Contribution
au Séminaire Communiste International
'Crises économiques et possibilité d'une crise mondiale majeure'
Bruxelles, 2-4
mai 2002
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Italie
Assemblée
nationale anticapitaliste
Comité
pour la Paix et la Solidarité entre les Peuples
Guerre
et crise.
Le 'terrorisme': une arme à laquelle l'impérialisme recourt systématiquement
L’arme systématiquement utilisée par l’impérialisme afin de caractériser l’actuelle situation mondiale… Bien des personnes, et pas seulement parmi les gens chargés de la propagande impérialiste, font souvent référence à une cassure entre " avant " et " après ", en ce qui concerne cette journée fatale du 11 septembre 2001. En ce qui nous concerne, en dépit des changements certains qui se sont produits suite aux attentats contre les symboles de la puissance impérialiste à Washington et à New York, une analyse profonde est nécessaire avant d’affirmer que ce qui s’est passé a produit une rupture, une accélération virulente et extraordinaire dans ce qu’on appelle le processus de la globalisation impérialiste. Cette distinction n’est pas superflue si nous réfléchissons à ceux qui pouvaient tirer profit de la création et du maintien d’une situation limite. Cette situation permet aux autorités impérialistes, et à elles seules, peut-on supposer, de recourir à leur pleine puissance pour agir librement sur l’ensemble des domaines politiques et sociaux de la vie afin d’affronter les dangers, le désordre et le déclin de la société.
Selon un point de vue économique, la propagande impérialiste a constamment mis l’accent sur l’effondrement de l’économie capitaliste mondiale en Amérique, aux Etats-Unis et en Europe, effondrement déterminé essentiellement par les conséquences catastrophiques des attentats de Washington et de New York. Manifestement, nous avons ici affaire à un mensonge microscopique et les attentats pourraient avoir entraîné un effet psychologique négatif sur les vols de ligne et sur le tourisme, alors que les bourses du monde impérialiste subirent un contrecoup temporaire, sans plus.
Les actes du 11 septembre n’ont pas été des actes soudains, mais ils tirent leur origine dans les plaies d’un organisme malade dans ses structures et en plein déclin en raison des contradictions qu’il développe depuis très longtemps. L’économie américaine et, partant, l’économie mondiale, a entamé sa dépression bien avant les attentats du 11 septembre, en dépit des mensonges et des déclarations hypocrites exprimés par diverses institutions économiques et financières de l’impérialisme. La cause est un phénomène cyclique, inévitable dans le système de l’exploitation impérialiste, et qui a pour nom " crise " ou, mieux, " crise de surproduction du capital ", si nous voulons appeler les choses par leur nom.
Le fait de dissimuler cette réalité et d’affirmer le rôle d’un élément dépendant, mais extérieur au système, vise à obliger les prolétaires du monde entier, à commencer par les prolétaires américains, à affronter seuls tous les sacrifices et coups durs qu’on leur inflige, de combattre, prétendument par " devoir patriotique ", le mal absolu qui s’obstine contre l’humanité. Quoi qu’il en soit, si l’" appel patriotique aux armes " doit demeurer sans effet, le climat de chantage fera en sorte qu’il sera bien plus malaisé aux prolétaires du monde entier de découvrir les causes véritables et, surtout, de se mobiliser contre le véritable responsable de la détérioration accélérée et persistante de leurs conditions de vie et de travail. Si nous nous concentrons sur les aspects militaro-politiques de la question tels que les a définis le système impérialiste au lendemain du 11 septembre, la continuité devient plus évidente. Tant dans l’agression impérialiste contre la Yougoslavie que dans la guerre du Golfe, nous trouvons la même argumentation terroriste que celle utilisée par la coalition impérialiste pour organiser et justifier le génocide criminel du peuple afghan. La tendance est à la mise en place d’un corps de police international, habilité à recourir à la " violence légale " contre tous ceux qui s’opposent aux plans impérialistes ou qui les entravent. Leur but est de légitimer le concept de " guerre juste " ou de " guerre sainte " afin d’avoir le droit de châtier leurs opposants où qu’ils se trouvent. Même par son ampleur, l’évolution entamée avec la guerre du Golfe est évidente. Nous avons affaire ici à une guerre sans risques ni pertes du côté des puissants impérialistes, et à des guerres de terreur contre des civils (chez qui les pertes sont plus importantes qu’au sein même des forces armées), incapables de résister à de telles guerres technologiques et à un ennemi aussi insaisissable. Il y a progression, dans les guerres terroristes, dans le sens réel de ce terme, qui tire sa base historique dans les crimes impérialistes commis à Hiroshima et Nagasaki. Nous ne disons pas que les deux guerres mondiales impérialistes étaient différentes dans leur essence même, mais il y avait une sorte de règles et de limites qui menaient les belligérants à éviter l’hostilité absolue et le côté profondément criminel de l’ennemi. Aujourd’hui, nous devons prendre comme point de départ une autorité impérialiste légitime, dirigée par les Etats-Unis, et qui détient le monopole absolu d’un pouvoir qu’elle entend exercer sur le monde entier. La guerre est un choix nécessaire dans la phase de crise profonde que traverse le système impérialiste.
La " nouvelle " guerre que les impérialistes pourraient mettre sur pied et déclencher ne se terminera pas par une seule bataille ni un seul front. Ce genre d’opérations ne sera d’aucune utilité pour arrêter la crise, même temporairement. Depuis le 11 septembre, General Dynamics, Lockheed, Northrop Grumman, Raytheon et d’autres entreprises faisant partie du complexe militaro-industriel ont connu une hausse de leurs actions. Les dépenses militaires énormes approuvées par l’administration Bush pour l’année 2003 (379 milliards de dollars) réactivent déjà l’économie de cette puissance impérialiste. Néanmoins, il s’agit de frais improductifs, pour une économie qui renonce à accroître – et qui ne le peut, stratégiquement parlant – le moindre impact positif sur l’économie impérialiste mondiale.
