La mondialisation impérialiste et capitaliste, une nouvelle arme de recolonisation de l’afrique

LEY-NGARDIGAL Djimadoum, Secrétaire Général de

l’Action Tchadienne pour l’Unité et le Socialisme (ACTUS)

Contribution au dixième Séminaire Communiste International
« La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste »
Bruxelles, 2-4 mai 2001

Depuis la conclusion des négociations commerciales connues sous le nom d'Uruguay Round, le vocabulaire économique s'est enrichi d'un nouveau terme: mondialisation ou globalisation. Ce concept semble susciter un engouement certain chez les décideurs économiques, les politiciens, les professionnels de la communication et même les citoyens ordinaires.

Cependant, pour l’Action Tchadienne pour l’Unité et le Socialisme (ACTUS), la question fondamentale est la suivante   à qui profite la mondialisation et pourquoi est-elle entretenue ?

L'Organisation mondiale du commerce a été instaurée au moment de la conclusion de l'Uruguay Round, le 15 décembre 1993, par un traité sur le commerce mondial, visant à ouvrir les marchés internationaux. Ce traité a été ratifié par 115 pays qui, depuis 1986, luttent en vue d'un consensus sur l'extension de l'Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce, le fameux GATT (General Agreement on Tariffs and Trade).

I - ÉLÉMENTS DE DÉFINITION DE LA MONDIALISATION.

La conception dominante de la mondialisation est principalement définie comme une interdépendance accrue des économies du monde, grâce notamment à la chute des barrières douanières, à la libéralisation et la déréglementation qui ont levé la plupart des entraves à la circulation des marchandises et des capitaux. En effet, les accords de l'Uruguay Round stipulent que les pays signataires s'engagent à baisser les barrières douanières et non douanières érigées entre eux afin de stimuler le commerce mondial et les investissements. Pour garantir le respect de ces accords, l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) fut créée à la place du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade), ou accord général sur les tarifs et le commerce.

Par delà la chute des barrières douanières, c'est surtout la vague de libéralisation et de

déréglementation entreprise par nombre de pays en voie de développement pour attirer des capitaux, notamment des investissements directs, qui a contribué a accélérer l'interdépendance des économies du monde. En effet, les politiques de libéralisation et de déréglementation ont favorisé une plus grande circulation du capital à travers le monde, circulation facilitée par la révolution dans les technologies de la communication, notamment la révolution informatique.

En vérité, la mondialisation, c'est essentiellement le phénomène de financiarisation de l'économie mondiale, illustrée par le fabuleux volume des transactions financières quotidiennes sur les marchés des changes et la création d'un nombre de produits financiers sophistiqués, tels que les produits dérivés.

Les experts estiment le volume de ces transactions financières est 70 fois supérieur à celui du commerce de biens et services. En effet, aujourd'hui, dans les marchés financiers, il circule en moyenne 1500 milliards de dollars quotidiennement, tandis que la valeur annuelle du commerce mondial est estimée a 5000 milliards seulement!

Cette financiarisation de l'économie mondiale a été facilitée par les activités spéculatives des détenteurs de fonds de pension et l'irrésistible ascension des entreprises multinationales.

Pour le CETIM, la "mondialisation" est une idéologie qui s'appuie sur une structure de

pouvoir ne profitant qu'aux grandes entreprises, aux institutions financières internationales et à quelques grandes puissances politiques à vocation hégémonique (mondiale ou régionale) qui sont dénuées de toute représentativité démocratique.

Cette mondialisation n'est pas un phénomène qui recouvre une tendance à l'égalisation des

économies, ni à l'homogénéisation des niveaux de développement, ni à l'uniformisation des

situations économiques au sein d'un pays donné ou d'un groupe de pays à un autre; l'écart entre les pays du "centre" et ceux de la "périphérie" n'a jamais été aussi prononcé.

