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Opération Iraqi Freedom: «Guerre contre le terrorisme» ou guerre de terreur?
L’invasion de l’Irak par l’axe américano-britannique requiert que l’on analyse ses objectifs réels. Il est un fait internationalement accepté que le principal but de cette agression est le contrôle du pétrole irakien. En même temps, l’invasion présente des implications plus profondes. C’est la dynamique interne de l’impérialisme américain qui a poussé l’administration Bush vers l’agression de l’Irak et une poussée tous azimuts vers la domination mondiale. Cette dynamique interne a rendu inévitable l’extension de la globalisation impérialiste bien au-delà du niveau économique et politique, puisqu’elle s’est également exercée au niveau militaire. Cela se reflète dans la demande d’une économie de guerre chevauchant celle du pétrodollar.
C’est un fait bien admis qu’il n’existe pas de barrière infranchissable entre la politique domestique et la politique étrangère. Il convient de tenir compte des composantes interdépendantes de la politique de classe des couches dominantes de l’élite au pouvoir. Une fois la prospérité économique des décennies d’après-guerre écroulée, lorsque la convertibilité du dollar en or et l’ordre économique mondial du système de Bretton Woods, ont été abandonnés au début des années 70, l’ordre économique impérialiste a été confronté à une inflation sans précédent et à un déclin à long terme de la rentabilité des sociétés. Il s’ensuivit l’introduction, dans les années 80, de ce que l’on a appelé la Reaganomie, une politique de globalisation impérialiste comportant d’importantes réductions des taux d’imposition pour les classes les plus aisées, d’une part, et des coupes sombres dans les dépenses sociales destinées aux masses, d’autre part. Les années 80 et 90 ont donc connu un boum de la spéculation. Mais, au cours de ces dernières années, la situation s’est modifiée du fait que l’impérialisme américain affrontait une période de stagnation. La crise à laquelle était confronté l’impérialisme américain a pris des proportions gigantesques. La majorité des Etats de l’Union étaient au bord de la faillite. En dépit des coupes sombres dans l’aide sociale, des pans entiers de l’industrie s’effondraient et la domination du dollar était de plus en plus contestée. C’est à ce moment que se produisit l’affaire du 11 septembre 2001. Pour l’administration Bush, il s’agissait d’un prétexte providentiel pour déclarer la « guerre contre le terrorisme » et étendre la globalisation impérialiste, tant sur les plans économique et politique que sur le plan militaire. Ce que l’on avait commencé dans les Balkans un peu plus tôt prenait brusquement des proportions plus sérieuses avec l’invasion de l’Afghanistan dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ». L’opération Iraqi Freedom représentait un pas de plus dans l’escalade visant à établir l’hégémonie absolue des Etats-Unis sur le monde entier, leur conférant également le libre accès à tous les pays et à leurs ressources, et ce, dans le cadre de la doctrine de la guerre préventive.
Une restructuration pour faire des Etats-Unis la puissance suprême
Diverses analyses, y compris celles de groupes d’experts américains, montrent que l’impérialisme américain préparait une restructuration des relations internationales au cours de la décennie qui a suivi la désintégration de l’Union soviétique. Il entendait ainsi, en tant que seule superpuissance, devenir la puissance mondiale suprême. Si l’on avait conservé un arrangement multilatéral au sein du G-8, de l’Otan et autres mécanismes, avec, bien sûr, la direction du camp impérialiste assurée par les Etats-Unis durant les cinq décennies et plus qu’avait duré la période de la « croisade » anticommuniste, aujourd’hui, l’administration Bush tente de modifier les règles du jeu. Sa doctrine prévoit d’asservir le monde au système des entreprises américaines, de recourir à des moyens militaires afin que la globalisation serve avant tout les intérêts américains sous l’hégémonie absolue des Etats-Unis. C’est dans ce contexte qu’il convient avant tout de considérer l’actuelle mise sur pied du complexe associant les pétrodollars, l’armement et le dollar.
