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Parti du Travail de Jordanie, Présentation du Dr. Mazen Hanna
Capitalisme sauvage & hysterie guerriere
Les évènements du 11 septembre n’ont pas constitué un tournant de la politique américaine; ils n’ont pas non plus déterminé le cours de sa confrontation avec les pays et nations du monde.
La politique américaine au tournant du 21ème siècle a plutôt été définie par l’effondrement de l’Union Soviétique, comme résultat de cet effondrement et de son impact tout autour du globe.
Peut-être les évènements du 11 septembre ont-ils déclenché l’hystérie américaine que le monde subit actuellement mais ils n’ont certainement pas été la raison de l’augmentation de l’hostilité et de la sauvagerie de l’impérialisme dans l’ère de la mondialisation ; ils ont plutôt été un prétexte à l’agression américaine.
Depuis l’avènement de la distinction entre les classes, l’histoire du monde a constamment été une histoire de conflits. Mais l’équilibre entre les grandes puissances a toujours été une condition de la prévention des conflits qui étaient considérés comme l’expression d’un désordre dans l’équilibre des super-puissances.
La géopolitique des pays en développement est déterminée aujourd’hui par les équilibres et déséquilibres qui ont mené à des guerres et à des destructions et dont le résultat s’exprime dans les frontières contemporaines de nombreux pays africains et asiatiques.
Si nous considérons notre partie du monde, il se trouve que la géo-politique de cette zone a été déterminée par les équilibres et conflits franco-britanniques au tournant du siècle passé et comme résultat de l’accord Sykes-Picot qui visait à diviser la zone entre les puissances impérialistes après la 1ère guerre mondiale. Israël a été implanté dans la région pour protéger les intérêts de l’impérialisme. L’équilibre des forces entre l’Union Soviétique et les Etats-Unis ne modifia pas la nature du conflit ; elle a plutôt maintenu des frontières géopolitiques qui, après la disparition de l’Union Soviétique, ne semblaient plus convenir aux ambitions des impérialistes ni à leurs plans de domination et d’exploitation des ressources naturelles de la région, en premier lieu le pétrole.
Autrement dit, les Etats-Unis se sont retrouvés comme seule super-puissance après l’effondrement de l’Union Soviétique ; une circonstance historique exceptionnelle à laquelle ils n’étaient pas préparés et qui auparavant ne s’était produite qu’une seule fois, à un certain moment de l’histoire de l’ Empire Romain. Les Etats-Unis ont eu tendance à profiter de cette situation extraordinaire et soudaine pour étendre extensivement leur contrôle et leur influence avant l’émergence d’une autre super-puissance équivalente. Ceci explique l’agressivité sans bornes qui distingue la politique étrangère américaine aujourd’hui. Les évènements du 11 septembre ont servi d’excuse pour justifier l’augmentation de la brutalité et de l’hostilité de l’impérialisme américain sous la bannière de la « lutte contre le terrorisme » alors qu’en fait les Etats-Unis eux-mêmes sont les leaders du terrorisme international organisé.
Sans doute la conséquence la plus dangereuse des attentats du 11 septembre a-t-elle été l’hystérie dont est frappée l’administration américaine qui est devenue plus imprudente et plus démagogique, s’est attribuée un rôle divin et a adopté un ton religieux dans son discours politique en divisant le monde en pays bons et mauvais. La base idéologique de l’impérialisme s’est rapprochée des points de vue dogmatique traditionnels envers les évènements internationaux qui les colorent soit en blanc, soit en noir, dans une perspective de polarisation duale : « celui qui n’est pas avec nous est contre nous ».
Le déséquilibre de puissance au profit de l’Amérique impérialiste a accru l’atmosphère de tension, faisant éclater des conflits régionaux et internationaux, donnant libre cours aux modes de pensée raciaux et sectaires ; la bourgeoisie impérialiste est encline à répandre des illusions, une haine mensongère, le racisme, le sectarisme, l’intolérance nationale et ethnique afin de modeler la conscience et la culture publiques d’une façon qui risque de faire sombrer la culture humaine dans des abysses de naïveté.
Dans leurs efforts pour protéger leurs intérêts et accomplir leurs plans de domination et de contrôle des ressources économiques mondiales, en particulier du pétrole, les Etats-Unis ne font plus attention aux intérêts ou aux opinions des autres pays, même ceux qui se déplacent dans leur orbite ou ont des relations stratégiques avec eux. Le fossé entre les Etats-Unis et le reste du monde, y compris les organisations internationales comme les Nations Unies, s’est élargi. L’Amérique a commencé à considérer le monde entier comme constituant le domaine de ses intérêts vitaux. A partir de ce moment, elle a mené une série de guerres qui n’ont connu de cesse jusqu’à aujourd’hui. En moins d’une décennie, l’Amérique s’est livrée à des conflits militaires dans diverses régions du monde telles que Haiti, Panama, l’Irak, la Yougoslavie, l’Afghanistan, les Philippines et d’autres encore, soient plus de quatorze guerres.