Basée sur l'idéologie capitaliste ou néolibérale et présentée comme unique solution à tous les maux de toutes les sociétés de la planète, cette mondialisation marchande a des conséquences désastreuses : malnutrition touchant 800 millions de personnes dans le monde, maladies, pollution, dégradation des systèmes scolaires, chômage de masse, augmentation des travaux précaires, destructuration des sociétés notamment par le déplacement forcé des populations, exode rural et conflits armés, généralisation de la corruption (tant au Sud qu'au Nord), prolifération des mafias, etc.

Pour comprendre les raisons des effets néfastes de cette mondialisation marchande, il est judicieux d'analyser le système économique dans lequel nous vivons et son rôle dans cette nouvelle idéologie.

On peut affirmer d'emblée qu'aujourd'hui les institutions de Bretton Woods et l'Organisation

Mondiale du Commerce (OMC) sont les deux instruments clés du système économique

néolibéral. Elles imposent une politique destructrice au monde entier, qui ne se limite pas au

domaine économique, car la marchandisation touche tous les aspects de la vie sociale, culturelle et économique.

 

II - LES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS.

La Banque Mondiale (BM) et le Fond Monétaire International (FMI) ont été créés en Juillet 1944. Ils sont plus connus sous le nom de " institutions de Bretton Woods " et ont entre autres comme objectif de " promouvoir le progrès économique et social en aidant à accroître la productivité ; le contrôle du fonctionnement du système monétaire international et la stabilisation des relations monétaires ".

Mais en réalité, dominées par quelques pays riches avec un système de quota qui est loin d'être démocratique, ces deux institutions ne servent que les intérêts des milieux financiers internationaux, d’où la domination et la dépendance des pays du Sud par ceux du Nord.

 

* L'Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Le troisième instrument clé de la mondialisation marchande, l'OMC, est né en 1995, suite à

l'aboutissement des accords du GATT et son élargissement aux secteurs de l'agriculture, des

services, de la culture, des investissements et de la propriété intellectuelle. Ces accords ont été

négociés au sein d'un petit comité sous l'emprise des sociétés transnationales, à l'abri de tout

contrôle politique, démocratique et citoyen. La libéralisation des marchés des services est lourde de conséquences. Le but recherché étant d'internationaliser et de réduire de manière drastique les coûts dans des secteurs tels que les télécommunications, les services financiers et l'informatique.

C'est ainsi qu'ont été planifiées, à l'échelle mondiale, les privatisations des services nationaux de télécommunication et ce, sous la pression de cette libéralisation du marché mondial. Par ailleurs, la libéralisation des services financiers génère de dramatiques conséquences : les délocalisations sont facilitées, la fraude fiscale est officieusement acceptée et l'immunité des trafiquants en tout genre consolidée. Sous le terme de " propriété intellectuelle " se cache toute la question des brevets, notamment concernant des organismes vivants génétiquement modifiés. C'est pourquoi, d'une manière générale, les négociations sur les TRIP (de l'anglais Trade-related intellectual property rights) ont été l'occasion pour les pays industrialisés d'établir de nouvelles règles internationales pour protéger les revenus rentiers monopolistiques des sociétés transnationales, tout en empêchant l'accès des pays du Tiers- Monde au savoir. L’Afrique du Sud, pour avoir voulu fabriquer des médicaments génériques contre le Sida, s’est fait traduire devant le tribunal par une trentaine de multinationales pharmaceutiques. L’Afrique du Sud est une illustration de la logique capitaliste et financière sur le droit à la vie. Les brevets servent également au pillage des ressources des pays du Sud où plus de 80% de ceux-ci sont détenus par des étrangers, principalement par des transnationales américaines, anglaises, allemandes, françaises et suisses. A souligner que 95% de ces brevets ne sont jamais utilisés pour produire dans ces pays. La grande diversité biologique du Sud, découverte, modifiée ou adaptée, est en train de devenir la " propriété intellectuelle " d'intérêts privés. Citons par exemple les transnationales agro-alimentaires détenant les semences. En bref, l'OMC viole les principes fondamentaux du contrôle démocratique et du développement autocentré des besoins locaux.