L’invasion de l’Afghanistan et l’installation de 13 nouvelles bases militaires américaines dans la région du Caucase ne visait pas en premier lieu à renverser les Talibans. Après tout, n’est-ce pas la CIA qui a créé Ben Laden et les Talibans ? De plus, les Etats-Unis ont longtemps entretenu de bonnes relations avec ces mêmes Talibans. L’invasion visait avant tout le contrôle absolu du bassin de la mer Caspienne, dont on estime la valeur à 5.000 milliards de dollars. Ce bassin dispose de réserves non encore exploitées de quelque 6.600 milliards de m³ de gaz naturel et de 10 milliards de barils de pétrole.
L’objectif suivant était de tenter de garantir le contrôle du pétrole irakien, seconde réserve mondiale en importance, sur laquelle, au contraire de l’Arabie saoudite et du Koweït, les Etats-Unis n’ont aucun contrôle depuis 35 ans. Comme les Etats-Unis ne disposent que de 3% des réserves pétrolières connues, comme ils consomment 25% de la production mondiale et qu’ils importent 60% de leur consommation, tant pour leur marché intérieur que pour imposer leur hégémonie sur le monde, il est d’une grande importance pour eux de pouvoir restructurer leurs relations avec l’Asie occidentale et de contrôler le pétrole irakien.
Parallèlement à cet objectif, l’impérialisme américain cherche également une solution à long terme à l’affaiblissement de son économie, dû à la crise de stagnation, à la surproduction, aux énormes installations et avoirs en liquides non utilisés. En injectant 200 milliards de dollars dans l’économie de guerre et en lançant l’invasion de l’Irak, l’administration Bush espère – et elle le peut – rafraîchir l’économie via une sorte de keynésianisme militariste et donner aux Etats-Unis l’hégémonie suprême non seulement sur la région, mais également sur le reste de la planète.
A l’avant-plan, la contradiction entre impérialistes
Le fait que l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis évinçait une ONU et un Conseil de sécurité résignés a mis en exergue les contradictions entre impérialistes. Du fait que le contrôle du pétrole irakien et l’affirmation de la volonté des Etats-Unis de devenir la superpuissance suprême constituent les buts prioritaires de l’administration Bush, la France, l’Allemagne et la Russie, qui avaient déjà signé des accords avec le régime de Saddam Hussein pour se partager le pétrole irakien, s’opposaient naturellement à cette démarche américaine. Ces gouvernements européens en ont donc conclu qu’une profonde scission était inévitable dans cet ordre mondial impérialiste qui s’est maintenu durant le dernier demi-siècle. Par conséquent, au sein de l’Union européenne, alors que le Royaume-Uni et l’Espagne ont joint leurs forces à celles de la puissance « suprême », une sorte d’alliance entre Paris, Berlin et Moscou est apparue contre l’axe Etats-Unis – Grande-Bretagne.
En ce qui concerne la question d’organiser de sévères inspections de désarmement ou de fouler aux pieds la souveraineté nationale de l’Irak, ces puissances ne présentent pas de différences fondamentales avec les Etats-Unis. Elles ne sont ni hostiles à la réorganisation de la région, ni hostiles en principe à l’usage de la puissance militaire. Même dans le cas du démantèlement des mesures d’aide sociale et du renforcement de l’appareil d’Etat, ces gouvernements ont déjà prouvé qu’ils n’étaient guère différents des Etats-Unis. Leurs divergences concernent la volonté des Etats-Unis d’imposer leur contrôle total sur l’Asie occidentale et ses réserves pétrolières, puisque chacune de ces puissances européennes dispose de ses propres intérêts à l’échelle mondiale.
