www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Parti Communiste de Bulgarie - Ludmil KOSTADINOV - Membre du CC - Rédacteur du "Rabotnitchesky Vestnik"
LE ROLE DE STALINE ET DU PC(b) DANS LA GRANDE GUERRE PATRIOTIQUE
Le rôle de Staline dans la défaite de l'Allemagne hitlérienne, ses mérites historiques dans la défaite de la plus puissante machine de guerre qui avait jamais existé, sont bien connus: l'industrialisation, la collectivisation, le démantèlement, en 1937-1938, des réseaux essayant d'instaurer "la pérestroïka" ("transformation" - note du traducteur), l'isolement politique du Reich nazi, la production de technique militaire en quantité et en temps voulu (on souligne moins le génie technique de Staline dans les choix des armes à construire), les victoires des batailles de Stalingrad, de Koursk, les dix "frappes staliniennes" de 1944, sont des mérites de Staline indiscutables et souvent cités.
Pour cette raison, je voudrais noter deux questions sur lesquelles on n'écrit pas, ou bien les analyses du rôle de Staline sur ces questions sont inexactes, même parmi les communistes.
Le début de l'agression hitlérienne
La direction soviétique, avec Joseph STALINE à sa tête, évaluait très exactement le rapport des forces au printemps 1941 et les intentions de l'Allemagne. Dans un discours devant les auditeurs des académies de l'Armée Rouge, le 5 mai 1941, Staline a clairement donné son évaluation:
"C'est un fait que l'Allemagne possède une très bonne armée, aussi bien du point de vue de son armement, que du point de vue de son organisation - dit Staline - mais les Allemands ont tort de considérer que leur armée est invincible. Il n'y a pas d'armées invincibles. L'Allemagne ne peut gagner la guerre sous la bannière de conquête, de pillage, sous les slogans de soumission des peuples et des pays."
Par ces quelques phrases, Staline exprime son appréciation du rapport des forces militaires et des plans immédiats de l'Allemagne . En premier lieu, Staline souligne la force et la qualité de l'armée allemande, tout en évoquant la question de l'invincibilité d'une telle armée. La deuxième conclusion du dirigeant soviétique estque l'armée allemande ne peut être vaincue qu'à la condition que sa guerre soit menée au nom de la conquête d'autres peuples et pays.
En même temps, la direction militaire soviétique sous-évaluait l'armée allemande et exprimait un optimisme non justifié, d'où a résulté la proposition du 15 mai 1941 du commissaire du peuple, Timochenko, et du chef de l'état-major, Joukov, d'attaquer en premiers les Allemands, en réponse à la concentration des armées allemandes à la frontière… Après la mort de Staline, l'idée était largement répandue que si Staline avait accepté ce plan, la situation de l'URSS au début de la guerre aurait été plus favorable.
C'est tout en son honneur que Joukov ait reconnu dans les années 1960 devant l'historien militaire, Anfilov: "Maintenant je considère que c'était mieux qu'il (Staline) n'eut pas été d'accord avec nous à l'époque. Sinon, il se serait produit une catastrophe bien plus grave que celle que nos armées avaient subie près de Kharkov en mai 1942." Joukov a en vue la tentative d'attaque devançant celle des armées allemandes qui préparaient une offensive sur le front Sud-Ouest dans la région de Kharkov en mai 1942, et qui s'est soldée par l'encerclement et la défaite des armées soviétiques qui s'avançaient. L'offensive allemande non seulement n'a pas été déjouée, mais elle a commencé dans des conditions plus favorables, en juin 1942.