L’ingérence américaine dans les affaires intérieures d’autres pays est devenue quotidienne, n’épargnant pas même l’Union Européenne, qui s’est divisée entre partisans et adversaires de l’agression américaine, ou, pour être plus précis, entre des pays qui gravitent dans l’orbite de l’impérialisme US et d’autres qui tentent de maintenir ou de retrouver leur indépendance qui avait en fait été perdue suite au plan Marshal au début des années 50.
Le néo-libéralisme qui est promu ajourd’hui n’est pas seulement un système de hiérarchisation sociale sauvage, il comporte aussi une tendance inhérente à la crise et à l’instabilité et un retour à des guerres colonialistes sous des prétextes futiles. De même que la stratégie américaine possède ses dimensions politiques et militaires, elle possède aussi ses dimensions culturelles en vertu desquelles l’administration américaine considère le monde actuel comme voué à la confrontation des civilisations et les USA comme gardien de la civilisation contemporaine face à une Europe en déclin et au monde sous-développé. Dès lors, le monde entier doit être américanisé. Les valeurs et modes de comportement américains doivent prévaloir. Selon ces critères, l’administration américaine n’hésite pas à utiliser des mesures contradictoires pour traiter des situations différentes. L’ingérence en Yougoslavie (sans résolution de l’ONU) s’est déroulée sous prétexte de protéger les Musulmans du Kosovo contre le régime de Milosevic à un moment où les USA refusaient d’appliquer la moindre pression contre Sharon pour qu’il arrête ses massacres quotidiens contre des Palestiniens sans armes.
Les USA étendent à l’intérieur de leurs frontières la même tyrannie et arrogance qu’ils déployent dans leurs guerres extérieures. Une série de règlements et de lois dangereux ont été promulgués sur une très courte période, restreignant les libertés publiques et la démocratie. Le gouvernement a restreint la liberté de mouvement, poursuivi des associations privées et religieuses, violé le caractère privé et secret des relations entre les suspects et leurs avocats, mis sur écoutes des communications téléphoniques et électroniques, imposé le droit du procureur général d’arrêter et de maintenir en détention des étrangers sur simple soupçon, contrôlé les mass-media, y compris des journaux et des films, établi une direction militaire unifiée pour la première fois en Amérique et un ministère de l’intérieur pour diriger tous les départements de sécurité et de renseignements. L’accusation de terrorisme menace maintenant quiconque tente de critiquer toute violation ou entrave aux libertés.
Pourquoi l’Irak maintenant ?
Des études officielles américaines nous apprennent que les USA deviendront plus dépendants du pétrole du Moyen-Orient dans les deux décennies à venir. Les pays du Moyen-Orient possèdent 70% des réserves mondiales de pétrole ; l’Irak arrive au deuxième rang en termes de réserves de pétrole après l’Arabie Saoudite avec des quantités atteignant 112,5 milliards de baril, ce qui correspond à 11% des réserves mondiales.
Tandis que la campagne de l’Amérique contre l’Afghanistan vise à dominer le pétrole de la mer Caspienne, l’agression contre l’Irak est conçue d’abord pour contrôler le pétrole irakien. Il vaut la peine de mentionner que le coût de production du pétrole irakien est le plus bas au monde : le coût d’un baril est de un dollar et demi, tandis que le pétrole américain coûte 12 dollars et celui d’Amérique Latine 18 dollars.
Les excuses américaines pour attaquer l’Irak telles que les armes de destruction massive, le renversement du régime totalitaire de Saddam Hussein ou la propagation de la démocratie ne semblent plus convaincre personne car l’Amérique a toujours mis en place et soutenu des régimes totalitaires corrompus ; de même, la technologie militaire et le commerce des armes, y compris des armes de destruction massive, sont d’habitude sous contrôle américain.
Il s’agit donc de pétrole et uniquement de pétrole car quiconque contrôle la production, les prix et le commerce du pétrole contrôle l’économie internationale.
