Contribution au 12ème séminaire communiste international
"Le Parti marxiste-léniniste et le Front anti-impérialiste face à la guerre"
Bruxelles, 2-4 mai 2003

www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org

John Catalinotto - Workers World - Etats-Unis

Le mouvement anti-guerre aux Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001

Afin de présenter une histoire du développement du mouvement anti-guerre aux États-Unis depuis le 11 septembre 2001, nous avons décidé de reprendre des extraits d'articles déjà parus dans le journal Workers World ou de discours prononcés lors de manifestations publiques. Nous avons joint quelques commentaires à ces extraits.

Les sujets traités comportent (1) la réaction initiale au 11 septembre et les manifestations du 29 septembre 2001; (2) la manifestation en faveur de la Palestine du 20 avril 2002; (3) un appel en juillet 2002 pour tenter d'arrêter la guerre US prévue contre l'Irak; (4) la motivation à mobiliser pour les manifestations du 26 octobre 2002; (5) une analyse de la façon dont le mouvement anti-guerre s'est développé aux États-Unis et un aperçu du mouvement anti-guerre mondial en janvier-avril 2003;

Le 11 septembre 2001

[Extrait d'un discours prononcé en novembre 2001 par John Catalinotto]

Les événements du 11 septembre ont ébranlé le mouvement progressiste aux États-Unis. Un mouvement nouveau et jeune venait juste de commencer à se développer au niveau mondial contre les pires aspects de la globalisation capitaliste. Il avait combattu dans les rues, de Seattle à Gènes.

Avant les attaques, l'International Action Center et d’autres organisations ont préparé une manifestation le 29 septembre à la Maison Blanche, dans le cadre des autres manifestations contre la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. L'IAC et une dizaine d’autres organisations ont décidé de la transformer en une manifestation contre la guerre à venir. Tous ensemble, nous avons formé une coalition nommée A.N.S.W.E.R. (Act Now to Stop War and End Racism). Parmi ces organisations, on trouve : IFCO Pastors for Peace, Partnership for Civil Justice, Korea Truth Commission, the Free Palestine Alliance, the Nicaragua Network, the Middle East Children's Alliance, the Kensington Welfare Rights Union. [Et plus tard, The Mexico Solidarity Network of U.S./Canada et Bayan USA/International].

Nombreux sont ceux qui nous ont conseillés de ne pas manifester. Mais nous voulions essayer. Nous ne pouvions pas seulement rester à parler et à faire des analyses. Nous avions le sentiment de devoir combattre à découvert pour donner courage à ceux qui refusaient la guerre mais restaient timides.

Les gens portaient partout des drapeaux américains. Mais nous les avons trouvés ouverts à nos arguments. C'est un autre aspect de la peur. Chez beaucoup, elle a approfondi le désir d'apprendre ce que les États-Unis avaient fait au monde pour provoquer une telle attaque. Cela a réveillé un fort sentiment pacifiste, surtout parmi les jeunes.

Nous avons été heureux de voir que 20.000 personnes sont venues à Washington et à San Francisco ce jour-là – au total 40.000 ont manifesté contre la guerre. Il s'agissait pour la plupart de jeunes. Après les événements en Afghanistan, ces jeunes veulent continuer à combattre pour la paix et la justice. Ils croient encore en la possibilité d'un monde différent.

Avril 2002 : manifestation pour la Palestine à Washington

[Par Monica Moorehead, Workers World, 2 mai 2002]

100.000 personnes ont écrit l'Histoire ce 20 avril 2002 en scandant « Liberté pour la Palestine » et « Arrêt de l'aide US à Israël » alors que la plus grande manifestation en faveur de la Palestine jamais vue aux États-Unis a transformé vaillamment Washington en territoire libéré.

De nombreux problèmes ont été évoqués lors de la manifestation - comme l'opposition à l'intervention des Etats-Unis en Irak, en Colombie, aux Philippines et ailleurs - mais la lutte en Palestine revêtait une importance centrale.

La résistance héroïque dans les territoires occupés s'est répandue de par le monde; elle a traversé l'Atlantique et a atteint les États-Unis.

