Contribution au 12ème séminaire communiste international
"Le Parti marxiste-léniniste et le Front anti-impérialiste face à la guerre"
Bruxelles, 2-4 mai 2003

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Krishna Chakravorttyn, Membre du Comité Central, Socialist Unity Centre of India*

Staline et la lutte contre le fascisme

Cinquante ans sont passés depuis la mort du camarade Staline. En compagnie de millions de communistes et de progressistes du monde entier, notre Parti, le SUCI, se souvient de Staline avec un amour et une estime infinis. Une part importante des traditions, de la ferveur et de la morale progressistes et révolutionnaires qui inspirent les actuelles luttes contre l’impérialisme et contre le capitalisme représente l’héritage de Staline. Staline occupe une telle position dans l’histoire mondiale qu’il est impossible, même pour son pire ennemi, de le réfuter, bien que les impérialistes aient recouru à d’incessantes campagnes de calomnies pour tenter de l’effacer de la mémoire des hommes. Le grand dirigeant du prolétariat a été décrit comme un « despote », un « égoïste », un être « assoiffé de pouvoir » ou « indulgent envers son propre culte », etc. La propagande antistalinienne a pris de l’ampleur en bénéficiant du soutien révisionniste. Pour le commun des mortels, mal informé, il était impossible de faire la part entre vérité et mensonges. Même les communistes étaient divisés dans leurs avis sur la contribution de Staline. La confusion, les divergences d’opinions et la division entre communistes mêmes ont été tout profit pour l’impérialisme. La clarté des idées et l’unité d’action du mouvement communiste s’en est trouvée sapée. Le camp socialiste s’est effondré et l’impérialisme a étranglé le monde dans son étau en lui imposant globalisation et guerre. Par conséquent, une appréciation correcte du rôle de Staline concerne non seulement les communistes, mais également tous les individus progressistes, hostiles à l’impérialisme et à la guerre ainsi que les masses laborieuses du monde entier. Les réalisations de Staline sont trop nombreuses et je limiterai donc cette discussion à un seul aspect : le rôle de Staline et du PCUS dans la défaite du fascisme.

Le socialisme a été instauré en Russie soviétique avec la Révolution de 1917. Le dirigeant de la révolution, Vladimir Illitch Lénine, a infligé une cuisante défaite à toutes les insurrections contre-révolutionnaires fomentées et déclenchées par les réactionnaires, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Non seulement il a sauvé et consolidé le nouvel Etat socialiste, mais il a également préparé sa transformation en un Etat moderne et puissant. C’est lui qui a eu l’idée de génie de vouloir faire de la Russie un pays neuf et industrialisé. Par la suite, Staline a concrétisé les rêves et les visions de Lénine en seize ans à peine. Tâche herculéenne s’il en fut, mais qui a été menée avec succès. Bientôt, les famines ne n’étaient plus que de sombres légendes du passé. De gigantesques industries modernes sont apparues. Des étendues désolées jusque-là couvertes en permanence de neige se sont muées en villes industrielles bien peuplées. La Sibérie, qui n’avait jamais été qu’une inhospitalière terre d’exil, a acquis un aspect différent au point qu’on ne la reconnaissait plus. Le pays tout entier a connu d’énormes changements dans tous les aspects de la vie. Pendant cette transformation radicale de l’Union soviétique, la face hideuse du fascisme faisait son apparition en Allemagne. La sévère dépression économique qui avait succédé à la Première Guerre mondiale, associée au sentiment d’humiliation nationale régnant en Allemagne après la défaite, ont pavé la voie d’Hitler vers le pouvoir. L’antisémitisme et l’antibolchevisme constituaient les deux principaux volets de l’idéologie politique des nazis. La classe capitaliste allemande a vu en Hitler l’homme qui allait défendre ses intérêts contre la menace du communisme. Les autres pays impérialistes - la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis - considéraient la militarisation de l’Allemagne d’abord avec une certaine suspicion, mais leur crainte du communisme les a poussé à adopter une attitude complaisante à l’égard d’Hitler, qu’ils n’ont pas tardé à considérer comme un bastion contre la Russie soviétique et ils ont calculé qu’Hitler allait mener leur guerre contre le communisme. Hitler lui-même avait toujours manifesté clairement ses intentions contre la Russie soviétique, censée fournir un lebensraum, un espace vital, au peuple allemand. L’homme était parfaitement conscient de l’attitude des pays impérialistes et un jour, il avait même déclaré à ses généraux que lorsque débuterait l’attaque contre la Russie soviétique, le monde allait retenir son souffle et s’abstenir de tout commentaire. Staline, lui aussi, savait parfaitement que le cri de guerre de l’Allemagne fasciste ne visait en tout premier lieu que la destruction et la démolition totale du socialisme en Russie soviétique. Et, en agissant de la sorte, il allait bénéficier du soutien et de la protection de l’ensemble des pays capitalistes impérialistes.