Il s’agit d’une question de vie ou de mort pour l’Amérique d’un point de vue économique interne. Les Etats-Unis sont le pays le plus endetté du monde. Les dettes américaines excèdent 5000 milliards de dollars, ce qui consitue presque 70% du Produit Intérieur Brut américain. Le déficit budgétaire a atteint 475 milliards de dollars dans le contexte d’une économie qui se détériore, d’une grande récession et de crises structurelles et cycliques qui ont fait s’effondrer plusieurs compagnies géantes. Les actions américaines ont perdu 5000 milliards de dollars en valeur dans un mouvement de chute qui a fait passer cette valeur de 14700 milliards à 9900 milliards en moins de huit mois; cela avant les évènements du 11 septembre et les choses ont encore empiré directement après ces évènements.
Les Etats-Unis, en association avec le complexe militaro-industriel qui tient la barre du système, cherchent à enflammer l’atmosphère de guerre partout dans le monde. La guerre dans la tradition impérialiste américaine est une affaire rentable pour les entreprises géantes américaines. Pendant la guerre du Golfe par exemple, il y a douze ans, 13000 missiles sol-air qui n’avaient pas explosé ont été retrouvés dans une seule province irakienne ; ils ont été utilisés en pleine connaissance de leur caractère défectueux.
Au vu de cette crise économique mortelle en Amérique, la guerre est devenue un débouché non seulement pour de gigantesques ventes d’armes mais aussi pour des contrats de reconstruction et pour l’armement des pays voisins de la zone de conflit ; tous ces éléments s’ajoutent à la liste des profits qui commence avec la prise de contrôle du pétrole.
L’agression envers l’Irak est une nécessité pour l’Amérique ; elle est également une exigence israëlienne. Peut-être s’agit-il même d’abord d’une exigence israëlienne si l’on considère qu’Israël est un pays hors-la-loi qui agit avec arrogance envers la légalité internationale et la stabilité mondiale. Israël, qui garde le sionisme comme son idéologie politique, fait partie du plan impérialiste international. Le sionisme est un instrument, un bras armé essentiel de l’impérialisme et décide, plus que jamais auparavant, des priorités politiques de l’impérialisme dans le monde ; il fixe des buts qui servent en premier lieu les intérêts d’Israël.
Dès lors, la lutte contre le sionisme et les politiques criminelles d’Israël caractérisées par l’hystérie guerrière, le terrorisme d’état organisé et les crimes de guerre et contre l’humanité, fait à présent partie de la lutte contre l’impérialisme international qui requiert un front uni contre le sionisme. Les nations du monde et leurs forces progressistes doivent comprendre le rôle d’Israël dans le front impérialiste, avoir conscience de ses crimes envers des innocents et doit lutter pour promulguer de nouveau une résolution internationale qui place le sionisme sur le même pied que le fascisme et le racisme ou rétablir la résolution de l’assemblée générale de l’ONU qui a été abolie à la demande des sionistes israëliens et sous la pression américaine. Je demande que le sionisme soit repris sur la liste des sujets à discuter au séminaire de l’année prochaine.
L’Amérique n’est pas une fatalité
L’Amérique n’est pas une fatalité à laquelle nous ne pouvons pas échapper. Cela a été rendu clair par la renaissance de la gauche dans des fronts d’opposition contre la mondialisation et l’impérialisme partout dans le monde. La lutte de classe s’est renouvelée une fois de plus comme on a pu le voir à Seattle, Davos, Berlin, Rome, Sidney, Rio-Grande et Durban. C’est aussi devenu clair par l’opposition des peuples à l’agression américaine contre l’Irak, y compris des peuples dont les gouvernements avaient joint l’attaque américaine. L’impasse dans laquelle se trouve l’Amérique s’est révélée dans l’opposition européenne à la guerre, en particulier dans les positions française, allemande et belge.
Nous pouvons constater dans certaines parties du monde, comme le Vénézuéla, le Brésil et l’Equateur des caractéristiques qui définissent une tendance à gauche. Le néo-libéralisme n’est pas seulement un système d’inégalités sociales ; il comporte aussi une tendance inhérente à la crise et à l’instabilité ainsi qu’un retour à des guerres coloniales menées sous de faux prétextes pour imposer une atmosphère de terreur parmi les nations. L’Amérique impérialiste est prise aujourd’hui dans une tenaille, entre sa crise économique cyclique et structurelle et la crise avec ses alliés et les autres puissances. Elle est prise entre ses plans agressifs et la fureur des peuples envers les « cowboys » de la Maison Blanche. Cela nous pousse à fortifier le front anti-impérialiste, le front populaire.
La lutte pour la paix dans les années 50 a été soutenue par des organisations et des actions et nous avons la charge, maintenant plus que jamais, d’honorer cet engagement et de rétablir un front de lutte international pour remettre en place la paix mondiale.
Parti du Travail de Jordanie
Présentation du Dr. Mazen Hanna