Globalisation
et souveraineté nationale -
Et la lutte contre l'opportunisme
Ray O. Light Group, USA
Contribution
au dixième Séminaire communiste international
«La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la mondialisation impérialiste»
Bruxelles, 2-4 mai 2001
Dans ses Notes critiques sur la question nationale, écrites peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le camarade Lénine faisait remarquer très pertinemment:
«Le capitalisme connaît au cours de son développement deux tendances historiques en ce qui concerne la question nationale. La première réside dans l'éveil de la vie nationale et des mouvements nationaux, la lutte contre toute oppression nationale, la création d'Etats nationaux. La seconde réside dans le développement et la multiplication de relations de toutes sortes entre les nations, dans la destruction des barrières nationales et la création de l'unité internationale du capital, de la vie économique en général, de la politique, de la science, etc.
«Ces deux tendances constituent la loi universelle du capitalisme. La première domine au début de son développement, la seconde caractérise le capitalisme déjà mûr et qui va vers sa transformation en une société socialiste.» (Œuvres, Vol. 20, p.20)
Ces développements de l'économie politique mondiale au cours de ces quelque 90 dernières années ne donnent que plus de profondeur aux observations de Lénine. Car le ‘capitalisme mûr’, c'est-à-dire l'impérialisme, a débouché sur une économie réellement mondiale. (Jack Welch, PDG de la General Electric Company, déclarait ceci: «Idéalement parlant, vous devriez installer chacune de vos usines sur une barge.») Le GATT-OMC, conjointement au FMI et à la Banque mondiale, sont devenus un important pouvoir politique mondial exercé directement par le capital international sur les Etats-nations souverains, y compris également les Etats impérialistes. Ce phénomène s'est produit à un rythme accéléré avec la disparition du camp socialiste en tant qu'entité (le Comecon, les pays du pacte de Varsovie, etc.).
Au cours de ces quelques dernières années, et plus particulièrement dans la foulée des protestations contre l'OMC à Seattle et à Prague, des experts politiques de tendance libérale bourgeoise et social-démocratique, prétendument sérieux, ont commencé à discuter de la nécessité d'un mode de gouvernement mondial qui donnerait aux ‘peuples’ de toutes les nations une voix juxtaposée au capital international une fois qu'il s'agirait de définir le sort de la planète. Bien sûr, cette tendance démocratique petite-bourgeoise sape objectivement la lutte de la classe ouvrière internationale et de ses alliés contre la globalisation impérialiste. De telles propositions de gouvernement mondial ‘partageant son pouvoir’ avec les impérialistes contribuent tout particulièrement à détourner les révolutionnaires prolétariens afin qu'ils ne se servent pas de la question nationale dans leur lutte contre le capitalisme international.
En outre, il y a des gens de gauche, et plus spécialement en Europe, qui voient dans le développement de l'Union européenne un antidote positif à l'impérialisme américain. Alors qu'une union aussi impressionnante sur les plans économique, politique et, finalement, militaire, semble destinée à défier l'hégémonie impérialiste américaine. Néanmoins, la polémique du camarade Lénine contre la conception vieille d'un siècle des ‘Etats-Unis d'Europe’ de Kautski et Trotski demeure valide pour les communistes européens d'aujourd'hui. Lénine faisait remarquer que «les opportunistes (social-chauvins) font cause commune avec la bourgeoisie impérialiste justement dans le sens de la création d'une Europe impérialiste sur le dos de l'Asie et de l'Afrique (…)» (Lénine, Œuvres, L'impérialisme et la scission du socialisme, Vol. 23, p.121).