La Russie soviétique progressait à grands pas vers l’industrialisation et la modernisation de son agriculture, mais ces transformations visaient avant tout l’amélioration du sort des habitants du pays. Par conséquent, au cours des premières années de la construction du socialisme, l’accent n’a pas été mis sur la production d’armements modernes ou sur la constitution d’un arsenal de guerre. Toutefois, puisque le fascisme se consolidait, Staline a entrepris de se préparer à la guerre. L’industrie a été mécanisée et modernisée afin de hâter la production d’avions, de chars et de pièces d’artillerie. Sur le front diplomatique, avec un sens politique aigu, il n’a cessé de presser l’Angleterre et la France à s’unir en un « système de sécurité collective » contre l’Allemagne fasciste, mais il n’a jamais obtenu de réponse de ces deux pays. Au contraire, ils continuaient d’apaiser Hitler qui ne cessait de rappeler aux Britanniques et aux Français l’immensité du service que l’Allemagne leur rendait en sauvegardant l’Europe du danger communiste. Lorsque la guerre a éclaté en 1939, Hitler a choisi de s’occuper d’abord de l’Angleterre et de la France avant de se tourner finalement vers la Russie. Il a proposé à l’Union soviétique un pacte de non-agression et, avec toute sa perspicacité, Staline a sauté sur l’occasion. Mais Staline ne nourrissait aucune illusion sur les intentions d’Hitler et le petit répit que le pacte accordait fut utilisé pour compléter les préparatifs de la guerre. La production d’armes était accrue de telle façon que leurs livraisons pouvaient s’effectuer de façon ininterrompue durant toute la durée de la guerre, désormais imminente et les principales industries ont été transférées de l’autre côté de l’Oural afin de les protéger de la progression des troupes allemandes.

Staline savait en outre qu’il n’allait pas être possible de vaincre l’armée fasciste avec la seule aide d’une armée dotée d’un armement moderne. Cette guerre allait être un long combat impliquant l’ensemble de la nation. Les industries, les mines, les régions agricoles – tous ces secteurs allaient devoir continuer à assurer les fournitures de guerre jusqu’à la fin. Ce qu’il fallait en plus, c’était l’indomptable détermination du peuple ainsi qu’une direction qui devait briller à ses yeux comme le symbole de la victoire inévitable de la civilisation humaine sur la barbarie et qui allait lui inspirer courage, détermination et volonté. Sous la direction de Staline, le Parti communiste a élevé le peuple si haut et d’une façon que le monde ignorait encore. Dès douze ans, des gens de tous âges et de tous les milieux se sont portés volontaires pour constituer l’armée inépuisable et invisible des arrières de la ligne de front. Les communistes eux-mêmes organisaient les masses, assumaient les responsabilités les plus pénibles, se portaient volontaires pour les missions les plus intrépides et mouraient avec vaillance.

Lorsque la guerre a éclaté, en 1939, la formidable armée fasciste de Hitler a traversé de nombreux pays européens sans faiblir et sans qu’on pût l’arrêter. En guise de préparation à la guerre, Hitler avait constitué des groupes de traîtres dans plusieurs pays, lesquels allaient organiser des activités subversives et travailler pour l’armée nazie au sein même des pays envahis. En Russie soviétique aussi, le commandement politique et militaire allemand avait prévu des plans d’« activités internes » afin de préparer le terrain. Staline savait que si ces activités n’étaient pas étouffées dans l’œuf et les traîtres liquidés, la nation soviétique ne pourrait jamais se dresser comme un seul homme contre les envahisseurs fascistes. C’est dans ce contexte qu’il nous faut considérer les grandes purges des années 30 et les fameux procès de Moscou.