Du fait que les Etats-Unis se lancent dans une « politique d’hégémonie d’inspiration morale », du fait qu’ils entendent imposer leur accès sans entrave au pétrole et qu’ils veulent également déterminer unilatéralement de quelle quantité de ces richesses naturelles en régression les autres pays pourront disposer, l’invasion de l’Irak par ces mêmes Etats-Unis a donc provoqué « une profonde scission au sein de l’ancien ordre mondial ». Les Etats-Unis ont provoqué des dissensions internes au sein de l’UE ainsi que de l’Otan. La vieille Europe, brocardée comme elle l’est par l’administration Bush, est désormais consciente qu’elle ne peut plus faire preuve de dissuasion convaincante à l’égard des Etats-Unis sans accroître sa puissance militaire. « L’Europe doit se consacrer à une politique qui s’appuie sur la force et ce, en vue de mettre un terme au déséquilibre qui a régné depuis la fin de la Guerre froide. »
Ainsi, l’une des graves conséquences de l’invasion américaine réside dans l’affaiblissement, voire la rupture de l’alliance impérialiste, dirigée par les Etats-Unis, qui s’était constituée contre les forces socialistes au cours des années d’après-guerre et qui s’était maintenue durant plus de 50 ans. Les contradictions entre impérialistes commencent à passer à l’avant-plan. La militarisation va recevoir un sérieux coup de pouce. L’économie de guerre est appelée à jouer un rôle dominant. L’équilibre de l’après-Seconde Guerre mondiale, après 60 années d’existence, est de plus en plus gravement compromis.
Non seulement les Etats-Unis vont devoir décider eux-mêmes de la production et de l’afflux du pétrole de l’Asie occidentale, mais ils veulent s’assurer que le dollar demeure la devise exclusive dans les transactions du commerce pétrolier. S’assurer la suprématie du dollar en tant que première devise au monde est d’une importance capitale si les Etats-Unis veulent conserver leur hégémonie dans tous les domaines mondiaux. Ainsi donc, l’invasion de l’Irak est également une guerre des devises : le dollar contre l’euro.
Selon certains analystes, le péché mortel de Saddam Hussein n’est ni la production d’armes de destruction massive ni la promotion du terrorisme mais le fait que, exaspéré par dix ans de sanctions de l’ONU imposées par les Etats-Unis et par les bombardements anglo-américains sur une vaste portion de son territoire, il ait fait de l’Irak, le 6 novembre 2000, le premier pays producteur de pétrole à passer du dollar à l’euro comme devise de son commerce pétrolier et, partant, la première devise de son commerce extérieur en général, montrant de la sorte aux autres pays de l’OPEP qu’il est possible de briser la suprématie du dollar en passant à l’euro et enfin, ce faisant, de diversifier leurs réserves de devises étrangères. Au moment même où l’Irak adoptait ce changement, l’euro ne valait encore que 82 cents américains, alors qu’aujourd’hui, il se situe autour de 1,08 dollar. La décision de l’Irak aura été un élément clé en ce sens que, pour la toute première fois, elle faisait de l’euro une devise compétitive. Si les autres pays producteurs de pétrole se mettaient d’accord pour passer tous à l’euro, l’économie américaine s’effondrerait.
Le capital contre le travail
La politique néo-libérale qui, depuis deux décennies déjà, est imposée via le régime de la globalisation impérialiste, a gravement affecté la capacité de négocier de la classe ouvrière organisée, la privant progressivement des droits acquis au travers de deux siècles de luttes. La stabilité économique de l’impérialisme américain et la sécurité des immenses fortunes accumulées par son élite dirigeante au cours de la relance spectaculaire des années 80 et 90 ne pouvaient se maintenir qu’en réduisant les barèmes salariaux, en imposant le système du hire-and-fire, en recourant à la main-d’œuvre étrangère à bas prix et en poursuivant l’acheminement de matières premières à bon marché (et particulièrement le pétrole) en provenance de l’étranger. Selon certains, de nombreux millions de morts prématurées, provoquées par la pauvreté, ont été imposés collectivement aux pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, aux seules fins d’enrichir quelque nouveau milliardaire de Wall Street. Les principaux gagnants du conflit seront les investisseurs désireux et capables d’accumuler des biens et avoirs à bon compte. Des étrangers, familiers de certaines régions et de leurs pratiques commerciales, qui y ont des contrats et témoignent d’une grande capacité à courir des risques, y découvriront toute une série d’opportunités d’investir dans n’importe quel domaine allant des télécommunications à tous les secteurs industriels imaginables. Pour les investisseurs avisés, les opportunités seront nombreuses.
