Thèses sur la « globalisation impérialiste »
La globalisation impérialiste engendre des crises dévastatrices à l'échelle planétaire. A terme, elle doit mener à une nouvelle guerre mondiale.
Baudouin Deckers, Parti du Travail de Belgique
Contribution
au dixième Séminaire Communiste International
« La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste »
Bruxelles, 2-4 mai 2001
La « globalisation » dont on parle actuellement n’est autre que l’intensification et l’extension à presque toute la planète de toutes les contradictions de l’impérialisme, facilités par la révolution dans le domaines des nouvelles technologies.
Au lendemain de l’écroulement final du socialisme en Europe de l’Est la bourgeoisie a vanté son capitalisme comme le seul système « civilisé », « humain », « viable », « efficace ». Il s’agissait pour les peuples du monde de l’accepter ou de sombrer dans le néant.
Le capitalisme mondial a montré au cours des dix années passées qu’il ne peut qu’engendrer des crises, de la misère extrême et des guerres toujours plus dévastatrices. C’est à leur dépens que les peuples des anciens pays socialistes mais aussi les peuples du monde entier, l’apprennent.
L’impérialisme «globalisé» d’aujourd’hui est le système le plus criminel et barbare que le monde ait connu. Il dépasse de loin les horreurs de l’Allemagne nazi d’avant la guerre contre l’Union Soviétique.
Les mêmes phénomènes qui ont produit la première et la deuxième guerre mondiale sont toujours à l’œuvre, à une échelle plus vaste et de façon plus intense, et sans le contre poids que constituait en 1929-1940 l’Union Soviétique.
Les éléments s’entassent qui mèneront le monde au seuil d’une nouvelle crise aux dimensions planétaires. Même si le capitalisme parvient dans l'immédiat à empêcher ces facteurs de déboucher sur un nouveau 1929, ses "solutions" ne consisteront qu'à reporter le poids de la crise sur diverses parties de la population du monde. Ces "solutions" ne feront donc qu'aggraver les maux qu'elles prétendent guérir.
Plus que jamais, les travailleurs et les peuples du monde ont besoin du Parti Communiste et de la révolution. Seul le socialisme peut sauver ce monde.
Loin d’atténuer les crises inhérentes au capitalisme, la « globalisation » impérialiste les rend encore plus fréquentes et plus violentes. À terme une répétition de 1929 est inévitable : les éléments s’entassent qui doivent mener à une explosion majeure du système capitaliste mondial.
Le capitalisme et l'impérialisme sont caractérisés par des crises différentes. Le capitalisme a développé ses crises de surproduction qu'il détourne sur le tiers monde. Suite à quoi la majeure partie de l'humanité au tiers monde souffre de crises terribles de sous-production.
Jamais autant
de richesse n’a été créée. Jamais non plus
autant de pauvreté n’a été enregistrée.
Le PIB mondial s’est multiplié par dix, passant de 3.000 à
30.000 milliards de dollars au cours des cinquante dernières années.
Le potentiel existe pour résoudre aujourd' hui les problèmes
majeurs de l'ensemble de l'humanité liés au sous-développement,
pour satisfaire les besoins fondamentaux de tous les hommes. Mais c’est
une minorité toujours plus restreinte qui met la main sur une partie
toujours plus grande de ces richesses, plongeant des masses toujours plus
larges dans une pauvreté sans cesse plus extrême et insupportable.
L’impérialisme « globalisé » rend la vie de plus
en plus impossible à des milliards de travailleurs et de paysans
de par le monde.
Tandis qu’en 1960, les 20% les plus riches de la population mondiale disposaient de 30 fois le revenu des 20% les plus pauvres, en 1997 ce rapport atteignait 74 contre un .
La situation est dramatique pour la totalité des masses du tiers-monde.
En Afrique subsaharienne et dans d’autres pays parmi les moins avancés, le revenu par habitant a chuté par rapport à 1970. C’est le cas également dans beaucoup pays d’Amérique latine, dans les pays du Moyen-Orient et dans ceux de l’Asie centrale et du Sud.
La part des pays en développement dans les flux mondiaux de capitaux privés a diminué, passant de 14,4 % en 1997 à 7,6 % en 2000 ; pendant la même période, la part des investissements étrangers directs est tombée de 36,5 % à environ 16 %. Après avoir privatisé, absorbé et fusionné massivement les industries nationales dans les pays du Tiers-Monde dans les années 90, cette baisse signifie que les investissements faits dans certains pays (les « tigres ») représentent un pillage encore plus grand du Tiers-Monde, menant à des destructions d’emplois, de l’industrie et de l’agriculture.
La destruction des forces productives du Tiers-Monde par les multinationales entraîne une croissance du secteur informel, c’est-à-dire du secteur qui vit d’expédients, des miettes laissés par les capitalistes. La croissance de l'économie informelle - qui assurait plus de 80% de tous les emplois nouveaux en Amérique latine et 93% en Afrique durant la décennie 1990 - a également accru la proportion des travailleurs qui ne bénéficient d'aucune forme de protection. Dans de nombreux pays du Tiers-Monde comme la Colombie, le Cameroun ou le Pakistan, le taux d’emploi dans ce secteur est supérieur à 50% de l’emploi total. C’est aussi dans ces pays que la pauvreté dépasse largement les 50% .
Même dans les pays du tiers-monde, qui ont vécu une industrialisation rapide ces dernières années, les conditions de vie des masses sont déplorables, comme par exemple en Asie de l’Est. . Et avec la crise de 1997, la situation s’est encore détériorée en Asie . Le PNUD (ONU) précise : « en Indonésie, le plus pauvre des pays touchés par la crise, on estime à 40 millions de plus (soit 20% de la population de ce pays) le nombre de personnes que la crise a précipitées dans la pauvreté ».
Selon le PNUD, la pauvreté chronique est devenu le problème clé dans les anciens pays socialistes d’Europe et d’Asie Centrale.
Au début de l’année 2001, un tiers des 3 milliards des personnes qui constituent la population active du monde sont sans travail ou sous-employées. Ils se trouvent en majorité dans les pays du tiers-monde.
Nous assistons à la baisse des salaires réels. Le rapport du Bureau International du Travail de 98-99, affirme qu’ « en pourcentage du PIB, les salaires ont diminué presque partout dans le monde » Aux Etats-Unis même les 40% les plus pauvres ont vu leurs revenus diminuer depuis 1977, y compris durant la décennie écoulée. Les 20% les plus pauvres ont eu leurs revenus réduits de 10%, alors que les 20% les plus riches ont vu le leur augmenter de près de 40% de 1977 à 1999. Les emplois créés procurent aux salariés des revenus moindres, les obligeant de plus en plus à exercer plusieurs professions pour pouvoir vivre un peu décemment.
