Contribution
au Séminaire Communiste International
'Crises économiques et possibilité d'une crise mondiale majeure'
Bruxelles, 2-4
mai 2002
www.icsbrussels.org , ics[at]icsbrussels.org
Belgique
Thomas
Gounet,
Parti du Travail de Belgique
De
la crise économique à la guerre mondiale
Les dirigeants de la planète poussent un " ouf " de soulagement. Il est probable que la récession entamée durant la seconde moitié de 2000 et aggravée par les événements du 11 septembre 2001 ne débouchera pas sur une crise économique majeure, telle que le monde en a connue une après le krach boursier de 1929. Il y aura sans doute une reprise. Mais pour combien de temps ?
Car - et c'est l'objet de ce texte - les éléments qui peuvent déclencher un
marasme généralisé s'amoncellent. D'un côté, les capitalistes poussent à l'accroissement
de la production, en créant sans cesse de nouvelles capacités. De l'autre, ils
limitent la consommation des masses. Ce qui aggrave la situation potentielle
de surproduction (1). Sur cette base, le secteur
financier se développe d'une façon démesurée, qui ne correspond plus à la réalité
de la production. L'endettement se détériore aussi bien pour les pays du tiers-monde
que dans les pays impérialistes. Les déséquilibres monétaires et financiers
internationaux sont importants et montrent la fragilité économique croissante
de l'ensemble du système capitaliste. Partout, l'opposition et la résistance
des populations et des travailleurs s'accroissent. A côté des faiblesses économiques
progresse donc également une crise politique et idéologique.
L'ampleur de ces phénomènes nous amène à conclure qu'il n'y a plus que deux
grandes issues au capitalisme dans la situation présente : soit le déclenchement
d'une nouvelle guerre mondiale, provoquée par l'exacerbation de toutes les contradictions
du système, celle-ci étant elle-même poussée par la crise économique actuelle
; soit le renversement du capitalisme et son remplacement par un mode supérieur,
le socialisme.
De toute façon, même la guerre mondiale, avec son cortège d'abominations et de carnages, entraînera un rejet du capitalisme par les populations. Elle accélérera le processus révolutionnaire et, comme les deux précédentes (1914-1918 et 1939-1945), elle sera le point de départ de soulèvements populaires, menant à la destruction des Etats capitalistes et à la construction de leur pendant socialiste.
Si le XXème siècle a vu le combat entre l'impérialisme et le socialisme et que certains ont cru que le premier l'avait définitivement emporté sur le second, le XXIème siècle sera celui de la victoire du socialisme. C'est à cette tâche ou dans le cadre de celle-ci que les communistes de tous les pays doivent travailler.
1973
La crise économique actuelle a démarré en 1973, par une chute importante de la production. Depuis lors, il y a une longue période de stagnation économique caractérisée par les éléments suivants : 1. une croissance fortement atténuée par rapport à celle des années 50 et 60 ; 2. un développement saccadé avec périodiquement des baisses de la production (que l'on peut appeler crises conjoncturelles) ; 3. un chômage et un sous-emploi chronique ; 4. des tensions monétaires et financières constantes. On appellera cette période crise structurelle. Elle se prolonge, dure des années. Pendant tout ce temps, la bourgeoisie ne parvient pas à trouver des solutions adéquates pour en sortir.
Cette situation n'est pas unique dans l'histoire. On la retrouve d'abord entre 1873 et 1895. Fondamentalement, la bourgeoisie européenne résout le problème posé en s'orientant dans la colonisation, qui offre des débouchés, des marchés et des matières premières aux impérialistes. Mais cela engendre une course aux colonies, à l'origine de la Première Guerre mondiale. Ensuite, une seconde crise structurelle apparaît dans les années 20 et 30. Toutes les solutions employées par la bourgeoisie ne débouchent alors qu'à une exacerbation des contradictions du système capitaliste mondial. Le New Deal ne sort pas les Etats-Unis de la crise. Le nazisme lance les impérialistes les uns contre les autres. Il mène une grande offensive contre le socialisme (2). Ainsi, la crise de 1929 aboutit à la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une nouvelle crise structurelle du même type.
1989
En 1989, avec la victoire de la contre-révolution en URSS, la bourgeoisie impérialiste, américaine en tête, a avancé l'idée que toutes les difficultés étaient résolues, que le monde allait vivre dorénavant en paix, en harmonie et dans une atmosphère générale de prospérité pour tous. Déjà, à la fin de 1990, l'économie des Etats-Unis a donné des signes de ralentissement. Le Produit intérieur brut réel (PIB), qui estime la richesse marchande créée en un an, a reculé de plus de 1% en 1991 (3). Cela s'est répercuté en un recul du même type en Europe en 1993 et par un arrêt complet au Japon depuis lors. A la fin de 1994, le Mexique, pays du miracle du tiers-monde, soutenu à bout de bras par Washington, tombe à son tour et doit dévaluer le peso.
1997
Mais, ce qui se passe en 1997 est plus grave encore. Moins de dix ans après les belles promesses d'un capitalisme radieux. La récession née des difficultés de l'Asie de l'Est en juillet 1997 est la plus importante aux dires mêmes des responsables des institutions internationales. En 1998, à Davos, au forum de l'économie mondiale qui réunit chaque année les 2.000 hommes les plus " importants " de la planète, les participants déclarent que le choc présent est le plus important depuis celui des années 30 (4).
C'est la panique aux Etats-Unis. La Russie est gagnée par la fuite massive des capitaux. Celle-ci s'étend en Amérique latine, principalement au Brésil. En septembre, un milliard de dollars sortent par jour du plus grand pays du sud du continent. Aux Etats-Unis, un fonds spéculatif (5), le Long Term Capital Management (LTCM), est virtuellement en faillite. Avec des fonds propres d'à peine 4 milliards de dollars, il avait été capable de lever pour 100 milliards de titres. Essentiellement par emprunt. De ce fait, il menaçait le système bancaire américain. Aussi, Alan Greenspan, le président de la Federal Reserve (6), réunit les grandes banques, qui parviennent en 48 heures à subsidier l'établissement déficient de 3,75 milliards. Lorsque le Brésil est à nouveau touché début 1999, les Etats-Unis forcent le Fonds monétaire international (FMI) d'organiser une ligne de crédit de 41 milliards de dollars, avant même que le gouvernement brésilien ait demandé quoi que ce soit. C'est à ce prix que Washington se protège de la contagion financière. Le Brésil dévalue le réal, entraînant l'Argentine dans sa plus grave crise de son histoire. Mais pas les Etats-Unis. Pas Wall Street (7).
Pendant ce temps, le Japon, deuxième économie mondiale, " miracle capitaliste depuis la Seconde Guerre mondiale ", s'enfonce dans la récession. Depuis dix ans, sa croissance est extrêmement faible. En 2001, c'est la troisième fois depuis une décennie que l'archipel connaît une réduction annuelle de son PIB réel. Plus de 1.000 milliards de dollars ont été injectés par les pouvoirs publics. Sans succès de reprise !
2001
Les choses se précisent aux Etats-Unis. L'autre grande Bourse, le NASDAQ (National association of securities dealers automated quotations system), le marché des titres des sociétés de nouvelles technologies, après que son indice (8) grimpe de 2.700 points en septembre 1999 à 5.000 en mars 2000, dégringole rapidement durant l'année qui suit et l'indice redescend sous la barre des 2.000 points en avril 2001. Cela déclenche une série de restructurations dans les domaines de l'électronique, des télécommunications et autres secteurs réputés créateurs d'emplois. Cela gagne même d'autres industries comme l'automobile où DaimlerChrysler annonce début 2001 qu'il se sépare de 26.000 travailleurs. Pour l'année 2001, 1,2 millions de travailleurs ont perdu leur emploi dans l'industrie manufacturière américaine, le secteur le plus touché par la crise (9). Parmi eux, 188.000 de l'industrie des technologies de l'information, celle qui devait apporter la prospérité et les emplois (10).