En outre, nombre de prétendus marxistes actuels, traumatisés par la disparition du camp socialiste et/ou corrompus et submergés par la prise de pouvoir à court terme de l'impérialisme, avec à sa tête l'impérialisme américain, sont devenus la proie d'une fascination pour la globalisation économique. Ces opportunistes d'aujourd'hui, dans la lignée des doctrines kautskiennes de l'époque de Lénine, prétendent que la globalisation peut être profitable à la classe ouvrière internationale. Reflétant cette façon de voir les choses, Steve Zeltzer, un militant de gauche bien connu aux Etats-Unis, a écrit un article critique sur l'OMC, mais concluait par une vision très ‘démocratique et petite-bourgeoise’ en prétendant qu' «internet et la technologie des communications» allaient donner aux travailleurs du monde entier la possibilité de construire un «nouvel internationalisme sans frontières doté de communications absolument démocratiques». (Revolutionary Democracy, avril 2000 ) Pour de tels opportunistes, cela signifie que le ‘capitalisme mûr’ se dirige vers sa transformation en une société socialiste de façon pacifique et évolutionnaire. Parmi ces révisionnistes figurent également l'actuelle direction du Parti communiste chinois qui s'est battue pendant plus d'une décennie pour s'intégrer dans l'orbite de l'Organisation mondiale du commerce, ainsi que l'aile dominante de la direction de l'actuel Parti communiste vietnamien qui a tenté avec insistance de se rapprocher de son ancien ennemi impérialiste, les Etats-Unis. Bien sûr, telle n'a jamais été la position de Lénine.
A l'entame de la Première Guerre mondiale, le camarade Lénine approfondit ses enseignements sur l'impérialisme en tant que stade suprême du capitalisme. Dans La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes (Œuvres, Vol. 22, p.159), Lénine écrivait : «De même que l'humanité ne peut aboutir à l'abolition des classes qu'en passant par la période de transition de la dictature de la classe opprimée, de même elle ne peut aboutir à la fusion inévitable des nations qu'en passant par la période de transition de la libération complète de toutes les nations opprimées, c'est-à-dire de la liberté pour elles de se séparer.»
Une année après avoir écrit ces mots, le camarade Lénine, à la tête du Parti Bolchevik, menait la classe ouvrière et les nations et peuples opprimés de la Russie tsariste à la victoire au cours de la grande Révolution d'Octobre. Le pays impérialiste le plus arriéré avait été arraché des mains de l'impérialisme international. Et lorsqu'une douzaine d'armées impérialistes furent dépêchées en Union soviétique afin d'aider l'armée blanche russe dans la guerre civile qui s'ensuivit, la classe ouvrière, la paysannerie et les nationalités opprimées soviétiques, sous la direction du Parti Bolchevik, les repoussèrent victorieusement et gardèrent en vie le nouvel Etat prolétarien soviétique.
Le camarade Staline, en tant que premier commissaire soviétique des nationalités, introduisit la résolution prolétarienne de principe concernant la question nationale dans l'ancien carcan des nations. Dans La question nationale et le léninisme, le camarade Staline écrivait: «La période de la victoire du socialisme dans un seul pays ne crée pas les conditions nécessaires au fusionnement des nations et des langues nationales. (…) Au contraire, cette période crée des conditions favorables à la renaissance et l'épanouissement des nations qui étaient anciennement opprimées par l'impérialisme tsariste et qui ont désormais été libérées de l'oppression nationale par la révolution soviétique.» (p.13)
Sous Lénine et Staline, le Parti Bolchevik triomphant adopta une approche dialectique de la question nationale – y compris au sein de l'ancienne Russie tsariste. Ils n'omirent pas les étapes nécessaires du développement historique et politique. Cette approche dialectique de la question nationale, Lénine et Staline l'appliquèrent également avec constance à la situation mondiale.
Alors que les autres révolutions qui avaient éclaté dans l'Europe impérialiste directement après la Première Guerre mondiale se soldèrent finalement par des échecs, les révolutions dirigées par des communistes au cours de la seconde Guerre mondiale et après furent des succès, comme en Albanie, en Chine, au Vietnam, en Corée du Nord et elles adoptèrent partout la forme de mouvements révolutionnaires national-démocratiques contre l'impérialisme. Ce furent principalement des guerres de libération nationale menées contre l'impérialisme avec, à sa tête, l'impérialisme américain, par des peuples opprimés d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. (Le ROL Groupe continue à penser que ces dernières luttes ont représenté la contradiction centrale dans le monde au cours des 50 et quelques années qui se sont écoulées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.)