Dans les années 80, le nombre de familles vivant en dessous du seuil de pauvreté a augmenté de 60% au Royaume-Uni et de près de 40% aux Pays-Bas , les deux pays qui servent de modèle à tous les pays européens pour détruire à néant les acquis sociaux conquis après la seconde guerre mondiale.
Il y a plus d’un siècle, Marx expliquait : « La raison ultime de toute véritable crise demeure toujours la pauvreté et la limitation de la consommation des masses, en face de la tendance de la production capitaliste à développer les forces productives comme si elles n’avaient pour limite que la capacité de consommation absolue de la société. »
La globalisation impérialiste actuelle ne fait qu’aiguiser cette contradiction.
L’anarchie propre au capitalisme devient plus dévastatrice au fur et à mesure qu’un nombre plus réduits de monopoles de plus en plus puissants mènent des combats à mort pour augmenter leur part sur le marché.
A la surproduction pour le marché capitaliste correspond une sous-production dans la plupart des pays du monde. A part les pays industrialisés et une douzaine de pays du Tiers-Monde, l’impérialisme empêche même le capitalisme de naître et de se développer dans le reste du Tiers-Monde.
La (sur-)production industrielle de poules en Europe empêche p.ex. les paysans du Congo d'élever des poules et de les vendre à Kinshasa.
Dans l’industrie automobile, les constructeurs sont capables de produire quelque 75 millions de véhicules chaque année. Mais les ventes ne dépassent pas les 56 millions en 1999. Il y a donc une surcapacité d’environ 20 millions de véhicules par an.
En Europe, les capacités s’élèvent à environ 19 millions de voitures particulières. Mais les ventes en 2000 atteignaient 14,7 millions. Elles avaient déjà régressé de 2,2% par rapport à 1999, où elles se montaient à 15 millions. Malgré cela, Toyota a ouvert en janvier 2001 une toute nouvelle usine à Onnaing, dans le nord de la France, d’une capacité de 150.000 voitures.
Prenons pour exemple le Brésil, le plus grand marché latino-américain. Les constructeurs d’automobiles y ont investi (ou vont investir) de 12 à 17 milliards de dollars pour accroître les capacités totales de production à 3 millions de voitures par an. Mais, en 1997, juste avant la crise économique, la production ne dépassait qu’à peine les 2 millions d’automobiles. En 1998, le nombre de véhicules sorti des usines ne s’élevait plus qu’à 1.586.000. Dans les autres pays d’Amérique du Sud, la situation est pire : les filiales de production des constructeurs disparaissent, parce que les constructeurs privilégient le Brésil, et dans une moindre mesure l’Argentine.
La sidérurgie connaît une évolution semblable.
Elle est en constante « surproduction », alors que la plupart des paysans du Tiers-Monde ne dispose pas de tracteurs en ce début de 21ème siècle.
La production en 1998 est inférieure à celle en1989. En revanche, les capacités ont augmenté de 180 millions de tonnes. Les surcapacités grimpent de 150 millions de tonnes à près de 250 millions au moment de la crise de 1991-1993. Mais elles continuent de s’accroître pour atteindre presque 350 millions de tonnes lors de la crise asiatique. Elles s’élèvent à 55 millions de tonnes au Japon, à 40 millions dans l’Union européenne, à près de 90 millions de tonnes dans l’ex-URSS.
Les capitalistes s’engagent dans de vastes fusions pour accroître leur part de marché, pour financer les investissements et, de cette façon, poursuivre leur accumulation. Comme tous poursuivent les mêmes buts avec les mêmes mesures (ils n’en ont pas d’autres), la surproduction et la surcapacité ne font qu’augmenter.
Les plus grosses multinationales grandissent en termes de capitaux et d’unités de production. Mais les fusions géantes et les rationalisations entraînent des licenciements de masse. Depuis 15 ans, malgré les fusions et leur chiffre d’affaire multiplié par 2,3 (+230%), l’emploi dans les 200 plus grandes multinationales a nominalement stagné et dans les faits diminué. Les grandes multinationales de l’automobile ont liquidé 250000 emplois depuis 20 ans et celle du pétrole 570.000. Ensuite, le déplacement d’une partie de la production vers la sous-traitance entraîne des pertes d’emplois et la destruction des conditions de travail. Troisièmement, la délocalisation de certains unités de production vers le Tiers-Monde (dans des secteurs comme l’électronique ou le textile) entraîne la destruction des industries locales moins compétitives. Les emplois « créés » par les multinationales ne compensent jamais les pertes subies. Enfin, l’action des multinationales de l’agro-alimentaire chassent les paysans de leur terre et les envoient grossir la masse des sous-prolétaires du secteur informel.
L’exploitation capitaliste des travailleurs se fait chaque jour plus inhumaine et insupportable.
Le capital exigeant des bénéfices toujours plus élevés, les capitalistes s’acharnent à tirer toujours davantage de plus-value des travailleurs. Pour accroître la création de plus-value les capitalistes ne peuvent avoir recours qu’à leur panoplie de mesures connues. Mais qui par la violence accrue de leur luttes concurrentielles s’en trouvent amplifiées : augmentation de la productivité, intensification du travail, accroissement de la flexibilité, baisse des salaires ou utilisation d’une main-d’oeuvre moins payée, etc.
En 15 ans, le profit moyen réalisé par emploi par les 200 plus grandes multinationales a augmenté par plus de trois fois. Il est aujourd’hui de plus de 15000$ par emploi (plus de 650.000 frs belges ou 16500 euros) ! Même avec l’inflation (et un index raboté), aucun groupe de travailleurs n’a vu son salaire multiplié par 3,3 les quinze dernières années.
La course à la compétitivité entre les centres impérialistes engendre une spirale d’intensification du travail sans précédent. Pour les patrons et gouvernements européens, il faut rattraper le modèle américain où le chômage serait au plus bas. Pourquoi ? Parce que, selon le BIT (Bureau International du Travail), «Le travailleur américain effectue actuellement davantage d'heures de travail que ses collègues des autres pays industrialisés et il est aussi le plus productif. En 1996, les États-Unis distançaient le Japon de près de 10.000 dollars pour ce qui est de la valeur ajoutée par personne employée et de près de 9 dollars pour ce qui est de la valeur ajoutée par heure de travail , mais depuis quelques années, les travailleurs japonais comblent rapidement l'écart. La course à la productivité ressemble à un marathon sans fin, dans lequel le travailleur américain se trouve encore en tête mais est désormais talonné par plusieurs autres concurrents - notamment le Japon, la République de Corée et les principaux pays européens» . L’ambition de l’Europe et du Japon est de rattraper les Etats-Unis dans un marathon sans fin, c’est-à-dire jusqu’à l’épuisement total de l’ouvrier ! Et les patrons européens sont en train de le réaliser : le rapport du BIT montre qu'en moyenne, la productivité du travail a progressé plus rapidement en Europe occidentale qu'aux États-Unis (+22 points). La suprématie actuelle des États-Unis en matière de productivité est menacée non seulement par l’économie asiatique mais aussi par l’Europe. Parmi les pays européens, la productivité a particulièrement augmenté pour la Suède (39 points), l'Espagne (38 points), le Danemark (34 points) ainsi que la Belgique et le Royaume-Uni (33 points chacun). Pendant la même période, la productivité du travail a augmenté d'environ 30 points en France et de 31 points en Allemagne.