A maintes reprises Joukov avait souligné que c'était le fait que l'armée allemande était plus forte, et non la soudaineté de son invasion, qui était la raison principale du recul de l'armée soviétique au début de la guerre: "De toutes les raisons de nos insuccès du début - note-t-il - je ne mets pas en première place la soudaineté, c'est-à-dire, que nos armées auraient été surprises par l'attaque, mais la qualité de l'armement allemand, l’habileté des Allemands dans le maniement des engins de guerre et la compétence des commandants allemands dans la direction des armées. C'est bien cela la raison de nos défaites principales du début de la guerre. Il faut regarder la vérité en face et ne pas se sentir gênés d'avouer qu'au début de la guerre l'ennemi était beaucoup plus fort et expérimenté que nous, mieux formé, armé et préparé. Nous apprenions à nous battre au cours de la guerre, nous avons appris, et nous avons commencé à battre les Allemands." Ces paroles de Joukov sont confirmées par les chiffres des pertes des armées soviétiques. Dans les premières heures de la guerre, quand la soudaineté de la guerre aurait pu agir, la perte d'avions est inférieure à 5%, et les pertes d'autres types d'armement et de vies humaines sont encore plus insignifiantes.
De toute évidence, Staline avait fait une meilleure appréciation du rapport des forces réel au début de la guerre que le commandement de l'Armée Rouge.
Mais en dehors des considérations purement militaires pour rejeter l'idée d'attaque préalable, il y avait d'autres considérations non moins importantes. Si l'Armée Rouge avait attaqué première, elle aurait perdu sa priorité morale et aurait donné l'occasion à la propagande nazie de persuader facilement le monde que l'Allemagne mène une guerre juste de défense contre "l'agression bolchévique". Dans ces conditions, l'isolement diplomatique de l'Allemagne n'aurait pu être réalisé, et cela aurait compromis la formation d'une coalition anti-hitlérienne. La guerre contre la Finlande de l'hiver 1939-1940, en est un exemple parlant.
Pour les mêmes raisons, Staline avait rejeté la proposition de Timochenko et Joukov du 13 juin 1941 d'entreprendre immédiatement une mobilisation ouverte et de concentrer toute l'armée sur la frontière-ouest. Du point de vue diplomatique et médiatique, cette variante n'était pas meilleure que celle de l'attaque préalable. L'Allemagne aurait pu présenter la mobilisation ouverte comme un acte agressif. Cette variante était aussi infructueuse du point de vue militaire, ce qui a été reconnu par son auteur, Joukov. Après réflexion de l'expérience passée de la guerre, Joukov écrit dans ses "Mémoires et réflexions", que la mobilisation et la concentration de l'Armée Soviétique sur la frontière-ouest aurait, en fait, facilité les plans des Allemands d'anéantissement des forces principales de l'armée soviétique à l'Ouest du Dniepr, en 1941.
Grâce à Staline, sur la frontière-ouest ne se trouvait que 50% du contingent de temps de paix de l'Armée Rouge, et en plus, il avait été disposé à l'intérieur, à 400 km de la frontière. Ces armées ont retardé l'offensive allemande, ce qui a permis la mobilisation et l'évacuation de l'industrie des régions-ouest. Ainsi, le commandement allemand n'a eu aucune chance d'atteindre son principal objectif de destruction des principales forces de l'Armée Rouge à l'Ouest du Dniepr. Les nazis ont été obligés de se battre à des milliers de kilomètres de l'Allemagne, sous les frappes incessantes de l'Armée Rouge, sur un front de milliers de kilomètres de long, et sous les attaques de leurs communications de milliers de kilomètres de longueur par la résistance populaire dans son arrière. Ils devaient attaquer des villes défendues par l'armée et par la population. Cette situation a créé les conditions de l'écrasement de armée hitlérienne, considérée invincible.
Le prix de la victoire
Comme la victoire soviétique ne peut être cachée ou reniée aux yeux du monde, on essaie de la dévaloriser, en soulignant qu'elle avait été acquise par un nombre injustifié de victimes. Sans aucun doute, l'écrasement de la machine de guerre hitlérienne demandait beaucoup d'efforts et de victimes de la part des peuples de l'Union Soviétique. Mais si l'on compare, du point de vue de l'art militaire, les pertes des différents pays durant la guerre, on peut arriver à des constatations concluantes.
