Contribution
au Séminaire Communiste International
'Crises économiques et possibilité d'une crise mondiale majeure'
Bruxelles, 2-4
mai 2002
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Ukraine
Tamila
Yabrova, président de l’Union des Communistes d’Ukraine,
Rédacteur en chef du journal Marxisme et Actualité
Le caractère cyclique de la réproduction capitaliste et les particularités de crise économique de la dernière décennie du siècle précédent
Le caractère cyclique de la réproduction capitaliste est une loi objective du capitalisme. Le cycle capitaliste englobe le mouvement de l’économie capitaliste de crise en crise. Entre les crises l’économie voit des phases, la dépression, la relance, la croissance et de nouveau la crise. Tel cycle classique est caractéristique pour le capitalisme de la libre concurrence. La première crise économique a commencé en 1825 dans le pays le plus développé du capitalisme, l’Angleterre. En 1857 se déroulait la première crise mondiale.
A partir de ce moment, l’économie capitaliste a survécue 24 cycles économiques. Avec l’apparition de l’imperialisme à la fin du 19-ième siècle, le cycle classique a profondément changé. La phase de la dépression devenait plus long, et la relance ne se transforme souvent pas en croissance, les crises deviennent moins longues, et pas toujours tellement profond qu’avant. Mais les crises ont existé et continuent d’être un phénonomène inévitable du capitalisme. En 1907 dans son ouvrage « Marxisme et révisionisme » V.Lénin répondait aux théories révisionistes de la solution des crises, et déclarait : « Seulement la forme change, la tendance des crises, mais ils continuent à exister comme compagne inévitable du capitalisme. Toute l’histoire de l’évolution du capitalisme a confirmé la justesse des paroles de Lénine. Les causes des crises économiques en dernière instance proviennent de la contradiction fondamentale du capitalisme, entre le caractère social de la production et l’appropriation privée du résultat de la production, c.a.d. la propriété privée. La causes directes de la crise sont la contradiction entre la croissance de la production et le pouvoir d’achat des travailleurs, qui reste en arrière, et encore une série d’autres causes. La base matérielle des crises est le renouvellement à grande échelle du capital de base (des moyens de production). La longeur des cycles économiques dépend des bases materielles des crises :
les cycles de 7-12 ans sont liés au renouvellement des moyens de la production matérielle ; les cycles de 20-22 ans – au renouvellement des marchandises de consommation à long terme, surtout les batiments et maisons ; les cycles de 40 ans – aux grandes révolutions techniques.
Les crises économiques d’avant la période monopoliste (avant la fin du 19-ième siècle) étaient des crises de surproduction de marchandises. Mais c’était une surproduction relative. Dans l’ère de l’impérialisme les crises proviennent d’une surcapacité superflue du capital de base, d’un emploi insuffisant des capacités de production. Par exemple, aujourd’hui sur le marché de l’acier, pèse une surproduction de 100 million de tonnes d’acier. Entretemps la capacité des usines d’acier n’est employée qu’à 75-79 %. La tâche formulée par l’Organisation du Développement et Coopération Economiques pour l’annee 2002 est de limiter la production d’acier avec 100 millions de tonnes. Et, évidemment, les USA veulent accomplir cette tâche au détriment de leurs concurrents des autres pays. Ceci explique la hausse des impôts en USA à l’importation d’acier venant d’Ukraine, Russie et autres pays. Cette politique de « guerre d’acier » a causé un dégât énorme à l’économie de ces pays, qui pendant les années de la « péréstroika » (la contre-révolution bourgeoise) déjà était démolie. Des crises partielles vont de pair avec les crises fondamentales économiques : dans des secteurs particuliers il y a des « crises structurelles », régionales, monétaires etc.
La théorie scientifique du caractère cyclique de la réproduction capitaliste, de la nature des crises économiques a été développé par Marx et Engels, et a été poursuivie par Lénine dans l ‘époque de l’impérialisme, et dans l’époque du capitalisme monopoliste d’état par le collectif des théoréticiens marxistes. Aujourd’hui – pendant la domination des multinationales, dans les processus de globalisation, la tâche s’ impose aux marxistes d’analyser scientifiquement les particularités des crises. Les théories bourgeoises et révisionistes sur la crise ont dénié les causes objectives des crises. Ils estimaient que c’étaient des phénomènes de coincidence, qu’on pourrait éliminer, surtout par la régulation de l’Etat. Le théoréticien connu de la première partie du 20-ième siècle J.M.Keynes a proposé la théorie de la régulation de l’économie par l’Etat afin d’adoucir les crises. William Foster, président du parti communiste des USA dans les années trente, appellait Keynes et sa théorie « le médécin du secours d’urgence pour le capitalisme malade ». Ainsi Keynes devait reconnaître que le capitalisme est malade, et a besoin d’être guéri, tandis que ses prédecesseurs, qui estimaient que le capitalisme, indépendamment, par des méchanismes de marché, pourrait résoudre ses problèmes. Les théories des crises des opportunistes prônaient ainsi la possibilité d’un développement du capitalisme sans crises, d’une solution aux contradictions de ce capitalisme, par une intégration du capitalisme dans le socialisme. Karl Kautsky, dans sa théorie de l’ultra-impérialisme déclarait que la tendance vers la formation d’un trust unique et monopoliste mènerait à une époque de capitalisme pacifique, sans crises ni guerres. Vladimir Lénine a refuté cette théorie, dans l’article « Sur le slogan des Etats Unis de l’Europe », qui garde son actualité jusqu’à nos jours, quand le Communauté Européenne sème des illusions sur la liquidation de la concurrence, des contradictions entre les membres de la CE, la solution des crises. Ces théories désarment la classe ouvrière dans sa lutte contre la domination des monopoles, du capitalisme. Très dangereux pour la lutte de la classe ouvrière sont les théories nouvelles d’une « globalisation au visage humain ».