Une étude (portant sur Allemagne, les Etats-Unis, la Finlande, la Pologne et le Royaume-Uni) montre qu’un travailleur sur dix souffre de dépression, d'anxiété, de stress ou de surmenage, et risque de ce fait l'hospitalisation et le chômage.
Dans de nombreux pays, l'anticipation du départ à la retraite pour cause de troubles mentaux est de plus en plus courante, à tel point que ces troubles sont en train de devenir le premier motif de versement des pensions d'invalidité. Aux Etats-Unis, la dépression mentale est désormais l'une des maladies les plus courantes, plus de 1 adulte en âge de travailler sur 10 en étant atteint chaque année, ce qui représente une perte annuelle d'environ 200 millions de journées de travail.
Ce qui cause maladie et mort chez les travailleurs est source de bénéfices exorbitants chez les capitalistes. Au rythme des surmenages et des suicides des premiers, globalement la part du capital dans la valeur ajoutée des entreprises ainsi que les taux de profits des firmes ne font qu’augmenter .
La « globalisation », ce sont sept grands routes qui aujourd’hui mènent en ligne droite au génocide organisé du Tiers Monde.
La dette
La dette totale est passée de 61 milliards de dollars en 1970 à 2.554 milliards en 1999. La dette a augmenté de 79% ces dix dernières années. C’est plus du double de la situation en 1982, lorsque la crise de la dette a démarré au Mexique.
Les pays les plus pauvres, qui sont endettés envers les institutions internationales et les Etats impérialistes, ont le couteau sur la gorge. Ils sont incapables de rembourser déjà aujourd’hui. Les pays du tiers-monde qui ont connu une certaine industrialisation et qui doivent leurs créances aux banques internationales et aux sociétés financières, ont une dette généralement très élevée. Il sera difficile de l’augmenter encore. Déjà, les problèmes vont venir chaque fois qu’il y a un ralentissement de l’économie, car les recettes d’exportations doivent être suffisantes pour assurer le service de le dette extérieure.
Avec les charges de la dette, les pays du Tiers-Monde nourrissent les grands centres impérialistes chaque année. Le FMI et la Banque mondiale, loin l’alléger ce poids, rendent leur conditions de prêts encore plus sévères. Le pays demandeur d’emprunt devra s’être conformé à l’avance à leurs diktats. Ainsi, ils exigent que les Etats investissent davantage dans les infrastructures, condition pour accueillir les investissements des multinationales.
Cette politique rencontre inévitablement des résistances, comme celle de la Malaisie, qui pour préserver son indépendance a rejeté toute aide du FMI lors de la crise de 1997.
Le bradage des matières premières
Un seul exemple récent : Au cours des années 1998-99, il y a une chute des cours de produits de base exportés par le Tiers-Monde sans précédent. L’indice composite des prix des produits de base, autres que le pétrole ont baissé de plus de 30%.
Le protectionnisme :
L'impérialisme, tout en forçant l'entrée de ses produits dans le tiers monde, invente de nouvelles mesures de protectionnisme contre les biens manufacturés et les produits alimentaires venant d'Asie et d'Amérique latine. Une étude récente de l’OMC et de la CNUCED prouve que la réalité est bien différente . Derrière une baisse générale des tarifs douaniers, les pays impérialistes imposent des droits d’entrée de 350 à 900% sur certains produits particuliers, justement ceux qu’exportent les pays du Tiers-Monde comme les denrées alimentaires, les chaussures et le secteur textile. C’est ainsi que dans ces domaines, bien que le commerce total mondial ait fortement crû, il a stagné dans ces domaines « favorables » au Tiers-Monde.
Le protectionnisme essaie de retarder la catastrophe sociale en Occident en aggravant la catastrophe déjà insoutenable pour quatre milliards d'hommes.
L’exploitation du travail :
Depuis ses origines, l’impérialisme exploite le Tiers Monde. D’abord comme source de matières premières à bas prix. Ensuite en tant que marché sur lequel il déverse ses marchandises, de préférence ses excédents, ses marchandises démodées, voir périmées.
Aujourd’hui, les taux de plus-value dans les métropoles impérialistes ne suffisent pas à produire les bénéfices toujours plus élevés réclamés par les capitalistes. La «globalisation» impérialiste mène les multinationales à s’intéresser plus particulièrement à quelques îles de cet océan humain qu'est le tiers monde. Elles déplacent des productions nécessitant relativement beaucoup de main-d’œuvre vers une douzaine de pays. Ces investissements se font là où elles trouvent de bonnes infrastructures, une main-d'oeuvre qualifiée et bon marché et un contrôle policier efficace. Depuis les années 80, chaque année, les multinationales investissent quelques dizaines de milliards de dollars, essentiellement dans des pays tels que la Corée du Sud, Taiwan, le Brésil et le Mexique. Etant donné que les salaires se situent à un niveau compris entre 5 et 10% des pays impérialistes, les multinationales y exploitent la force du travail au maximum, sans pour autant créer beaucoup d'emplois.
La privatisation :
Un développement économique réel et équilibré dans le tiers monde n'est possible que par une planification nationale d'ensemble. En démantelant les secteurs nationalisés de l'économie, les multinationales s'emparent des meilleurs morceaux et sèment la destruction dans les autres secteurs.
On peut estimer les privatisations depuis 1990 à 1999 dans le monde à 850 milliards de dollars. En 1999 pour 145 milliards de $ ! C’est 10% du PIB de L’Union européenne. L’équivalent de 2/3 du PIB de tout le continent africain. Les multinationales planifient l'exploitation rigoureuse de dizaines de milliers de travailleurs dans leurs empires internationaux, tout en plongeant des pays entiers dans l'anarchie. La privatisation est la cinquième autoroute vers la destruction et le génocide.
La libéralisation des importations :
L'Uruguay Round du GATT, puis la création de l’OMC a été un combat à couteaux tirés entre le Japon, l'Union Européenne et les Etats-Unis. Les pays du tiers monde ont été invités à la table des négociations lorsque les Grands avaient déjà arrêté les décisions. Le développement de la technologie permettrait de nourrir toute la population de la planète. Mais la politique des multinationales vise à détruire la paysannerie locale pour maximiser leurs propres ventes et profits. L'agriculture ultra-mécanisée et fortement subsidiée de l'Occident renforce son offensive pour vendre ses produits à des prix de dumping.
