séminaire 2005 la question du Parti léniniste et de l'expérience de la Troisième internationale et sa signification pour notre lutte actuelle. Il s’agit d’une proposition ; vous aller en formuler d’autres et nous déciderons lors de la session de mardi.
Notre parti, le Parti du Travail de Belgique, a tiré certains enseignements des luttes idéologiques et politiques qui ont traversé le mouvement communiste international au cours des années 1964 à 1990.
Des divergences et même des divergences graves peuvent surgir entre partis communistes. L'essentiel est que chaque parti exprime franchement son opinion et évalue avec objectivité les opinions des autres et que l'amitié entre communistes soit maintenue. Même quand nous avons des divergences importantes avec un parti, nous devons continuer à apprendre de ses réalisations et réussites.
Notre Parti a été formé à l'école du Grand Débat qui a opposé en 63-66 le Parti communiste chinois et le Parti communiste d’Union soviétique. C'est le Parti communiste chinois qui nous a appris à défendre le léninisme et l'œuvre du camarade Staline et à critiquer le révisionnisme.
Nous avons commis l'erreur de prendre l'expérience chinoise comme notre principale, voire unique source de référence. Ainsi, nous avons suivi le PCC lorsqu'il a développé sa théorie du social-impérialisme, la superpuissance la plus dangereuse.
En 1968, nous avons condamné l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie.
Vingt années plus tard, nous avons découvert l'analyse faite sur cette question par Fidel Castro en 1968 et nous avons conclu qu'elle correspondait parfaitement à la situation complexe de la Tchécoslovaquie d'alors.
Dans les années quatre-vingt, nous avons repris à notre compte l'analyse des camarades chinois sur l'intervention des soldats cubains en Angola en soutien au MPLA et nous avons parlé d'une «intervention des mercenaires du social-impérialisme ». Aujourd'hui nous connaissons les dépêches de l'époque de la CIA, qui affirment que l'action des Cubains en défense de la révolution angolaise s'est faite face à une opposition catégorique de Brejnev et de Kosyguine…
En 1996, nous avons publié un rapport sur les erreurs que nous avons commises en reprenant certaines thèses du PCC. Mais nous portons la responsabilité essentielle pour les erreurs que nous avons commises. Nous n'avons jamais blâmé le PCC et nous n'avons jamais oublié ce que le camarade Mao Zedong nous a appris. Et nos liens d'amitié avec le PCC se sont renforcés avec le temps.
Et aujourd'hui nous avons également les meilleures relations d'amitié et de coopération avec le Parti communiste cubain.
Qu'il s'agisse de l'expérience chinoise ou cubaine, soviétique ou tchécoslovaque, nous citons ces mots de Lénine qui sont d'une très grande profondeur:
Lénine a déclaré: «La société nouvelle de la société nouvelle ne peut s’incarner dans la vie qu’à travers maintes tentatives concrètes, diverses et imparfaites, visant à créer tel ou tel Etat socialiste. »(1) «Le socialisme achevé ne résultera que de la collaboration révolutionnaire des prolétaires de tous les pays et à la suite de nombreuses tentatives dont chacune, considérée isolément, sera unilatérale et souffrira d’une certaine disproportion. »(2)
Et c'est sur cette leçon de dialectique de Lénine, que je veux terminer cette introduction au 13 Séminaire communiste international.
(1) Lénine, L'impôt en nature, Œuvres complètes,
Ed. du Progrès, Moscou, tome 32, p.356.
(2) Lénine, L'impôt en nature, ibid., p.360.