Les crises économiques provoquent des énormes dégâts pour l’économie du capitalisme. Ils jettent la production en arrière par décennies. Ce sont surtout les travailleurs qui en portent les conséquences. Par la croissance du sans-emploi, qui est devenu chronique, par la diminution dramatique du niveau de vie, l’acerbation de l’exploitation. L’appauvrissement en masse des travailleurs, la suppression des emplois, sont aussi dangereux parce qu’ils déclassent la classe ouvrière et en font un « lumpenprolétariat », et créent ainsi un terrain favorable au fascisme. Les évènements dans le monde ces dernières années, en Autriche, en France, en Ukraine, en Russie etc. confirment cette conclusion. Selon l’expression de Marx, les crises ne sont pas seulement inévitables, mais aussi nécessaires pour le capitalisme. Ils sont le moyen pour résoudre, soit temporairement, de façon violente les contradictions de l’économie capitaliste. Dans les conditions du capitalisme actuel, à la fin du 20-ième siècle, cette thèse de Marx doit être complétée par la thèse que le capitalisme se trouve dans l’impasse, ne peut résoudre ses contradictions, et bien que le capitalisme se développe, c’est un développement « du haut de l’échelle vers le bas ». Lénin a défini l’impérialisme comme le stade du capitalisme pourrie, la veille de son anéantissement. L’impérialisme actuel se trouve déjà dans un état de dissolution.
Tableau des crises cycliques du 20-ième siècle aux Etats-Unis d’Amériques
Années de crises Baisse de la production (%) Durée de la crise en mois
1900-1903 2 % 12
1907-1908 6,4 12
1913-1914 11,5 16
1929-1921 16,5 14
1929-1933 46 37
1937-1938 10,8 9
1948-1949 5,8 9
1957-1958 4 ,1 15
1970-1971 2,6 8
1974-1974 10,7 9
1980-1982 7,2 33
1990-1991 1,9 10
1996-1998 ? + 24
2001-2002
Le trait charactéristique des crises après la deuxième guerre mondiale est la diminution des taux d’accroissement de la production
Pays Années 1964-73 1983-93 1993-1998
Canada 5,6 % 2,8 2,5
France 5,3 2,3 1,7
Allemagne 4,5 2,9 1,5
Italie 5,0 2,4 1,3
Japon 9,6 4,0 0,8
Angleterre 3,3 2,3 2,7
USA 4,0 2,9 3,0
Ituel and Taylor, International Finances at a Risk, Political Press, 2000
Nous constatons que les particularités des crises économiques et des cycles dans la dernière décennie du 20-ième siècle sont
la diminuation de la durée des crises
la diminuation de la profondeur de la baisse de production
A. Ceci est dû à l’intervention de l’état dans la crise. Ainsi dans les USA le gouvernement a dépensé dans son programme anti-crise en 1980 72,2 milliards de dollars. En 1992 il a dépensé 103 milliards.
Au Japon la part des dépenses d’état au PNB était dans les années 90 : 35 %. En Suède 70%.
Afin d’adoucir la crise financière à la Corée du Sud, la Banque Mondiale et FMI ont donné un crédit de 47 milliards de dollars en 1998.
B.
La révolution technique et scientifique a joué un grand rôle. Elle évoque une transformation structurelle.
C.
La militarisation.
Les guerres comme moyen de résoudre la crise :
1990-1991 : la guerre dans la Golfe Persiane
1997-1999 : la guerre en Yougoslavie
2001 : l’opération « anti-terroriste » en Afghanistan
2003 : le président Bush a annoncé des « opérations anti-terroristes » contre
les « états-voyous »
Le programme du bouclier Anti-missiles devrait servir aussi la solution des problèmes économiques internes.
D.
Un grand rôle est joué par l’anéantissement de l’Union Sovietique et des pays socialistes. Celle-ci a crée un marché de consommation énorme, une réserve de matières premières et une source de main-d’oeuvre bon marché et de forces intellectuelles.