Les pays en développement argumentent qu’ils subissent annuellement des pertes à l’exportation pour un montant de 700 milliards de dollars, suite au protectionnisme du Nord. En 1995 les subsides à l’agriculture dans les pays impérialistes s’élevaient à 46 milliards de dollars (à comparer au montant total de leur ‘aide au développement ‘ de 58 milliards de dollars). Les pays industrialisés dépenseraient au total 353 milliards de dollars en 1998 afin de protéger leur production agricole, soit 7 fois plus que l’aide officielle au développement . La libéralisation actuelle du commerce est une véritable atteinte à la vie de centaines de millions d'hommes du tiers monde.
Le monopole technologique :
Avec l’OMC, l'impérialisme rend plus difficile l'accès aux avancées technologiques et scientifiques, il s'est mis en tête de privatiser, de breveter des plantes et des animaux «améliorés» et même certains gènes humains! Pour survivre, des milliards d'habitants du tiers monde ont besoin d'une meilleure nourriture et de médicaments. Les multinationales imposent des brevets coûteux sur leurs produits pharmaceutiques et denrées alimentaires pour extorquer les derniers sous aux damnés de la terre.
Ainsi, la firme la plus connue pour cela est Monsanto (et aussi Novartis, qui développe la même politique au niveau de l’Europe). Cette firme américaine envoie ses représentants de commerce dans tous les pays du Tiers-Monde pour y vendre des semences rendues stériles, ce qui oblige les paysans à racheter leurs semences à l’entreprise. Monsanto, grâce à ses brevets, peut faire fluctuer les prix de ces produits à sa guise. Et pour compléter le tout, cette world company propose également le Kit des pesticides-herbicides-engrais dont les agriculteurs ont besoin pour rentabiliser les récoltes. Ces produits sont extrêmement coûteux mais également très nocifs à court et long terme pour les populations et l’environnement de ces pays.
Toute la surexploitation tyranique du tiers-monde par l’impérialisme ne pourra éternellement servir de porte de secours à sa crise. Cette « solution » a ses limites et se transformera en son contraire : la révolution anti-impérialiste, nationale et démocratique. A mesure que l’impérialisme devient plus féroce, l’aspect national (dans le sens anti-impérialiste) gagne en importance. C’est aux communistes, seuls anti-impérialistes conséquents, de tenir très sérieusement compte de cet aspect pour la définition de leur stratégie et tactique. (passage incompréhensible , je propose de résumer « A mesure que l’impérialisme devient plus féroce, l’aspect anti-impérialiste de la révolution gagne en importance. »)
A mesure que l’impérialisme devient plus féroce, l’aspect anti-impérialisme gagne en importance. C’est aux communistes, seuls anti-impérialistes conséquents, de tenir compte de cet aspect pour la définition de leur stratégie et tactique.
La révolution armée progresse au Népal, aux Philippines, en Colombie en Equateur et ailleurs et il appartient aux communistes du monde entier de leur apporter tout leur soutien.
La « globalisation impérialiste » a pillé les ex-pays socialistes de l’Est, les transformant de pays hautement industrialisés et développés en pays du Tiers-Monde, provoquant misère, chômage, guerres et millions de morts.
Depuis le passage de ces sociétés socialistes agonissantes au soi-disant « capitalisme de prospérité » en 1989-1990, c’est dans le capitalisme des ténèbres qu’elles se retrouvent.
L’ensemble des pays de l’Est ont eu une croissance négative annuelle moyenne de 4% depuis 1990. En termes de PIB réel, la Russie est à 57% de sa production par rapport à 1990 ; l’Ukraine à 39% et la Géorgie à 30% .
L’ex-URSS qui était la seconde puissance mondiale en 1989 est aujourd’hui arrivé au niveau d’un pays du Tiers-Monde. Son PIB est équivalent aux chiffres d’affaires de deux grandes multinationales de l’automobile, Ford et GM ! L’espérance de vie pour un homme n’est plus que de 61 ans atteignant le niveau moyen des pays en voie de développement, comme celui de l’Inde .
Dans les pays de l’Est, « le chômage était pratiquement inconnu avant 1989 » doit bien avouer le rapport du BIT 2000. « Mais rapidement, la hausse du chômage se mit à exercer une pression sur ces systèmes de prestations en Bulgarie, en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, ‘et il a fallu durcir les conditions d’attribution des prestations et diminuer le niveau de celles-ci ainsi que leur durée». Dans l’ensemble de la région, pas plus de la moitié des chômeurs reçoivent des prestations de chômage ou une aide sociale .
Les peuples des ex-pays socialistes, un moment entraînés par le mythe du capitalisme «libérateur», retourneront vers le socialisme dont il ont pu faire l’expérience qu’il est supérieur au capitalisme barbare.
D’autant plus que les pays ayant maintenu une orientation socialiste ont connu un développement contraire, ce qui permet de renforcer leur position et leur prestige dans le monde.
La Chine a vu son nombre de pauvres diminués de 360 millions à 210 millions en 1998 (soit une diminution de 150 millions) Dans la période de 1987-1998, le nombre de pauvres dans les pays du Tiers-monde capitaliste ont augmenté de 340 millions alors qu’en Chine et au Vietnam, il baissait de 163 millions . Si l’Inde offrait les mêmes soins de santé que la Chine, elle sauverait de la mort 1,4 millions d’enfants .
La « globalisation » impérialiste accentue énormément le parasitisme et le caractère spéculatif du capital financier – rendant le système entier plus mûr pour une répétition encore plus dramatique de 1929.
La capitalisation boursière a crû d’une façon démentielle cette dernière décennie. Elle a quasiment quadruplé en neuf ans, alors que le PIB mondial ne s’est accru que de 34%.
De 1990 à 1999, la valeur des actions détenus par les particuliers a crû de 13% par an. Elle est passée de 9.000 milliards de dollars en 1990 à 26.000 milliards en 1999. Avec cet argent, les familles les plus fortunées ont emprunté pour consommer et la consommation a été l’élément moteur de la croissance américaine dans les années 90. Cette richesse est fondée sur les résultats espérés des entreprises. Une baisse, voire une chute, des cours boursiers aura l’effet inverse : d’entraîner l’économie dans une récession profonde. Comme ce fut le cas en 1929.
L’endettement lui aussi atteint des proportions intenables.
A plusieurs reprises, l’endettement a permis au système capitaliste de sortir de la crise économique, du moins momentanément.
La dette américaine (ménages, entreprises et Etat) a atteint le niveau le plus élevé de l’histoire. Elle est passé d’environ 140% du PIB américain en 1981 à 189% en 1991, niveau auquel elle se situe toujours.