L’activité conspiratrice des groupes anti-léninistes des Trotski, Kamenev, Zinoviev et autres Boukharine est apparue au grand jour en 1934, après l’assassinat de Kirov. Les accusés ont été jugés au cours de séances publiques de la Cour du Soviet Suprême, déclarés coupables et exécutés. Joseph Davies, ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, écrivit : « L’affaire que l’on exposa au cours de ces procès allait dévoiler toute une série étonnante d’activités de cinquième colonne et de subversion menées en Russie dans le cadre d’une conspiration fomentée en accord avec les gouvernements allemand et japonais (…) Ces hommes furent d’accord pour collaborer – et ils y collaborèrent – à des projets visant à assassiner Staline et Molotov et à organiser une insurrection militaire contre le Kremlin (…) En préparation à la guerre, ils planifièrent également – et ils passèrent effectivement à l’action – des sabotages directs dans l’industrie, des dynamitages d’usines chimiques, la destruction de charbonnages, des sabotages dans les équipements de transport et nombre d’autres activités subversives. » L’opposition et les activités conspiratrices des trotskistes ont sévi durant de nombreuses années. Mais, jusqu’en 1934, on les a traité sans grande sévérité. La plupart des ces personnes n’étaient pas considérées comme étant suffisamment dangereuses pour êtres exécutées. A l’époque, on n’éliminait pas non plus systématiquement les opposants politiques. Zinoviev, Kamenev, Boukharine avaient rallié des sections entières du peuple soviétique contre Staline, mais ce dernier n’a pas opté pour des mesures administratives à l’encontre de ces camarades tombés dans l’erreur; il s’est contenté d’essayer de les persuader de reconnaître leurs erreurs et de réintégrer la ligne correcte. Mais les choses allaient changer après l’assassinat de Kirov, en 1934. L’Allemagne fasciste gagnait en puissance et ses cris de guerre étaient de plus en plus perçus de l’autre côté de la frontière. Il était clair que la guerre était imminente, qu’il y avait des espions ennemis un peu partout dans le pays et qu’il convenait de les exterminer avant que la guerre éclate. C’était une tâche difficile, car complexe et il fallait la mener à bien rapidement et sans se tromper. Les « procès publics de Moscou » ont été suivis par des journalistes, hommes de loi et autres professionnels tant soviétiques qu’étrangers, par des travailleurs, des paysans et toute une série de dignitaires étrangers, ce qui prouve à suffisance que les traîtres et les conspirateurs avaient des liens étroits avec les pays fascistes et leurs réseaux d’espionnage.

Les coupables ont été exécutés et des purges massives ont eu lieu au sein du Parti. Cela devait jouer un rôle décisif par la suite, au cours de la guerre contre le fascisme. Reprenons encore les mots de Joseph Davies : « Tous ces procès, purges et liquidations, qui paraissaient tellement violents à l’époque et qui choquèrent le monde, faisaient clairement partie des efforts vigoureux et déterminés du gouvernement de Staline pour se protéger non seulement d’une révolution interne mais également des attaques de l’extérieur. Ils se sont mis systématiquement à l’ouvrage pour épurer et liquider tous les éléments susceptibles de trahison au sein du pays. ( …) Il n’y a pas eu de cinquième colonne en Russie, en 1941 – les Russes l’avaient abattue. Les purges avaient nettoyé le pays et l’avaient débarrassé de la trahison. »