Ce qui est recherché, c’est le développement d’une opération d’ampleur mondiale et de longue haleine qui inclura des mesures d’ordre économique, social, politique, juridique, diplomatique et manifestement idéologique en vue de sauvegarder et de consolider la domination à l’échelle mondiale du pouvoir impérialiste, conformément à ses plans d’hégémonie déjà exprimés. Afin de justifier idéologiquement ces plans, le pouvoir impérialiste américain recourt à l’argument de la guerre contre le terrorisme. Les diverses administrations américaines n’ont pas attendu le 11 septembre pour établir des fichiers de personnes, de groupes politiques, de partis et même de pays définis comme étant " terroristes ", en vue de décréter des embargos, de bloquer des crédits, d’organiser des états de siège diplomatiques, de justifier des attaques militaires ou, en un mot, de supprimer tous ceux qui pourraient être perçus comme une menace contre la domination américaine.
Lors de la déclaration télévisée de l’" empereur " George W. Bush, le 20 septembre, le chantage de sa mise en garde – " avec nous ou avec les terroristes " -, était adressé au monde entier et il est difficile de ne pas le prendre au sérieux quand on sait qu’il s’appuie sur l’arsenal le plus puissant et le plus sophistiqué de la planète. Le spectre des " auteurs d’attentats terroristes " se répand largement et l’épée de Damoclès pend sur la majorité de l’humanité, subjectivement hostile à, ou objectivement exclue par, les plans visant à maintenir en place le système impérialiste. La conception matérialiste du monde disait que les idées défendues par une masse importante, allaient se transformer en force irrésistible, en force matérielle.
Selon les impérialistes, la lutte idéologique pour la conquête des masses repose sur la terreur et la menace, habituellement efficaces lorsqu’elles sont appliquées par le camp qui détient le monopole du pouvoir, et sur leur manipulation, orchestrée via le contrôle monopoliste des médias de masse.
La structure idéologique repose essentiellement sur l’appropriation et la propagande des instruments idéologiques et politiques indépendants. A notre avis, dans toute situation, en toute circonstance, il est possible et nécessaire de développer une analyse de classe, un examen critique de la " pensée unique " que la classe dominante tente d’imposer. Si, aujourd’hui, l’impérialisme montre son véritable visage sans la moindre réticence, cela signifie qu’il compte sur le fait qu’aucune voix critique n’a aujourd’hui la force d’exploiter la duplicité évidente et les contradictions mêmes du système.
C’est pourquoi, en ces jours d’inquisition et de chasse aux sorcières, il convient que nous commencions à concentrer notre attention sur ce concept de " terrorisme ", tel qu’on l’utilise en faveur de la paix dans un présent marqué par l’agression impérialiste. Il nous faut combattre la simplification des concepts et la perte de leur contexte spatio-temporel, bref, toutes les caractéristiques de l’offensive maccarthiste et manichéenne à laquelle nous sommes confrontés pour l’instant.
La violence en tant que soutien de l’exploitation de l’homme par l’homme
Tout d’abord, si nous devons suivre une méthode d’analyse scientifique sans entrer dans l’actuel labyrinthe des définitions génériques, nous mettrons l’accent sur un point de vue général, en cherchant les origines de ce phénomène historique connu sous l’appellation de " violence ", avec la violence terroriste considérée, dans certains cas, comme méthode particulière.
La propagande impérialiste considère qu’il s’agit du mal absolu, du premier acte de violence contenu dans le péché originel et à avoir influencé l’histoire du genre humain. Les hommes sont divisés en deux catégories, les êtres humains et les êtres bestiaux, le bien et le mal, les moutons et les loups. Selon la religion chrétienne, seul un juge universel peut se charger de cette classification, même si, à diverses périodes de l’histoire, des tas de gens sur terre s’en sont eux-mêmes occupés.
En fait, l’usage de la force en tant qu’élément principal des relations sociales, est lié à l’apparition des classes sociales et de la guerre des classes. Il s’est développé en relation avec la propriété privée et l’exploitation du travail des humains. En fait, il était impossible de persuader par des méthodes pacifiques les premiers esclaves de travailler pour un maître. Il aurait été impossible de faire travailler la majorité des gens au profit d’une minorité sans un système permanent de coercition. Quoi qu’il en soit, l’usage de la force et des armes n’aurait pas suffi, sans la soumission économique de l’esclave à son maître.
L’esclave avait été dépossédé de ses moyens de subsistence. Dès le début, la violence donna lieu à l’exploitation de l’homme, même si elle ne fut pas sa cause originelle. Toutes les organisations sociales avaient besoin de la violence pour garantir leur propre survie et l’Etat lui-même n’était autre qu’une forme organisée de la violence. A l’époque, il n’y avait pas encore de division en classes sociales – le moment même où apparut cette division, ce fut à l’apparition des esclaves et des maîtres – et il n’y avait pas besoin de système pour soumettre les gens par la violence. Ce système, c’est ce que nous appelons l’Etat.
Les classes dirigeantes ont toujours essayé de dissimuler la nature réelle du système sous des questions religieuses ou philosophiques. Ce système, cette élite qui dirige le monde, aura toujours besoin de la violence et l’utilisera toujours, même si les instruments de la coercition peuvent changer : depuis les armes primitives aux armes modernes, bénéficiant de la technologie la plus sophistiquée. Chaque époque a son propre armement. Aujourd’hui, selon la nouvelle idéologie, ou disons plutôt mythologie, de la classe moyenne dirigeante en ce qui concerne la " globalisation ", tous les problèmes liés à l’idée de l’Etat qui, nous l’avons vu, constituai le point principal de la lutte entre les classes, sonr terminés. Les Etats nationaux aimeraient se présenter comme une réminiscence du passé, défiée par la libre circulation du capital multilatéral.
Sans revenir sur nos considérations concernant la " globalisation ", que l’on ne peut considérer comme un nouveau stade post-impérialiste mais comme la dernière expansion mondiale du capital à avoir débuté sous l’époque impérialiste, nous aimerions analyser les caractéristiques modernes propres à l’Etat capitaliste.
Il ne fait aucun doute que la forme historique de l’Etat-nation traverse actuellement une crise, encore accentuée par la modification de certaines de ses fonctions. Il n’y a pas de gouvernement national, ou d’Etat national, dans le monde, qui dispose de suffisamment de ressources pour se libérer totalement de l’économie mondiale, dominée par le flux des capitaux financiers sur les marchés.