Déjà, le chômage ne cesse de croître aux Etats-Unis, en même temps que le niveau de vie de la classe ouvrière stagne ou décline. Vu les coupes sombres appliquées à l’aide sociale, l’enseignement pour les pauvres est en pleine pagaille. Le système des soins de santé manque cruellement de fonds et les services ont été réduits de façon draconienne. Du fait que des dizaines, voire des centaines, de milliards de dollars continuent à être détournés au profit du Pentagone en vue de l’invasion et de l’installation de bases militaires supplémentaires, y compris le stationnement de 100.000 militaires américains en Irak après la chute de Saddam, les 2% les plus riches de la population américaine, les patrons de sociétés et les spéculateurs, ainsi que la petite coterie des conspirateurs politico-militaires de l’élite vont retirer des profits colossaux. Mais la classe ouvrière, de même que l’écrasante majorité du peuple, ne cessera de s’appauvrir. L’importance sans cesse croissante du mouvement contre la guerre, associée au mouvement antiglobaliste aux Etats-Unis et dans les autres pays impérialistes, reflète également l’intensité croissante des tensions sociales dans ces pays. La contradiction entre le capital et le monde du travail se rapproche de plus en plus d’une situation d’explosion.
L’impérialisme contre les nations et peuples opprimés
Dans le cadre de la globalisation impérialiste, on assiste non seulement à une détérioration effrayante des conditions de vie de centaines de millions d’habitants du tiers monde. L’offensive économique et politique de la globalisation a rendu l’élite dirigeante et la couche dominante des classes supérieures de ces pays plus serviles vis-à-vis du système impérialiste et a facilité leur intégration au sein de ce système. Sous le régime des FMI-BM-OMC, quelle qu’ait été le degré de souveraineté que détenaient ces pays, elle a été considérablement réduite. Malgré tout cela, le système impérialiste n’est pas parvenu à surmonter sa crise générale continue. Afin de la surmonter, l’administration Bush, à l’instar de l’axe fasciste germano-italo-japonais au cours des années 30, s’est présentée sous son véritable jour impérialiste et a donc montré que l’impérialisme, tout particulièrement dans sa phase la plus décadente et spéculative, n’a qu’une issue pour se sauver, et c’est de recourir à la guerre. Ainsi, la guerre a été déclenchée sous le prétexte d’une « guerre contre le terrorisme ». L’élite dirigeante américaine espère donc résoudre sa crise en larguant ses vieux alliés impérialistes et en s’installant comme puissance suprême.
La réorganisation imposée hier par le biais des solutions militaires dans les Balkans, fut un prélude à la présente guerre. Sous l’étendard de la « guerre contre le terrorisme », l’Afghanistan a été occupé et un régime fantoche y a été installé en même temps que des bases militaires dans un certain nombre de pays de l’Asie centrale, ainsi qu’au Pakistan. Et aujourd’hui, l’invasion de l’Irak vient de débuter dans le but de restructurer l’ensemble de l’Asie occidentale.
Lorsqu’a débuté la globalisation impérialiste, il était évident qu’elle allait intensifier la néo-colonisation et qu’elle allait immanquablement déborder des milieux économiques et politiques pour gagner les sphères militaires et évoluer vers de nouvelles formes d’agression, puis d’occupation de nombreux pays. Il serait insensé de suivre l’analyse prétendant que l’Irak constitue une exception, qu’il s’agit d’une « entreprise de démocratisation » visant à remplacer le dictateur Saddam par une société civile. Ce qui se produit aujourd’hui en Irak se produit également sous d’autres formes au Venezuela, au Nigeria et dans toutes les régions productrices de pétrole. Et c’est ce qui va arriver partout dans le « tiers monde ». L’administration Bush a hâte d’établir une Pax Americana cent fois plus puissance et oppressive que la Pax Britannica assurée avec l’aide de Blair. Par conséquent, l’invasion de l’Irak ne vise pas seulement à asservir cette nation riche en pétrole, mais elle constitue également un défi au monde entier. Elle révèle l’émergence de l’impérialisme américain sous sa forme la plus décadente, agressive, prédatrice et fasciste.
