Contribution
au Séminaire Communiste International
'Crises économiques et possibilité d'une crise mondiale majeure'
Bruxelles, 2-4
mai 2002
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Pakistan
Parti communiste des Travailleurs et des Paysans (CMKP) du Pakistan
Les
trois principales contradictions du monde, aujourd'hui,
et le rôle de la bourgeoisie nationale
Très honorables et éminents camarades délégués,
La force d'un parti et d'un mouvement réside dans sa capacité à systématiser ses conceptions de façon à pouvoir agir avec décision et asséner toute sa force sur le maillon le plus faible de la chaîne des événements et, ce faisant, à créer les conditions idéologiques, politiques et organisationnelles susceptibles d'amener le prolétariat à asseoir son pouvoir sur le monde. Par conséquent, une compréhension scientifique, à la fois séparément et dans leur interconnexion, des trois principales contradictions auxquelles est confronté aujourd'hui le mouvement ouvrier, est la clé qui peut ouvrir la porte à une révolution socialiste mondiale.
Les trois principales contradictions auxquelles est confronté le mouvement ouvrier sur la scène mondiale tirent chacune leur origine d'une seule source, la singularité du système capitaliste. Ces contradictions sont les suivantes:
· La contradiction entre le travail et le capital
· La contradiction entre les impérialistes
· La contradiction entre les peuples opprimés et l'impérialisme
Ces contradictions ne sont pas présentées ici et, d'ailleurs, elles ne peuvent l'être, dans quelque ordre de priorité que ce soit. La dialectique de la politique est bien trop fluide. Quant à savoir laquelle de ces contradictions est dominante à un moment donné, cela ne peut être déterminé qu'en relation avec l'espace et le temps. Qui plus est, énoncer les principales contradictions est une tâche assez facile. Les résoudre de manière telle à conduire le prolétariat au pouvoir requiert par contre l'application créative et originale du marxisme aux circonstances particulières, sur le plan national, de chaque pays. En un mot, c'est une tâche qui ne peut être remplie que par la totalité du peuple opprimé via le processus consistant à révolutionner son existence.
La Seconde Guerre mondiale a provoqué les pires ravages jamais vus dans l'histoire de l'humanité. Toutefois, avec la victoire de l'Union soviétique et des forces socialistes, l'instauration du socialisme en Europe de l'Est et la révolution chinoise en 1949, le rapport des forces a glissé définitivement à l'avantage du camp socialiste et a avivé l'espoir chez des millions de personnes en plus lorsqu'elles se sont tournées vers le communisme et le marxisme-léninisme. Même l'idéologue sous-doué de la bourgeoisie, John Foster Dulles, eut suffisamment d'élégance pour comprendre que " le capitalisme était isolé dans un océan de communisme ".
En termes stratégiques, les Etats-Unis représentaient la dernière ligne de défense du système capitaliste puisqu'il s'agissait de la seule puissance disposant de la capacité économique et militaire de stabiliser le capitalisme. Avant la guerre, le marché mondial était plus ou moins également dominé par quatre nations: les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne. Toutefois, en raison de la guerre, la dévastation de l'Europe créa les conditions pour que l'on assiste à une domination économique, politique et militaire sans précédent des Etats-Unis. La domination britannique déclinait déjà (comme le montrait clairement la proportion en déclin des marchandises anglaises dans le commerce mondial), mais la guerre fut le clou final dans le cercueil qui emmena le monde de la Pax Britannica à la Pax Americana.
Les Etats-Unis se servirent de leur position d'hégémonie fraîchement acquise dans une tentative de stabilisation du système capitaliste. La bourgeoisie se dit qu'une dépression économique (comme celle des années 30) pouvait créer les conditions sociales pour une révolution socialiste. Elle pensait qu'aussi longtemps qu'elle pouvait stabiliser les oscillations les plus variables du système et, dans un même temps, assurer quelque forme modeste de relèvement du niveau de vie des travailleurs dans les centres capitalistes, elle pourrait sauver le système capitaliste.
Sur le plan national, cette tâche fut accomplie par la gestion de la demande et par l'Etat-providence, en d'autres termes, en appliquant une économie keynésienne. Au niveau international, cette tâche fut accomplie par la Conférence de Bretton Woods, qui établit les institutions du Plan Marshall, la Banque internationale de la Recherche et du Développement (la future Banque mondiale), le Fonds monétaire international et l'Accord général sur le Commerce et les Tarifs douaniers (le GATT, qui allait devenir plus tard l'Organisation mondiale du commerce, l'OMC).