Une grande majorité des personnes qui sont descendues au cœur de l’axe militaire et politique central de l'impérialisme US était constituée de Palestiniens et d'autres Arabes ou musulmans. Nombreux étaient les enfants et les jeunes, agitant les couleurs rouge, noire, verte et blanche du drapeau palestinien et portant leurs vêtements traditionnels y compris les keffiehs, ces jolis foulards.

En compagnie de milliers de militants révolutionnaires et anti-guerre noirs, latinos, amérindiens, asiatiques, juifs, et de groupes sexuels divers, ils ont protesté contre la guerre brutale de Bush et Sharon en Palestine.

De nombreuses mosquées et centres islamiques ainsi que d'autres secteurs de la communauté arabo-américaine ont organisé des centaines de bus pour témoigner leur soutien à la phase actuelle de l'intifada palestinienne. Dans 100 villes des États-Unis, on avait mobilisé pour cette action.

La participation le 20 avril - et l'humeur de la foule – ont montré que l'héroïque résistance palestinienne à l'agression israélo-américaine dans les territoires occupés a permis de renverser la pression réactionnaire d'intimidation et la paralysie qui ont menacé le mouvement pour la justice sociale aux États-Unis et dans le monde depuis le 11 septembre.

Depuis ce 29 mars, où la machine de mort terroriste israélienne, soutenue par les États-Unis, a lancé son assaut criminel contre les Palestiniens, le monde entier a observé avec horreur les militaires israéliens détruire des quartiers entiers de Jénine, Jérusalem, Naplouse et Ramallah.

Parallèlement à la protestation à Washington, 35.000 autres personnes ont marché dans San Francisco en soutien à la juste cause du peuple palestinien. Des rassemblements de solidarité internationale ont également eu lieu à Buenos Aires en Argentine, à Santo Domingo en République Dominicaine, à San Salvador au Salvador, à Managua au Nicaragua, au pays Basque, à Madrid, dans les villes de Tabasco, Oaxaca et Mexico au Mexique, à Montréal au Canada, en Belgique, au Japon et en Afrique du Sud.

Les responsables de la coalition ANSWER ont annoncé qu'ils ont pris la décision délibérée de réaliser une manifestation pour la Palestine pour montrer que le droit du peuple palestinien à l'autodétermination fait partie de la lutte plus large contre la guerre impérialiste et la répression raciste.

Fin Juillet 2002 : Il faut une action puissante pour s'opposer à la guerre

[par Brian Becker, porte-parole d’Answer, la coalition Act Now to Stop War & End Racism et co-directeur de l'International Action Center, WW, 27 juillet 2002]

Le mouvement progressiste des ouvriers et les organisations anti-guerre doivent essayer ensemble d'empêcher la guerre contre l'Irak que les USA planifient.

Les progressistes doivent baser leur stratégie sur la supposition que le gouvernement Bush a réellement l'intention d'attaquer l'Irak pour remplacer l'actuel gouvernement par un régime fantoche, comme celui qui existe en Afghanistan.

Une guerre contre l'Irak est une guerre de l'impérialisme contre un pays opprimé et anciennement colonisé. C'est une guerre pour les compagnies de pétrole contre un pays qui a osé nationaliser ses champs de pétrole et a essayé d'utiliser les revenus qu'il en soutirait pour faire de l'Irak un Etat moderne et indépendant dans le Golfe arabo-persique, un territoire qui contient les deux tiers des réserves mondiales de pétrole connues à ce jour.

En mars 1992, i y a dix ans, une étude du Pentagone a été dévoilée dans le New York Times. Elle a été rédigée par Paul Wolfowitz, l'actuel vice-ministre de la Défense. Les stratèges américains ont clairement indiqué qu'ils ne supporteraient aucune opposition à la domination des Etats-Unis où que ce soit dans le monde.

Bush et le Pentagone planifient une guerre, non par peur que Saddam Hussein ne développe des armes de destruction massive ou par aversion du gouvernement non démocratique de l'Irak. Washington soutient les monarchies dictatoriales, par exemple en Arabie Saoudite ou au Koweït. Washington donne 15 millions de dollars par jour à Israël, bien que le gouvernement ait envahi le Liban, occupe les territoires palestiniens et dispose d'un arsenal illégal d'armes nucléaires.