 

* L 'Accord Multilatéral sur l'Investissement (AMI).

Enfin, le quatrième instrument est l' Accord Multilatéral sur les Investissements (AMI). En négociations depuis, au sein de l'OCDE, cet accord vise la libéralisation et la non-discrimination des investissements étrangers de capitaux. Un investisseur pourrait notamment investir où il veut et quand il veut, retirer ses investissements, transférer leurs bénéfices dans un autre pays que celui où ils ont été réalisés. S'inscrivant dans la logique de déréglementation des échanges mise en place par l 'OMC, l' AMI va encore plus loin. Il remet en question la légitimité de la souveraineté des États. Tout investisseur s'estimant lésé par un État pourrait directement poursuivre celui-ci devant un tribunal ad hoc, la Chambre internationale du commerce, qui pourrait condamner l'État à dédommager l'investisseur sans qu'aucune procédure de recours contre la décision ne soit possible. Par ailleurs, un État sera tenu comme responsable de tout trouble civil intérieur qui pénaliserait une entreprise étrangère. Ainsi, un pays serait amené à payer de substantiels dédommagements à un investisseur qui aurait été la cible de contestations citoyennes.

Dès lors, il est à prévoir, surtout dans les pays les plus pauvres, pour écarter tout risque en la

matière, qu'un État diminue unilatéralement les droits d'association, de syndicat et de grève, tout en renforçant les pouvoirs de police et d'armée afin de maîtriser rapidement tout dérapage éventuel.

Il est évident qu’avec les accords de l’AMI, les pays du Sud seront davantage asservis et leurs peuples ne seront que des cerfs au service des multinationales.

 

II- LES PRINCIPALES MANIFESTATIONS DE LA MONDIALISATION.

A- La spéculation financière.

La mondialisation a consacré la toute puissance des groupes spéculatifs possédant d'énormes moyens financiers et capables de défier n'importe quelle autorité. En effet, les activités de ces groupes se chiffraient à un volume journalier de 1500 milliards de dollars tandis que les réserves de l'ensemble des banques centrales du monde s'élevaient a 1200 milliards de dollars. En outre, moins de 20% du volume journalier des marchés des changes est consacré à des investissements productifs et à des flux de biens et services réels.

Ces groupes spéculatifs, composés pour la plupart de fonds de pension américains et japonais, se sont signalés tout récemment dans la crise monétaire et financière asiatique avec les attaques contre les monnaies indonésienne, malaisienne, philippine et thaïlandaise. L'un des plus puissants de ces groupes, le Quantum Group, dirigé par George Soros et installé aux Iles Caïman, posséderait un arsenal estimé à plus de 10 milliards de dollars. La force des spéculateurs réside dans le fait que pour chaque dollar investi, ils peuvent emprunter jusqu'à 10 dollars pour se couvrir. Ainsi donc, avec ses 10 milliards de dollars de fonds de pension, Quantum disposerait d'une force de frappe virtuelle de 100 milliards de dollars!

L'action déstabilisatrice de ces groupes pour l'économie mondiale a été mesurée récemment par la crise asiatique. On estime que les attaques contre les monnaies asiatiques ont entraîné des conséquences énormes pour des pays comme la Corée du Sud, l'Indonésie et la Thaïlande, les obligeant à annuler d'importants contrats avec les pays européens et les États-Unis. On craint même que cette crise puisse entraîner un net ralentissement de la croissance dans le monde.

Voilà pourquoi, des voix s'élèvent partout dans le monde pour fustiger l'activité des spéculateurs et préconiser des mesures au niveau international pour les décourager. Mais cela va être difficile, la spéculation financière est en partie liée à l'activité des multinationales dont l'influence grandissante constitue l'autre fait marquant de la mondialisation.