La gestion du système financier international par les Etats-Unis et la gestion par l'Etat de l'économie nationale dans chaque pays assura le redressement de l'Europe et du Japon et posa les fondations du boum économique prolongé de l'après-guerre. Les Etats-Unis garantirent un marché à leurs alliés capitalistes et, par le biais des réunions du GATT, les tarifs douaniers furent réduits, passant de 60% en 1934 à 4,3% en 1987. De même, les tarifs douaniers du Japon furent réduits à 2,9% et ceux de l'Union européenne à 4,7%. De 1945 à 1973, la production mondiale s'accrut au taux annuel moyen de 3,4%. Le commerce mondial, lui, connut même une croissance plus rapide encore. De 1948 à 1966, il crût de 6,6% par an et, entre 1966 et 1973, il accéléra encore sa croissance pour passer à 9,2% par an. Cette croissance de la production et du commerce international constitua le point culminant du consensus de l'après-guerre.
Dans les années 70, ce système utilisé l'après-guerre (Bretton Woods et le keynésianisme) subit de plus en plus de critiques, surtout aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. La stagflation, les déficits budgétaires et une part de plus en plus réduite du marché mondial furent les principaux objets des critiques. Les hausses des prix pétroliers de 1973 et 1979, dues à la création de l'OPEP et combinées à l'impact international de l'engagement des Etats-Unis dans la guerre du Viêt-nam, rendirent le système de Bretton Woods indéfendable sur le plan économique. En raison de l'augmentation massive des coûts au départ de la production (et particulièrement les prix du pétrole), le système des taux d'échange fixes ne put être maintenu et fut donc abandonné au début des années 80 en faveur d'un système de taux d'échange flexibles. Les nouveaux pétrodollars dans les banques occidentales furent à l'origine des prêts bancaires au tiers monde. par ailleurs, la nouvelle prospérité dans le Moyen-Orient dota la monarchie saoudienne des moyens nécessaires pour lancer un programme de renaissance de l'intégrisme islamique. En Occident, ces conditions se heurtèrent au point de provoquer chômage et inflation, autrement dit, la stagflation. La classe capitaliste, en raison de l'important déficit budgétaire et de la dette nationale, n'était désormais plus en état de financer ce chômage.
Dans les années 1960, la part du marché mondial des marchandises et services américains commença à s'amenuiser. Comme on l'a dit plus haut, la part britannique du marché mondial était déjà en régression au début du siècle. Le chômage à long terme et la désindustrialisation de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis furent imputés à l'accroissement de la concurrence venue d'Europe et, plus particulièrement aussi, de l'Extrême-Orient. Dans les pays, une forme de capitalisme " égorgeur " offrit aux riches un moyen plus attrayant de pouvoir reconquérir la domination mondiale qu'ils avaient abandonnée à l'Europe et au Japon.
Les bases idéologiques de cette forme de capitalisme " égorgeur " furent jetées, sur le plan économique, par le néolibéralisme et, sur le plan socioculturel, par le postmodernisme/poststructuralisme. Néolibéralisme et postmodernisme sont les deux faces d'une même pièce. Alors que les néolibéraux préparaient les bases idéologiques du démantèlement de l'Etat-providence keynésien, les postmodernistes préparaient la base idéologique de l'introduction des rapports de flexibilité dans le travail. Les principales composantes du néolibéralisme sont bien connus - dérégulation, privatisation, libéralisation et, dans le contexte du tiers monde, le programme d'ajustement des structures (PAS). La composante principale des rapports de flexibilité dans le travail tourne autour de la possibilité de licencier des travailleurs durant les périodes creuses et de les réembaucher durant les périodes de prospérité. Sous le prétexte de critique le fordisme, le postmodernisme justifia de tels rapports de flexibilité dans le travail en disant qu'il assurait un " enrichissement des tâches " et qu'il offrait la liberté d'un plus vaste choix individuel.