« Fuites » sur un plan de guerre

La guerre psychologique a directement commencé en force lorsqu'un épais dossier top secret, comportant des plans détaillés pour l'invasion de l'Irak, avec 250.000 hommes, a été révélé dans le New York Times.

Le 5 juillet, le journal a publié toute l'histoire en première page. L'éditorial du surlendemain ne contestait nullement la légalité ou la justesse de l'agression planifiée - comme c'était notamment le cas lors de la publication de documents secrets du Pentagone en juin 1971, ce qui a contribué à une croissance de l'opposition publique contre la politique US au Vietnam. L’éditorial se demandait seulement si un débat sur la guerre ne devrait pas avoir lieu au Congrès ou ailleurs.

Depuis cette publication dans le Times, règne dans les médias une discussion sur la tactique de la guerre à venir. Faut-il une invasion de grande ampleur avec des centaines de milliers de soldats ou une opération rapide avec des troupes spéciales et des bombardements stratégiques ?

Le débat a pour but de donner l'impression, là-bas comme en Irak, que le conflit militaire est inévitable et qu'on ne peut rien y faire. Ce qui pose la question suivante : qui a fait parvenir le document top secret au New York Times ? L'Observer de Londres écrivait le 14 juillet, qu’il aurait appris que « la fuite provenait du Pentagone même, du bureau des chefs du haut état-major, des militaires eux-mêmes l'ayant mise au point »..

Peut-on encore s'opposer à la guerre ?

Bush & Co construisent une ambiance d'inéluctabilité autour du conflit avec deux publics différents en tête. Ils espèrent créer une faille dans l'armée irakienne - que certaines personnes de l'état-major désertent pour ne pas être touchées. Mais ils essayent aussi, aux États-Unis et ailleurs, de démoraliser tous ceux qui veulent encore s'opposer à la guerre avant qu'elle ne commence.

Bush et le Pentagone connaissent l'histoire de la guerre du Vietnam et craignent en fait une mobilisation pacifiste massive, de Washington au Caire et à Amman.

Pendant que les centres du libéralisme bourgeois, apeurés, continuent de jouer leur rôle de collaborateurs face à l'opposition des ultra-militaristes, les véritables progressistes et anti-impérialistes doivent tout mettre en œuvre pour mobiliser la base sur tous les campus, dans toutes les entreprises et actions de quartier.

Alors que Bush sabre le financement de l'enseignement, du logement, du travail et des soins médicaux, il demande aux garçons et filles des travailleurs de tuer ou d’être tués dans le désert arabe au profit de ExxonMobil, Texaco, Chase, Citibank etc. Cette guerre n'est pas inéluctable. Il est temps pour le mouvement anti-guerre d'intensifier la mobilisation auprès des travailleurs et défavorisés, et plus principalement des jeunes - y compris ceux en uniforme.

Toutes les forces opposées à la guerre doivent collaborer pour attirer maintenant une mobilisation décisive, aux USA et partout dans le monde. Il est temps de rappeler aux fauteurs de guerre que la résistance contre leurs plans de massacres et de destruction est, elle, inévitable.

Fin septembre 2002 : Les « inspections d'armements » font partie de la guerre US contre l'Irak

[Discours de Sara Flounders lors d'une conférence nationale du Workers World Party. Sara Flounders est membre du secrétariat du parti]

Le Workers World Party est entraîné à combattre face à une guerre impérialiste et à soutenir quiconque subit l'attaque. Nous ne sommes pas prêt à faire de compromis sur les thèmes fondamentaux, même si nous essayons de former l'unité la plus large possible en mobilisant l'opposition à la guerre. Nous voulons collaborer avec toutes les forces possibles opposées à la guerre, même si nous avons certaines divergences.

Bush a un énorme problème qu'il essaye de dissimuler par des menaces les plus belliqueuses. Il a des armes de destruction massive à disposition mais son soutien politique est très mince, inquiet et méfiant. Parmi les masses règne déjà une profonde suspicion.

La guerre radicalise subitement des portions entières de la population. L'affreux visage du capitalisme à la quête de marchés devient visible pour tous. La mince couche de démocratie et de légalité vole en éclat.

Pourquoi la manifestation prévue pour le 26 octobre est-elle si importante ? C'est une action en coordination avec de nombreuses forces politiques qui ont décidé de résister. C'est une coalition qui se développe et qui grandit rapidement.