Ici réside la contradiction : les Etats et leurs gouvernements, par les nombreuses mesures qu’ils ont prises, ont permis et renforcé l’action du capitalisme international.
D’une part, l’internationalisation de l’économie provoque la crise de l’Etat-nation et la réfute; d’autre part, ni l’Etat-nation ni l’internationalisation de la vie économique ne peuvent être annulés; ils peuvent tout juste nourrir leur crise l’un l’autre, du moins aussi longtemps que l’économie mondiale sera régie par un système capitaliste.
La forme de l’Etat-nation est historiquement liée aux rapports de production du capitalisme et ne disparaîtra qu’avec l’abolition de ces mêmes rapports. Dans l’intervalle, la contradiction entre la nature mondiale de la production mondiale et l’Etat-nation, de même que la division entre nations qui oppriment et nations opprimées, s’approfondit de plus en plus et cause des déflagrations de plus en plus destructrices.
Cet Etat-nation, qui devrait être révolu, est en même temps absolument nécessaire pour protéger les intérêts du capital national sur les marchés internationaux et, surtout, pour se protéger lui-même contre l’" ennemi domestique " (ou ennemi intérieur), c’est-à-dire les masses populaires appauvries par le parasitisme de l’oligarchie financière internationale.
L’Etat représente le moyen d’établir les réglementations des marchés financiers, la privatisation, la flexibilité du travail et les licenciements. Dans certaines de ses fonctions, l’Etat-nation s’affaiblit s’il est soumis à des centres supranationaux du pouvoir. Mais dans d’autres fonctions, il gagne en pouvoir, en particulier dans son rôle consistant à contrôler et opprimer les masses.
En résumé, malgré la " fin des idéologies " claironnée par les mythologies impérialistes, l’analyse de la société confirme la validité et la modernité de la théorie marxiste, qui affirme que la véritable nature, le véritable but de l’Etat est de maintenir le pouvoir de la classe dominante. L’Etat et la question du pouvoir de classe ne peuvent être résolus sans l’abolition des conditions historiques et matérielles qui leur ont donné naissance et qui les soutiendront toujours.
Le " terrorisme d’Etat "
La violence de l’Etat est à la base de la violence de l’homme. Durant l’époque féodale et celle de l’esclavage, le but était de soumettre la majorité de la société aux lois et aux règles qui visaient un même résultat : préserver le pouvoir des propriétaires terriens sur les paysans, les esclaves et les serviteurs. A l’époque capitaliste, on ne fait plus référence à la nature divine de l’Etat, mais à sa prétendue impartialité.
Avec les changements qui se sont produits dans les rapports de production et l’abolition de l’esclavage, les " citoyens " semblent égaux devant la loi, qu’ils détiennent les moyens de production, les terres et les ressources de la société industrielle développée, ou qu’ils ne possèdent que leur seule capacité de travail. La tromperie est évidente : il n’y aura jamais égalité aussi longtemps qu’il y aura exploitation d’autres travailleurs. C’est la raison pour laquelle l’Etat capitaliste et impérialiste multiplie ses appareils spéciaux : pour dissuader et supprimer toute menace envers le système. A l’époque impérialiste, et en particulier au cours des années qui ont suivi la désintégration du système socialiste européen, on a mis en place un système de répression à l’échelle mondiale reposant sur un réseau d’espionnage (parlons donc du fameux système " Echelon " !) et qui n’est pas sans rapport avec la multiplication des dépenses pour les prisons spéciales, les groupes spéciaux de police et les corps militaires tout aussi spéciaux. Dans un même temps, l’appareil répressif et préventif de l’Etat s’est armé de méthodes, structures et organismes cachés qui ont exercé une violence répressive en même temps que la violence " légale " du système de la classe moyenne démocratique, violence légitimée par le système lui-même. L’histoire de tout pays capitaliste est truffée de ces opérations secrètes menées par ces structures parallèles : assassinats, enlèvements, tortures, sabotages, massacres, détabilisation économique et politique de certains pays, en un mot : TERRORISME D’ETAT.
Il n’est pas facile de définir les limites et différences entre la violence " légale " et la violence " occulte ". Parfois, l’Etat lui-même lève le secret sur ses " sales besognes ", faisant porter le chapeau à l’un ou l’autre de ses " services secrets dévoyés ", c’est-à-dire dévoyés par rapport à la violence officielle, comme cela s’est fréquemment produit dans notre pays, l’Italie.
Le concept de " terrorisme " même est difficile à définir en détail, puisque chaque classe, à chaque époque historique différente, sort sa propre définition de ce phénomène. Par exemple, comment ne pouvons-nous considérer comme " terroriste " la mort d’un demi-million d’enfants irakiens provoquée par une pénurie de médicaments décidée par les Etats-Unis ? N’est-ce pas du " terrorisme ", le fait que les sociétés pharmaceutiques refusent la distribution libre et gratuite, en Afrique, des médicaments contre le sida, ce qui a provoqué des centaines de milliers et même des millions de morts parmi les hommes, les femmes et les enfants ? N’est-ce pas du " terrorisme ", cette croisade médiatique qui a suivi l’effondrement des tours jumelles du WTC et qui a attisé les haines, le souci de vengeance, la xénophobie, l’irrationalité, la terreur, etc., tout un éventail infini de mensonges visant à terroriser l’humanité ?
Mais insistons une fois encore sur le sens " habituel " de terrorisme, dont nous pouvons trouver maints exemples. Et ils étaient vraiment très nombreux, ces exemples, lorsque l’ancien président américain Gerald Ford, en 176, signa un décret qui fut ensuite ratifié par Carter et Reagan et qui interdisait aux espions américains – de la CIA et consorts – d’assassiner des gens à l’étranger.