Dans la période de l'après 1939-1945, les luttes pour l'indépendance nationale parmi les peuples opprimés d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine furent si intenses, si fortes que l'impérialisme avec, en tête, l'impérialisme américain, fut obligé de concéder à ces peuples un certain degré d'indépendance politique afin de pouvoir conserver son contrôle économique sur les centaines de millions d'habitants des pays coloniaux et dépendants dans le monde. En lieu et place de l'ancien colonialisme, le néocolonialisme devint la principale forme de contrôle impérialiste durant cette période d'après guerre, face aux soulèvements des peuples du monde entier sous la direction du mouvement communiste mondial dirigé par Staline et Mao.
Lorsque, à la fin des années 60, débuta l'«ère des négociations» – promue par les impérialistes américains – avec l'URSS et la Chine populaire, toutes deux dirigées par des révisionnistes, des institutions financières mondiales, telles le Fonds monétaire international et la Banque mondiale furent de plus en plus à même d'imposer leurs vues à des Etats-nations souverains. Ces dix ou quinze dernières années, avec la disparition du camp socialiste, l'impérialisme, avec à sa tête l'impérialisme américain, a pu aller de l'avant de façon encore plus ouvertement tyrannique. Et la mise en place de l'OMC a été le reflet de ce développement. Pourtant, rien d'essentiel n'a changé.
Comme le fait remarquer Martin Wolf, principal responsable de la section ‘économie’ du Financial Times, «la proportion de la production mondiale qui s'échange aujourd'hui sur les marchés mondiaux n'est pas tellement plus importante qu'elle ne l'était durant les années qui ont précédé directement la Première Guerre mondiale. (…) En fait, parmi les cinq économies les plus importantes d'aujourd'hui, la seule dont le chiffre d'affaires commercial ait augmenté de façon spectaculaire en un siècle n'est autre que les Etats-Unis, où ce taux a bondi de 11% en 1910 à 24% en 1995.» (‘Will the Nation-State Survive Globalization?’ [L'Etat-nation survivra-t-il à la globalisation?], pp.179-80, Foreign Affairs, janvier-février 2001).
Bruce R. Scott, professeur à la Harvard Business School, écrivait récemment: «Bien sûr, les revenus moyens ont augmenté, mais il en est allé de même pour le fossé entre les pays riches et les pays pauvres. Ces deux tendances se manifestent depuis plus de 200 ans (…) et, bien que les marchés internationaux des marchandises et des capitaux se soient fortement épanouis depuis la Seconde Guerre mondiale et qu'aujourd'hui, des organisations multilatérales instaurent des réglementations et contrôlent l'économie mondiale, l'inégalité économique entre les pays ne cesse de croître. Environ deux milliards d'humains gagnent moins de 2 dollars par jour.» [Les italiques en caractère gras sont de nous – ‘The Great Divide in the Global Village’ (Le grand fossé qui divise le village mondial), p.160, Foreign Affairs, janvier-février 2001].
Lors de l'Assemblée populaire réunie à Seattle, quelques jours avant la fameuse ‘bataille’, le camarade José Maria Sison, président du Centre d'Etudes Sociales et révolutionnaire philippin de pointe de ces trente dernières années, déclara ceci: «La globalisation, c'est l'impérialisme. La globalisation est un terme habile et superficiel. Il ne s'arrête pas à la réalité de l'impérialisme moderne ou du capitalisme monopoliste. (…) Les directeurs d'entreprises, les bureaucrates, les pédants universitaires de la bourgeoisie et les ONG financées par les impérialistes ont lancé ce terme de globalisation comme s'il s'agissait d'un nouveau gadget amusant. Ils essaient de faire passer le capitalisme monopoliste pour un fait de vie incontournable. En fait, ils recyclent le vieux jargon de la doctrine du laisser-faire afin de faire passer le capitalisme monopoliste comme libre entreprise, libre marché, libre échange. Nous nous trouvons toujours dans l'ère du capitalisme monopoliste et de la révolution prolétarienne. (…)»
Mais bien sûr! Nous sommes toujours dans l'ère du léninisme telle que Staline la décrivait. Et les trois principales contradictions présentées par Staline dans ses Fondements du léninisme gardent toujours de leur pertinence aujourd'hui. Quelles sont-elles? 1. La contradiction entre le travail et le capital. 2. La contradiction régnant parmi les divers groupes financiers et les puissances impérialistes. 3. La contradiction entre la poignée de nations ‘civilisées’ dominantes et les centaines de millions d'habitants des pays coloniaux et dépendants que compte la planète.