Nous nous engageons pleinement pour son succès car la première action d'opposition massive à une guerre en développement définit le mouvement. Elle marque ce qui vient ensuite et le rôle que les organisations des opprimés et de la classe ouvrière joueront.

Dans d'innombrables interviews dans les grands médias, nous avons aidé à disséquer la propagande de guerre avec des arguments de classe, en expliquant à qui profite la guerre et qui la paye. Les mêmes courants politiques qui ont divisé le mouvement contre la guerre en Irak en 1991 et qui ont lancé le slogan artificiel « des sanctions, pas la guerre », sortent aujourd’hui le slogan « des inspections, pas la guerre ».

Ces deux slogans supposent que Washington et Wall Street ont des intérêts légitimes et qu'ils ont le droit d'intervenir. Cela désoriente le mouvement. Ils amènent des exigences et exercent une pression sur la nation opprimée qui est attaquée et suggèrent que l'intransigeance est de leur coté. Le soutien des sanctions s'est avéré être un soutien au droit de l'impérialisme US d'affamer une population toute entière. C'est la forme la plus brutale de la guerre.

Les inspections sont également une guerre. Elles permettent à une armée d'envahisseurs de s'infiltrer dans le pays et de prétendre au droit de détruire les industries, d'empêcher les échanges technologiques au nom de la recherche d'armes de destruction massive. Bush a déclaré la guerre aux peuples du monde entier. Aucun pays, aucun gouvernement ne peut se permettre le risque d'une confrontation militaire avec les États-Unis.

Même les petits pays socialistes essayent d'éviter la menace directe. Ils pourraient être contraints de faire d'onéreuses concessions politiques et économiques afin de survivre. Le défi pour nous est d'aider à former la résistance, de dévoiler les mensonges et de mobiliser l'opposition.

Aucune conspiration secrète ne peut réussir. Seule la mobilisation massive de millions dans les rues en opposition déterminée peut arrêter cette guerre. Des millions qui ont pris conscience que leurs intérêts propres sont opposés à ceux des fauteurs de guerre. La prise de conscience est aussi une arme.

Nous avons des cadres syndiqués et actifs dans les syndicats, d'autres qui combattent pour les droits de la femme, contre la ségrégation sexuelle, pour les droits des détenus, contre la peine de mort, des dirigeants étudiants. Tous ceux qui ont déjà pris part à notre combat ont un rôle urgent à jouer maintenant pour mobiliser notre classe.

Notre parti est préparé à une crise. Même un petit groupe peut prendre la tête dans les périodes de transition les plus difficiles. C'est ce dont un parti léniniste est capable, car il constitue l'expérience accumulée de notre classe et est armé d'une vision scientifique. C'est une force organisée qui discerne clairement la cause de la crise armée et sait ce qu'il est nécessaire de faire.

Nous savons ce que cette guerre signifie et ce que cette nouvelle étape plus agressive du capitalisme moribond apporte pour notre classe. Nous savons également comment mobiliser, présenter des résolutions, obtenir des bus, lancer des appels et atteindre les masses.

C'est pour accomplir cette tâche que Workers World a été fondé.

Janvier 2003 : Une opposition de masse maintenant indiscutable

[Par Fred Goldstein, WW, 30-1-2003]

Le déferlement extraordinaire de centaines de milliers de personnes à Washington, San Francisco et dans d'autres villes partout aux États-Unis, le 18 janvier a été une énorme défaite pour tous les commentateurs, sondeurs d'opinion et propagandistes qui avaient redoublé d'efforts pour miner et couvrir l'opposition populaire massive à une guerre contre l'Irak.

Les manifestations, organisées par la coalition International ANSWER ont doublé de volume par rapport à celles, déjà importantes, de la même coalition du 26 octobre. Ces événements ont montré qu'aucune dissimulation ou minimisation par les grands médias ne peut arrêter le développement d'une opposition populaire anti-guerre durable et profonde aux États-Unis.

La machine de propagande guerrière, qui comprend tous les réseaux de télévision, les services de dépêches et journaux, a rapporté largement les événements du 18 janvier. Ils craignent de perdre toute crédibilité face au peuple. Certains veulent forcer l'administration Bush et le reste de la classe dirigeante à prendre en compte cette rébellion anti-guerre potentielle qui gronde parmi les masses.