Le tableau de la défaite des pays capitalistes "démocratiques" d'Europe était plutôt triste et déplorable. L'Autriche n'a accusé aucune résistance. La Tchécoslovaquie a capitulé sans tirer un seul coup de fusil, malgré le parfait armement de son armée et la mobilisation d'1,6 millions de personnes. La Pologne a mobilisé 1 millions de personnes et a résisté près d'un mois. La France, la Belgique et la Hollande ont mobilisé 5 millions de personnes, qui ont résisté jusqu'à l'été 1940. Le Danemark et la Norvège ont accusé une résistance symbolique. En Yougoslavie et en Grèce, 1,5 millions de personnes ont capitulé au printemps de 1940. La Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Finlande se sont même rangés dans le camp de l'agresseur fasciste. La soumission de l'Europe a coûté aux nazis environ 100 mille pertes humaines irrestituables. Du point de vue militaire, les pertes irrestituables sont les tués, les disparus, les prisonniers de guerre et ceux qui ont capitulé. Les pertes militaires irrestituables des pays européens qui ont combattu contre l'Allemagne, peuvent être estimées à 8 millions de personnes, dont 200 milles tués, le reste sont des prisonniers de guerre et ceux qui ont capitulé. Le rapport est de 80 contre 1 au profit des fascistes.
Je trouve que le niveau de l'art militaire des armées de l'Europe "démocratique" se passe de commentaire, et le rapport des tués aux prisonniers montre de façon très parlante leur état moral. Alors qu'ils avaient tout: armes modernes, des lignes fortifiées, une flotte puissante et des commandants "expérimentés"!
La Chine n'a pas mieux résisté à l'agression japonaise, ni l'Ethiopie à l'agression italienne. L'Angleterre et les Etats-Unis ont été sauvés de la défaite par les mers et les océans.
Dans la Wehrmacht et les armées des pays satellites de l'Allemagne fasciste en Europe, l'Italie, la Bulgarie, la Finlande, la Roumanie, la Hongrie, qui avaient mobilisé plus de 21 millions de personnes, 5 millions ont été tués ou morts dans les actions militaires, et les autres ont été faits prisonniers ou se sont rendus. Trois-quarts de ces pertes ont été le résultat des actions de l'Armée Rouge.
Dans l'Armée Rouge, pendant la guerre ont été mobilisés plus de 29 millions de personnes. Les pertes irrestituables y représentent 11,3 millions, dont 8,6 ont péri sur les champs de bataille ou comme prisonniers, et 2,7 millions ont été libérés après la victoire.
Le rapport des pertes irrestituables dans la guerre sur le front de l'Est est de 16 millions dans l'armée allemande pour 11,3 millions dans l'armée soviétique, ou bien 1,4 pour 1 au profit de l'Armée Rouge. Sur 4 tués de l'Armée Rouge, il y a eu 1 prisonnier, alors que dans les armées fascistes le rapport est inverse: sur 1 tué, il y a eu 4 prisonniers ou capitulés.
La conclusion est évidente. L'armée soviétique et l'art militaire soviétique, malgré leur recul du début de la guerre, ont dépassé la plus puissante armée du monde capitaliste au cours de la guerre, et ont assuré la victoire. Il est impossible de battre une telle armée et de l'amener à la capitulation avec peu de victimes. La victoire exigeait effectivement des millions de victimes, mais la défaite aurait amené dix fois plus. Il suffit de rappeler l'exemple de la Pologne qui a eu sur les champs de bataille 66 mille victimes, alors que pendant l'occupation fasciste qui a suivi sa capitulation, ont péri environ 6 millions de Polonais.
La victoire soviétique a sauvé la vie, dans le sens strict du terme, de centaines de millions de gens dans le monde. Le mérite de cette issue de la guerre en incombe au Commandant Suprême de l'Armée Rouge, Joseph Staline.
Traduction du bulgare:
Pétia Candéva
Paris, le 10 avril 2003