C'est dans ce contexte que surviennent les événements du 11 septembre, entraînant l'économie américaine dans son plus grand revers depuis dix ans et portant le chômage officiel à son niveau le plus haut.
Trois types d'explication globales ont l'ambition de comprendre ce phénomène de crise structurelle.
La première affirme que cette période n'est jamais qu'une grande mutation, le passage d'une époque à une autre, et, dans ce cas-ci, celui de la transition vers l'ère de la société de l'information, de la connaissance. Or, tout changement est critique, avec ses heurts et ses problèmes. Mais il faut poursuivre, aller de l'avant vers la nouvelle société, la " nouvelle économie ". Celle-ci donne l'illusion que ce serait le savoir qui remplacerait le capital comme fondement de la société. Et le travail comme source de création de richesse. Dès lors, il n'y aurait plus de société de classes, fondée sur la propriété privée des moyens de production (entreprises, usines, etc.).
La seconde argumentation met l'accent sur le fait que les difficultés rencontrées par le capitalisme sont dues à ses excès : excès d'idéologie libérale, excès de la domination financière, excès de l'idéologie de la compétitivité... En conséquence, l'Etat doit reprendre ses droits de régulation publique, pour éliminer les effets pervers du capitalisme. C'est en gros la politique préconisée par Keynes au moment de la crise de 1929 et ses théories ont été mises en pratique après la Seconde Guerre mondiale, pratiquement dans tous les pays impérialistes. Seulement, avec la mondialisation, les dérives ont pris une dimension planétaire et il n'y a pas d'instance internationale capable d'y faire face. Toute la difficulté est de construire une telle gouvernance, en charge de la régulation mondiale, et d'en fait impulser une stratégie de type keynésien à l'échelle de la terre.
Ces deux courants bourgeois ne peuvent expliquer le fond de la crise économique structurelle. Parce qu'ils ne la lient pas aux caractéristiques fondamentales du système capitaliste. Parce qu'ils nient l'exploitation de classe. De ce fait, les travailleurs peuvent tirer profit du capitalisme. Il peut donc y avoir un développement harmonieux de celui-ci. Ces théories donnent l'illusion que le capitalisme est un système dynamique, qui en a encore pour de longs siècles d'existence. Elles offrent une justification aux réformistes et aux révisionnistes pour essayer de " civiliser " le capitalisme, de le réformer et donc de le pérenniser. Elles escamotent les contradictions qui s'exacerbent.
Seul le marxisme-léninisme peut offrir une explication valable de la crise économique sous le capitalisme et en tirer les véritables conséquences. Au centre de la récession se trouve l'exploitation des travailleurs, qui sert à l'accumulation croissante de richesses aux mains d'une poignée de capitalistes. C'est pour cela que, d'une part, les entreprises développent toujours davantage la production, créent de nouvelles unités pour accroître leurs bénéfices, et que, d'autre part, les salariés, qui forment la grande majorité de la population, voient leur pouvoir d'achat sans cesse limité et contraint. Dès lors, le taux de profit des firmes a tendance à baisser, parce qu'il faut toujours plus de capital pour des gains plus restreints. La concurrence entre firmes devient plus âpre. Chaque capitaliste veut éliminer ses adversaires. C'est l'anarchie. Et il en résulte la surproduction, fondement de la crise économique capitaliste.
Comme l'écrit Marx : " La raison ultime de toute véritable crise demeure toujours la pauvreté et la limitation de la consommation des masses, en face de la tendance de la production capitaliste à développer les forces productives comme si elles n'avaient pour limite que la capacité de consommation absolue de la société. " (11) C'est le coeur du système capitaliste, son fondement, son caractère d'exploitation toujours reproduit et agrandi.
Avec l'impérialisme, ère des monopoles, on se trouve à un stade supérieur. La crise structurelle est la preuve que le capitalisme s'embourbe dans ses antagonismes et qu'il ne peut en venir à bout par les moyens traditionnels. C'est pour cela que les bourgeois s'orientent vers la guerre mondiale. De ce fait, la crise structurelle fait partie intégrante de la crise générale du capitalisme, c'est-à-dire de la décomposition du système par ses contradictions internes et par l'avènement d'un mode de production supérieur, le socialisme.
Nous allons montrer les points d'explosion possible du système économique et indiquer en quoi ils poussent les capitalistes à s'orienter vers la guerre, pour essayer de résoudre les antagonismes inextricables qu'ils engendrent. En d'autres termes, les conditions pour avoir une crise de type de celle de 1929 se développent. Ni un nouveau type de société sortie d'une " grande mutation ", ni la correction des excès par une régulation publique mondiale ne peuvent en venir à bout. Dès lors, les solutions militaires commencent à resurgir et à s'orienter vers des guerres de plus en plus nombreuses et massives, préludes à une nouvelle conflagration mondiale.
Lénine a défini l'impérialisme le plus simplement comme étant l'ère des monopoles. Aujourd'hui, la concentration a atteint un tel niveau qu'il ne subsiste plus dans la plupart des secteurs qu'un nombre très restreint de grandes entreprises à l'échelle mondiale.
Il n'y a plus que deux compagnies fabriquant des gros avions commerciaux : Boeing et Airbus. Trois sociétés pétrolières se disputent l'hégémonie mondiale : Exxon-Mobil, Royal Dutch/Shell et BP. Une quatrième aimerait entrer dans ce club : Total qui a repris successivement Petrofina et Elf. Et une cinquième pourrait se constituer si Texaco et Chevron fusionnent. Mais c'est beaucoup moins que la quarantaine de firmes qui existaient au début des années 80. Quarante est aussi le chiffre d'entreprises indépendantes existant en 1981 dans la production de voitures particulières. Par regroupements, fusions, rachats, il n'y a plus que 11 groupes " indépendants " aujourd'hui : General Motors (qui contrôle Saab, Isuzu, Daewoo Motor et qui détient une participation déterminante ou importante dans Subaru, Suzuki et Fiat), Ford (qui a racheté Jaguar et la division voitures de Volvo et qui contrôle Mazda), Toyota (qui a pris en main les destinées de Daihatsu), Volkswagen (qui a racheté Seat, Skoda, Trabant, Bentley), DaimlerChrysler (Soit Mercedes et Chrysler qui ont fusionné en 1998 et qui ont pris une participation importante dans Mitsubishi Motors et Hyundai), Renault et Nissan (qui sont proches de la fusion), Honda, Peugeot, BMW (qui a repris Rolls-Royce), Autovaz (qui sera rachetée prochainement ou démantelée) et Rover (proche de la faillite).
Cette concentration existe aussi dans les domaines des nouvelles technologies. Plusieurs firmes sont en situation de quasi-monopole : Microsoft pour les logiciels de base, Intel pour les puces informatiques avancées, Cisco pour les interrupteurs et aiguilleurs Internet, Sun pour les équipements Internet, AOL-Time Warner pour les câbles et accès à Internet. Sans compter Dell le numéro un de la vente de PC par Internet et IBM celui de l'informatique (en général).