Les résistances de ces dernières années contre la mondialisation sont constantes et fortes : Seattle, Davos, Sommet européen de Nice, Sommet des Amériques au Canada en sont les symboles.

B- L'ascension des multinationales.

La spéculation financière est en partie liée à l'activité des multinationales dont l'influence grandissante constitue l'autre fait marquant de la mondialisation. En effet, un nombre de plus en plus réduit de groupes industriels et financiers contrôlent l'essentiel de la production et de la circulation de biens et services dans le monde. Parfois, moins d'une dizaine d'entreprises multinationales contrôlent près de la moitié du marché mondial.

On estime que le chiffre d'affaires cumulé de quelque 200 entreprises multinationales équivaut au quart du produit national brut (PNB) mondial. Et pourtant, ces 200 entreprises n'emploient que 0,75% de la main-d'œuvre dans le monde. Pour donner une idée de la puissance de certains de ces groupes, il faut savoir que leurs chiffres d'affaires annuels dépassent parfois de loin le PNB de nombreux pays en voie de développement et même de certains pays développés. Par exemple, en 1994, le chiffre d'affaires de General Motors, le plus grand fabricant d'automobiles dans le monde, dépassait le PNB de la Turquie ou du Danemark. Toujours en 1994, le PNUD révèle que le chiffre d'affaires cumulé des cinq (5) plus grands groupes multinationaux était supérieur au PNB combiné de l'Afrique au Sud du Sahara et de l'Asie de l'Est!

Cette concentration touche toutes les sphères de la vie économique et financière: l'industrie, les services, les banques, les transports, et les communications (télécommunication, télévision, cinéma, presse écrite, informatique, etc.) Des noms comme General Motors, Daewo, Toyota, Shell, Exxon, CNN, etc. évoquent autant de groupes multinationaux qui pratiquement imposent leurs lois à des dizaines de pays des quatre coins de la planète.

Ces concentrations capitalistes ont pour conséquences l’accroissement du chômage dans les pays développés (délocalisation des entreprises) et leur transfert au Sud (exploitation accrue des ouvriers).

 

III- LES CONSÉQUENCES DE LA MONDIALISATION POUR L'AFRIQUE.

Ces transformations considérables dans l'économie mondiale ont un grand impact sur les économies africaines, faibles et non compétitives selon les normes capitalistes. De ce fait, les arguments selon lesquels l’Afrique tirerait des avantages de la mondialisation capitaliste sont battus en brèche.

A- Opportunités.

1- Possibilités d'accès à de nouveaux marchés (initiative américaine).

L'un des premier avantages de la mondialisation est la possibilité d'accéder à certains marchés des pays développés. Une initiative américaine de $500 millions tend à favoriser les exportations d'un certain nombre de pays africains. Mais cette initiative est réservée à des pays remplissant des critères stricts, ce qui réduit sa portée. A cela vient s’ajouter le protectionnisme, où les USA excellent, afin de protéger leur marché intérieur.

2- Possibilités d'accès à certains marchés financiers.

Un autre avantage pourrait être la possibilité d'accéder à certains marchés financiers. En effet, certains pays africains, qualifiés de "marchés émergents" pourraient bénéficier de davantage

d'investissements directs étrangers à cause de leurs possibilités de développement. Mais ici encore, il faut répondre à certains critères stricts de l'économie du marché et surtout, mener une politique de libéralisation et de déréglementation tous azimuts en d’autres termes, brader les richesses nationales aux multinationales, privatiser les entreprises…

3- Prise de conscience de la nécessité d'être plus compétitif.

Probablement la mondialisation contribuera à la prise de conscience par beaucoup d'entreprises africaines de la nécessité d'être plus compétitives. Cela les poussera a une plus grande rigueur dans la gestion de leurs affaires afin de réduire leurs coûts de production. Cette notion de compétitivité est propre à l’économie capitaliste dont la concurrence et la rentabilité représentent sa colonne vertébrale.