Aujourd'hui, sous le couvert de ‘lutter contre la globalisation’, nombre de forces opportunistes et trotskistes ont tenté d'exagérer les changements déclenchés par la poursuite du ‘mûrissement’ du capitalisme dans son stade ultime et moribond qu'est l'impérialisme. Ils veulent enterrer le fait que l'ennemi impérialiste n'a pas changé de nature, que ces mêmes contradictions fondamentales minant l'impérialisme depuis l'époque de Lénine valent toujours aujourd'hui.
En se servant habilement de ces contradictions, le mouvement communiste et ouvrier international peut conduire les peuples du monde à la victoire sur le capitalisme mondial et à l'instauration d'un socialisme mondial.
***
En décembre 1999, dans le prolongement immédiat des importantes protestations populaires contre l'OMC dans les rues de Seattle, Etat de Washington, nous tirions deux conclusions:
«1. Désormais, la souveraineté nationale née originellement avec la montée de la bourgeoisie durant la période du capitalisme naissant sera menacée partout par le capitalisme financier international moribond au sein de l'économie (impérialiste) mondiale du présent et du futur!» [‘Non à l'OMC!—La classe ouvrière américaine fait un pas en avant à Seattle’, Décembre 1999]
Nous avons fait remarquer que, à travers l'OMC, un ensemble de trois monstres corporatistes a le pouvoir de bafouer les lois de n'importe quel pays si ces lois constituent une entrave au ‘libre commerce’. Nous citions l'exemple des industries américaines de l'abattage du bétail, et des bovins plus particulièrement, pour le compte desquelles le gouvernement américain, via l'OMC «(…) fut à même de forcer les pays de l'Union européenne d'accepter le bœuf américain (ainsi que toutes les hormones de croissance qu'il contient) sur les marchés européens et dans les assiettes des Européens eux-mêmes, malgré les efforts de l'Union européenne d'interdire l'entrée de ces viandes bovines». Notre second exemple était celui de la manière dont le gouvernement du Venezuela, agissant pour le compte des puissants intérêts pétroliers installés dans ce pays «(…) s'était opposé au Clean Air Act (loi sur la pollution atmosphérique) américain chargé d'assurer la sortie d'un gaz plus propre des raffineries, [et] avait soumis cette loi américaine à l'appréciation de l'OMC, laquelle décida que la loi américaine entravait bel et bien la liberté de commerce.» L'Agence américaine de Protection de l'Environnement fut obligée de reculer jusqu'à l'endroit où elle admettait qu'il «y avait un risque potentiel d'impact néfaste sur le milieu». Alors qu'en surface ce dernier exemple semble illustrer le cas d'un pays qui a su prendre le meilleur sur les impérialistes américains, en réalité, le capital financier international avec, à sa tête, les Etats-Unis, est absolument satisfait de constater qu'on piétine ce genre de lois américaines dans l'intérêt des profits maximaux des ‘libres commerçants’ de l'OMC.
Par conséquent, le capitalisme, dans sa relation à la souveraineté nationale, s'est mué en son contraire! Dans sa nouvelle période montante, le capitalisme représentait «l'éveil de la vie nationale et des mouvements nationaux, la lutte contre toute oppression nationale, la création d'Etats nationaux (…)», comme le décrivait Lénine. Aujourd'hui, le capitalisme a mûri et est devenu plus que mûr pour la révolution. Le système économique et ses principaux responsables, sous les traits du capital financier international, sont devenus une menace pour les souverainetés nationales. Ils se sont dressés et continueront à créer des instruments qui mettront sur la touche la souveraineté nationale chaque fois que celle-ci entravera leurs profits maximaux.
«2. Désormais, en outre, la souveraineté nationale sera indissociablement liée à la lutte pour le pouvoir prolétarien contre le capital international. Et ce pouvoir prolétarien ne sera victorieux que dans la mesure où il combattra sur une base internationaliste !»