Ce processus de concentration a, en fait, pris une extension particulièrement rapide entre 1995 et 2000. Il y a eu, à ce moment, une vague de fusions sans précédent dans l'histoire. Les montants en jeu passent de 975 milliards de dollars en 1995 à environ 3.500 milliards en 2000. Ils retombent à près de la moitié en 2001 : 1.744 milliards. Une majorité des investissements capitalistes durant cette période concernent des rachats de firmes. Ce qui montre que le capitalisme crée de moins en moins de nouvelles firmes réelles, mais consacre ses dépenses à une lutte de pouvoir, d'hégémonie, dans laquelle les travailleurs ne sont que des soldats. Obligés d'oeuvrer tant et plus dans les firmes pour qu'elles soient de plus en plus compétitives, ceux-ci sont jetés au chômage au moment des restructurations. Selon le Bureau international du travail, il y aurait un milliard de gens en situation de chômage ou de sous-emploi au niveau mondial, soit 200 millions de plus qu'en 1997, au moment de la crise asiatique (12).
La concentration se traduit par la création accélérée de capacités de production. Etant donné que le pouvoir d'achat de la population n'augmente pas à la même vitesse, cela crée, en fait, des surcapacités. Dans l'industrie automobile, les compagnies pourraient produire 75 à 80 millions de véhicules par an. Mais ils n'en vendent pas davantage que 56 millions, soit 20 à 25 millions de moins. Dans la sidérurgie, les surcapacités sont estimées à quelque 350 millions de tonnes d'acier brut, sur une production de 780 millions par an. Pour ajuster ces capacités à la demande, il faudrait, par exemple, rayer de la carte General Motors (8 millions de véhicules), Ford (7 millions) et Volkswagen (5 millions), soit trois des quatre plus grosses firmes du secteur (13). Ou, en sidérurgie, fermer une installation sur trois. Dans la construction aéronautique, Airbus et Boeing devraient arrêter de produire pendant un an environ. Cela rend le capitalisme particulièrement instable et fertile en contradictions prêtes à éclater à tout moment.
Il y a suraccumulation du capital. Le système capitaliste n'est plus qu'un gigantesque Monopoly, où le but de chaque patron est de prendre le pouvoir, de devenir plus puissant, plus riche, d'éliminer ses concurrents. En détruisant des forces productives (14), en laissant des millions de travailleurs sur le carreau, en laissant des pans entiers de la planète dans la misère la plus totale. L'impérialisme est l'ère du pourrissement du capitalisme, celle où le caractère progressiste du système, qui a permis le développement des forces productives, des moyens de communication, est supplanté par ses éléments négatifs de pillage, de destruction, de surexploitation, de dictature à grande échelle et de répression à l'égard de tous ceux qui résistent. Tout cela en faveur d'une poignée de capitalistes. Au détriment de l'immense majorité de la population de la planète. La situation créée par la concentration devient intenable.
De ce fait, la surproduction s'aggrave et les possibilités de la résoudre s'amenuisent. Car pour cela, pour amener la production au niveau de la demande, il faudrait la faillite, la disparition de plusieurs entreprises géantes, occupant des millions de salariés. En outre, si cela se déroulait, cela provoquerait une montée des luttes ouvrières, une aggravation des rivalités entre impérialistes, car chaque Etat lutterait pour que ce soit le rival qui supporte le plus grand poids des restructurations. La crise économique apparaît insoluble suivant les méthodes traditionnelles de la bourgeoisie d'augmentation de l'exploitation, d'élimination des concurrents les plus faibles, de transformation des relations sociales en marchés pour les produits capitalistes...
Les inégalités de revenus s'accroissent fortement dans le monde. Conséquence de la croissance de l'accumulation du capital. Les capitalistes deviennent plus riches. Ce qui a pour effet que ce sont surtout eux dont la consommation est tirée à la hausse, au détriment l'immense majorité de la population. Et cela aggrave la surproduction et aiguise les tensions sociales.
Etats-Unis
Aux Etats-Unis, le 1% le plus riche dispose en moyenne 30% des avoirs de la nation depuis les années 50. C'est ce que montre le tableau suivant :
Tableau 1. Evolution de la part du pour-cent le plus riche dans les avoirs nets aux Etats-Unis (en %)
| 1958 | 1962 | 1969 | 1972 | 1976 | 1983 | 1989 | 1992 | 1995 | 1998 |
| 30,4 | 32,2 | 31,3 | 31,6 | 21,9 | 33,8 | 37,4 | 37,2 | 38,5 | 38,1 |
Source : Edward Wolff (1987 et 2000)
Note : La valeur nette est la somme des avoirs dont on a enlevé les dettes.
Avec la crise en 1973, elle a vu cette part se réduire à près de 20% seulement. Depuis lors, elle ne cesse de reprendre du terrain et dépasse aujourd'hui largement son niveau des années 50 et 60. En 1995 et par la suite, elle se situe à plus de 38% (15).
Ces avoirs, composés en majorité de parts de capital, se sont accrus de façon phénoménale. En 1976, le pour-cent le plus riche aux Etats-Unis détenait un patrimoine équivalent à 1.350 milliards de dollar. Cela correspondait à ce que le tiers-monde, soit 80% de la population mondiale, produisait comme richesses marchandes en un an (c'est-à-dire le PIB). En 1998, dernière date pour laquelle on dispose de chiffres officiels, ce pour-cent avait 15.600 milliards de dollars d'actifs, soit onze fois plus qu'en 1976. Pendant ce temps, le PIB du tiers-monde ne s'élevait qu'à 7.000 milliards de dollars, celui de l'ensemble du monde à un peu moins de 30.000 milliards. Le PIB mondial n'a été multiplié que par cinq entre ces deux dates. Cela veut dire que, de 1976 à 1998, le patrimoine du pour-cent le plus riche aux Etats-Unis a crû, au moins, deux fois plus vite que la création de " richesses marchandes " au niveau mondial.
Cela se reflète dans une hausse des revenus de ces capitalistes extrêmement riches.
Tableau 2. Evolution de la part des particuliers dans les revenus aux Etats-Unis en fonction de leur richesse (en %)
| 1950 | 1970 | 1975 | 1980 | 1985 | 1990 | 1995 | 1998 | |
| 0-90% | 64,24 | 67,13 | 66,21 | 64,93 | 61,93 | 59,82 | 58,18 | 54,80 |
| 90-99% | 22,87 | 23,78 | 24,82 | 24,92 | 25,23 | 25,78 | 26,76 | 26,29 |
| 99-100% | 12,89 | 9,09 | 8,97 | 10,15 | 12,84 | 14,40 | 15,06 | 18,91 |
| Total | 100,00 | 100,00 | 100,00 | 100,00 | 100,00 | 100,00 | 100,00 | 100,00 |
Source : Thomas Piketty et Emmanuel Saez (2001).
Note : 0-90% représente les 90% des ménages les plus pauvres ; 90-99% les 9%
suivants ; 99-100% le pour-cent le plus riche.
La part du pour-cent le plus riche qui était à son niveau minimal en 1975, à moins de 9%, ne cesse de croître depuis lors et parvient à son record d'après-guerre en 1998 à plus de 18%. En revanche, la part des 90% les plus pauvres a atteint son maximum en 1970 à 67% du total des revenus américains. Ensuite, elle diminue régulièrement pour ne plus faire que moins de 55% en 1998. Pour retrouver une telle situation, il faut remonter à 1929, lorsque les 90% les plus pauvres avaient une part de 53% et le pour-cent le plus riche de 22,5% (16).
Le processus d'accumulation capitaliste se fonde sur une exploitation sans vergogne de la classe ouvrière. Ce qui a pour résultat que le pour-cent le plus riche voit son patrimoine croître très rapidement et ses revenus augmenter en proportion. Pendant ce temps, les 40% les plus pauvres ont vu leurs revenus diminuer depuis 1977 (17).