Le président russe Poutine a avoué que chaque année 25 milliards de dollars s’enfuient du pays vers des comptes sur de banques des USA et autres pays.
De l’Ukraine officiellement dans les 10 années de la péréstroika capitaliste, environ 45 milliards de dollars quittent le pays et 5 milliards de marchandises. Ce n’est pas par coincidance que l’Ukraine, qui était aux temps soviétiques un pays industriel développé, figurant dans la liste des 10 premiers pays en Europe, actuellement n’a que des revenus par habitant dans le budget d’état de 200 dollars. Le chiffre officiel des sans-emplois est environ 8 %, mais dans les fait s’élève à 40 %.
La population d’Ukraine a diminué de 52 à 48,7 millions d’habitants.
L’économie d’Ukraine a reculé de plusieures décennies. La construction de machines a été démolie. Le pays est transformée en semi-colonie, fournisseur de matières premières.
3. Un trait specifique du développement économique, surtout aux USA, est le gonflement des capitaux. Par des opérations spéculatives des banques transnationales, la spéculation boursière, l’économie américaine ressemble à une piramide inversée. A la base se trouve la production, au sommet une masse énorme de capital fictif. La formation des bulles de savon financières, qui peuvent s’exploder à chaque instant et menacent de détruire le système monétaire mondial du capitalisme. Aujourd’hui une grande masse de dollars dévalués circulent d’un pays à l’autre, créant des krachs boursiers, detruisant l’économie de beaucoup de pays, surtout en Asie de l’Est, en Argentine, en Russie en 1998 etc. Le dollar américain est basé seulement pour 40 % par des marchandises et réserves en or.
4. Les USA, étant pays dirigeant du monde, pour la première fois dans son histoire, est devenue un pays endetté. La dette globale du secteur producteur a monté de deux fois : de 5,36 trillions de dollars en 1983, à 10,85 trillions de dollars en 1990, mais de 1990 elle s’est encore accrue à 18,26 trillions de dollars. Le déficit dans le commerce s’élève à 4 % du PNB.
Il faut chaque jour aux USA un milliard de dollars venant de l’extérieur, pour couvrir le déficit de commerce.
5. La labilité du système financier aux USA a provoqué des difficultés énormes dans le système financier mondial. Le volume des finances mondiales était 1 trillion de dollars en 1970, et en 1998 25 trillions. Seulement le volume des ventes boursières s’élève à 1 trillion de dollars par jour à la fin des années nonantes. Au même instant le volume du commerce international n’est que 25 milliards de dollars.
Ceci témoigne du gonflement du capital fictif, c.a.d. du secteur virtuel, ou du caractère parasitaire de l’économie capitaliste, de la transformation de bourgeoisie en rentiers. Ces processus ont provoqué la labilité de l’économie capitaliste, la turbulence du monde financier, qui engendre des crises monétaires profondes.
6. Un trait nouveau des crises est qu’il s’applique aussi aux secteurs de haute technologie, qui jusqu’avant étaient les moteurs de l’économie, la télécommunication, la production des microchips. En comparant l’année 2001 avec 1997, on constate une baisse des revenus de 4 milliards de dollars. L’espoir de créer un marché illimité s’est avéré être une illusion. Pendant ces années le secteur a absorbé des énormes capitaux : ils ont reçu des banques 819 milliards de crédits. Il faut ajouter 415 milliards de vente d’actions par les compagnies de ce secteur. Par d’autres sources on a encore obtenu 500 milliard d’investissements. La moitié de tous les crédits bancaires en Europe sont allés vers ce secteur. La situation de crise a engendré une onde de fusions. Les cinq fusions les plus grandes se sont déroulés ici. Les pertes dans ce secteur ont atteint 60 milliards de dollars, et la perte de lieux de travail 300.000, et dans les secteurs fournisseurs de materiaux encore 200.000
7. Une autre particularité du cycle actuel de la réproduction est l’intensification des facteurs extérieurs – des contradictions dans le système capitaliste mondial, des processus de globalisation, d’internationalisation. Les facteurs secondaires par rapport au développement du cycle dans chaque pays capitaliste pris séparément (qui étaient le facteur principal) deviennent souvent le facteur principal. L’activité de tels instituts comme les multinationales, le Fonds Monétaire Mondial, la Banque Mondiale, l’Organisation Mondiale du Commerce etc. intensifient la labilité de l’économie capitaliste, sa situation de crise.
On peut conclure que le capitalisme mondial, et la superpuissance dominante, les Etats Unis, n’ont pas pu se consolider pendant la dernière décennie du 20-ième siècle. Au contraire, sa crise générale s’approfondit, ce qui confirme la thèse que le capitalisme est condamné historiquement. Aujourd’hui plus que jamais croit le rôle du facteur subjectif de cette force sociale (le mouvement communiste unifié), qui va guider les masses populaires dans l’accomplissement de ce verdict historique.