L’impérialisme signifie la guerre
Bien que dans un contexte différent, ce qu’avait affirmé le Septième Congrès du Komintern est particulièrement d’actualité aujourd’hui : « La crise économique mondiale et l’éclatement de la stabilisation capitaliste ont provoqué une instabilité extrême dans l’ensemble des relations internationales. L’intensification de la lutte au sein du marché mondial, qui s’est considérablement réduit suite à la crise économique, s’est muée en une violente guerre économique. En fait, une nouvelle répartition du monde a déjà commencé. »
Quant à savoir si la clique impérialiste qui dirige les Etats-Unis peut être cataloguée de fasciste, on pourrait en débattre. Mais cataloguer de fascisant ce qu’elle fait aujourd’hui ne serait en rien déplacé. Elle a utilisé le prétexte du 11 septembre 2001 afin de réduire considérablement les droits démocratiques aux Etats-Unis et de perpétrer son agression contre l’Afghanistan en accusant les Talibans et Al Qaïda de complicité dans les attentats. Mais comment justifier l’invasion de l’Irak qui défie l’opinion publique mondiale comme jamais encore auparavant et qui met hors-jeu les Nations unies et leur Conseil de sécurité ? Depuis l’invasion par l’Italie fasciste de l’Ethiopie et de l’Albanie, l’annexion forcée par les nazis de la Tchécoslovaquie et l’invasion par les mêmes nazis de la Pologne, ce genre d’invasion flagrante de la part d’un gouvernement militariste agissant dans l’intérêt de l’élite de la finance et des entreprises, n’avait plus eu lieu. Si les nazis recouraient à la blitzkrieg, l’administration Bush, elle, recourt au « Shock and Awe » (Choc et Effroi), visant à semer la terreur parmi les populations civiles. Rivalisant avec les méthodes nazies et fascistes, l’invasion est justifiée par le recours à une nouvelle méthode, la doctrine de la guerre préventive. Les dirigeants nazis ont été jugés à Nuremberg, condamnés et pendus pour avoir préparé et mené une guerre d’agression. L’invasion de l’Irak par Bush diffère-t-elle à ce point des actes des dirigeants nazis qui ont valu à ces derniers d’être condamnés et pendus ? A l’instar des puissances de l’Axe des années 30, une fois de plus, Bush œuvre à la restructuration des relations internationales de façon à ce que le 21e siècle devienne le siècle de l’absolue suprématie de l’impérialisme américain. Afin d’y arriver, l’actuelle invasion s’étendra également à d’autres pays, comme la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie. Un nouvel axe dirigé par les Etats-Unis et comprenant la Grande-Bretagne et Israël prend également forme afin de réaliser ce plan prévoyant la mise en pratique de la doctrine de la Pax Americana.
Tel est le point culminant de la longue crise, aux racines profondes, qui a mûri et gagné en force durant des décennies. Elle a trouvé son expression la plus concentrée via l’impérialisme américain, centre de l’impérialisme mondial depuis la Seconde Guerre mondiale. La contradiction fondamentale entre la globalisation de la production, qui a atteint des niveaux sans précédent grâce à la politique néo-libérale appliquée par le biais du trio FMI-BM-OMC, d’une part, et en entravant le développement de l’humanité via la propriété privée des moyens de production qui, elle aussi, a atteint des proportions sans précédent avec ces quelques centaines de sociétés géantes qui, motivées par de superprofits, décident du sort de la planète, d’autre part, cette contradiction fondamentale est à l’origine de la tournure actuelle des choses. L’administration Bush représente ces sections mêmes de l’élite impérialiste à la tête des Etats-Unis, lesquelles ont joué les tout premiers rôles durant l’incroyable effet de bulle qu’a connu la spéculation au cours des deux précédentes décennies et tout spécialement dans les années 90. L’éclatement de cette bulle spéculative et la longue descente des prix des actions à Wall Street ont plongé le système impérialiste mondial, et plus particulièrement l’impérialisme américain, dans une crise profonde. « Dans une telle situation, la bourgeoisie dirigeante cherche de plus en plus son salut dans le fascisme, dans l’instauration de la dictature ouverte, régnant par la terreur, des éléments les plus impérialistes, réactionnaires et chauvins du capital financier, dans le but de mettre en application des mesures d’exception tendant à dépouiller les travailleurs, à préparer des guerres impérialistes et prédatrices… » Cette analyse par le Komintern de l’évolution dans les années 30 est également très pertinente en ce qui concerne la situation actuelle. L’émergence de la clique Bush en tant que représentante de l’élite impérialiste dirigeante aux Etats-Unis, son utilisation du 11 septembre pour déclarer la « guerre contre le terrorisme » et la mise en application de son programme domestique en déclenchant l’invasion de l’Irak pour restructurer le monde en vue de lui imposer sa suprématie totale, tous ces développements devraient être considérés dans ce contexte.