Tiers-monde
En même temps, ces super-riches gagnent aussi par l'exploitation et le pillage du tiers-monde. Des idéologues, comme Rostow, ont affirmé que le développement était une question de passage par une suite d'étapes et qu'il suffisait d'attendre que chaque pays traverse les différents stades pour aboutir à la prospérité. Aujourd'hui, on voit que c'est le contraire qui se déroule.
Une majorité de pays du tiers-monde se sont appauvris depuis 1980 et la plupart des nations africaines depuis 1960. Mais même les pays dits " émergents " (soit les tigres et dragons de l'Asie de l'Est et les grands pays d'Amérique latine) ne peuvent pas tirer l'économie mondiale par une hausse de la consommation. Les travailleurs de ces pays ne gagnent souvent qu'un dixième d'un salarié dans une nation impérialiste. Dès lors, les 210 millions d'Indonésiens consomment quasiment autant que les 5 millions de résidents en Arizona. Les 62 millions de Thaïlandais, pays du " miracle économique asiatique ", autant que les 3,5 millions de l'Oklahoma. Et le milliard d'Indiens autant que les 12 millions d'habitants de Pennsylvanie, qui sont donc 80 fois moins nombreux.
Comment croire qu'un tel système peut poursuivre la croissance sur de telles inégalités ? Qu'on peut continuer à privilégier les revenus et la consommation des 120.000 riches de Pennsylvanie (1% !) au détriment des 5 millions les plus pauvres dans cet Etat (40%) et surtout du milliard d'Indiens ? Pourtant, c'est la politique affichée des pays impérialistes : rendre les riches encore plus fortunés. Les programmes d'allégement d'impôt favorisent les gros revenus, alors que les mesures visant à flexibiliser le travail et à réduire les coûts salariaux limitent le pouvoir d'achat des populations.
Augmenter les revenus des capitalistes aggrave en fait la surproduction. Car ces super-riches ne consomment qu'une partie de leurs rémunérations. Une autre partie, et souvent la plus importante, est placée ou investie. Cela signifie que cet argent part ou dans la création de nouvelles capacités de production, ou dans l'achat de parts d'entreprises existantes, ou encore dans la spéculation.
Le capitalisme est invivable, intenable, inhumain. Selon la Banque mondiale, 2,8 milliards de personnes, soit presque la moitié de la planète, vivent avec moins de deux dollars par jour et, parmi eux, 1,2 milliard avec moins d'un dollar (18). La crise, loin de s'éloigner, s'approfondit. Et elle le fait à partir de la contradiction majeure qui engendre la surproduction, à savoir la croissance de l'accumulation d'un côté, au profit d'une minorité, et la limitation du pouvoir de consommation de la population, de l'autre.
A cela s'ajoute une domination financière des capitalistes sur le monde. Mais c'est logique dans le développement du système. Car les marchés financiers représentent l'accumulation du capital, dont les bourgeois tirent leurs revenus. Et, en même temps, en période de crise et de baisse de rentabilité des firmes, ils assurent un potentiel d'enrichissement pour ces patrons. S'ils se développent, ce n'est nullement par excès, mais par nécessité.
On peut donner trois exemples de cette extension phénoménale des marchés financiers. L'échange quotidien de devises est passé de 18 milliards de dollars au début des années 70 à 150 milliards en 1985 et 1.100 milliards en 2000. Sur ce montant, à peine 5% représentent des activités commerciales ou d'investissement et de placement. Les 95% restants concernent les opérations de couverture des entreprises face aux variations de change et les transactions de spéculation. Autre illustration : les montants en jeu sur le marché des produits dérivés (soit des contrats basés sur l'évolution des cours des titres, des matières premières et des devises, par essence un marché spéculatif) atteint 95.000 milliards de dollars en 2000, soit trois fois le PIB mondial. Cette somme a doublé depuis 1995. Enfin, la capitalisation boursière des firmes, soit la valeur mise en Bourse par celles-ci (19), est passée de 42% du PIB mondial en 1990 à 119% en 1999 (avant la chute du NASDAQ). C'est ce qu'on peut lire dans le tableau suivant.
Tableau 3. Evolution comparée du PIB mondial et de la capitalisation boursière dans le monde 1990-1999 (en milliards de dollars)
| 1990 | 1991 | 1992 | 1993 | 1994 | 1995 | 1996 | 1997 | 1998 | 1999 | |
| PIB mondial | 22.519 | 23.684 | 23.615 | 24.216 | 26.005 | 28.790 | 29.590 | 29.477 | 29.272 | 30.242 |
| Capitalisation | 9.400 | 11.346 | 10.933 | 14.017 | 15.124 | 17.772 | 20.230 | 23.087 | 26.964 | 36.031 |
| Rapport (en % du PIB) | 41,74 | 47,91 | 46,30 | 57,88 | 58,16 | 61,73 | 68,37 | 78,32 | 92,12 | 119,14 |
Source : FMI pour le PIB mondial, Standard & Poor's pour la capitalisation boursière.
Il y a création de capital fictif, car la valeur traitée sur les marchés financiers ne correspond plus à ce qui se passe dans la production (20). Les cours boursiers ont crû au-delà des espérances de bénéfice normal, sous l'impulsion des sociétés de nouvelles technologies. Le NASDAQ en était le porte-drapeau. Mais cela a plusieurs conséquences particulièrement importantes.
Primo, la domination de la finance sur l'économie " réelle " devient presque totale. Certes, c'est la plus-value créée par les travailleurs du monde entier qui alimente la machine à accumuler du capitalisme. Mais ce sont les marchés financiers qui dictent de plus en plus le montant de la plus-value à obtenir et les conditions dans lesquelles cela doit se réaliser.
Secundo, en conséquence, cette suprématie a pour effet le diktat des marchés financiers sur les objectifs de rentabilité des entreprises. Il faut atteindre un rendement de 15 à 20%, sans quoi les capitaux se déplacent et vont vers des sociétés plus lucratives. Cela se traduit par des restructurations en permanence dans les firmes et donc sur une obligation pour les travailleurs de produire toujours plus avec moins. Par exemple, Michelin a licencié 7.000 personnes (sur un total de 130.000), rien que pour satisfaire les exigences boursières (car la firme réalise des profits) et maintenir le cours de son action. Mais, pour les salariés, c'est soit perdre son emploi, soit travailler plus dur.
Cette domination financière exprime véritablement la dictature du capital sur les travailleurs, dans tous ses aspects et ses conséquences : exploitation plus féroce et répression plus intense, car il ne peut être permis de déroger aux bénéfices élevés attendus.
Tertio, la spéculation rapporte davantage que la " tonte des coupons ". D'autant que le montant versé des dividendes a tendance à baisser en rapport au capital investi à la Bourse (21). Cela a une autre conséquence : si les cours augmentent de façon démesurée par rapport aux gains potentiels des firmes, cela veut dire que, si rien ne change, les bénéfices futurs sont déjà incorporés dans le cours des actions ; en d'autres termes, les plus-values futures seraient déjà réalisées ; ce qui laisserait peu d'avenir pour le développement du capitalisme en lui-même. Mais cette situation est, bien entendu, intenable. Elle montre un système extrêmement instable et propice au déclenchement de krachs boursiers. Car il arrivera un jour où les organismes financiers (fonds spéculatifs, multinationales, etc.) et les " grands spéculateurs " qui investissent en Bourse vont se poser des questions sur l'avenir des firmes dans lesquelles ils ont placé tant d'argent, ils vont vouloir réaliser leurs gains potentiels en capital et sortir. Ce qui déclenchera une chute généralisée des cours.