Cela ne signifie nullement que le décret fut observé, mais l’arrogance impérialiste n’avait nul besoin d’encore cacher ses besognes. Aujourd’hui, cette interdiction est tombée dans l’oubli : les forces spéciales américaines – Delta Force, SEAL, CIA, FBI –, ainsi que leurs alliés impérialistes, les SAS britanniques, peuvent tout mettre en œuvre pour combattre l’ennemi afghan et tous les autres où qu’ils soient. Les services américains ont clairement déclaré qu’ils allaient diffuser de fausses informations et occulter les vraies, puisque nous avons affaire à une sale guerre qui doit être menée avec tous les moyens nécessaires. Quant à ces moyens, c’est-à-dire le recours n’importe où à des moyens terroristes, on sait que les Etats-Unis n’ont jamais hésiter à faire la guerre contre tous ceux qui s’opposaient ou résistaient à leur domination impérialiste. La date même du 11 septembre marquait l’anniversaire du coup d’Etat au Chili contre le gouvernement légal de Salvador Allende, coup d’Etat dirigé par l’administration américaine, dont les exécutants étaient Pinochet et sa clique militaire et qui se traduisit par des milliers d’exécutions et de disparitions, c’est-à-dire par un lourd tribut social, politique et humain pour le peuple chilien soumis à quinze années de dictature.
Le fameux " Plan Condor ", lancé par la CIA pour faire face au mouvement révolutionnaire en Amérique latine, allait se traduire par des actions terroristes en Argentine, en Uruguay, au Paraguay, etc. Durant la guerre froide – entre 1948 et 1989 –, les Etats-Unis organisèrent une croisade contre le communisme, laquelle se mua en une guerre de massacres causant des milliers de victimes. Citons la liquidation des communistes iraniens, les 200.000 morts au Guatemala, le million de communistes indonésiens liquidés, toutes ces pages horribles de l’histoire écrite de l’impérialisme américain ces dernières décennies, sans oublier les horreurs des guerres du Viêt-nam (entre 1952 et 1975). Lorsqu’il était question de lutter contre le mal et au profit des administrations américaines, il n’était immoral de soutenir des terroristes… Par le biais de la CIA, les Etats-Unis ont projeté sabotages, attentats, assassinats, enlèvements. Des dizaines d’actions furent planifiées contre le socialisme cubain, tel l’attentat crapuleux contre le vol civil en direction des Barbades (73 passagers avaient perdu la vie), le soutien apporté aux forces contre-révolutionnaires, comme à Escambray ou lors de l’invasion de la Playa Giron, sans oublier les centaines de tentatives d’assassinat sur la personne de Fidel Castro. Les mêmes méthodes furent utilisées au Nicaragua pour soutenir les " contras " en vue de provoquer l’effondrement des institutions révolutionnaires (les Etats-Unis furent même condamnés par le tribunal international de La Haye pour avoir miné les ports). Le même soutien aveugle fut accordé aux forces terroristes du Guatemala et du Salvador sous forme d’armes ou de versements de millions de dollars aux escadrons de la mort, comme ce fut le cas au Honduras. L’invasion de Panama, en 1989, fut présentée comme une action internationale de justice. En Afghanistan, soutenus par le Pakistan et l’Arabie saoudite, les Etats-Unis mirent sur pied des " Brigades islamiques " afin de combattre l’URSS et le gouvernement local (les combattants de la liberté). Ils soutinrent ainsi Osama Bin Laden, pas encore catalogué comme terrroriste. Au Moyen-Orient, ils apportent un soutien inconditionnel et honteux à la politique raciste, anti-arabe et terroriste de l’Etat sioniste. Il est absolument impossible de passer en revue tous les crimes commis en Afrique ou n’importe où ailleurs, dans le but de combattre des luttes de libération, non seulement dans le Sud pauvre du monde, mais même dans l’hémisphère nord. Le terrorisme n’est pas " l’arme des pauvres ", mais une action cachée soutenue, financée et développée par l’Etat afin de sauvegarder son pouvoir et sa domination. L’Etat entretient une violence à la fois légale et illégale qui tire son origine dans la nature coercitive même de ses institutions. Parfois, la violence des Etats-Unis est même autodirigée, afin de manipuler des événements particuliers. Lorsque le Reichstag fut incendié par des agents de la Gestapo, l’opposition communiste fut accusée d’avoir créé l’état d’urgence qui déboucha sur l’attribution à Göring de pouvoirs spéciaux et sur la politique de l’impérialisme nazi. De même, le président Roosevelt était lui aussi au courant de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor quelques jours avant qu’elle ait lieu : 2.400 victimes furent sacrifiées afin de pousser le peuple américain à soutenir l’intervention militaire contre les forces de l’Axe. Ce fut également la méthode utilisée dans le cas de l’auto-incendie du " Maine ", en 1898, dans le port cubain de La Havane. Cet incident fut le cheval de Troie qui permit aux Etats-Unis de jouer un rôle majeur et de déclencher une intervention militaire à Cuba, en 1899. Au cours des prochaines décennies, il est possible que des centaines d’essais expliqueront ce qu’il y avait derrière les attentats du 11 septembre. Aujourd’hui, quoi qu’il en soit, il est clair que ces attentats ont permis la réalisation de plusieurs objectifs stratégiques, tels l’élimination du régime taliban et de l’Afghanistan, la réactivation du complexe militaro-industriel, la reconnaissance de la présence américaine en Asie centrale et, en dernier lieu, mais pas des moindres, l’absolue concrétisation d’une hégémonie impérialiste mondiale à l’avantage des Etats-Unis. Le pouvoir impérialiste revendique le droit d’utiliser n’importe quelle arme, y compris celles qui sont interdites par les traités internationaux : nucléaires, chimiques, bactériologiques. Grâce au monopole de la technologie militaire, la geurre se transforme en massacre de victimes dociles, incapables de réagir avec les mêmes moyens. Finalement, grâce à la justification idéologique de l’agression, le droit impérialiste à appliquer des châtiments sans la moindre discrimination a été institutionnalisé, de sorte que tous ceux qui osent s’opposer à l’ordre impérialiste mondial vont devoir affronter un chantage. Le message est le suivant : Appliquer la terreur à tous ceux qui ne se soumettent pas inconditionnellement aux ordres impérialistes. Par conséquent, nous pouvons nous demander si l’usage de la violence doit être universellement condamné ou s’il existe une violence légitime. Certains parlent de " violence terroriste " chaque fois qu’un jeune Palestinien lance une pierre contre les occupants sionistes ! Ou lorsqu’un jeune Italien qui se protège des charges policières renvoie un extincteur qu’on vient de lui balancer à la tête. Les lois coercitives de l’Etat peuvent même statuer que la balle dans la tête qui a provoqué la mort de Carlo Giuliani était une " réponse légitime ". Dans une société divisée en classes, la seule violence légale est celle appliquée par la classe dirigeante par le biais de son appareil politique de coercition, lequel a pour but de sauvegarder sa domination.