Les tâches politiques et tactiques qui attendent les communistes
Comme on l’a déjà fait remarquer, au cours de ces quelques derniers mois, le monde a assisté à la jonction du mouvement antiglobaliste, dont l’ampleur n’a cessé de croître ces dernières années, et du mouvement contre la guerre, donnant ainsi naissance à de véhémentes protestations de l’opinion publique mondiale mobilisant des centaines de millions de personnes contre l’axe Etats-Unis-Grande-Bretagne. En tant que reflet de la contradiction fondamentale de l’ère actuelle, c’est-à-dire la contradiction entre l’impérialisme et la révolution prolétarienne, l’impérialisme, et tout particulièrement l’impérialisme américain, est de plus en plus remis en question par un courant d’une ampleur sans précédent de l’opinion publique mondiale, de manifestations anti-impérialistes et autres actions de protestation suivies par des centaines de millions de personnes.
Cela montre à quel point la situation objective a dramatiquement changé par rapport à ce qu’elle était au début des années 90, pour se muer en une situation propice à s’opposer et résister au système impérialiste et même à le battre. La classe ouvrière et les masses opprimées se profilent de plus en plus intensément au cœur même de la lutte et ce, avec une ampleur encore jamais vue. Si le mouvement international contre la guerre n’est pas parvenu à empêcher l’invasion de l’Irak par l’axe américano-britannique, la façon dont il s’est déployé sur des continents entiers et n’a cessé de gagner en intensité après le début de l’invasion est révélatrice des éclatantes possibilités qu’il y a de développer ce mouvement à un niveau qui lui permettrait de régler ses comptes avec le système impérialiste, tant sur le plan national que sur le plan international.
A ce stade critique, en portant le mouvement contre la globalisation et contre la guerre à un niveau qualitativement plus élevé, le prolétariat international et sa force d’avant-garde, les communistes, ont un rôle historique à jouer. La tâche première consiste à construire dans tous les pays, et en tenant compte des conditions concrètes, un front populaire anti-impérialiste le plus large possible et à lui conférer une cohésion sur le plan international. Le fait que la classe ouvrière organisée se trouve déjà à l’avant-plan du mouvement contre la globalisation et contre la guerre dans un certain nombre de pays, et particulièrement dans les pays impérialistes, a accru les possibilités d’étoffer ce front tant que le plan national qu’international. En tenant compte de la situation concrète et de l’alignement des forces de classes et en appliquant correctement une tactique flexible, les partis et organisations communistes et leurs groupements et conférences nationaux devraient prendre sans délai des initiatives en ce sens. Cela contribuera à élargir, renforcer et consolider l’actuel mouvement, ce qui, actuellement, pourrait se faire spontanément, dans bien des cas.