Quarto, le développement des marchés financiers a une importance capitale sur la croissance économique. Car celle-ci est tirée depuis dix ans par la consommation des ménages américains - et, on l'a vu, surtout par le pour-cent le plus riche. Or, ceux-ci dépensent leur argent sur base de la hausse de leurs avoirs, qu'ils détiennent surtout en titres. Aux Etats-Unis, on peut mettre en garantie ses actifs financiers pour obtenir un prêt pour un bien de consommation (une maison, une voiture, ...), si le montant de l'emprunt ne dépasse pas la moitié des avoirs mis en gage. De cette façon, les dépenses de la population ont augmenté plus vite que les revenus disponibles, alimentés par la croissance des actifs financiers, dont une partie est fictive. La différence, l'épargne nette, est proche de zéro. Mais une telle situation ne peut durer. Et s'il y a un krach, la valeur des garanties se détériorera, alors que les dettes subsisteront.
Quinto, justement, la domination de la finance sur l'économie réelle a pour conséquence de rendre l'ensemble du système beaucoup plus fragile. Parce que les décisions des investisseurs boursiers sont beaucoup plus volatiles et qu'elles peuvent avoir des effets immédiats, beaucoup plus rapidement que celles prises par des entreprises industrielles ou commerciales. Il y a un risque systémique, c'est-à-dire une série d'événements déclenchant une panique à la baisse sur les marchés boursiers. Les enjeux sont tellement colossaux, que plus personne n'aurait les moyens d'intervenir, si cela se passait. Les banques centrales ont des réserves équivalant à environ 2.000 milliards de dollars. Or, le montant traité en moyenne par jour durant l'année 2000 est de 191 milliards de dollars (22).
Sexto, les risques sont inégalement répartis. Le nombre de gens achetant des titres a fortement augmenté dans les pays impérialistes dans les années 80 et 90. Aux Etats-Unis, 48% de la population active totale détient des titres soit directement, soit indirectement via des fonds, en 1999. Ils n'étaient que 19% en 1983 (23). Or, s'il y un krach, les capitalistes les plus puissants pourront sortir rapidement des difficultés. Ils ont souvent acheté au moment le plus opportun, quand les cours sont au plus bas. Donc leurs pertes éventuelles seront sans doute minimes (24). En revanche, les salariés auront du mal à se dépêtrer d'une chute boursière. Comme les travailleurs d'Enron, qui ont mis leur épargne dans le fonds de pension de leur entreprise, celui-ci ayant investi massivement dans la firme elle-même. Résultat : en plus de leur emploi, les salariés sont quittes de leur retraite avec la faillite de la compagnie énergétique.
Le développement hypertrophié des marchés financiers rend donc le système plus fragile, plus susceptible de s'effondrer sur le plan économique. Il manifeste la dictature du capital sur l'ensemble de la planète, avec des conséquences extrêmement néfastes pour les travailleurs : licenciements continuels et massifs, exploitation toujours accrue, contrôle des travailleurs et des populations, répression généralisée... Un krach boursier menace. Dans ce cas, cela entraînerait une situation pire qu'en 1929, parce que les enjeux, les montants, les entreprises sont plus importants qu'alors. Et, comme dans les années 30, les capitalistes n'hésiteront à présenter la note aux salariés, comme le montre la faillite d'Enron.
La dette pose le problème du soutien que les Etats peuvent apporter à l'économie si celle-ci voit sa croissance ralentir. Or, une dette élevée entrave un tel apport. De ce fait, des politiques keynésiennes, agrandissant l'endettement étatique, ne peuvent plus avoir leur effet aujourd'hui. En outre, l'importance de la dette du tiers-monde appauvrit encore cette partie majoritaire du monde.
Tiers-monde
C'est une source importante du pillage impérialiste. Cette dette s'élève d'ailleurs en 2000 à près de 2.500 milliards de dollars. Quatre fois plus qu'en 1980 ! Sur ce montant, depuis 1970, ces pays ont payé plus de 4.000 milliards de dollars (dont 2.700 milliards durant la dernière décennie) pour le service de la dette (25). C'est 55 fois le montant de la dette extérieure en 1970 (26). Le tableau suivant reprend l'essentiel de ces données.
Tableau 4. Evolution de la dette du tiers-monde, de son service, de sa comparaison avec le Revenu national du tiers-monde et les exportations 1970-2000 (en milliards de dollars et en %)
| 1970 | 1980 | 1990 | 2000 | |
| Dettes totales | 72,8 | 609,4 | 1.458,4 | 2.492,0 |
| Service dette | 9,2 | 93,4 | 163,8 | 398,9 |
| Dettes/Revenu national | 10,9 | 21,0 | 34,1 | 39,1 |
| Service dette/Exportations | 13,5 | 18,1 | 18,1 |
Source : World Bank, Global Development Finance, différentes années.
C'est donc des montants considérables, qui épuisent littéralement les pays semi-colonisés et entravent leur développement. Ceux-ci doivent consacrer environ 20% de leurs recettes d'exportation à ce service de la dette. Dans le cas des nations d'Amérique latine, c'est même 50% en moyenne.
Quand on songe que l'aide publique au développement, qui en outre favorise surtout les multinationales (par les commandes que l'aide suscite) a rapporté environ 1.100 milliards de dollars sur les trois dernières décennies, soit quatre fois moins que le service de la dette, on peut affirmer que c'est le Sud qui aide le Nord et non l'inverse. En 2000 même, c'est davantage : le service de la dette approche les 400 milliards de dollars, alors que l'aide stagne à un peu plus de 50 milliards.
En même temps, la dette est un important levier politique pour obliger les pays semi-colonisés à suivre les diktats de l'impérialisme. Celui qui soutient les Etats-Unis, l'Union européenne et le Japon dans leur lutte contre les révolutionnaires, contre les résistants à l'impérialisme verra sa dette amputée, réduite, voire supprimée en partie. Celui qui ne collabore pas aura le FMI et autres experts occidentaux aux trousses.
Mais, ce faisant, l'endettement élevé freine aussi les possibilités de croissance du marché dans le tiers-monde. Les possibilités pour les capitalistes d'y trouver un marché alternatif, en cas de blocage aux Etats-Unis ou en Europe, s'amenuisent. Il sera plus difficile pour ces pays, qui ont presque tous connu des restructurations de la dette à un moment ou à un autre, d'emprunter de nouveau à tour de bras pour créer des débouchés pour les multinationales occidentales, comme dans les années 70.
Le cas de l'Argentine est frappant. Ce pays était insolvable en 1984, lorsqu'il fait appel au FMI. Mais, depuis lors, sa dette n'a cessé d'augmenter. Elle est passée de 49 milliards de dollars en 1984 à près de 148 milliards en 1999 (27). Et le service de la dette durant ces quinze ans se monte à 144 milliards de dollars. Cela signifie que, depuis cette restructuration en 1984, l'Argentine a remboursé trois fois sa dette. Mais, entre temps, celle-ci a officiellement été multipliée par trois. Aujourd'hui, le pays est exsangue. Toutes les contradictions se sont exacerbées, ce qui a poussé même la " classe moyenne ", celle qui avait appuyé tous les régimes politiques en place depuis des années, à descendre dans la rue et à exiger le renversement des gouvernements successifs. Car elle sait que son niveau de vie va se réduire. Seule la fraction la plus riche, vivant des revenus de l'étranger, des places financières internationales, peut conserver son train de vie. C'est une situation infernale, indigne, inhumaine. Pour un pays qui était au niveau de beaucoup de nations européennes dans les années 20. Cela montre la déchéance qu'est capable d'apporter aux populations le capitalisme mondial. Mais cela se retourne également contre les capitalistes eux-mêmes. Pour eux, cela signifie qu'ils ne doivent plus attendre de ce pays des possibilités énormes de croissance de la consommation, donc de débouchés. La crise économique est approfondie, les contradictions aiguisées. Le pays est proche de l'explosion, ce qui pourrait avoir un effet de contagion pour les autres régions du continent. Washington est certainement très inquiet de cette évolution.