Mais tous ces avantages liés à la mondialisation sont difficiles à exploiter, surtout dans un contexte de concurrence exacerbée. En vérité, la mondialisation présente surtout de graves menaces pour l'Afrique.

Pour l’ACTUS, nous pensons que seule une économie socialiste, dirigée , planifiée par l’État, serait à même d’être au service des masses populaires en satisfaisant leurs besoins. Une telle économie n’a pas à avoir peur d’une entreprise concurrente, car toutes appartiennent à l’État.

B- Menaces.

Nous avons mentionné antérieurement les conséquences négatives de cette mondialisation capitaliste sur le développement des pays du Sud. En effet, tous les accords sont en défaveur de ces derniers. L’exemple des accordes pétroliers au Tchad illustre bien cet hold-up capitaliste des multinationales et de la Banque Mondiale.

1 - Les accords pétroliers : véritable bradage d’une richesse nationale.

L’exploitation du pétrole de DOBA au Sud mais aussi celui de SEDEGUI dans le Kanem à l’Ouest, suscite d’énormes espoirs chez les populations du Tchad, un des pays les plus pauvres au monde.

Cependant, une lecture attentive des contenus des accords pétroliers entre le Tchad et le consortium ( EXXON ou ESSO, SHELL et ELF), montre des lendemains qui déchanteront : la lutte contre la pauvreté ne pourrait pas être réalisée dans ces conditions d’asservissement.

Selon les estimations des experts pétroliers, les trois champs pétroliers de DOBA au Sud ( KOME, MIANDOUM et BOLOBO ) totaliseraient des réserves de l’or noir qui s’élèveraient à environ 1 milliard de barils. Leur exploitation pourrait durer une trentaine d’années avec environ 225.000 barils par jour en phase maximale de production.

Dans les milieux pétroliers, on estime que ces découvertes conduiraient à la découverte d’autres gisements au Tchad, c’est ce qui expliquerait incontestablement cette alliance des trois multinationales habituellement concurrentes.

* Le coût total du projet est de 3,5 milliards de dollars US pour la construction de l’oléoduc DOBA-KRIBI (TCHAD-CAMEROUN) et SEDEGUI-NDJAMENA (FARCHA ) au TCHAD. Ce projet est aussi l’un des projets les plus importants réalisés en Afrique Subsaharienne.

Le consortium inclut dans le coût du projet le remboursement par le TCHAD des dépenses qu’il a effectuées de 1969 à 1996 soient 702.000.000$ (source : Avenant N°2 du 12 Mars 1997 à la convention d’exploitation et de transport des hydrocarbures du 19 Décembre 1988 adopté par loi N° 3 du 23 Juillet 1997).

* En contre partie, le consortium exige du Gouvernement, des exonérations d’impôts et taxes d’un montant de 7.000.000.000$ pour les dix 10 premières années (Avenant N°2 susmentionné). La différence laisse au consortium une marge bénéficiaire exorbitante de 6.298.000.000$. Le manque à gagner total du trésor Tchadien en trente (30) années d’exploitation du pétrole de DOBA est de  188.940.000.000$ quel beau pactole pour combattre la pauvreté des masses populaires!

Le tronçon de pipe-line en Territoire Camerounais coûte cher. En effet, la tracée initiale a été abandonnée sur injonction de ELF. Ce dernier refuse de voir passer le pipe-line par le port de Limbé (territoire anglophone du Cameroun) du pétrole francophone tchadien (source : séminaire sur le projet pétrolier aux Députés). La nouvelle tracée du pipe-line sera Doba-Kribi (territoire francophone camerounais).

* La redevance (royalties) de 12,5%, seule ressource tirée de ce pétrole tchadien soit plus de trois (3) milliards de dollars est accordée au consortium par le gouvernement pour garantir le financement de la mini-raffinerie de N’Djaména du pétrole de Sedigui (Kanem), acheminé par pipe-line jusqu’à N’Djaména ( Source : Avenant N°2 ci-dessus cité ).