1) Le pouvoir monopoliste: Nous vivons aujourd'hui dans un monde où
1% des plus grosses sociétés multinationales gèrent 70 à 80% du commerce mondial
(dont 40% consiste essentiellement en commerce entre firmes). En gros, 90% de
toutes les sociétés multinationales ont leur siège dans les pays industrialisés
(Hirst, ch. 4). Les 15 sociétés multinationales les plus importantes contrôlent
le marché mondial de 20 marchandises de première importance: 90% du commerce
mondial du minerai de fer, du blé, du bois, du coton, du tabac, des ananas;
80% du commerce mondial du cuivre, du thé et du café; 70% du commerce mondial
du riz et 60% du commerce mondial du pétrole. Les 5 plus grosses sociétés multinationales
représentent 70% des biens durables, 58% des voitures, camions et avions commerciaux,
55% de l'industrie aérospatiale, 53% des composants électroniques et 50% du
pétrole, de l'acier, de l'informatique de bureau et des industries relatives
aux médias (Brar, 1997). En outre, plus de deux tiers du commerce total se fait
entre trois blocs commerciaux, le NAFTA, l'UE et l'ASEAN (Hirst, 118). L'image
qui émerge du royaume de la production et de la fabrication ne diffère guère
de celle du commerce mondial. 1% seulement de toutes les sociétés multinationales
détiennent la moitié du total des parts des investissements directs à l'étranger
(FDI) , 80% de tous les investissements internationaux et sont impliquées dans
30% de la production mondiale. Les 200 plus grosses sociétés multinationales
emploient moins de 0,05% de la population mondiale mais contrôlent plus d'un
quart du Produit Intérieur Brut mondial (Brar, 1997). De 1995 à 2001, il y a
eu tout un nombre historique de fusions et de reprises qui ont encore contribué
davantage à la monopolisation des ressources dans le monde.
2) Le capital financier: Quasiment deux tiers de l'ensemble du capital
productif dans le monde sont contrôlés par les seules 50 plus grosses banques
du monde et autres compagnies financières diversifiées. En attendant, la dérégulation,
associée au développement spectaculaire des communications, permet aux spéculateurs
de jouer au casino international du capital financier. Les capitaux spéculatifs
et les devises entrant et sortant des bourses des valeurs ont la capacité de
dévaster non seulement des économies mais des régions entières, comme l'a prouvé
la crise monétaire est-asiatique.
3) Une crise mondiale de surproduction: En raison de la dérégulation,
de la privatisation et de la libéralisation, on a assisté à une baisse très
sensible de la demande réelle dans le monde. Les politiques d'ajustement structurel
dans le tiers monde et les relations de flexibilité dans le travail, dans le
premier monde (le monde industrialisé) contribuent à un sévère déclin de la
demande. Dans un même temps, l'introduction des nouvelles technologies (puces
en silicone, ordinateurs, fibres optiques, internet, robotique, etc.) a rapidement
accru la capacité de production mais elle a également envoyé des millions de
personnes au chômage. Par conséquent, les accroissements de la capacité de production
s'accompagnent d'un déclin de la capacité d'acheter ces produits. Cette tendance
a produit une crise chronique de surproduction dans l'économie capitaliste d'aujourd'hui.
L'effondrement du marché des valeurs, en octobre 1987, l'actuelle crise monétaire
est-asiatique, suivie de la crise en Russie, au Brésil et en Argentine, sont
toutes des composantes de la crise mondiale de surproduction. Avec la dérégulation
du capitalisme géré par l'Etat, ces oscillations (appelées fluctuations des
affaires par les économistes bourgeois) sont devenues énormes et menacent de
devenir totalement incontrôlables. Les impérialistes ont décidé de permettre
de s'effondrer aux économies qui sont en train de le faire; c'est parce qu'il
n'y a tout simplement pas de motivation politique pour agir autrement (comme
ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale). Par ailleurs, les impérialistes
ont de moins en moins l'intention de payer la facture économique d'une telle
action. Comme on l'a dit plus haut, les dettes nationales et internationales
sont déjà très élevées et une tentative de conjurer l'actuelle crise de surproduction
en empruntant risquerait d'encore aggraver davantage cette même crise.