Pays impérialistes
La dette des pays impérialistes montre également les problèmes liés à la crise économique. Elle s'est fortement accrue depuis 1970, comme on peut le voir dans le tableau suivant.
Tableau 5. Evolution du rapport dette publique sur PIB par pays 1970-2000 (en %)
| 1970 | 1980 | 1990 | 1995 | 2000 | |
| Union européenne | 24,5 | 30,0 | 47,0 | 56,0 | 48,3 |
| Japon | 6,6 | 40,9 | 51,7 | 59,8 | 105,8 |
| Etats-Unis | 28,9 | 26,4 | 43,5 | 50,0 | 36,6 |
| Autres | 25,4 | 24,4 | 27,0 | 37,7 | 30,6 |
| Total | 25,0 | 29,7 | 45,1 | 53,7 | 52,5 |
Source : Avant 1990, FMI, Statistiques financières internationales ; 1990 et la suite, OCDE ; les montants du PIB sont tirés du FMI.
A ce moment, le rapport dette publique sur PIB s'élève à 25%. Il double en 1995 et reste quasiment à ce niveau en 2000. Les Etats-Unis ont réduit leur dette fédérale dans les années 90. Mais ils l'ont reportée, en partie, sur les autorités locales. Ensemble, avec la dette des pouvoirs locaux, la dette publique s'élève à 47% du PIB.
Tous les pays impérialistes veulent éviter de suivre la même évolution que le Japon. En 1970, sa dette était la plus faible. En 1990, elle est encore au niveau des autres puissances. Mais, depuis lors, le gouvernement a injecté plus de 1.000 milliards de dollars pour soutenir l'activité économique moribonde, sans parvenir à la relancer. Aujourd'hui, la dette se monte à 106% du PIB. De cette façon, cela laisse encore peu de marges de manoeuvre pour accroître encore ce déficit et cet appui aux firmes capitalistes, touchées par la crise économique.
Particuliers et entreprises
La dette des particuliers et des entreprises s'est également accrue de façon considérable. Aux Etats-Unis, elle a pris un essor important. Depuis 1990, l'endettement des ménages croît à un rythme de plus de 7% par an et celui des compagnies à un peu moins de 6%. Une situation similaire existe dans les autres pays impérialistes. Dans ce cas, les risques de faillite et de défaut de paiement se multiplient et se développeront plus encore avec un krach boursier, car la valeur des titres aura chuté, alors que les intérêts sur la dette demeureront. Ce sont les revenus bas et moyens qui sont les plus menacés, car leurs dettes par rapport à leurs revenus sont les plus élevées.
Le capitalisme vit et se développe à l'aide d'une montagne de dettes. Mais, de ce fait, il mange son avenir et rend l'ensemble du système très fragile et instable. Si l'endettement ne peut pas déclencher par lui seul une crise majeure, il sera un facteur aggravant en cas de retournement abrupt de la conjoncture économique. Il précipitera dans la faillite et la misère des milliers de familles, surtout parmi celles qui ne possèdent rien ou pas grand-chose. Il provoquera des centaines de banqueroutes retentissantes. Il laissera des pays exsangues, jetant leur population dans la famine, dans l'indigence, dans le désarroi. Comme cela se passe aujourd'hui en Argentine.
La position hégémonique américaine aggrave le développement anarchique du capitalisme. La structure des flux financiers et monétaires est déterminée par cette place dominante. Mais si celle-ci est remise en cause, elle va provoquer des troubles économiques formidables.
En effet, jusqu'en 1990, les Etats-Unis sont rattrapés par l'Union européenne et le Japon. La bourgeoisie américaine est avant tout préoccupée par détruire le socialisme en URSS. Mais elle y parvient en 1989. Elle peut se relancer dans la course économique, affirmer son hégémonie sur le plan mondial, y compris dans le domaine économique, et utiliser les techniques militaires à des usages commerciaux. A commencer par Internet. C'est la base de la " nouvelle société " de la connaissance, de la " nouvelle économie ".
Mais, en premier lieu, celle-ci se fonde sur un accroissement de l'apport du tiers-monde dans la production manufacturière. En 2000, les Etats-Unis se pourvoient à plus d'un tiers à l'étranger pour leurs biens manufacturés, dont la moitié du tiers-monde. C'est ce que montre le tableau suivant.
Tableau 6. Comparaison de la structure productive manufacturière des Etats-Unis (USA), de l'Union européenne (UE) et du Japon en 1997 (en %)
| USA | UE | Japon | |
| Part domestique | 66,4 | 74,2 | 95,7 |
| Importations | 33,6 | 25,8 | 4,3 |
| Total | 100,0 | 100,0 | 100,0 |
| en milliards de dollars | 2.079 | 2.111 | 4.231 |
Source : Survey of Current Business pour la valeur ajoutée américaine, Eurostat pour celle de l'Union européenne, OCDE, Statistiques des structures de l'industrie et des services, pour le Japon, OMC, rapport annuel 2000, pour les importations.
Note : La structure productive manufacturière est la somme de la valeur ajoutée de l'industrie manufacturière domestique et des importations de ce pays.
Primo, cela permet d'avoir ces produits à bon marché, car les salaires payés dans le tiers-monde sont bas. Secundo, cela limite les augmentations de salaires, car les prix des marchandises de consommation sont peu élevés. Tertio, les Etats-Unis peuvent s'orienter vers les secteurs des technologies de l'information et des services qui y sont liés. Ainsi, ils acquièrent un avantage compétitif vis-à-vis de l'Union européenne, qui a un certain retard dans ce processus, et surtout du Japon, dont la production manufacturière est toujours fondamentalement basée dans l'archipel (voir tableau 6).
Ceci a une conséquence : la balance commerciale des Etats-Unis est fortement déficitaire : en 2000, 450 milliards de dollars, soit environ 130 milliards de dollars à cause des importations de matières premières, 160 milliards dus aux importations de produits manufacturés venant de l'Europe, du Japon et du Canada et 160 milliards en provenance du tiers-monde (le déficit venant presque complètement de l'Asie). Cela ne peut continuer que si 450 milliards de dollars de capitaux affluent chaque année aux Etats-Unis sous forme d'investissement ou de placement.
Mais que se passe-t-il lorsque la croissance se ralentit, amenant une baisse des investissements ? Comment les 450 milliards peuvent-ils atterrir aux Etats-Unis si les marchés boursiers chutent ? Et si le rôle international du billet vert est mis en doute ? Grâce à celui-ci, Washington n'est pas obligé de payer l'argent qui circule à l'étranger. Mais le dollar va-t-il garder cette fonction ? Car la contestation existe à ce niveau. L'Union européenne a créé l'euro, justement en réaction de cette faculté qu'ont les Etats-Unis. Elle veut aussi avoir sa monnaie employée dans les transactions internationales et conservée en tant que telle dans les réserves des banques centrales. Mais, ce faisant, elle met en péril la construction extrêmement fragile des Etats-Unis.
Et les pays asiatiques sont également furieux. Chaque fois qu'il y a un ralentissement en Amérique du Nord, ce sont eux qui en subissent les conséquences, puisqu'ils exportent environ 20% vers les Etats-Unis. Ils veulent constituer une zone de libre-échange, épaulée par une union monétaire, dans la région, c'est-à-dire avec la Chine, la Corée et le Japon. C'est une menace sérieuse pour l'édifice américain. Car cela constituerait un marché commun de quelque 2 milliards d'habitants, soit le plus grand jamais constitué. Ce serait une force économique capable de rivaliser avec les multinationales occidentales. Et sans doute aussi, une puissance politique, développant son indépendance vis-à-vis de Washington.