La violence révolutionnaire
A l’instar de la violence de l’Etat, utilisée par les classes exploiteuses pour maintenir leur contrôle de classe, la violence des classes opprimées se révèle comme l’une des manières par lesquelles le conflit se développe, c’est-à-dire la lutte entre les classes.
" Toute l’histoire abonde en tentatives incessantes des classes opprimées pour renverser l’oppression. L’histoire de l’esclavage connaît des guerres de dizaines d’années pour l’affranchissement des esclaves. (…) Spartacus fut l’un des principaux héros d’une des plus grandes insurrections d’esclaves (…). Plusieurs années durant, l’Empire romain, entièrement fondé sur l’esclavage et qui semblait tout-puissant, fut secoué et ébranlé par une formidable insurrection d’esclaves qui s’armèrent et se rallièrent, sous la conduite de Spartacus, au sein d’une immense armée. (…) Ces guerres civiles jalonnent toute l’histoire de la société de classes. "(1)
La bourgeoisie adopta abondamment la violence comme méthode de lutte, laquelle allait s’avérer décisive pour abattre le régime féodal et imposer le système capitaliste de production ainsi que le pouvoir de la classe boruegoise. Afin de franchir ce pas historique, qui constituait un progrès d’une importance majeure dans l’histoire de l’humanité, il fallait que les révolutions bourgeoises s’opèrent.
Les Etats-Unis, aujourd’hui la puissance impérialiste dominante, naquirent avec la révolution de 1776, treize ans avant la révolution française. Personne ne peut réfuter, bien que de très nombreuses personnes semblent l’oublier, que ces deux révolutions démocratiques furent loin d’être " pacifiques ". Au contraire, elles recoururent abondamment à la violence et à la terreur contre les classes dirigeantes.
" La violence agit selon un point de vue révolutionnaire, précisément dans ces moments critiques et décisifs qui inaugurent une nouvelle société (…) "(2)
" La violence dans ce cas a un rôle bien distinct, dans l’histoire, un rôle révolutionnaire et, comme le dit Marx, son rôle dans la vieille société est celui d’une sage-femme qui met au monde une autre société, le rôle d’un instrument avec lequel vous gagnez le mouvement social et venez à bout de ces formes politiques qui sont mortes et fossilisées (…) " (3)
Aujourd’hui, la bourgeoisie impérialiste qui, historiquement, est devenue une classe réactionnaire et en déclin, essaie désespérément de détruire l’histoire et la science en déclarant qu’elles sont " finies ". Il nous faudrait vivre, s’il faut en croire la propagande impérialiste, dans une ère inhabituelle, caractérisée par la " fin des révolutions ". Le système impérialiste, en raison du contrôle certain qu’il exerce aujourd’hui sur le monde, serait le dernier et éternel système social et, par conséquent, les révolutions sont considérées comme inutiles et utopiques en tant que moyens de libération et d’émancipation des classes et peuples opprimés.
Du point de vue de la théorie scientifique en tant que telle, il serait extrêmement aisé de contredire une telle absurdité métaphysique. Il y a cependant quelques éléments historiques, sur lesquels elle repose, qui valent la peine qu’on les commente. D’une part, si ce mythe impérialiste a repris une nouvelle fois vigueur, la chose a été provoquée par l’effondrement catastrophique du système socialiste en Europe, qui a été " capitalisé " par les impérialistes qui, en termes théoriques, ont provoqué son effondrement, avec leur propagande omniprésente, avec une espèce de " preuve historique " de la supériorité du système capitaliste et qui, en termes pratiques, ont eu la possibilité d’installer de fait le pouvoir écrasant du contrôle impérialiste. D’autre part, cependant, l’élément qui a permis, ces deux dernières décennies, ce mythe du caractère immuable du capitalisme, a été la faiblesse du mouvement révolutionnaire qui, de tous temps, a toujours exprimé le besoin et la volonté de libération des classes et peuples opprimés.
Une faiblesse qui doit faire face, comme cela a toujours été le cas dans l’histoire, à la naissance parallèle des idées et choix réformistes apportant un message modéré, promouvant de légers changements censés rendre le système d’exploitation et d’oppression plus gérable. Les idées réformistes existaient à l’époque de l’esclavage, de la même façon qu’existait la bourgeoisie non révolutionnaire. Il y eut toujours des mouvements qui se développèrent, en présence de conditions sociales bien précises, parallèlement au mouvement révolutionnaire, en tant que " sous-produits " de ce mouvement révolutionnaire, pourrions-nous dire, mais la condition fondamentale de leur développement a toujours été l’existence de conditions économiques bien précises.
Dans l’ère capitaliste, la période des réformes a coïncidé avec la première et la seconde phases de la globalisation des rapports capitalistes (4), avant la Première Guerre mondiale et après la Seconde Guerre mondiale. C’étaient des époques d’expansion industrielle qui ne trouvèrent pas un obstacle dans le capital financier, mais un sacré coup de pouce, au contraire.
Cette expansion coïncida, dans sa première phase, avec la colonisation du " tiers monde " et, dans sa seconde phase, avec une nouvelle colonisation de ce même tiers monde, dans des formes qui correspondaient davantage aux besoins de l’expansion impérialiste. Sans cette expansion industrielle, combinée au pillage des pays dépendants, les conditions pour faire ces concessions économiques et sociales aux travailleurs des pays industrialisés et, par conséquent, pour permettre le développement des idées réformistes, n’auraient pas existé.
A l’heure actuelle, la " belle époque " du capitalisme semble plutôt appartenir au passé. L’expansion prolongée des trente années de boum économique s’est elle-même muée en une crise de surproduction sans précédent. La crise a incité le capital excédentaire à chercher de nouvelles directions, découvertes essentiellement dans la spéculation financière à l’échelle planétaire.