Afin de limiter la dette publique, Clinton a fortement réduit certaines dépenses publiques – ce qui a entraîné d’autres problèmes .
L’endettement des entreprises et des ménages américains est au niveau le plus élevé depuis la Deuxième Guerre mondiale. S’il y a récession une telle dette devrait mener à des faillites catastrophiques pour les travailleurs et à des saisies pour incapacité à rembourser la créance contractée.
L’Europe connaît une situation différente. Dans le cadre de l’adhésion à l’euro, la Commission européenne a imposé une telle réduction de la dette publique et des déficits budgétaires (avec ce que cela comporte comme réduction des fonctionnaires, des dépenses sociales, de hausse d’impôts indirects) qu’il lui sera difficile de choisir une politique d’endettement des Etats. Déjà elle s’attend à de grosses difficultés dans le financement des retraites et des soins de santé. Elle pense encore réduire les impôts pour les riches et les entreprises. Donc pas question de s’endetter à nouveau. Dans un premier temps l’Union Européenne ne devrait donc pas connaître de croissance de sa dette publique. Par contre, elle pousse les ménages à s’endetter et à spéculer : en contractant des pensions privés, à investir en bourse,…
L’exemple du Japon n’est pas là pour la rassurer. En 1991, la dette des administrations publiques s’élevaient à 68,2% du PIB nippon. Mais, depuis lors, l’économie japonaise est en crise. Les différents gouvernements ont injecté plus de 1.000 milliards de dollars dans plusieurs plans de « sauvetage » pour le système financier ou pour simplement financer des infrastructures pouvant permettre aux entreprises de livrer des marchandises à l’Etat. Aujourd’hui, le Japon est un des pays les plus endettés au monde avec une dette publique avoisinant les 130% du PIB. Et l’économie ne démarre toujours pas. Même les taux d’intérêt sont extrêmement bas. La Banque centrale ne peut pas les diminuer encore. Il n’y a pas d’issue.
Conclusion : à terme, une crise du type 1929 est inévitable, d’autant que les bombes explosent l’une après l’autre et que les moyens d’y échapper s’amenuisent.
À plusieurs égards la situation est aujourd’hui pire que durant les années précédant 1929. La spéculation bat son plein. L’écart entre la richesse évaluée sur les marchés financiers et celle de la production réelle est plus large que jamais. La surproduction, symbolisée par la surcapacité, est à un niveau supérieur. Les revenus des travailleurs sont, au mieux, bloqués. Dans le Tiers Monde la situation d’ensemble des masses n’a jamais été aussi désastreuse. Et l’endettement atteint un degré inégalé.
Depuis le passage de l’URSS et des pays d’Europe de l’Est en 1989-1990 au soi-disant « capitalisme de prospérité », les années de récession sont plus nombreuses que celles de croissance. L’Asie de l’Est était le symbole du développement capitaliste du tiers-monde, permettant de sortir de la misère. Mais, en 1997, un à un, l’économie de ces pays s’effondre. La région la plus « dynamique » de la planète entre dans une profonde crise, menaçant d’ébranler les Etats-Unis et, de là, l’Europe. Les nouvelles technologies allaient apporter une ère d’essor indescriptible. Elles étaient synonymes du renouveau américain. Elles devaient tirer l’économie mondiale. Aujourd’hui, la plupart des firmes des technologies de l’information sont en quasi-faillite. Seules les plus grandes, bien que licenciant massivement, essaient d’en profiter en rachetant les morceaux les plus intéressants. Et le NASDAQ a perdu 60% de sa valeur en un an, rayant d’un trait de plume plus de 4.000 milliards de dollars.
Une nouvelle crise semblable à celle de 1929 provoquera en cascade des mesures de protectionnisme énormes, des guerres commerciales intenses, du chômage massif. Elle poussera l’impérialisme à la guerre et les masses opprimés à la révolution.
La crise s’aggravant, les impérialistes n’ont en définitive d’autre issue que la guerre pour conquérir des zones de domination sur leurs adversaires et se soumettre les pays indépendants.
A mesure que la crise économique du capitalisme mondial s’aggrave, inévitablement toutes les contradictions du système s’accentuent. Pour sortir de la crise, chaque impérialiste cherche à agrandir ses marchés, cherche des matières premières et des forces de travail meilleur marché.
Le vingtième siècle a débuté sur le partage complet du monde entre les grandes puissances impérialistes. La nécessité de redéfinir ce partage chaque fois que le rapport de forces changeait entre ces puissances a donné naissance à deux guerres mondiales et aussi à deux vagues révolutionnaires. La question du repartage se pose à nouveau aujourd’hui.
En effet, loin d’assouvir l’agressivité de l’impérialisme dans sa recherche de la domination mondiale, la chute du socialisme en URSS et Europe de l’Est l’a au contraire attisée. Les impérialistes forment dans une large mesure front face au Tiers Monde et aux pays en quête d’indépendance nationale réelle. En même temps ils cherchent à s’introduire dans les zones d’influences de leurs concurrents, afin de conquérir leurs marchés, leurs matières premières, des têtes de pont géo-stratégiques. Tout comme ils cherchent à évincer leus concurrents de leurs propres zones d’influence.
C’est contre le Tiers Monde qui se déchaîne actuellement l’agressivité la plus féroce de l’impérialisme. Les sept autoroutes du génocide contre le Tiers Monde, invoquées plus haut, sont autant de tentatives de l’impérialisme à faire subir au Tiers Monde le plus gros poids de sa crise.
L’agression criminelle des puissances impérialistes contre l’Irak dure maintenant depuis dix ans déjà. Son enjeu économique n’est autre que le pétrole. Son but politique est la mise au pas d’un pays voulant sauvegarder son indépendance. Après avoir exterminé quelques centaines de milliers de soldats et civils irakiens, dans une guerre dépassant en bestialité les cruautés nazis, ces mêmes puissances impérialistes continuent à étrangler le peuple irakien, enfants et personnes agées surtout, au moyen d’un blocus criminel.
Au quatre coins du monde, des guerres qui apparaissent comme locales ou ethniques, ne sont souvent en fait que des guerres d’agression et de rapine impérialistes, «par personnes interposées». C’est à travers l’agression de l’Ouganda et du Rwanda contre la République Démocratique du Congo que l’impérialisme met la main sur les minérais stratégiques, l’or, le diamant, le cobalt et d’autres matériaux rares du pays le plus riche d’Afrique et du monde. L’impérialisme s’y rend coupable d’un génocide ayant déjà causé trois millions de morts en 3 ans. Des puissances impérialistes orchestrent de façon semblable de nombreux conflits cruels dans à peu près toute l’Afrique, parsemant le continent de véritables hécatombes. Ces guerres sont souvent d’autant plus féroces que les impérialistes se déchirent le butin entre eux, mais par Africains interposés.