Si la construction économique et monétaire américaine s'effondre, les Etats-Unis seront obligés de dévaluer, déclenchant des réactions en chaîne, probablement protectionnistes. Car aucune autre région ne voudra payer pour les Américains. De ce fait, les tensions de toute nature risquent encore de s'exacerber.
Face à la crise économique, la bourgeoisie impérialiste a lancé une vaste offensive dès la fin des années 70. Celle-ci a débuté aux Etats-Unis et en Angleterre avec Reagan et Thatcher. Elle a eu pour objectif de rehausser la part des ménages les plus riches, ceux qui détiennent le capital, dans les avoirs mondiaux. Or, comment élever le profit et l'accumulation des capitalistes, sinon en obligeant les travailleurs à fournir davantage de travail, à se restreindre, à se serrer la ceinture au profit des familles les plus aisées ?
A partir de 1989, la victoire de la contre-révolution en URSS et en Europe de l'Est a laissé les forces impérialistes pratiquement seules pour exercer le leadership mondial. Les mesures qui avaient été entamées dans bon nombre de pays, y compris dans le tiers-monde à travers les plans d'ajustement structurel, ont été généralisées à large échelle. Ce sont les mêmes dispositions qui ont été menées partout : libéralisations, ouvertures des frontières aux marchandises et aux capitaux, privatisations, flexibilité, sous-traitance, développement des emplois précaires, ... C'est ce qui engendre les inégalités croissantes au niveau mondial et dans chaque pays.
Par rapport aux périodes précédentes, le capitalisme mondial d'aujourd'hui contient plus de contradictions, mais donc davantage de sources de résistances. Car, d'un côté, le niveau de l'avancement technique permet d'éradiquer la pauvreté, d'offrir une vie décente à chaque habitant de la planète, de développer une démocratie participative grâce aux moyens sophistiqués de télécommunications. De l'autre, la misère n'a jamais été aussi grande, elle ne cesse de s'accroître sous l'effet de la crise économique et la répression s'abat sur tous ceux qui se révoltent ou protestent contre les inégalités sociales et les injustices. Il n'y a sans doute jamais eu autant de luttes de toutes sortes partout sur la planète (Palestine, Argentine, Colombie, Equateur, Népal, mouvement contre la globalisation, luttes contre les privatisations, etc.).
Le rejet du système grandit partout, certainement dans le tiers-monde. Mais il y a deux épines majeures pour l'impérialisme et en particulier pour les Etats-Unis. D'abord, il y a une haine grandissante des populations musulmanes et arabes contre Washington, qui leur empêche de se développer, pour accaparer et contrôler leurs ressources naturelles, en particulier le pétrole. Ensuite, il y a une méfiance croissante des populations et des gouvernements d'Asie de l'Est vis-à-vis de l'administration Bush. Eux aussi se sentent piégés par la politique impérialiste, surtout américaine. Ils veulent s'unir, ce qui affaiblira l'impact des Etats-Unis dans la région, alors qu'il est déjà un des plus faibles dans le monde. La présence de la Chine, grand pays du tiers-monde à la base encore socialiste, est un facteur sur lequel les autres pays asiatiques peuvent s'appuyer pour mener une politique réellement indépendante et donc opposée à la volonté hégémonique américaine.
Ce n'est pas pour rien que les experts du département de la Défense américain pointe l'Asie de l'Est et le Moyen-Orient comme les deux régions les plus cruciales pour le leadership des Etats-Unis à l'avenir. Et ceux de la CIA présentent la Chine comme l'ennemi le plus redoutable à terme.
Une crise majeure comme on en a connu en 1929 (28) menace. Les marges de manoeuvre des capitalistes s'amenuisent. Les contradictions s'exacerbent. Les tensions sociales montent. L'opposition au système capitaliste mondial se développe. Les possibilités de résoudre la crise ou même de l'atténuer par des moyens classiques se réduisent.
Washington ne peut attendre. D'un côté, il faut assurer que les profits de la production soutiennent le développement des marchés financiers qui commencent à être ébranlés et donc la consommation des capitalistes. En d'autres termes, il faut que la production du tiers-monde pour les Etats-Unis soit assurée et même développée. De l'autre, la Maison Blanche ne peut voir son hégémonie contestée, car cela remet en cause ses équilibres financiers et monétaires.
C'est ce qui amène la bourgeoisie américaine à changer d'orientation et à privilégier le développement d'une stratégie axée sur un accroissement des dépenses militaires et sur une pression politique et armée sur le reste du monde. Cela permet : 1. de tirer l'économie par des commandes militaires et éventuellement de pallier des déficiences de la consommation privée ; 2. d'assurer la domination sur le tiers-monde qui livre matières premières et produits manufacturés ; 3. de réprimer ceux qui résistent, y compris aux Etats-Unis, à travers la lutte contre le terrorisme, donc de maintenir et de renforcer sa dictature à l'échelle mondiale ; 4. de réaffirmer et de garantir son hégémonie sur tous les plans. Lancer des guerres locales est un moyen de réaliser ces objectifs.
Mais cela incite les autres pays à procéder de même. L'Union européenne construit sa propre armée. Elle définit ses propres zones prioritaires : les Balkans, la Russie, le Moyen-Orient et l'Afrique. Certaines de ces zones empiètent sur les ambitions américaines. D'où possibilités de conflit à terme. Le Japon est occupé à développer une force militaire pour assurer l'approvisionnement des matières premières énergétiques depuis l'Indonésie et ne plus faire confiance aux Etats-Unis sur ce point. La Chine demeure la principale source de contestation de l'hégémonie américaine à l'heure actuelle. Il demeure socialiste dans ses fondements. C'est un grand pays du tiers-monde qui veut de toute façon se développer de façon indépendante et autonome. Il est capable de fédérer les pays d'Asie, y compris le Japon, déçus des perspectives offertes par les Etats-Unis. Il a une puissance militaire. S'il y a conflit avec les Etats-Unis, cela sera automatiquement une guerre mondiale, par l'ampleur des pays en présence.
De ces tensions, de ces conflits innombrables, de la montée des antagonismes, inévitablement poussés par la crise économique prolongée, doit naître une exacerbation des contradictions fondamentales. Et une crise conjoncturelle comme celle de 1929 accentuera encore davantage ce phénomène, en affaiblissant le capitalisme et, en particulier, les Etats-Unis. Ce qui va encourager les autres Etats à essayer de se libérer de leur tutelle. C'est de ces contradictions que débouchera la prochaine guerre mondiale. Il est encore trop tôt pour savoir laquelle d'entre elles va concrètement l'occasionner. Mais le processus est en route et avance inexorablement, de plus en plus vite même. A moins que les forces révolutionnaires ne parviennent à s'y opposer...
L'impérialisme, par les contradictions qu'il développe, engendre la guerre. De ce fait, il accélère la décomposition du système capitaliste. Mais la crise économique est un facteur formidable d'exacerbation des antagonismes, car elle restreint les possibilités de création de richesses au profit de la bourgeoisie et donc l'affaiblit. Elle est donc un élément essentiel dans la crise générale que connaît le capitalisme et qui pousse le système vers une dégradation de toutes les conditions économiques, sociales, politiques et idéologiques.