Dans la lutte entre le travail et le capital, la lutte pour la souveraineté nationale ne constitue plus une ‘réserve’ pour le capital; au contraire, elle est désormais une réserve pour la révolution prolétarienne dans sa lutte contre le capital. Puisque la forme dominante de l'économie capitaliste, c'est-à-dire le capital financier international, est désormais devenu hostile à la souveraineté nationale dans n'importe quel endroit du monde, il est raisonnable de penser que le seul ennemi implacable du capitalisme international, à savoir la classe ouvrière internationale, se trouve dans la plus favorable des positions pour mener la lutte en vue de sauvegarder la souveraineté nationale contre le capital international, l'OMC, etc., partout dans le monde. En outre, puisque le prolétariat est une classe internationale avec un intérêt commun consistant à vouloir écraser son ennemi impérialiste et à ériger un avenir socialiste et communiste, il est également raisonnable de penser que, pour mener à bien de la façon la plus efficace qui soit des luttes de défense de la souveraineté nationale contre le capitalisme international, la direction du prolétariat, dans n'importe quel pays du monde, a besoin d'une solidarité internationaliste prolétarienne émanant de la totalité du prolétariat international. De plus, le mouvement communiste international devra lutter pour un maximum d'unité au sein de la classe ouvrière internationale et pour une unité de la classe ouvrière avec les peuples opprimés d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine.
Aux Etats-Unis, les événements de Seattle montrèrent, pour la première fois en cinquante ans, qu'une frange importante du monde organisé du travail aux USA manifestait son opposition à d'importantes politiques internationales de la classe dirigeante américaine. Nous avions fait remarquer que la section organisée de la classe ouvrière américaine, qui avait été tragiquement coupée du reste de la classe ouvrière internationale au cours du demi-siècle écoulé et s'était alliée, au contraire, à sa propre bourgeoisie impérialiste, avait commencé, à la longue, et par la lutte contre l'OMC à Seattle, à rompre avec sa propre bourgeoisie et à nouer à nouveau des liens avec le reste de la classe ouvrière internationale.
Bien sûr, l'impérialisme américain n'allait pas permettre aux travailleurs américains d'opérer, sans qu'il y ait de lutte, ce glissement politique dramatique susceptible d'ébranler le monde. L'impérialisme américain se servit du président John Sweeney et des autres dirigeants de l'union social-démocratique au conseil exécutif de l'AFL-CIO pour détourner et mobiliser les travailleurs syndicalement organisés afin qu'ils participent à la manifestation du 12 avril 2000 contre la Chine et sponsorisée par les impérialistes. Cette manifestation détourna 15.000 travailleurs organisés de la manifestation du 9 avril (en faveur de la suppression de la dette) et de la manifestation anti-impérialiste et antimonopoliste du 16 avril. Elle les sépara donc de ses nouveaux alliés découverts à Seattle. Et elle brisa également l'élan historique qu'aurait représenté la participation de sections importantes de la classe ouvrière organisée aux manifestations du 9 et, tout particulièrement, du 16 avril.
Plus important encore. La manifestation du 12 avril, sous le mot d'ordre «Pas de chèque en blanc pour la Chine», réussit à dresser la section américaine de la classe ouvrière internationale contre la section chinoise de la même classe et contre le reste de la classe ouvrière internationale, faisant, une fois de plus, de la classe ouvrière américaine l'alliée de son pire ennemi, l'impérialisme, avec à sa tête l'impérialisme américain. Sweeney et consorts surent s'y prendre pour utiliser l'élan contre l'OMC et contre Clinton qui animait l'esprit de Seattle et pour rallier les travailleurs à la position protectionniste et chauvine d'une grande nation (‘contre la Chine’) le 12 avril, affaiblissant objectivement l'opposition de la classe ouvrière internationale à l'OMC, et préparant la voie à une victoire impérialiste américaine (pro-OMC) le 24 mai! Les "Républicrates" du Congrès étaient désormais assez costauds pour faire passer la résolution du 24 mai, au nom de l'impérialisme américain et qui assurait des relations économiques normales et permanentes avec la Chine. Par conséquent, la manifestation finit par faire imposer exactement le contraire de ce que voulaient les travailleurs!