Il convient de combattre deux conclusions erronées, en ce qui concerne l'actuelle crise économique et la possibilité d'une crise mondiale. Primo, on devrait s'abstenir de prétendre que cette crise économique est simplement un stade de transition et que l'économie capitaliste va inévitablement se redresser dans un court laps de temps. Ceci constitue le point de vue des défenseurs bourgeois du capitalisme et de l'impérialisme. Secundo, on ne devrait pas prétendre non plus qu'il n'y a pas d'issue, pour la bourgeoisie. Le conseil de Lénine à propos de la crise économique qui a suivi la Première Guerre mondiale convient tout à fait au contexte actuel. Voici ce qu'il disait:
" La bourgeoisie se conduit comme des pillards aux visages découverts et qui ont perdu la tête; elle commet folie sur folie, aggravant par conséquent la situation et précipitant son sort. Tout ceci est la vérité. Mais personne ne peut 'prouver' qu'il lui est absolument impossible d'apaiser une minorité d'exploités par quelques petites concessions et d'opprimer l'un ou l'autre mouvement ou soulèvement de certaines sections des opprimés et des exploités. Essayer de 'prouver' d'avance qu'il n'y a 'absolument' pas moyen de sortir de la situation serait du vulgaire pédantisme, ou jouer avec des concepts et des slogans. La seule pratique peut servir de 'preuve' réelle dans ces questions et d'autres du même genre. Partout dans le monde, le système bourgeois connaît une terrible crise révolutionnaire. Les partis révolutionnaires doivent maintenant 'prouver' par la pratique qu'ils affichent suffisamment de compréhension et d'organisation, qu'ils ont suffisamment de contacts avec les masses exploitées, de détermination et de savoir-faire pour utiliser la crise en vue mener à bien la révolution jusqu'à la victoire. "
Mener à bien la révolution jusqu'à la victoire ne peut s'accomplir qu'en isolant du champ politique de la lutte ces éléments mêmes au sein du mouvement ouvrier qui adhèrent au point de vue opportuniste. Nous savons que les doctrines économiques social-démocratiques et opportunistes ont comme prémisse l'argument selon lequel l'Etat bourgeois peut " altérer ", " inverser ", " mettre un terme à ", " arrêter ", etc., les lois économiques du développement capitaliste telles que les a découvertes Marx. Pour emprunter une expression de Lénine, tous les partis, groupes, ONG et organisations qui adhèrent à cette conception opportuniste, " sont de meilleurs défenseurs de la bourgeoisie que la bourgeoisie elle-même ". Ces éléments constituent le principal obstacle en travers de la voie à la révolution du mouvement ouvrier mondial. Par conséquent, leur influence doit être isolée et détruite théoriquement, politiquement et organisationnellement au sein du mouvement ouvrier et ce, afin de relancer le marxisme partout dans le monde.
Ces trois dernières décennies, on a assisté à un développement sans précédent du pouvoir social du capital sur le travail. La sévérité croissante de la crise économique trouve sa résolution dans la militarisation de l'impérialisme et la poussée vers la guerre afin de faire progresser les profits. La possibilité d'une confrontation entre impérialistes soulève des questions à propos des contradictions existant entre les impérialistes mêmes.
Dans le monde actuel, il existe trois blocs commerciaux, le NAFTA, l'UE et l'ASEAN. Depuis les années 60, la part du commerce mondial qui échoit au NAFTA a régressé si on la compare à celle des autres blocs. Par conséquent, les Etats-Unis se montrent particulièrement agressifs dans leur volonté de reconquérir la part perdue au profit de leurs concurrents. En fait, chaque groupe d'Etats tente d'acquérir les instruments qui lui permettraient de conquérir une part de marché plus importante et de dominer le monde. Jusqu'à présent, ces folles pulsions concurrentielles en vue du profit ne se sont pas traduites en confrontation militaire directe entre les impérialistes. Toutefois, nombreux sont les signes qui révèlent la possibilité d'une telle confrontation. Le Japon a déjà commencé à se bâtir une armée. Le ressentiment apparu en Asie de l'Est suite au renversement économique et à la crise monétaire pourrait éventuellement servir de carburant à une poussée expansionniste. Les courants idéologiques bourgeois d'Europe qui se montrent ouvertement " critiques " à l'égard de la politique américaine tentent de promouvoir l'impérialiste européen en tant qu'alternative à l'impérialisme américain. La création des Cours internationales de Justice et les discussions concernant une force de combat dirigée par l'Europe en vue de traiter de " situations telles que la question yougoslave " sont destinées à masquer le développement de l'UE en tant que puissance impérialiste dotée d'une armée régulière susceptible de rivaliser avec les forces armées de l'impérialisme américain. Le budget militaire des pays prouve une croissance en vue de la militarisation.