Toutes les puissances impérialistes mettent sur pied des unités de déploiement rapide en fonction d’interventions militaires directes, visant la récolonisation systématique du Tiers Monde. Ceux qui ne plient pas de gré, se trouvent sous la menace. L’impérialisme américain a désigné ses cibles majeures, les « états-voyous » (‘rogue states’), comme Cuba, la République Démocratique et Populaire de Corée, la Libye, l’Irak, l’Iran et tout Etat refusant d’abandonner sa souveraineté nationale, refusant d’ouvrir largement ses portes au pillage et à la domination impérialiste.
La situation des masses dans le Tiers Monde devient chaque jour plus insoutenable. Famine et misère les poussent à la révolution. La révolution nationale et démocratique finira par chasser les impérialistes et les élites locales à leur service, pour autant que de véritables partis communistes en prennent la direction.
Le camarade Ludo Martens approfondira le lien entre globalisation et agression impérialiste contre le Tiers Monde dans sa contribution sur le Congo.
Nous concentrons cette partie sur les contradictions majeures découlant de l’aggravation de la crise et qui peuvent mener à une troisième guerre mondiale.
Trois grands blocs impérialistes s’affrontent dans une lutte pour le repartage du monde : les Etats Unis, l’Union Européenne, le Japon.
Un trait distinctif par rapport au début du XXième siècle, est l’apparition de grands pays du tiers-monde ou indépendants, capables d’opposer une résistance importante à la toute-puissance impérialiste. Il s’agit surtout de la Chine et de la Russie, et nous en traiterons ici.
Collaboration et rivalités économiques
Les économies des trois grands centres impérialistes sont interdépendantes. Toute crise qui touche l’un a un effet sur l’autre.
Les Etats-Unis investissent essentiellement dans les pays « riches »(70% de leurs investissements à l’étranger, soit 781 milliards de $ : ¾ du PIB chinois), dont la moitié en Europe, les 20% restants au Canada et au Japon .
Les investissements du Japon à l’étranger sont à 60% vers les pays riches : 16% vers l’Union européenne et 37% vers les Etats-Unis.
L’Allemagne , force dominante en Europe, représente le pays qui a investi le plus dans les autres pays capitalistes développés (85%). L’Union européenne assure l’essentiel de ces investissements à l’étranger: plus d’un sur deux. La part américaine représente 20% de ces investissements.
Ces investissements massifs sur le terrain même du concurrent engendrent des conflits, comme les mesures américaines en vue de freiner les importations massives d’électronique et d’automobiles du Japon depuis les années 80.
Les différentes puissances ont leur zone économique privilégiée : l’Europe se concentre sur l’Europe de l’Est et l’Afrique, les Etats-Unis se réservent l’Amérique latine, le Japon l’Asie du Sud-Est. Mais ce partage du monde n’est pas définitif, il bouge constamment. Les impérialistes se concurrencent dans les zones économiques privilégiées des autres.
L’Asie est un vrai champ de bataille où les Etats-Unis perdent des plumes mais sont toujours très présents : 75 milliards de dollars d’investissements. Le Japon les dépasse de peu : 82 milliards et les 3 grands européens (GB, RFA et France) sont à 44 milliards… La Chine concentre avec Hong Kong entre 30à 40% des investissements des puissances impérialistes, 23 milliards des investissements des EU et le Japon avec 31 milliards… Pôle de conflits potentiels entre EU et Japon…
L’Amérique latine est dominée par les Etats-Unis. Les investissements US s’y chiffrent à plus de 180 milliards de dollars. Les 4 grands européens (GB, Allemagne, France et Espagne) ont dépensé plus de 55 milliards, surtout au Brésil et Argentine. Mais le Japon a mis 30 milliards. Conflit possible entre l’Europe et les Etats-Unis, surtout avec la création de la zone de libre-échange des Amériques.
L’Europe de l’Est reste un marché embryonnaire . Au niveau des investissements, on remarque que deux puissances se disputent la région : l’Allemagne (13 milliards de dollars) et les Etats-Unis (12 milliards, chiffres de 1997). Autre conflit naissant entre Etats-Unis et Europe, doublé surtout du conflit pour l’accès aux matières premières de l’ex-URSS.
Dès l’écroulement de leur ennemi commun principal, les contradictions entre puissances impérialistes sont devenues plus acerbes et manifestes.
Les USA restent jusqu’à présent l’impérialisme de loin le plus puissant économiquement et militairement. A ce titre, ils revendiquent le leadership mondial. Une caractéristique fondamentale du capitalisme au stade impérialiste est néanmoins son développement inégal.
En 1945 le PIB des Etats-Unis représentait 50% du PIB mondial.
Dans les années 1960 -l’Europe se rétablit- la part du PIB Nord-Américain descend jusqu’à 35-40% du PIB mondial. A ce moment, le PIB de toute l’Asie (Japon et Chine inclus) ne représente que 4% !
En 1999, le PIB des USA ne représente plus que 28,8%, celui de UE compte pour 27,3% et celui de Japon pour 14,5%.
Neuf ans plus tôt, en 1990, la part du PIB Européen dans le PIB-mondial dépassait celui des EU (31,8% par rapport à 26% pour les USA –celui du Japon ne se situait qu’à 13,9% - mais les USA ont connu une forte croissance dans la deuxième moitié des années 90, tendance qui se retourne aujourd’hui)
Selon certaines estimations la part des USA dans le PIB mondial chutterait vers 2020 jusqu’à 10 à 15 %, le même niveau qu’atteindraient l’Europe et le Japon. (La Chine pourrait dans les estimations les plus optimistes atteindre à ce moment le même niveau ).
La balance commerciale entre les Etats Unis et les deux autres centres impérialistes a également évolué dans un sens négatif pour les USA.
Si les USA avaient encore un solde légèrement positif envers l’Europe en 1973 (0,74 milliards de US$), en 1999 ils accusent un déficit de 49,14 milliards de US$. (Le poste le plus élevé étant l’importation de voitures à partir de l’Europe)
Avec le Japon ils avaient un léger déficit de 1,5 milliards US$ en 1973 ; mais il atteint 77,39 milliards de US$ en 1999 –surtout dû à l’importation de voitures et d’électronique du Japon.
L’Europe voit son déficit avec le Japon également augmenter de 2,32 milliards de US$ (EU9) en 1973 à 44,08 milliards de US$ (UE15) en 1999.
Lénine souligne que les impérialistes se partagent le monde en fonction de leur puissance, économique en premier lieu. Tout changement du rapport de forces à ce niveau doit tôt ou tard se traduire dans une guerre pour le repartage de leurs zones de domination.