Si l’on tient compte du contexte historique, des personnalités impliquées dans la trahison et de l’importance de leur infiltration dans le Parti et dans la société, il faut bien admettre que Staline était confronté à une tâche monumentale. Il lui a fallu se montrer inflexible et sévère, mais cela n’a nullement affecté le peuple soviétique. C’est une section du cercle politique qui a été touchée, section qui était impliquée dans les activités de complot et de trahison. Il est vrai que la terreur et l’appréhension ont régné à travers tout le pays durant cette époque. Mais il ne s’agissait pas uniquement de la crainte d’être arrêté et puni sans discernement ou de la crainte des mesures répressives adoptées par Staline. Quand les conspirations ont été découvertes et rendues publiques, le peuple soviétique était abasourdi et choqué de voir à quel point certains dirigeants qu’il avait naguère aimés et en qui il avait confiance étaient impliqués dans des actes de haute trahison, qui auraient pu mettre en danger ou même balayer le socialisme, et qui, en fait, étaient des espions. Il est quasi certain que cela ajoutait encore aux incertitudes et aux appréhensions. Une série d’arrestations ont eu lieu, des peines de mort et de condamnations aux camps de travaux forcé. Au cours d’une opération si massive et si difficile, des erreurs et des excès peuvent se produire, bien qu’on ne les cherche pas et que l’on doive tenter de les éviter autant que faire se peut. En même temps, l’histoire ne présente pas une documentation exclusive ou emphatique de ces excès sans mentionner également la véritable importance des événements. Les cliques révisionnistes et impérialistes tentent de présenter quelques exemples de ces excès en vue de prouver à quel point la « terreur stalinienne » se montrait cruelle. Mais Staline en personne l’avait expliqué clairement lors du 18e Congrès : « On ne peut prétendre que les purges n’ont pas été accompagnées de graves erreurs. Il y a malheureusement eu davantage d’erreurs que l’on s’y attendait. Sans aucun doute, il ne nous faudra davantage recourir à la méthode des purges massives. Néanmoins, les purges de 1933-1936 étaient inévitables et, dans l’ensemble, elles furent très profitables. »

L’histoire a prouvé que Staline non seulement avait sauvé le socialisme, mais qu’il avait également sauvé la civilisation humaine de la soumission au fascisme. Pour ce faire, il n’a pas hésité à signer les arrêts de mort même de ses propres camarades. Mais il n’y avait pas de préjugé personnel dans ses actions. L’histoire prouve qu’il avait donné aux dirigeants de l’opposition toutes les occasions de rectifier leur propre conduite. Il les critiquait sans ménagement mais espérait sincèrement les voir se muer en valeureux communistes. Toutefois, une fois leur conspiration indubitablement établie, il n’a pu les considérer autrement que comme des contre-révolutionnaires et, afin de sauver la révolution, il a dû se montrer impitoyable. Il n’a été une « terreur » que pour les ennemis de la révolution. A l’heure critique de l’histoire où le socialisme était en danger, il n’a pas hésité à se dresser comme « l’homme de fer ». Défendre le socialisme et l’aider à se développer a été la seule mission de son existence. Tout le reste était secondaire. En fait, l’existence même de Staline, sa vie ne font qu’un avec les exigences et les intérêts de la classe prolétarienne et de sa révolution. Ses sentiments et ses émotions, ses joies, ses tristesses, son humanité, sa sévérité (désignée comme « cruauté ») – tout cela était guidé par le fait qu’il avait parfaitement saisi la nécessité de la révolution, du progrès du socialisme et de l’accomplissement des tâches commencées par son grand dirigeant Lénine. Shibdas Ghosh, Secrétaire général, fondateur de notre Parti et grand penseur marxiste, fait remarquer que pour juger Staline, pour le comprendre, il est nécessaire d’être guidé par la perspective de classe prolétarienne. Il a écrit : « Comment expliquer cette conduite apparemment étrange de Staline – approuver la peine capitale à l’encontre de ses proches et loyaux camarades et ne pas du tout se sentir peiné de leur mort (…) Un humaniste ne pourrait apprécier le trait de caractère exprimé dans de tels actes. Pour un révolutionnaire, la nécessité révolutionnaire a un statut suprême, tout le reste, l’amour, l’affection, les relations personnelles, l’amitié, etc., qui, pour un humaniste sont si importants et précieux et font que la vie vaut la peine d’être vécue, sont subordonnés à cela. Si la nécessité révolutionnaire exige l’exécution du plus proche camarade, un révolutionnaire le fera avec une satisfaction suprême. »