| Budgets militaires des divers pays | |
| Etats-Unis | $396,000,000,000 |
| Russie | 60,000,000,000 |
| Chine | 42,000,000,000 |
| Japon | 40,400,000,000 |
| Royaume-Uni | 34,000,000,000 |
| Arabie saoudite | 27,200,000,000 |
| France | 25,300,000,000 |
| Allemagne | 21,000,000,000 |
| Brézil | 17,900,000,000 |
| Inde | 15,600,000,000 |
| Italie | 15,500,000,000 |
| Corée du Sud | 11,800,000,000 |
| Israël | 9,000,000,000 |
| Iran | 9,000,000,000 |
| Taiwan | 8,200,000,000 |
Lénine disait:
" La première guerre impérialiste de 1914-1918 fut le résultat inévitable de cette partition du monde entier, de cette domination par les monopoles capitalistes, de cet énorme pouvoir ecquis par un nombre insignifiant de très grosses banques - deux, trois, quatre ou cinq dans chaque pays. Cette guerre fut menée pour la redistribution du monde entier. Elle fut menée afin de décider lequel des petits groupes des plus gros Etats - le groupe britannique et le groupe allemand - allait obtenir l'occasion et le droit de voler, d'étrangler et d'exploiter le monde entier. "
En ce qui concerne la possibilité d'une guerre entre impérialistes, nous devons éviter deux erreurs similaires à celles que nous avons citées plus haut. Primo, il est incorrect d'affirmer directement qu'une guerre entre impérialistes est hors de question parce que ce point de vue se méprend sur la relation entre le système économique et la poussée vers la guerre. Les marxistes-léninistes prétendent avec Clausewitz que " la guerre est l'extension de la politique par des moyens violents ". En outre, comme Lénine l'a dit, " la politique n'est autre que de l'économie concentrée ". Il est tout à fait correct de prétendre que l'intensification de la tension concurrentielle entre les impérialistes accroît le caractère vraisemblable d'une confrontation entre impérialistes dans le futur. Secundo, il est également incorrect de prétendre que l'actuelle crise économique résultera immédiatement en une guerre entre impérialistes. La maxime qui dit que " le système impérialiste mène inévitablement à la guerre " n'implique pas qu'à n'importe quel moment donné et au cours de 'importe quelle crise économique, le système va exploser en guerre mondiale immédiate. Un tel point de vue équivaudrait à une compréhension mécaniste du marxisme-léninisme.
En ce moment, les tensions économiques croissantes entre les puissances impérialistes ne résultent pas en une confrontation militaire entre les impérialistes, mais en une expansion agressive dans les colonies. La concurrence économique mondiale entre les grandes puissances résulte en une intensification des contradictions entre l'impérialisme et les peuples opprimés.
Aujourd'hui, l'impérialisme américain tente de regagner sa position d'hégémonie mondiale et ce, sous le prétexte de la " guerre contre le terrorisme ". Dans le plus pur style capitaliste, cette puissance impériale capitalise également sur son avantage dans la concurrence: la supériorité de ses armes. Sa stratégie est mondiale en ampleur mais trois régions suscitent le plus son intérêt: l'Amérique latine, l'Asie de l'Est et le Moyen-Orient. Afin de déjouer la crise économique, les Etats-Unis poursuivent une politique agressive d'expansion et de contrôle dans chacune de ces trois régions.
En Amérique latine, l'impérialisme américain injecte 7,1 milliards de dollars sous le prétexte du " Plan Colombie " et de la " Guerre contre la Drogue ". En réalité, cette aide finance la guerre contre les FARC-EP, le Sentier Lumineux et d'autres partis révolutionnaires. Au Venezuela, la preuve se fait jour de ce que les Etats-Unis ont poussé le coup d'Etat contre Hugo Chavez et l'enthousiasme avec lequel ils ont accueilli la nouvelle de ce coup d'Etat était trop manifeste pour que le monde entier ne s'en rende pas compte. Toutefois, les impérialistes américains ont pu découvrir que leur jardin latino-américain était devenu un terrain de ronces particulièrement coriaces.
L'impérialisme américain domine l'Asie de l'Est depuis la Seconde Guerre mondiale, mais il y a concrétisé sa première emprise avec la colonisation des Philippines durant la guerre hispano-américaine au tournant du 20e siècle. Aujourd'hui, dans sa plus ancienne colonie, il intensifie son agression contre la glorieuse Armée nationale populaire (NPA) et contre le Parti communiste des Philippines. Toutefois, les Philippines pourraient constituer un second Viêt-nam, pour les impérialistes américains.