Les relations entre les puissances impérialistes sont inévitablement faites de collaboration et de compétition. En ce moment, la collaboration entre elles l’emporte, afin d’assurer la domination impérialiste, face aux forces d’insoumission et d’indépendance, surtout dans le Tiers Monde. Mais tout au long de cette collaboration s’accumulent de plus en plus leurs contradictions, afin de déterminer à qui cette domination profitera le plus en dernière instance. Au fur et à mesure que la crise économique mondiale s’aggrave, on doit s’attendre à ce que les éléments de conflits interimpérialistes augmentent et affaiblissent ceux de collaboration.
L’Eurasie (l’entièreté de l’Europe et de l’Asie) forme la région incontestablement la plus stratégique au monde, tant par sa population que par ses ressources que par son développement économique en général . Pour dominer le monde, il vaut contrôler l’Eurasie.
Les 3 grands centres impérialistes le dominent actuellement ensemble. Les puissances impérialistes européennes et américaines se concentrent sur la partie européenne; les puissances américaines et japonaises sur la partie Asiatique. La Russie est de loin le plus grand pays, situé d’ailleurs tant en Europe qu’en Asie, et son rôle est loin d’être terminé. Tandis qu’en Asie, la Chine joue un rôle de plus en plus important.
USA-Europe
Collaboration et rivalité.
Lénine écrivait : « l’Europe Unie ne se fera pas et si elle se faisait quand même, cela ne pourra être qu’une construction réactionnaire ». L’Europe se fait, et elle est réactionnaire ! L’Union Européenne constitue le projet stratégique commun de tous les pays impérialistes d’Europe, exigé par les grands monopoles européens. Tous visent à conquérir des marchés au détriment des USA et du Japon. Mais aucun pays européen ne peut valablement contester la domination USA ou japonaise à lui seul. Cette Europe est loin d’être achevée. Sa construction est traversée par les rivalités entre ses (grandes) composantes, l’Allemagne imposant le plus sa volonté, les autres (la France, la GB, l’Italie, même les « petits ») voulant aussi avoir leur mot à dire. Mais tous se rendent parfaitement compte que dans la lutte pour le repartage du monde ils n’ont aucune chance sinon dans une Europe unie.
Les Etats Unis savent qu’ils ne peuvent pas empêcher cette Union Européenne de se faire.
Historiquement, ils souhaitaient une Europe relativement forte capable de "résister" à l'URSS. Aujourd'hui encore, ils la veulent suffisamment forte pour les aider à embrigader l’Europe de l’Est et à contenir la Russie, et parce qu’un marché unique intégré profite aussi à leurs multinationales implantées sur le continent européen. Mais pas forte jusqu’à risquer la formation d’une superpuissance Européenne rivale. Ils veulent confiner l’Union Européenne dans un rôle de puissance «régionale» amarrant tous les pays de l’Est au système capitaliste mondial. Brzezinski a très bien résumé cette stratégie en ces termes : «Le problème central pour l’Amérique est de bâtir une Europe fondée sur les relations franco-allemandes, viable, liée aux Etats-Unis et qui élargisse le système international de coopération démocratique dont dépend l’exercice de l’hégémonie globale de l’Amérique.»
Cette réalité de collaboration USA-UE d’une part, de compétition grandissante d’autre part, s’est cristalisée dans la guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie.
Au mépris du droit international, les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont bafoué la souveraineté d'un Etat prétendant garder une certaine indépendance afin d'achever la recolonisation de l'Europe de l'Est au service des multinationales.
De nombreux pays, dont la Russie et la Chine, se sont opposés à l’ONU à une intervention en Yougoslavie. Dès lors, l’OTAN a décidé pouvoir passer outre : « L’OTAN a la légitimité d’agir toute seule, devait déclarer son secrétaire général Javier Solana en octobre 1998. Nous pensons qu’il existe des cas où, en agissant dans l’esprit et la philosophie de la Charte de l’ONU, nous devons agir »
Après la chute du socialisme à l’Est, les Etats-Unis ont créé tout un tissu d’accords, traités et organisations militaires ou économiques visant à contrôler l’Europe centrale et orientale. L’expansion de l’OTAN visait à placer ces pays — en commençant par la Pologne, la Hongrie et la République tchèque — sous la domination militaire de Washington. Mais la Yougoslavie était le seul pays de la région à refuser d’entrer dans l’OTAN. Et elle maintenait jalousement l’indépendance de son armée.
Washington a également installé une «Initiative de Coopération en Europe du Sud-Est» (ICES), chargée de planifier la réorganisation des secteurs stratégiques privatisés: énergie, pétrole, télécommunications, recherche scientifique, banques.
La Yougoslavie était le seul pays de la région à refuser de participer à cette ICES.
Mais c'est avant tout une guerre pour contrôler la région des Balkans, une voie d'accès d’une importance stratégique vers le pétrole et le gaz d'Asie centrale et du Caucase.
Il s’agit en l’occurrence du 8ème corridor, l’axe Est-Ouest qui devra être combiné au pipeline acheminant les ressources énergétiques d’Asie centrale aux terminaux de la Mer Noire et de l’Adriatique, reliant l’Europe à l’Asie.
Les «corridors» sont un projet stratégique lancé par l’Union Européenne au début des années 90. Objectif: intégrer complètement les économies et les territoires de l’Europe orientale dans le marché européen avec en son centre : l’Allemagne.
Les corridors, c’est un ensemble de moyens de communication vers l’Est et le Sud-Est: 18.000 km d’autoroutes, 20.000 km de chemins de fer, 38 aéroports, 13 ports maritimes et 49 fluviaux, plusieurs pipelines et gazoducs. Ils ont pour fonction de faciliter le flux des investissements vers l’Est et le flux des matières premières et produits manufacturés venant de l’Est. Ce projet est stratégique: l’UE a prévu d’y investir 90 milliards d’euros d’ici 2015. Le Kosovo figure sur un corridor qui sert depuis des siècles de route entre Europe et Moyen-Orient. Cette route fut cruciale pour la machine de guerre allemande durant la Deuxième Guerre mondiale.
Les Etats Unis veulent, pour eux-mêmes, en premier lieu garantir un acheminement du pétrole de la région Caspienne à travers l’Arménie, l’Azerbaïdjan, puis la Géorgie et, enfin, la Turquie, son meilleur allié dans la région. Objectif: chasser Moscou de cette route du pétrole et la placer sous le contrôle des multinationales US.
Pour contrôler l'ensemble de la route du pétrole et du gaz de l'Asie centrale, Washington entend implanter l'Otan comme gendarme du Caucase. L’Europe ne peut assurer son propre contrôle de la région qu’en devenant capable d’intervenir indépendamment des USA. Or à ce niveau là, elle a complètement fait défaut.