Le énième cycle de pillage des pays dépendants se produit en rassemblant les superprofits du secteur financier et parasitaire et, de façon dégressive, ceux du secteur industriel, le seul qui pouvait permettre une politique de concessions réformistes. La crise de suraccumulation est la cause du chômage organique, en hausse dans les pays du Centre impérialiste mais, dans un même temps, il est impossible et plus qu’impensable, de faire marche arrière vers le néo-keynésianisme en tant que stratégie économique impérialiste.
De là, les politiques barbares du néolibéralisme, qui ne promettent que catastrophes pour les prolétaires du Nord et les masses populaires du monde entier, particulièrement celles des pays de la périphérie. La stratégie néolibérale elle-même, toutefois, dévoile ses énormes limites et contradictions dans les termes de sa mise en pratique et de sa capacité à être dirigée, comme l’a déjà annoncé l’ouragan qui s’est déclenché en Asie, en 1997, et comme le confirme à profusion l’actuelle catastrophe qui frappe l’Argentine.
Tout ceci pour dire qu’il n’y a pas moyen de sortir de la crise capitaliste si l’on reste dans les limites des actuels rapports de production et que, en d’autres termes, en cette ère supposée de la " fin des révolutions ", ceux qui défendent la pensée unique en vogue actuellement aimeraient décrire comme les élucubrations utopiques de groupuscules de révolutionnaires, alors qu’en réalité ces mêmes révolutionnaires font preuve de bien plus de réalisme historique que les propositions démagogiques de réformes progressives de l’actuel système capitaliste.
Dans certains moments historiques, ce sont les réformistes, que l’on devrait taxer d’" idéalisme " !
Il convient de rappeler que les révolutionnaires de l’époque moderne, les communistes, qui luttent pour le renversement du système capitaliste, détestent par principe la violence en tant qu’instrument des relations entre homme et lutte, en premier lieu, que la pire violence et la plus totale qui soit est celle qui se trouve à la base du système capitaliste, et que cette violence n’est autre que l’exploitation et l’oppression de l’homme par un autre homme. *
L’existence humaine, dans le mode de pensée communiste, est un bien suprême et incommensurable si on tente de la comparer à toute autre forme de " richesse ". Le but et le " rêve ", c’est la participation à la transition nécessaire de la préhistoire à l’histoire de l’humanité. De la préhistoire, faite de violence et de terreur, à l’histoire, dans laquelle ce sera l’homme, et non le profit, la satisfaction de ses besoins et de ses aspirations, qui constitueront le but et la préoccupation majeurs. La société tout entière tournera autour de ces objectifs, de même que les relations entre les " hommes nouveaux ", qui reposeront sur la collaboration et l’aide mutuelle.
La lutte de la classe prolétarienne, celle que les communistes mènent, possède une caractéristique particulière qui la rend différente des précédentes luttes. Le prolétariat, au contraire de ce qui s’est produit dans les précédentes luttes de classes, ne lutte pas pour établir un nouveau contrôle de classe, mais pour éliminer toute forme de contrôle de classe. " Le prolétariat ne crée une nouvelle forme de possession, mais continue à transformer la possession créée par l’économie capitaliste, la plaçant dans les mains de toute la société. C’est de ceci que résulte l’illusion de croire que le prolétariat sera en mesure d’atteindre, dans l’actuelle société bourgeoise, le pouvoir économique ; il ne peut que prendre possession du pouvoir politique et, ensuite, supprimer la possession capitaliste. " La question de l’Etat, de la conquête du pouvoir politique, le sujet le plus important dans la lutte du prolétariat en vue de sa libération et ce qui, historiquement, a poussé les communistes à aborder le problème de la violence révolutionnaire. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de précédent, de par le monde, d’une classe dirigeante disposée à renoncer à ses propres privilèges et à céder son pouvoir de façon pacifique.
Bien qu’en fait les communistes soient les derniers à vouloir user de moyens violents pour faire tomber le pouvoir de la bourgeoisie impérialiste – qui repose sur l’exploitation de l’humanité tout entière –, ce choix " ne dépend pas de nous, mais bien de nos ennemis ".
Dans ce contexte, " ceux qui pensent avoir la possibilité de conduire la société vers le socialisme de façon pacifique, sans cataclysme, ne marchent pas sur le terrain de l’histoire ".
" Le socialisme s’oppose à la violence exercée contre les nations. Cela ne fait aucun doute. Mais le socialisme, en général, s’oppose à la violence exercée contre les hommes et, malgré ceci, en dehors des anarchistes chrétiens et des disciples de Tolstoï, personne d’autre n’a déduit de ceci que le socialisme s’oppose à la violence révolutionnaire. "
Antonio Gramsci a exprimé la majeure partie de ses contributions novatrices à la théorie révolutionnaire dans l’analyse de l’Etat des pays impérialistes et des conséquences de ses caractéristiques dans la stratégie révolutionnaire, mettant en évidence l’importance du consentement, qui devient un élément indissociable de la coercition, afin de maintenir la domination de classe. Faisant référence aux démocraties bourgeoises, il affirmait avec une extrême clarté que, durant les périodes calmes, " l’armée peut restée cantonnée dans ses casernes (…) [mais que] l’élément fondamental du pouvoir d’une classe dans un système parlementaire demeure la coercition, même si la culture peut sembler prépondérante ". Il est fondamental de comprendre dette relation dialectique puisque, historiquement, lorsqu’une crise révolutionnaire commence à se développer au sein de la structure du pouvoir bourgeois, l’élément dominant a nécessairement effectué un glissement " de l’idéologie à la violence. Le coercition s’avère, dans un même temps, déterminante et prépondérante en période de crise et l’armée, inévitablement, prend le premier rang sur la scène de la lutte des classes ", dans la perspective de l’instauration réelle du socialisme.
" Deux conclusions pratiques importantes dérivent de ceci : la première, que la classe révolutionnaire, afin de remplir sa mission, doit savoir comment utiliser toutes les dimensions, tous les aspects, dans la moindre exception, de l’acticité sociale (…), la seconde, que la classe révolutionnaire doit être préparée à remplacer une dimension, un aspect, par l’autre, et rapidement.