C'est dans ce cadre que les communistes doivent travailler. Car cela signifie que le socialisme est à l'ordre du jour. Ce n'est pas une perspective pour des siècles lointains. Les conditions économiques et politiques vont se dégrader, de telle sorte à engendrer des situations révolutionnaires dans le monde. Depuis 1945, le capitalisme a connu un développement relativement lent des contradictions, une situation favorisée par l'existence d'un camp socialiste, qui a obligé les impérialistes à des concessions sociales, mais également du révisionnisme, qui a professé une théorie de pacification de la lutte de classes. La victoire de la contre-révolution laisse le champ à la manifestation de toutes les oppositions, de tous les antagonismes. De ce fait, le processus s'accélère. Une régulation mondiale de ces tensions devient impossible. Il est illusoire de croire que la stabilité relative du système va se maintenir. Que ce soit sur le plan économique, social ou politique. Des bouleversements majeurs sont en route à l'échelle de la planète.
Mais déclarer que le capitalisme entre dans une nouvelle phase de crise générale, inaugurant de nouvelles phases révolutionnaires, ne signifie nullement que la révolution socialiste va sortir automatiquement et nécessairement du marasme et du chaos. Sans un parti communiste pour diriger les populations dans leur lutte, pour les orienter vers la création d'une nouvelle société socialiste, jamais la révolution ne sera victorieuse. Il est donc urgent de s'atteler à cette tâche de construction du parti.
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1Notes
Cela pose également un problème de répartition entre secteurs, entre celui qui fabrique les moyens de production et celui qui réalise les biens de consommation. Mais cette question, sans doute essentielle à la compréhension des crises économiques, ne sera pas traitée dans ce texte.
2 Qu'il perd grâce à la résistance du peuple soviétique.
3 Sur base de FMI, Statistiques financières internationales. Le PIB réel évalue la valeur créée à prix constants, c'est-à-dire normalement sans inflation. Ce qui traduit mieux l'évolution de l'activité économique réelle.
4 The Wall Street Journal, 30-31 janvier 1998.
5 Il s'agit d'un organisme financier, dont les capitaux viennent de particuliers et qui les gère par des opérations boursières, notamment celles spéculatives de gains en capital.
6 La banque centrale des Etats-Unis.
7 La principale Bourse américaine, située à New York.
8 Un indice est un cours pondéré des actions les plus représentatives de la Bourse. Il donne l'indication de l'évolution moyenne du marché financier.
9 David Langdon, Terence McMenamin & Thomas Krolik, " US labor market in 2001 : economy enters a recession ", Monthly Labor Review, février 2002, p.5.
10 David Langdon, Terence McMenamin & Thomas Krolik, op. cit., p.8.
11 Karl Marx, Le Capital, tome 3, éditions sociales, Paris, 1976, p.446.
12 BIT, " Rapport sur l'emploi dans le monde 2001 : La situation s'améliore, mais la fracture numérique semble inéluctable ", 24 janvier 2001.
13 La quatrième est Toyota : 6 millions de véhicules.
14 Tous les éléments qui permettent une augmentation des possibilités de production, une amélioration du bien-être, c'est-à-dire le développement de la science, des techniques, des connaissances en général, de la réflexion, des capacités organisationnelles, etc.
15 Calcul à partir d'Edward Wolff (1987 et 2000), qui utilise les chiffres officiels de la Federal Reserve, dans Survey of Consumer Finance. Mais il ne retient comme mesure du patrimoine que ce qui peut être converti directement en liquide. Il enlève les biens de consommation durable (voitures, télévisions, etc.) qui ne forment pas véritablement un actif et les plans d'épargne retraite, qui ne sont pas convertibles en argent (sauf si c'est le cas).
16 Calculs effectués à partir de Thomas Piketty et Emmanuel Saez, " Income Inequality in the United States, 1913-1998 ", NBER Working Paper, n°8467, septembre 2001 : www.nber.org/papers/w8467
17 Council of Competitiveness, US Competitiveness 2001, p.16.
18 Banque mondiale, Rapport sur le développement dans le monde 2000-2001, p.23.
19 C'est la multiplication entre le nombre d'actions émises et le cours de ces actions.
20 Marx définit ce capital fictif comme des valeurs se négociant sur les marchés financiers, éventuellement indépendamment de ce qui se déroule dans la production et, de ce fait, il est fictif, sa valeur est imaginaire : " Les titres de propriété sur des sociétés, des chemins de fer, des mines, etc., sont (...), en fait, sans doute des titres sur du capital réel. Mais ils ne permettent pas de disposer de celui-ci. Il ne peut être retiré. Les titres établissent seulement des droits sur une fraction de la plus-value qu'il va s'approprier. Mais ces titres se transforment eux aussi en duplicata du capital réel, en chiffons de papier, comme si un certificat de chargement pouvait avoir une valeur à côté du chargement, et en même temps que lui. Ils se transforment en représentants nominaux de capitaux qui n'existent pas. Car le capital réel existe à côté d'eux et ne change absolument pas de mains, si ces duplicata passent d'une main dans une autre. Ils se métamorphosent en formes du capital productif d'intérêt, non seulement parce qu'ils assurent certaines recettes, mais aussi parce qu'en les vendant on peut obtenir qu'ils soient remboursés en valeurs-capital. Dans la mesure où l'accumulation de ces titres traduit l'accumulation de chemins de fer, mines, bateaux à vapeur, etc., c'est l'expansion du procès de reproduction réel qu'elle exprime, - tout à fait à la façon dont l'extension d'une feuille d'impôts, par exemple, relatifs à des biens mobiliers, témoigne de l'augmentation de ces biens mobiliers. Mais en tant que duplicata, négociables eux-mêmes comme marchandises et circulant donc comme valeurs-capital, leur valeur est fictive : elle peut augmenter ou diminuer tout à fait indépendamment du mouvement de valeur du capital réel, sur lesquels leurs détenteurs ont un droit. (...) Gains et pertes par suite des fluctuations de prix de ces titres, ainsi que leur centralisation entre les mains des rois de chemins de fer, etc., seront - ainsi le veut la nature des choses - de plus en plus le résultat de la spéculation, qui apparaît au lieu et place du travail comme le mode originel d'acquérir du capital et qui remplace aussi la violence directe. Cette espèce de richesse financière imaginaire ne constitue pas seulement une partie fort importante de la fortune des particuliers: c'est aussi (...) une portion notable du capital du banquier (Karl Marx, Le Capital, livre III, éditions sociales, Paris, p.440-441).
21 Le rapport dividende - cours est relativement stable dans les années 50 et 60 autour de 3% (ce qui est un niveau de gain peu élevé). Il augmente à la fin des années 70 pour atteindre son record à 5,81% en 1979. Ensuite, il ne cesse de dégringoler pour parvenir à 1,15% en 2000 et 1,32% en 2001 (Council of Economic Advisers, Economic Report of the President, février 2002, p.430). Thomas Piketty et Emmanuel Saez (" Income Inequality in the United States, 1913-1998 ", NBER Working Paper, n°8467, septembre 2001, p.14 et figure 7) montrent que la part des dividendes dans le revenu des hommes les plus riches diminue de façon constante.
22 Calculé à partir de Standard & Poor's, Emerging Stock Markets Factbook, 2001, p.37. Presque 48.000 milliards de dollars traités par an sur les Bourses du monde, en comptant 250 jours ouvrables.
23 Investment Company Institute & Securities Industry Association, Equity Ownership in America, automne 1999, p.5.
24 Il y a toujours des exceptions.
25 Paiement des intérêts et remboursement du principal.
26 Calculé à partir de World Bank, Global Development Finance, différentes années.
27 Il s'agit uniquement de la dette à long terme.
28 Dans ce cas-ci, il s'agit d'une crise conjoncturelle, mais qui peut se transformer dans un marasme prolongé et généralisé.