Pour défaut de rentabilité, la Banque Mondiale et le consortium refusent le financement de la construction de cette mini-raffinerie. Cependant le gouvernement fantoche, pour des raisons de prestige, et de retombées financières pour le clan DEBY, tient absolument à construire cette mini-raffinerie. Il cède pour cela au consortium les 12,5% des royalties soit 3 milliards de dollars en trente ans et ce, au détriment du Tchad.

Un exemple de gestion scandaleuse du dossier pétrolier. Le gouvernement a, par gré à gré, consenti à une société française la construction du pipe-line de Sédigui à N’Djaména et de la mini-raffinerie. Le coût de cet investissement est évalué par le gouvernement à 80 millions de dollars.

Cependant hélas, l’exploitation du pétrole ne se fera pas sur les fonds propres du consortium EXXON-SHELL-ELF , mais sur des crédits consentis au nom du TCHAD auprès de la Banque Mondiale et ses filiales (AID et SFI) et destinés initialement à la lutte contre la pauvreté.

Les fonds publics tchadiens d’un montant de 20.700.000 $ prévus pour l’éducation, la santé et l’environnement, ont été cyniquement détournés de leur destination initiale au profit du consortium. Nous voyons ici, une preuve que la Banque Mondiale est un instrument des multinationales.

Le Peuple Tchadien aura donc à rembourser à la Banque Mondiale et ses filiales 20.700.000.000$. Voici une étrange conception de la Banque Mondiale de juguler la pauvreté dans notre pays avec des fonds qui sont destinés initialement à cet usage.

En dépit des fonds publics mis gracieusement à la disposition du consortium par le TCHAD, n’est pas le propriétaire des gisements, la gestion technique et économique est entièrement aux mains du consortium alors que la tendance générale dans le monde est la création des sociétés mixtes. Rappelons enfin, qu’en Novembre 1999, la compagnie pétrolière ELF s’était retirée du consortium au profit de Pétronas, une compagnie malanesienne. Au demeurant, toutes les sociétés françaises de grands travaux (Bouygues, Bolloré, Sogea, Spie, Cogelec…) détiennent

60% du marché de la construction des infrastructures (routes, ponts, stations de pompage…).

En conclusion, le code pétrolier tchadien n’obéit à aucune logique économique et d’indépendance nationale. Il contribuera au contraire à la paupérisation accélérée des masses populaires.

2 - Risques écologiques.

La région du Logone oriental au sud du Tchad, a pour chef lieu DOBA. Elle a une superficie de 28.170 KM2 peuplée par 440.342 habitants.

Le pétrole de DOBA regroupe trois champs pétrolifères dans les cantons de Miandoum, Komé et Bolobo, d’où sera acheminé l’or noir des 300 puits, par pipe-line jusqu’au port de Kribi au Cameroun.

Les risques sociaux et environnementaux de l’exploitation du pétrole sont donc énormes.

Au demeurant rappelons que cette région riche en limon fluvial, est le grenier du Tchad et renferme en outre une faune et flore exceptionnelles. Elle a une excellente pluviométrie et est irriguée par plusieurs cours d’eau (Pendé, Nyan,Loulé Mbéré,Ekéré…).

La construction de ce pipe-line s’accompagnera d’une déforestation massive. Dans un pays du Sahel comme le Tchad où l’écosystème est fragile, n’est-ce pas là un crime contre l’humanité en détruisant cette bio-diversité?. Ce patrimoine sera ainsi sacrifié au profit du capital et des multinationales et au détriment des populations actuelles et des générations futures.

Les mesures de protection de l’environnement proposées par le Gouvernement Tchadien et le consortium sont insuffisantes, comme en témoignent les réticences même de la Banque Mondiale qui a renvoyé à trois (3) reprises leurs auteurs à revoir leur copie.