Une accusation commune au sein du monde bourgeois consiste à prétendre que Staline a opprimé le peuple soviétique via la coercition et la terreur. Mais ces gens cachent le fait, qu’excepté dans des conditions normales de temps de paix, durant les désordres et turbulences de l’époque de la guerre, il n’aurait pas été possible de réprimer le moindre mécontentement populaire par des mesures administratives et bureaucratiques, particulièrement dans les pays frontaliers comme ceux de la Baltique, où les Allemands avaient lancé une campagne de provocations permanentes dans tous les territoires qu’ils occupaient. Pourquoi le peuple russe de ces régions envahies par les Allemands durant la guerre n’a pas tiré parti de la situation et n’a-t-il pas élevé de protestations contre la « cruauté » de Staline ? Voilà bien une question que les dirigeants révisionnistes ont préféré ignorer et à laquelle ils se sont bien gardés de répondre. En fait, c’est ce qu’espéraient les fascistes allemands. Hitler escomptait que l’invasion allait susciter un soulèvement politique en Russie et que Staline serait renversé par son propre peuple s’il subissait des défaites dès le début des hostilités. Mais l’ensemble du peuple soviétique avait une confiance très grande en Staline, qui personnifiait ses aspirations, ses espoirs et son moral. C’est la direction de Staline qui a incité le peuple russe à combattre avec une vaillance inégalée au sein des détachements de guérilla opérant derrière les lignes allemandes, à consentir d’énormes sacrifices et, après les revers du début, à riposter résolument et à finir par vaincre les forces fascistes de façon décisive. Après la victoire, en 1945, Staline en personne a déclaré : « Nous avons eu nos moments de désespoir en 1941 et en 1942, lorsque notre armée battait en retraite, abandonnant nos villes natales et nos villages d’Ukraine, de Biélorussie, de Moldavie, de la région de Leningrad, de la région balte et de la république finno-carélienne; nous les avons abandonnés parce qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement. Un autre peuple pourrait dire à son gouvernement, vous n’avez pas répondu à nos attentes, videz les lieux et nous mettrons en place un autre gouvernement qui conclura la paix avec l’Allemagne et nous assurera une vie tranquille. Mais cela, le peuple russe ne l’a pas fait, car il a foi en la justesse de la politique de son gouvernement et il a consenti les sacrifices qui devaient garantir la défaite de l’Allemagne. C’est cette confiance du peuple russe dans le gouvernement soviétique qui s’est avérée la force décisive devant assurer la victoire historique sur l’ennemi de l’humanité : le fascisme. »

Staline a joué un rôle de premier plan dans la modification du monde de son époque. Les contradictions de la scène internationale reposant sur les alignements de classe, par exemple, la contradiction entre la classe ouvrière et les capitalistes dans les pays impérialistes, la contradiction entre les peuples des pays coloniaux et leurs dirigeants impérialistes, la contradiction entre les Etats bourgeois nouvellement indépendants et le camp impérialiste, etc., toutes ces contradictions, Staline les a traitées de maîtresse façon et avec une science complète de la dialectique. Au cours de la guerre antifasciste, Staline est parvenu à dresser l’opinion mondiale contre le fascisme et le fait qu’il a agi sur les contradictions au sein du camp impérialiste a permis d’amener les antisoviétiques jurés – les pays impérialistes qu’étaient la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis – à serrer la main à la Russie soviétique pour se battre contre le fascisme allemand. Churchill a admis à contrecœur que « Staline a fait en sorte que nous, les pays qu’il appelait impérialistes, nous nous battions les uns contre les autres ». Avec la marche victorieuse de l’Armée rouge et l’anéantissement du fascisme, des démocraties populaires ont pu s’établir dans les pays d’Europe de l’Est. La bataille héroïque et la victoire du Peuple soviétique et de l’Armée rouge ont encouragé les mouvements ouvriers du monde entier. La révolution a éclaté en Chine et en Corée. Un camp socialiste a fait son apparition en parallèle avec le camp impérialiste. La plupart des anciennes colonies et semi-colonies se sont libérées. L’Union soviétique leur a fournis une aide économique et un soutien politique qui devaient les aider à jouer un réel rôle contre l’impérialisme, contre la guerre et en faveur de la paix. C’est ainsi qu’est né le Mouvement des Pays non alignés. La façon dont Staline a traité les diverses contradictions a mis une énorme pression sur la classe capitaliste et a été à même de tenir les puissances impérialistes en échec. La face du monde avait changé, des nouveaux horizons s’ouvraient et le monde était désormais au seuil de la révolution mondiale. Staline et l’Etat soviétique sous sa direction ont joué un rôle de pivot dans ce développement.