Les communistes devraient combattre en permanence et sous toutes ses formes l’illusion que la guerre pourrait être éliminée alors que le système capitaliste impérialiste existe toujours et qu’il est possible de chercher, au sein même de ce système, des alternatives à la globalisation impérialiste. Comme le faisait remarquer le Komintern : « Les communistes chercheront à diriger les opposants à la guerre, organisés dans la lutte pour la paix, vers la lutte pour la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile contre les instigateurs fascistes de la guerre, contre la bourgeoisie et en faveur du renversement du capitalisme (…) »
Traitant de la question du renforcement des partis communistes et de la lutte pour l’unité politique de la classe ouvrière, le Septième Congrès du Komintern faisait remarquer : « Le Congrès a mis l’accent avec une insistance toute particulière sur le fait que seuls la poursuite d’un renforcement général des partis communistes eux-mêmes, le développement de leurs initiatives, la mise en application d’une politique reposant sur des principes marxistes-léninistes et l’application de tactiques flexibles correctes tenant compte de la situation concrète et de l’alignement des forces de classes, peuvent assurer la mobilisation des masses les plus larges des travailleurs dans la lutte unifiée contre le fascisme et contre le capitalisme. » En insistant sur le fait que les intérêts de la lutte de classe du prolétariat et le succès de la révolution prolétarienne rendent impératif qu’il n’existe qu’un seul parti politique de masse dans chaque pays, le Komintern lançait en même temps un appel à l’unité de toutes les forces communistes afin de mener à bien cette tâche, laquelle est la condition préalable si l’on veut diriger la révolution nationale et si les révolutions socialistes veulent renverser le système impérialiste et déboucher sur un futur socialiste.
Ces enseignements du Komintern sont toujours valables de nos jours et devraient guider notre politique et notre pratique en fonction des conditions concrètes de l’époque actuelle. Cela ne sera pas une tâche aisée après la série de déboires subis par le mouvement communiste international au cours des cinq dernières décennies. Tous les pays socialistes ont régressé vers la voie capitaliste en même temps que la plupart des partis communistes constitués durant la période du Komintern régressaient vers des positions social-démocratiques au cours de cette même période. Les forces marxistes-léninistes qui sont apparues lors de la lutte contre la ligne khrouchtchevienne et les autres tendances déviantes ont elles aussi subi de sévères reculs en raison d’une forte influence du sectarisme. Les tendances social-démocratiques et sectaires sont toujours très fortes aujourd’hui, de même que de nombreuses tendances déviantes qui entravent la réorganisation des partis communistes conformément aux enseignements du Komintern et compte tenu des conditions concrètes de l’instant. L’absence d’une Internationale communiste depuis ces six dernières décennies a encore aggravé cette situation.
Mais, une fois de plus, les conditions objectives sont des plus favorables à la réorganisation du mouvement communiste, tant sur le plan national qu’international, en unissant toutes les forces véritablement communistes s’appuyant sur la ligne de classe prolétarienne, sur l’analyse concrète de l’actuelle situation en appliquant la théorie marxiste-léniniste et les enseignements du Komintern, et sur les expériences des nouvelles révolutions démocratiques et socialistes. Tout en s’engageant de tout son cœur dans le renforcement et l’unification des sections les plus larges possible du mouvement contre la globalisation et contre la guerre, tout en oeuvrant activement à la construction de fronts populaires anti-impérialistes puissants dans chaque pays ainsi qu’au niveau international, les communistes devraient placer l’accent sur la réorganisation des forces subjectives, des partis communistes entourés d’organisations de masse et de classe, afin de développer qualitativement l’excellente situation présente de façon à renverser une fois pour toutes l’impérialisme et ses larbins, tant sur le plan national qu’international.
L’invasion de l’Irak par l’axe Etats-Unis-Grande-Bretagne et les diverses doctrines avancées par l’administration Bush pour imposer la suprématie totale de l’impérialisme américain à la planète et pour faire des Etats-Unis la puissance suprême, « une puissance tellement puissante que le monde n’en a encore jamais vu de pareille », ont lancé des défis d’une importance encore jamais vue au prolétariat mondial, aux peuples opprimés et à leurs forces d’avant-garde, les partis et organisations communistes. L’excellente situation actuelle, au cours de laquelle on assiste à un puissant soulèvement de l’opinion publique mondiale contre l’invasion anglo-américaine de l’Irak, de même que le durcissement sans précédent de toutes les contradictions fondamentales, à tous les niveaux, fournissent aux communistes des conditions favorables pour relever ce défi et aller de l’avant. Saisissons donc cette occasion et osons aller de l’avant.