Le point central de la stratégie de l'impérialisme américain, c'est la domination du pétrole. Les Etats-Unis souhaitent se débarrasser de leur crise économique interne et de sortir vainqueurs de la concurrence internationale en étendant leur monopole complet sur le pétrole en vue de recréer les conditions des importations pétrolières à bon marché telles qu'elles existaient avant 1973. En conséquence, l'impérialisme américain installe tout un cercle de bases censées contrôler le Moyen-Orient et l'Asie centrale. Cercle de bases, cercle de feu! Le premier coup de feu de la recolonisation du Moyen-Orient fut tiré par l'impérialisme américain lors de sa sale guerre contre l'Irak, en 1991. Cette célébration de la fin de la guerre froide au cours d'un rituel sanguinaire digne du Moyen Age fut accompagnée d'une politique visant délibérément à affamer le peuple et qui causa la mort d'au moins 1,3 million de civils irakiens. Aujourd'hui, les Etats-Unis préparent une nouvelle guerre contre le peuple irakien. Les agressions contre la Yougoslavie et l'Afghanistan font partie d'un mouvement en tenailles, venant de l'Ouest et de l'Est et visant à dominer militairement la région et monopoliser le pétrole de l'Asie centrale. Les massacres des peuples yougoslave et afghan, sans défense, constituaient tout simplement des " dégâts collatéraux ". En fait, ce sont effectivement des dégâts collatéraux dans un combat qui tend à installer un cercle de feu en vue de la domination de l'Asie centrale pour son pétrole. Ces crimes sans précédent contre des innocents ne seront pas oubliés, pas même d'ici mille ans. Au Pakistan, en Afghanistan et au Moyen-Orient, l'impérialisme américain a installé une présence massive de 80.000 hommes. En Palestine, l'impérialisme américain poursuit sa politique des plus honteuses qui consiste à soutenir un Etat raciste pratiquant des implantations coloniales afin de régenter autoritairement le peuple arabe. Le génocide flagrant du peuple palestinien des mains du terroriste Ariel Sharon n'a soulevé que des indignations toutes symboliques de la part des gouvernements mondiaux. En Palestine, l'impérialisme a décidé que les Palestiniens étaient tout simplement des excédents superflus. Tous les gouvernements du monde sont disposés à accepter leur extermination. Mais le peuple palestinien a décidé qu'il ne se ferait pas exterminer. Par cette décision, le peuple palestinien a scellé le sort de l'impérialisme au Moyen Orient.
Les impérialistes ont décidé de recourir au " châtiment collectif " contre toutes les nations du monde opprimé. Les impérialistes américains vont sans aucun doute découvrir que les peuples opprimés de la terre n'ont pas l'intention de ramper sous leurs bottes militaires. L'impérialisme américain est le pire ennemi de tous les peuples opprimés de la terre.
Au sein du camp anti-impérialiste, toutefois, il existe diverses forces de classe en présence sur le champ de bataille. En premier lieu, les communistes doivent être capables d'affronter les bourgeoisies nationales.
La dialectique marxiste nous enseigne que chaque classe monte, atteint son point culminant révolutionnaire et passe ensuite dans l'histoire en tant que force conservatrice et rétrograde. Prenons l'exemple de la bourgeoisie en Occident. Cette classe était une classe montante au 16e siècle. La Révolution française de 1789 fut le point culminant de son activité révolutionnaire. Après les insurrections de 1848, elle devint conservatrice. 1848 marqua l'heure de la mort de la " bourgeoisie révolutionnaire " d'Europe. A partir d'alors, la bourgeoisie européenne ne put plus être considérée comme une classe " révolutionnaire ", quel qu'ait été le rôle progressiste qu'elle ait pu jouer dans l'un ou l'autre contexte.