" Tout le monde devrait être d’accord avec le fait qu’il serait insensé, voire criminel, de diriger une telle armée si elle n’était pas préparée à dominer tous les types d’armes, tous les moyens et méthodes de combat que possède l’ennemi ou qu’il peut posséder. Mais cette vérité est encore plus applicable à la politique qu’à l’art militaire proprement dit. En politique, il est encore plus difficile de savoir à l’avance quelle méthode de combat il conviendra d’appliquer favorablement dans pareilles ou autres circonstances futures.
" Si nous ne maîtrisons pas toutes les méthodes de lutte, nous pouvons courir le risque de subir une énorme défaite – parfois décisive – si certains changements dans la situation des autres classes, indépendants de notre volonté, imposent au programme une ampleur d’action pour laquelle nous sommes particulièrement faibles. Si nous maîtrisons toutes les formes et ampleurs du combat, notre victoire sera certaine, pour autant que nous représentions les intérêts de la classe révolutionnaire véritablement préparée, même si les circonstances nous empêchent d’utiliser les armes les plus dangereuses contre l’ennemi, les armes susceptibles de lui porter des coups mortels avec la plus grande rapidité (…) "
C’est l’une des multiples occasions où le grand dirigeant de la première révolution prolétarienne victorieuse amis en théorie la violence révolutionnaire comme l’une des dimensions de la lutte, parmi les diverses dimensions qu’assume la lutte prolétarienne, dialectiquement parlant, en fonction des circonstances. " La guerre est la continuation de la politique, mais avec d’autres moyens " et, dans cette logique, les dirigeants des stratégies révolutionnaires victorieuses se sont mis en route, en couvrant et excluant d’autres voies d’abord, dans le but de démontrer clairement que la violence n’était pas une voie choisie par les révolutionnaires, mais préétablie par l’ennemi.
Ce n’est que lorsque des parties importantes de la classe opprimée assument la conscience de ce que les buts révolutionnaires ne sont pas seulement nécessaires, mais qu’il est également possible de les réaliser, qu’elles seront incorporées à la lutte révolutionnaire et, dans ce processus, le rôle de l’avant-garde révolutionnaire est d’orienter et de diriger les masses, et non de les abuser – jamais ! – par une substitution subjective du rôle historique de la classe opprimée.
" L’une des erreurs les plus graves et les plus dangereuses des communistes (de même que de tous les révolutionnaires…) consiste à imaginer que la révolution peut passer pour le résultat du seul effort révolutionnaire. Au contraire, pour qu’un travail révolutionnaire aboutisse au succès, il est nécessaire de comprendre et d’appliquer dans la pratique le concept qui dit que les révolutionnaires ne sont capables que de mener à bien un rôle d’avant-garde pour le compte de la classe réellement importante qu’est la classe de l’avant-garde. "
La violence révolutionnaire, la violence qui vise la destruction des anciennes relations d’exploitation et d’oppression, l’instrument qui garantit et protège la fondation et le développement des nouvelles relations sociales, ne peut être que l’expression de la conscience et de la volonté du sujet révolutionnaire, c’est-à-dire de la classe, les masses populaires opprimées.
En d’autres termes, la violence est révolutionnaire lorsqu’elle est soutenue, assumée et pratiquée, dans une dimension organisée, par les larges masses.
" S’il n’y a que l’avant-garde, la victoire est impossible. Lancer l’avant-garde, seule, dans la bataille décisive, lorsque la classe entière, lorsque les grandes masses n’ont pas encore adopté une position de soutien direct à cette avant-garde ou, du moins, de neutralité bienveillante à son égard, démontrant qu’elles sont incapables, dans l’absolu, de soutenir l’ennemi, ne serait pas seulement une absurdité, mais un crime. Afin de permettre à la classe entière, aux grandes masses des travailleurs et des opprimés de parvenir à occuper cette position, la propagande et l’agitation seules sont insuffisantes. Il est nécessaire, pour atteindre cet objectif, que les masses aient une expérience politique. "
Selon ces lignes générales, les diverses stratégies révolutionnaires ont été établies et appliquées victorieusement durant la lutte séculaire des classes opprimées contre le système capitaliste, qu’elles aient reposé essentiellement sur les insurrections dans les centres urbains ou dans la stratégie de la guerre de guérilla. Dans les deux cas, des " actions d’avant-garde " sont envisagées qui, en accord dialectique avec les conditions concrètes, fonctionnent essentiellement comme des stimulants (comme des " starters ", des démarreurs, affirme le commandant Che Guevara) à l’incorporation des masses au combat, en plus qu’elles garantissent la défense et le soutien de l’organisation. La violence révolutionnaire ne peut être ni gratuite, ni dénuée de discrimination.
Comme tout acte révolutionnaire important, elle doit être inspirée par la politique, dans la mesure où elle découle de la raison historique. Cela signifie qu’elle ne peut être un but en soi, mais qu’elle doit retenir la juste valeur des effets qu’elle produit, tant dans le camp adverse que dans son propre camp. Si elle aboutit à la dispersion des forces, à l’affaiblissement du moral combatif de l’ennemi, elle doit exercer, en parallèle, des effets inverses au sein même des forces révolutionnaires.
Dans un même temps, elle ne peut échapper à une dimension éthique, dans la mesure où ce binome éthique-poilitique est indivisible et inévitable dans n’importe quel acte révolutionnaire. L’action violente dirigée pour provoquer la terreur, utilisée comme méthode systématique de combat impliquant des personnes innocentes (c’est-à-dire non impliquées dans la lutte), ne peut être considérée comme une action révolutionnaire. La brutalité d’une logique sans discernement est antiproductive, elle peut être aisément instrumentalisée par l’ennemi et elle aliène la sympathie des masses de la cause qu’elle est censée défendre.
Le masque de l’impérialisme est tombé
Utilisant le prétexte des événements du 11 septembre, la propagande impérialiste s’est durcie en menant une offensive sans précédent, un combat idéologique contre les forces révolutionnaires et progressistes du monde entier et en centrant ce combat sur le concept du " terrorisme ".