Les fuites de pétrole le long du pipe-line enterré pollueront incontestablement les nappes phréatiques et ainsi que les eaux des nombreuses rivières qui irriguent cette région. L’eau est une denrée très rare dans les pays du Sahel. La désertification cet élément encore plus indispensable.

Au demeurant, rappelons que l’oléoduc d’un diamètre de 80 centimètres sera enterré. Cela rendra les réparations d’autant plus difficiles. Le pétrole de DOBA très riche en soufre et très épais, nécessite par ailleurs la mise en place de pompes et de chauffage de l’oléoduc pour permettre au pétrole de circuler dans les tuyaux. Ces deux facteurs, la haute teneur en soufre et le chauffage augmentent donc les risques de corrosion des conduits du pipeline.

Dans L’Autre Afrique N° 31, Monsieur LOIS EPSTEIN, spécialiste des pipe-line et membre de l’association de défense de l’environnement ( Environment Defense Fund ) a dit " la capacité de détection des fuites par les systèmes les plus sophistiqués laisse tout de même passer en moyenne 0,002 % pétrole…ce qui signifie que 2000 Gallons soient 10.000 litres pourraient s’échapper chaque jour sans être détectés ". Ces fuites du pétrole brute de 10.000 litres sur les 225.000 barils par jour dans cette région de DOBA seraient incontestablement une véritable catastrophe naturelle !

L’exemple de la destruction de l’Ogoniland au Nigéria par la compagnie pétrolière Shell exige de notre part une vigilance accrue : Les normes draconiennes de sécurité appliquées par les industriels et autres multinationales dans les pays développés, pour la protection de l’environnement, doivent également être observées en Afrique. Notre continent n’est pas une poubelle et ne doit pas servir de laboratoire aux actes criminels de pollution.

3 - Fondements économiques et stratégiques.

La mondialisation, instrument de la domination des multinationales donc des pays développés sur ceux du Sud (réserves de matières premières indispensables aux industries), est la principale cause de paupérisation de ces derniers. Le pillage de ces ressources en est la cause première.

En 1971, comme disait le YVON BOURGES : " Sur le plan économique, il est incontestable que la France retire certains avantages de sa politique de coopération dans la mesure où celle-ci lui permet d’exporter des hommes, des techniques ou des productions(…) et si le commerce qu’effectue la France avec les États africains et Malgaches de la zone franc ne dépasse pas 4 à 5 % de son commerce total, il n’est pas négligeable pour autant à ses yeux que ces échanges lui permettent d’acquérir , sans sortir de devises 83 % de ses besoins en cacao, 87 % de ses besoins en bois tropicaux, 62 % de ses besoins en café, 68 % de ses importations d’Uranium ". (Qui a peur du Tiers-Monde ? Editions du Seuil 1980, p.112).

 

L’industrie française reste tributaire des matière premières d’Afrique francophone : Pétrole 10 % , Uranium 78 %, Bauxite 86 % , Manganèse 86 %, Chromite 56 %, Cuivre40 %, Fer 34 %, Phosphate 16 %, Houille 30 %. Certaines de ces ressources minérales sont des produits stratégiques, eu égard au rôle qu’ils jouent dans l’industrie d’armement des puissances nucléaires comme la France.

La dévaluation du FCFA en 1994 exigé par le FMI a renforcé la position hégémonique des filiales africaines des entreprises françaises en divisant par deux le coup de la force de travail des ouvriers et des matières premières et en multipliant par deux la dette des Etats africains.

Les guerres exportées par l’impérialisme en Afrique (en RDC, en Sierra-Leone, au Libéria, au Angola…) sont un nouvel aspect de la mondialisation et de la stratégie des multinationales.

Sur des milliers de cadavres, les firmes continuent d’exploiter or, diamant, pétrole… dans des zones qu’elles contrôlent. Nous assistons ainsi au retour des comptoirs coloniaux où les multinationales installent leurs administrations avec l’aide des auxiliaires fantoches.