La conseillère pour la sécurité nationale Condoleezza Rice et le secrétaire d'État Colin Powell ont été tous deux interrogés à propos des manifestations lors des podiums télévisés du dimanche matin par Tim Russert (NBC) et Wolf Blitzer (CNN). Ils ont éludé la question et répondu que les manifestations étaient un exercice de démocratie. Ils ont ensuite continué à réaffirmer la détermination de l'administration Bush à entrer en guerre.

Mises à part les réponses faciles de Rice et Powell, l'administration Bush et le Pentagone ont réussi jusqu'à présent à faire totalement abstraction de l'opposition aux États-Unis en temps que facteur dans la lutte. Ce n'est plus le cas à présent. Il y a un nouveau front sérieux dans la lutte, que Bush soit au courant ou non.

Le New York Times, qui a soutenu les plans de guerre et se considère comme un conseiller du gouvernement capitaliste, s’est dépêché d'énoncer ce qui suit dans un éditorial du 20 janvier, intitulé « Un sursaut dans la Nation ».

« Un ingrédient largement absent dans le débat naissant sur l'invasion de l'Irak apparu dans les rues des plus grandes villes ce week-end lorsque des foules de manifestants ont marché pour réclamer la parole. Ils représentent ce qui semble être une large portion de la population américaine qui reste non convaincue que la menace irakienne mérite l'utilisation de la force militaire à l'heure actuelle », écrit le Times.

« M. Bush, poursuit le Times, serait bien conseillé de considérer les manifestants comme un signe clair qu'un nombre conséquent d'Américains ne se sentent plus obligés de saluer les plans de l'administration à cause du choc du 11 septembre et que beaucoup ont de sérieux doutes face à cette marche à la guerre. »

L'euphémisme du Times concernant la manifestation tente d'orienter le mouvement vers la modération et le patriotisme. Mais le fait est, que les manifestants du 18 janvier se souciaient des effets horribles d'une agression US pour la population irakienne.

Plus qu'un mouvement anti-guerre

Ils se soucient des sanctions génocidaires, des plans impériaux de Washington, du racisme de la conscription sur base économique, l'envoi de la jeunesse pauvre, opprimée nationale et de la classe ouvrière pour tuer et être tuée afin d'étendre l'empire des compagnies pétrolières et du Pentagone.

Ils ont applaudi les appels à la fin de l'agression israélienne, soutenue par les États-Unis contre le peuple palestinien. Ils ont applaudi les dénonciations de la répression de milliers de personnes originaires du Moyen-Orient et d'Asie, prises dans les filets de la police fédérale des États-Unis (FBI) et du service d'immigration et de naturalisation (INS). Ils ont acclamé les appels à forcer les États-Unis à détruire ses armes de destruction massive. Ils étaient outragés quele coût de la guerre soit reporté sur le dos des ouvriers et des pauvres.

En fait, l'aspect le plus important de ce nouveau mouvement anti-guerre qui émerge, est qu’il davantage qu'un mouvement anti-guerre. C'est un courant très progressiste émergeant dans la société américaine et qui a été galvanisé par la menace de guerre. Il a brisé la glace le 26 octobre et à nouveau, plus fortement, le 18 janvier.

Son apparition en tant que mouvement national est largement due à l'organisation déterminée et persistante de la coalition ANSWER et d'un nombre croissant d'alliés et amis dans tous les coins du mouvement progressif et anti-impérialiste.

Il est important de noter que ce nouveau mouvement, qui a grandi si rapidement, s'est élevé face à un solide mur de réaction. Le désastre du 11 septembre a ouvert la voie politique au groupement militariste de droite à Washington pour partir à l'offensive dans le monde entier. Ils se sont lancés à fond pour mettre en œuvre leur campagne d'expansion longtemps mûrie.

Ils ont conduit une guerre aérienne criminelle contre l'Afghanistan, donné le feu vert à une attaque dévastatrice d’Ariel Sharon contre le mouvement national palestinien, dépêché des troupes aux Philippines et en Afrique du Nord, et laissé le raciste fanatique John Ashcroft, le ministère de la Justice, et le service d'immigration déclencher une campagne de répression raciste et d'intimidation, foulant aux pieds les droits démocratiques.