Grâce au monopole absolu des mass media puissants (et y ajoutant le facteur militaire), les forces de la terreur impérialiste ont réussi à s’assurer le contrôle du dictionnaire au niveau mondial, afin d’imposer des concepts et des contenus, d’obliger à énoncer des problèmes fictifs, créés et manipuler par elles-mêmes et, par-dessus tout, à les traiter exclusivement avec les catégories qu’elles imposent.
Nous ne pouvons assister passivement, et encore moins contribuer au fait que, recourant à l’anathème contre le " terrorisme ", elles criminalisent et agressent " légalement ", dans chaque partie du monde, les luttes de libération des peuples opprimés par la domination impérialiste, comme cela se produit impunément en Colombie, aux Philippines… et cela, même quand, dans les déclarations des Nations unies, il est stipulé que les peuples ont le droit de se battre pour leur indépendance.
Le silence est tout aussi criminel, non seulement en face du massacre scientifiquement planifié du peuple palestinien par le gouvernement terroriste de Sharon, mais également en face de l’arrogance infinie et sans précédent de la manipulation impérialiste qui utilise le terme de " terrorisme " afin de définir l’héroïque résistance des combattants palestiniens. En comparaison avec ce crime impérialiste perpétré impunément en palestine par l’Etat sioniste et qui n’a rien à envier aux horreurs de l’occupation nazie, il n’est pas de manipulation qui ne puisse nier au peuple palestinien ni à son avant-garde le droit inaliénable de résister par tous les moyens possibles à l’assassinat systématique de ses dirigeants, au pillage brutal, à la destruction économique, sociale et physique de la population, en un mot, à l’extermination planifiée par l’occupation sioniste.
Il est inacceptable et, en même temps, contre-productif, que les forces révolutionnaires, les progressistes, les mouvements sociaux du monde entier continuent à soutenir l’offensive, ne faisant référence – quand ils le font – au terrorisme, à la violence, uniquement en termes généraux, métaphysiques, sans distinguer les conditions qui différencient la violence réactionnaire de la violence révolutionnaire. Cette attitude défensive " ne signifie qu’une chose : qu’on se trompe soi-même et qu’on trompe autrui ". Il est vrai que, même si l’on ne considère que le seul point de vie de la lutte idéologique, tout semble renvoyer à l’image du combat entre David et Goliath. Mais, si l’on y regarde à deux fois, dans le mur qui continue de se dresser devant nos yeux, apparaissent de mutliples fissures.
D’où vient donc toute cette agressivité impérialiste ?
" C’est qu’ils comprennent à comprendre que le monde devient de plus en plus impossible à diriger, qu’il ne peut plus être soutenu par la seule magie de leur publicité, qu’ils ont besoin de la force, de plus d’avions, de plus de porte-avions, et de plus en plus sophistiqués, qu’ils doivent déclarer une guerre mondiale et menacer 80 pays (…) [car] ils craignent la rébellion du peuple, ils craignent les mouvements de conscientisation et d’opinion qui ont mené des grandes batailles dans des endroits devenus célèbres et qui leur interdisent presque de se rencontrer (…) C’est pour ces raisons que les promoteurs de cette politique réagissent avec colère et autorité, caressant l’idée d’utiliser une force puissante, apparemment imbattable, afin de semer la panique et la terreur parmi tous les peuples de la terre. " L’autre côté de la médaille, pour la politique impérialiste, c’est que, dans ces circonstances, elle est forcée de dévoiler avec de plus en plus de clarté ses intentions et ses méthodes de combat, en dépit du fait qu’elle est consciente de ce que sa domination sur le monde entier ne peut s’apouyer que sur la suprématie de la force.
C’est de cela que découlent l’intérêt et les ressources puissantes qu’elle doit investir dans sa guerre idéologique. Parce qu’elle sait que dans des conditions bien précises de crise, dans des moments de grande agitation, il est possible d’accélérer la conscientisation politique des masses, lorsque les réels intérêts qui animent la classe dominante apparaissent avec évidence, lorsque chez l’impérialisme, comme c’est le cas aujourd’hui, le masque tombe !
Assemblée nationale anticapitaliste
Comité pour la Paix et la Solidarité entre les Peuples
Italie, 2002
Notes :
(1) V.I. Lénine, De l’Etat, Œuvres, T.29, pp.485-486.
(2) Friedrich Engels, L’anti-Duhring. Ecrits préparatoires. Théorie de la violence, 4e conclusion.
(3) Ibidem, seconde partie, économie politique, attention, vérifier la note en italien, elle se trouve à la dernière page avant le chapitre 5 sur la théorie de la valeur.
(4) Sur ce thème, consultez l’article dans Il Futuro, " Contre la globalisation ou contre l’impérialisme ? "
(5) Il n’est pas inutile de souligner ce qui constituerait une grave erreur : confondre les conditions objectives qui développent à partir des moments de crise du système capitaliste et les situations révolutionnaires, pour le développement desquelles le facteur subjectif est indispensable, c’est-à-dire le développement de la conscience, de la mobilisation et de l’organisation des masses en termes révolutionnaires.
(6) Rosa Luxemburg, Discours sur la liquidation de la société capitaliste, Congrès du Parti social-démocrate d’Allemagne (9-14 octobre 1899).
(7) Rosa Luxemburg, Ibidem.
(8) V.I. Lénine, La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky, Œuvres, T.28, pp.235-336.
(9) Che cos’è l’Internazionalismo.
(10) Antonio Gramsci, Notes sur Machiavel.
(11) V.I. Lénine, La maladie infantile du communisme (le " gauchisme "), Œuvres, T.31, pp.11-116. Chacune des conclusions.
(12) V.I. Lénine, Sur la signification du matérialisme militant "." >Sur la enin "Sul significato del materialismo militante"
(13) V.I. Lénine, La maladie infantile du communusme (le " gauchisme "). Les conclusions.
(14) Sur ce thème, consulter Une stratégie révolutionnaire surpasse toutes les formes de …isme, in Il Futuro.
(15) V.I. Lénine, La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky.
(16) Fidel Castro, Plus tôt que tard, le monde changera, Granma, 22 février 2002.