Staline a été identifié au socialisme et au communisme. Ce qui explique que les capitalistes impérialistes ont fait de lui la cible de leurs attaques. Pour ce faire, ils ont été aidés par la direction révisionniste de Khrouchtchev qui, sous prétexte de lutter contre le culte de la personnalité, a dénigré le rôle prépondérant de Staline et a entamé le processus de déstalinisation. Une confusion idéologique s’est emparée du mouvement communiste. A l’exception de quelques-uns, la quasi-totalité des partis communistes du monde entier ont été emportés par le spectre du culte de la personnalité, apparu lors du 20e Congrès du PCUS et ont transféré leur allégeance de Staline à la direction khrouchtchevienne. Le refus de reconnaître le rôle de Staline équivaut à mutiler l’histoire du mouvement communiste et, partant, à émousser la conscience communiste. C’est exactement ce qu’a fait l’attaque contre Staline. Elle a réduit le prestige de la cause communiste aux yeux de l’opinion publique. Le révisionnisme a affaibli le système socialiste de l’intérieur et a finalement abouti à la contre-révolution en Union soviétique et dans les pays d’Europe de l’Est et, en dernier lieu, au démantèlement du camp socialiste.

La cause fondamentale de ce recul réside dans une mécanisation du processus de la pensée et dans le sentiment aveugle d’allégeance à une direction qui a ravagé très longtemps le mouvement communiste mondial et qui résulte d’un faible niveau de conscience idéologique. L’augmentation du culte de la personnalité centré autour de Staline dans la dernière partie de sa vie est un fait reconnu. Mais, comme l’a fait remarquer le camarade Shibdas Ghosh, si nous n’avons pas une compréhension correcte de l’apparence que revêt ce culte, nous ne serons jamais à même de le combattre et la progression vers l’avant du mouvement révolutionnaire prolétarien s’en ressentira. Le camarade Ghosh ajoutait : «Lla gigantesque construction du socialisme a indéniablement été réalisée en Russie et elle a projeté Staline en avant des masses. La personnalité de Staline et sa direction ont généralement imprégné l’ensemble du peuple russe. Mais, encore une fois, après ce processus même est venu un recul au niveau idéologique. La mécanisation inhérente à cette méthode consistant à imprégner le peuple de la projection de l’image du dirigeant ne peut en fin de compte être combattue et éliminée pour la simple raison que le faible niveau culturel et idéologique des communistes et des masses persiste. Voilà pourquoi la Russie stalinienne d’aujourd’hui est occupée à emprunter la voie du révisionnisme. » Le camarade Ghosh a montré que c’est l’absence de relation dialectique entre le dirigeant de l’ensemble collectif et le reste de l’ensemble collectif qui crée les conditions propices à la formation et à la croissance du culte de l’individu, ou de la personnalité. Staline lui-même était conscient de ce danger. Lors du 17e Congrès du Parti, en 1934, il faisait remarquer ceci : « Ajoutez à cela le niveau théorique pas très élevé de la majorité des camarades de notre Parti, le travail idéologique inadéquat des institutions de notre Parti et le fait que nos fonctionnaires sont surchargés de tâches essentiellement pratiques les privant de l’occasion de parfaire leurs connaissances théoriques et vous comprendrez l’origine de la confusion qui règne à propos d’un certain nombre de questions du léninisme. » Dans son Rapport adressé au 19e Congrès du Parti en 1952, Staline a réitéré ses avertissements : « Les réalisations ont nourri dans les rangs du Parti une tendance à l’autosatisfaction, à faire semblant que tout va bien, un esprit de complaisance béate. » Mais, bien qu’il avait prévu de lancer une lutte idéologique intense au sein même du Parti, Staline a disparu en 1953. Si nous désirons transmettre aux générations futures le legs que constitue la politique révolutionnaire de Staline, il nous faut mener d’incessantes luttes idéologiques en profondeur au sein même du mouvement communiste, luttes couvrant tous les aspects de la vie, de la pensée et de l’organisation. Mais, comme le faisait remarquer le camarade Ghosh, cette lutte « ne peut que servir de base à une compréhension correcte des fondements du léninisme et à une estimation des services et contributions de Staline au léninisme et au mouvement communiste, sans quoi toutes les possibilités existent de s’enfoncer dans le révisionnisme ».

*(SUCI, Centre de l’Unité Socialiste de l’Inde)