La montée et le déclin de la bourgeoisie nationale dans les pays opprimés ne diffère guère de cette dialectique du développement. La bourgeoisie nationale était une classe montante durant la période de la colonisation. Au tournant du siècle, Lénine alla même jusqu'à la caractériser comme étant une " jeune classe révolutionnaire " dans son article L'Europe arriérée et l'Asie avancée ainsi que dans d'autres articles écrits à propos de la Chine. Au tout début du 20e siècle, cette classe gagna en maturité révolutionnaire et, dans la plupart des cas, elle fut à même de s'assurer les rênes de la lutte anticoloniale. A l'époque, cette classe mobilisa le peuple, l'invita à prendre les armes et emplit le peuple opprimé de l'énergie qu'il lui fallait pour lutter pour son indépendance. En Chine, cette classe fut représentée par Sun Yat Sen et le Parti nationaliste. En Inde, à un degré nettement moins révolutionnaire, elle fut représentée par le Parti du Congrès. En Indonésie, elle fut représentée par Soekarno. En Afrique, par Kwame Nkhruma et les pan-Africanistes. Dans les pays arabes, elle fut représentée par Gamal Abdel Nasser et les pan-Arabes. Dans tous ces cas, avec certaines variantes évidentes, le programme essentiel de la bourgeoisie nationale peut être caractérisé par les quatre exigences que voici:
1) Une république bourgeoise-démocratique
2) L'un ou l'autre semblant de réforme agraire
3) Des libertés démocratiques (liberté de la presse, de rassemblement, d'organisation, etc.)
4) L'une ou l'autre forme d'intervention de l'Etat dans la prospérité et le développement des infrastructures
Toutes ces transformations, bien qu'extrêmement importantes dans un contexte colonial, restent néanmoins dans le cadre bourgeois-démocratique et aident à consolider le capitalisme sur une base démocratique. La lutte pour la démocratie est extrêmement importante pour les travailleurs, mais il ne faut jamais confondre la lutte pour la démocratie avec la lutte pour le socialisme. En outre, en ce qui concerne le monde opprimé, la voie de l'opportunisme s'est appuyée sur le fait de vouloir empêcher le prolétariat de développer les conditions idéologiques, politiques et organisationnelles nécessaires pour assumer la direction de la lutte anti-impérialiste. Même là où le prolétariat et son parti sont extrêmement modestes, ils peuvent et doivent tenter de s'emparer de la direction du mouvement anti-impérialiste.
Déjà dans les années 1920, Lénine parlait d'un rapprochement entre la bourgeoisie des pays opprimés et l'impérialisme. Sur cette base, il différenciait le " mouvement bourgeois-démocratique " réformiste et le " mouvement national-révolutionnaire " (le terme de lutte de libération nationale tire son origine de cette distinction). Lénine écrivait donc:
" Il y a eu un certain rapprochement entre la bourgeoisie des pays exploiteurs et celle des colonies, de sorte que, très souvent - peut-être même dans la plupart des cas - la bourgeoisie des pays opprimés, tout en soutenant le mouvement national, est en plein accord avec la bourgeoisie impérialiste, c'est-à-dire qu'elle unit ses forces aux forces de cette dernière contre tous les mouvements et classes révolutionnaires. "
A la lumière de ce rapprochement, Lénine conseillait ce qui suit:
" Nous, en tant que communistes, nous ne devrions et nous n'avons l'intention de soutenir les mouvements bourgeois de libération dans les colonies que lorsqu'ils sont vraiment révolutionnaires, et lorsque leurs représentants n'empêchent pas notre travail d'éducation et d'organisation, dans un esprit révolutionnaire, de la paysannerie et des masses exploitées. Si ces conditions n'existent pas, les communistes de ces pays doivent combattre la bourgeoisie réformiste (…). "
Quel est le caractère de la bourgeoisie nationale dans les pays opprimés, aujourd'hui? Pouvons-nous considérer la bourgeoisie nationale comme une classe " révolutionnaire ", aujourd'hui? Par exemple, cette classe permet-elle aux communistes de se livrer au travail d'organisation, dans un esprit révolutionnaire, du prolétariat, de la paysannerie et des masses exploitées? A cette question, la réponse doit être un NON sans équivoque! Cette affirmation, naturellement, est une généralisation à propos du rôle historique de la bourgeoisie nationale et n'empêche pas la possibilité de certaines exceptions là où cette bourgeoisie nationale joue encore un rôle relativement révolutionnaire.