Une étude du PNUD estime que la chute des tarifs douaniers, libéralisation et la déréglementation imposées à l'Afrique vont lui coûter environ 1,2 milliard de dollars annuellement sous forme de pertes de recettes d'exportations, d'exonérations fiscales et de moins values sur les droits de douane sur un certain nombre d'importations.

L'ouverture des marchés africains à la concurrence par les produits fabriqués par des groupes multinationaux ayant des coûts beaucoup plus bas, risque d'entraîner la faillite de nombreuses entreprises dans nos pays. En effet, celles-ci ne sont pas encore en mesure de supporter la concurrence des entreprises étrangères qui sont beaucoup plus puissantes et disposent de plus de moyens pour faire baisser leurs prix et ravir des marchés à leurs concurrents.

Une autre menace qui guette les économies africaines est la vague de privatisations sans

discernement et de libéralisation qui affaiblissent le contrôle et le rôle de supervision de l'État et de la collectivité nationale sur l'économie nationale. En effet, les programmes de privatisations risquent de mener au contrôle de nos économies par le capital étranger, étant donné la faiblesse du secteur privé national. Or, un contrôle étranger de secteurs-clés de nos économies ne peut être dans notre intérêt, car il affaiblit notre souveraineté et peut influencer négativement notre développement.

Enfin, une libéralisation et une déréglementation forcenées pour attirer les investisseurs étrangers peuvent être très dangereuses pour l'avenir de nos économies. En effet, elles risquent seulement de favoriser les activités spéculatives sans pour autant entraîner un afflux significatif de capitaux liés à de vrais investissements productifs. La crise asiatique en cours est édifiante à ce sujet.

V - CONCLUSION

Face aux défis de la mondialisation, l'Afrique doit renforcer son unité et son intégration économique. La mondialisation va peut-être accélérer la prise de conscience des dirigeants et décideurs africains que le salut et le développement de l'Afrique ne peuvent provenir que de son intégration.

Cette union doit aussi être celle des peuples et se réaliser sur une base de la lutte des classes. En effet, l’union africaine entre les dirigeants dont nombre sont des agents de l’impérialisme maintiendrait le statu quo.

L’ACTUS estime que seule une révolution socialiste généralisée permettrait de reconquérir les indépendances politiques et économiques (nationalisations, réexamens de nos appartenances aux institutions financières internationales : FMI, Banque Mondiale, dont les seuls objectifs sont de nous anéantir).

La mondialisation capitaliste montre que celle-ci comporte de graves risques pour les pays en voie de développement. En effet, la toute puissance du capital financier, la prédominance des groupes spéculatifs, la force des multinationales et l'affaiblissement du rôle de supervision et de contrôle des États, privent les pays faibles de toute possibilité d'exercer un certain contrôle sur leur développement.

Or ce contrôle est nécessaire, parce que la logique du marché induite par la mondialisation vise des objectifs très éloignés des objectifs de développement poursuivis par les pays en voie de développement, à savoir la lutte contre la pauvreté, le resserrement de l'unité nationale, la justice sociale.

Enfin, il y a donc une nécessité impérieuse d'instaurer une coopération internationale contre la spéculation, en mettant en place des mécanismes de dissuasion, comme l'institution d'une taxe et des mesures législatives contre les activités à caractère spéculatif.

Mais surtout, la solidarité entre pays du Sud s'impose, car ils sont les principales victimes de cette spéculation de la mondialisation capitaliste.

A la mondialisation capitaliste, les opprimés du monde entier doivent lui opposer une mondialisation socialiste.

Prolétaires de tous les pays, unissons-nous pour faire échouer le nouvel ordre économique mondial, pour que vive le Communisme !.

 

Contribution au dixième Séminaire Communiste International
« La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste »

Bruxelles, 2-4 mai 2001