Et ils ont sorti leur plans de conquête pour reconquérir l'Irak.

Tout ceci, guerre et intimidation ont été soutenus, avec plus ou moins d'enthousiasme, par une machine de propagande monolithique et l'establishment politique tout entier des deux partis capitalistes. Il n'y a pas eu de fissures dans l'unité de classe des patrons et banquiers et de leurs représentants. Aucune portion dissidente de la bourgeoisie impérialiste n'est apparue jusqu'à maintenant pour donner le plus faible encouragement ou couverture aux opposants à la guerre.

Ainsi, ce mouvement populaire a grandi en repoussant le poids de l'opinion publique capitaliste tout entière pendant une période très réactionnaire. Des manifestations spontanées ont été organisées dans des centaines de villes et universités mais l'existence d'un mouvement national a été assisté de manière indispensable par les initiatives de la coalition ANSWER.

Le mouvement est large et anti-impérialiste

La particularité d'ANSWER est d'élargir et d'unir le mouvement en fournissant une plate-forme à toute voix véritablement opposée à la guerre, indépendamment de l'orientation politique. En même temps, cependant, elle a garanti que les voix des peuples noirs, latinos, asiatiques et indiens d'Amérique, ainsi que celles des peuples luttant pour leur libération contre le gouvernement US partout dans le monde, soient entendues clairement et distinctement.

ANSWER a démontré en réalité qu'il n'y a pas de contradictions entre donner une voix à la lutte contre l'impérialisme et élargir le mouvement.

En fait, pour que ce mouvement réussisse, il doit s'allier avec les ouvriers et les opprimés du monde, afin de ne pas capoter face au chauvinisme réactionnaire et favorable à la guerre dirigé contre tous ceux visés par Washington. Il doit s'allier avec les ouvriers et opprimés des États-Unis, qui souffrent sous la crise économique capitaliste croissante qui apporte pauvreté, restrictions, licenciements, déficits, racisme et répression.

Le véritable talon d'Achille de Washington, malgré toutes ses capacités militaires se situe précisément aux États-Unis. Rien ne peut protéger le Pentagone contre un mouvement de masse anti-guerre véritablement militant, qui s'établit dans la classe ouvrière.

Une guerre de conquête intensifie tous les aspects réactionnaires de la société capitaliste. La classe dirigeante veut forcer les masses à faire la guerre, à payer pour la guerre et subordonner leurs désirs de droits civiques, sociaux et économiques à l'effort de guerre.

Ceci pose les bases d’une véritable résistance de masse à la course à la guerre, de la communauté au lieu de travail, en passant par les universités. Le sentiment anti-guerre prend de l'ampleur. Une organisation déterminée peut transformer un sentiment d'impuissance en une opposition effective et une résistance militante et répandue.

Un mouvement anti-guerre mondial d'une taille et d'une hétérogénéité jamais vue auparavant s'est élevé pour contrer l'arrogance agressive de l'impérialisme US et de ses alliés les plus proches. Les 15 et 16 février, des millions de personnes ont manifesté partout dans le monde. Dix millions avaient été prévus mais la participation a largement dépassé ce chiffre. Ils ont protesté dans 600 villes de 100 pays, d'Antarctique à l'Islande, en Afrique, en Asie et en Amérique latine, en Europe, en Amérique du Nord et en Océanie.

L'horrible assaut de la machine de guerre du Pentagone contre les civils et soldats irakiens et la résistance héroïque de la population irakienne ont présenté de nouvelles questions au mouvement anti-guerre mondial. Ce mouvement, qui a mobilisé des dizaines de millions, peut-il devenir réellement un contrepoids face à la puissance militaire du Pentagone ? Peut-il devenir, ce qu'un journaliste du New York Times a caractérisé, le 16 février, d’ « l'autre super-puissance mondiale » ?

La direction que prendra ce mouvement et son potentiel pour le développement futur sera déterminée par la façon dont il réagira aux événements actuels en Irak. Une composante vitale de cette question concerne le rôle des organisations communistes ayant une perspective révolutionnaire : leur relation et leur participation dans ce mouvement.