En fait, le renversement de toute une série de dirigeants nationalistes révolutionnaires, tels Kwame Nkhruma au Ghana, Patrice Lumumba au Congo, Soekarno en Indonésie, Arbenz au Guatemala, aux alentours des années 1950 et 60, signifia le commencement de la fin de l'époque révolutionnaire de la bourgeoisie nationale. Si cette thèse était toujours acceptable dans les années 1960, elle devint encore plus vraie dans les années 1970. En Inde, la brutalité avec laquelle l'Etat écrasa le CPI(ML); au Pakistan, la répression sévère du mouvement ouvrier en 1973; en Egypte, la capitulation d'Anouar el-Sadate face à l'impérialisme sioniste, tous ces actes étaient significatifs de la transformation du rôle de la bourgeoisie nationale au sein du monde opprimé.
Dans les années 1980 et 90, le monde assista à la capitulation complète de cette classe face au pillage général du monde opprimé au nom des politiques d'ajustement structurel. C'est tout juste s'il y eut des murmures de protestation, de la part de cette même bourgeoisie nationale. Parmi d'autres facteurs, ce fut précisément le vide politique créé par la démission de cette classe en tant que force révolutionnaire qui mena à la montée de l'intégrisme religieux dans de nombreuses parties du monde (par exemple, le BJP en Inde, les intégristes en Iran, au Pakistan, en Afghanistan et dans le Moyen-Orient). Cet effondrement de la bourgeoisie nationale coïncida également avec la destruction du bloc socialiste par le révisionnisme et le remplacement du nouveau capitalisme agressif et " égorgeur " par l'impérialisme. Ces facteurs s'associèrent pour produire la période la plus creuse et la plus réactionnaire du 20e siècle.
Si l'on admet que la bourgeoisie nationale n'est plus une " classe révolutionnaire ", comment cela modifie-t-il notre stratégie et notre tactique en vue de la révolution néodémocratique ou démocratique populaire?
Cette thèse implique que les forces objectives en faveur d'une révolution démocratique populaire ont, en fait, mûri. Cette conclusion repose sur l'argument qui prétend que, tant que la bourgeoisie nationale continue à jouer un rôle " révolutionnaire ", il est extrêmement malaisé pour les forces prolétariennes de lui ravir la direction politique de tous les opprimés et exploités d'une colonie. Toutefois, une fois que la bourgeoisie nationale a cessé de jouer un rôle révolutionnaire, les contradictions entre cette classe et la masse des exploités grandissent et deviennent plus aiguës.
Notre conclusion, dans ce débat sur la transformation dans le rôle de la bourgeoisie nationale, suggère que les conditions objectives sont plus que présentes - peut-être même on ne peut plus mûres - pour que le prolétariat et son parti d'avant-garde lutte pour la prise de direction du mouvement anti-impérialiste. Par conséquent, ils doivent prôner les mots d'ordre suivant, dans le contexte de leurs circonstances nationales particulières:
1) Le pouvoir aux travailleurs et aux paysans
2) Une réforme agraire de fond en comble
3) Les libertés démocratiques (liberté de la presse, de rassemblement, d'organisation, etc.)
4) La construction d'une économie planifiée
Les anciens mots d'ordre stratégique de la démocratie bourgeoise sont tout
à fait incapables d'insuffler de l'énergie, d'animer, d'inspirer ou de mobiliser
les masses à la lutte et au sacrifice. Les partis prolétariens d'aujourd'hui
ne doivent pas limiter leur lutte à la démocratie, mais ils doivent pousser
à la révolution ininterrompue, ils doivent pousser à une révolution démocratique
populaire qui amène le prolétariat à s'allier à la paysannerie en vue du pouvoir.
En conclusion, il nous faut insister et expliquer aux gens que ce n'est qu'en
s'alliant à la paysannerie que le prolétariat, dirigé par un parti marxiste-léniniste,
pourra accomplir la tâche de la lutte anti-impérialiste.
Les trois principales contradictions auxquelles est confronté le mouvement ouvrier
sur la scène mondiale - c'est-à-dire la contradiction entre le travail et le
capital, la contradiction entre les impérialistes et la contradiction entre
les peuples opprimés et l'impérialisme - appellent les partis révolutionnaires
marxistes-léninistes rà aller de l'avant en vue d'une action décidée et décisive
sur la scène mondiale tout entière.
Brar, Harpal (1997) L'impérialisme - Capitalisme décadent, parasitaire et moribond, Harpal Brar Publications
Hirst, Paul & Thompson, Grahame (1996) Globalization in Question, Polity Press.
V. I. Lénine, Première ébauche des thèses sur les questions nationale et coloniale (pour le IIe Congrès de l'Internationale communiste), Œuvres, Vol. 31, pp.145-153.