Parmi le prolétariat révolutionnaire des Etats-Unis, du Canada, du Japon et de l'Europe occidentale, la défense prolétarienne de la souveraineté nationale contre la mainmise et la domination par les capitalistes internationaux sous la forme de l'OMC, de la Banque mondiale, du FMI et autres instruments supranationaux du capital financier international doit être soigneusement délimitée de façon à ne pas se muer en soutien de ‘leurs propres’ impérialistes, de la grande nation qui les accompagne et autres chauvins. En lieu et place, ils doivent dénoncer les connexions de leur propre bourgeoisie impérialiste avec l'OMC et consorts, montrer comment elle trahit la souveraineté nationale de leur pays. Il est clair que les fascistes de ces pays vont tenter, en mesure croissante, de canaliser le ressentiment des travailleurs contre les travailleurs étrangers et contre l'ingérence des capitaux étrangers dans leur souveraineté nationale, leurs traditions, leur culture, etc., tout en dissimulant le plus possible le rôle de leur propre bourgeoisie et du système capitaliste dans ce processus.
Les communistes des pays impérialistes doivent promouvoir – et lutter pour – l'égalité de toutes les nations à commencer par le droit des nations opprimées par ‘leurs propres’ impérialistes à l'autodétermination, y compris le droit de se séparer. Dans un même temps, ils doivent se montrer experts à pouvoir rallier les meilleurs éléments de la société à leur propre défense démocratique nationale sur base de l'internationalisme prolétarien.
Dans les nations opprimées d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et parmi les peuples afro-américains, entre autres, les communistes doivent résolument appuyer la question nationale dans le combat pour mobiliser presque toute classe et couche de société de leurs nations respectives en un Front de Libération nationale sous la direction de la classe prolétarienne. (Ceci, à l'exception notoire de la bourgeoisie compradore qui sert les intérêts de l'impérialisme, de l'OMC, etc.)
La théorie léniniste de la révolution en deux étapes devrait être accomplie selon les voies choisies par la révolution chinoise, au moins durant le premier stade, qui culmina avec sa victoire démocratique nationale en 1949 sous la direction du Parti communiste chinois et de son président Mao-Zedong. Et les perspectives tendant à passer le fusil d'une épaule à l'autre, comme Lénine décrivait le passage du stade démocratique national au stade socialiste de la révolution, peuvent être rendues moins ardues par la prolétarisation accrue des nations opprimées et la globalisation de l'économie mondiale. Aujourd'hui, des guerres populaires prolongées, qui empruntent cette voie, sont menées avec succès au Népal, aux Philippines et dans les pays bolivariens de l'Amérique du Sud, entre autres.
Finalement, comme nous l'avons dit ailleurs : «Au cours des quelques dernières décennies, avec la domination du mouvement communiste international par le révisionnisme antistalinien dans le pouvoir d'Etat, c'est précisément le contraire qui s'est produit. Les impérialistes, et surtout l'impérialisme américain, ont effrontément utilisé la question nationale en tant que réserve de réaction impérialiste autour du monde. Depuis l'Inde et le Pakistan jusqu'à la Yougoslavie et la Chine et Taïwan, les impérialistes américains sont passés maîtres dans la stimulation des haines ethniques au nom de la lutte nationale afin de favoriser leurs visées de conquête et de profit maximal. Aujourd'hui, le peuple kurde, le peuple somalien, le peuple bengali, le peuple tamoul, le peuple palestinien, le peuple serbe et bien d'autres encore pleurent après une direction stalinienne capable d'unir les opprimés et les exploités contre leur ennemi impérialiste international.» (‘Mumia Abu-Jamal and the Proletarian Revolution’, International Newsletter, n° 21, juillet 2000)
Le Komintern sous la direction de Staline ne craignit nullement de défier les limites étatiques dressées par les impérialistes dans le monde entier. Nous devrions suivre son exemple.
En conclusion: Malgré l'avènement des nouvelles technologies et spécialement la révolution des télécommunications et de l'informatique, et malgré le caractère mondial de plus en plus prononcé de l'économie capitaliste mondiale, les réponses en vue d'une meilleure existence pour la classe ouvrière dans le monde sont demeurées fondamentalement les mêmes :
Travailleurs du monde et peuples opprimés, unissons-nous et luttons contre l'impérialisme avec, à sa tête, l'impérialisme américain !!!
Luttons contre la globalisation impérialiste !!!
Combattons pour un socialisme et un communisme mondiaux !!!
Contribution au
dixième Séminaire communiste international
«La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la mondialisation impérialiste»
Bruxelles, 2-4 mai 2001