L’intensification de la rivalité entre l’Union Européenne et les Etats Unis pour le contrôle des Balkans s’est également manifesté dans le récent conflit en Macédoine. L’Europe a soutenu pleinement la Macédoine contre l’UCK albanais. Alors que l’attitude des Etats Unis était au moins ambiguë : tout en ne voulant pas trop se brouiller avec le gouvernement macédonien, les Etats Unis ont continué à tirer la carte des séparatistes albanais. A terme, ils veulent créer dans les Balkans un Israël albanais, complètement fantoche, qui leur permettrait d’institutionaliser le « diviser pour règner » et la présence de leurs bases militaires. Ce qui impliquerait une modification des frontières, ce à quoi l’UE s’est opposée.
Pour maintenir leur domination impérialiste, l'Otan est indispensable aux Etats Unis, mais aussi (encore) à l’Europe.
Dès 1991, sous l'impulsion des Etats-Unis, l'Alliance se redéfinit ouvertement comme le gendarme de l'Europe, voire du monde. L'Otan s'affirme prêt à intervenir militairement selon trois axes: 1° Russie et ex-URSS pour maintenir le capitalisme, empêcher le retour du communisme et contrôler le pétrole et le gaz du Caucase et d'Asie Centrale. 2° Axe arabe et méditerranéen, en citant nommément trois zones instables et stratégiques: Algérie, Egypte, Moyen-Orient. 3° Le monde entier en fait en se donnant le droit d'intervenir partout dans le monde où il y aurait des "menaces" du type armes de destruction massive, terrorisme, etc.
L'intervention en Bosnie lui sert à évincer l'ONU et à s'affirmer comme ce gendarme sous prétexte humanitaire et à grands renforts de désinformation.
Dès la fin 1995, Javier Solana tire le bilan: «L'expérience acquise en Bosnie pourra servir de modèle pour nos opérations futures de l'Otan.» Il annonce donc la guerre de 1999 et l'implantation dans le Caucase. Pour commencer.
Vu la force économique grandissante de l’Union Européenne, qui poursuit de plus en plus ses propres objectifs dans un nombre croissant de domaines, l’OTAN est plus que jamais indispensable aux Etats Unis. Ils font tout pour garder leur contrôle politique ainsi que technologique et logistique sur cette OTAN. Ne faisant que des concessions très limitées à la France notamment. Ils accroissent ainsi le mécontentement de leurs "partenaires" européens, renforçant leur tendance à développer leur armée propre.
L’Europe est consciente qu’elle ne pourra pas dominer les marchés et zones qu’elle convoite sans sa propre armée. Sa politique militaire ne se cache plus sous le prétexte de "défendre son territoire": personne n'ose prétendre que l'Europe soit menacée. La propagande médiatique de guerre veut convaincre de la nécessité des agressions néo-coloniales rebaptisées humanitaires.
Le Kosovo ne fera qu’accélérer cette évolution. A Toulouse, le 29 mai 99, en pleine guerre, la France et l’Allemagne proclament «leur détermination de contribuer de tout leur poids à ce que l’Union européenne s’équipe des moyens nécessaires pour faire face à des crises internationales», et cela sans intervention directe des Etats-Unis. Le projet initial, adopté à Bruxelles les 20-21 novembre 2000, prévoyait 50 à 60.000 soldats, mais on est très vite passé à 80.000. Avec la logistique et les rotations, on est déjà à plus de 200.000. Ces effectifs peuvent être engagés dans un rayon de 4.200 km, soutenus par 400 avions de combat et 100 navires de guerre. La très démocratique Turquie a aussi offert ses services à cette euro-armée humanitaire. Quand interviendra-t-elle, selon le rapport justificatif? «L'Union n'interviendra manifestement pas dans toutes les crises, seulement dans celles formant une menace pour sa sécurité, ses intérêts et ses valeurs.»
L'Euro-armée ne veut être un gendarme "régional" que dans un premier temps. La stratégie de l'Allemagne et des monopoles européens qui la soutiennent est de se donner les moyens de dépasser les Etats-Unis. C'est donc une armée à vocation mondiale…. même si elle a encore un très très long chemin à parcourir.
Face à la création de cette euro-armée, les Etats-Unis ont exprimé leur mécontentement. Ils veulent que l’Union Européenne augmente ses efforts militaires, afin qu’ensemble ils puissent tenir tête à plus de conflits simultanément, afin de ne pas avoir à porter presqu’à eux seuls le plus grand poids de toutes les interventions. Par contre, ils ne veulent à aucun prix que ces efforts militaires européens échappent à leur supervision.
Strobbe Talbott, ex-vice-ministre US des Affaires étrangères, avertit: «Nous ne voudrions
pas voir une Initiative européenne de Sécurité et de Défense qui grandirait d’abord au
sein de l’OTAN, puis grandirait en dehors de l’OTAN et finalement grandirait en s’éloignant
de l’OTAN. Car elle pourrait éventuellement entrer en compétition avec l’OTAN.»
Les Etats Unis, sous Clinton déjà, augmentaient le budget militaire de 70% en six ans. Sous Bush junior il montera encore. Au centre de ces dépenses, le très couteux « bouclier anti-missiles » (NMD), dont en réalité le but est de permettre aux EU d’intervenir partout dans le monde. L’argumentation se réfère chaque fois à la Russie, à la Chine, aux « Etats-voyous ». Mais la volonté de maintenir et de consolider l’avance à l’égard de l’Union Européenne est également un facteur important.
Tant l’Union Européenne que la Chine, la Russie et d’autres Etats s’opposent violemment à ce nouvel envol de militarisation.
Japon
L’énorme
puissance économique du Japon en fait une des forces impérialistes
pouvant défier l’hégémonie mondiale américaine.
En valeur d’échanges courante, le PIB du Japon s’élevait
à 4.610,6 milliards de US$ en l’an 2000, représentant
46,5% du PIB des Etats Unis et près de 59% du PIB de l’Europe
des 15.
La population du Japon (126,505 millions d’habitants) ne représente que 46% de la population des EU et 34% de celle de l’Europe des 15. Son PIB brut par habitant fait 72,4% de celui des EU en 1999 (alors que celui de l’EU par rapport aux EU ne fait que 65,1%).
C’est
avec les USA que le Japon a les plus grands échanges commerciaux
et financiers. En 1996, 36,47% des investissements japonais à l’étranger
se situaient aux Etats Unis (contre NB seulement 30,6% dans toute l’Asie).
Les Etats Unis ont un très important déficit commercial
avec le Japon (77,39 milliards de US$ en 1999), dû surtout à
l’importation de voitures et d’électronique du Japon. Des Etats
Unis le Japon importe surtout des produits agro-alimentaires. La balance
commerciale de l’EU15 avec le Japon est négative, dû également
à l’importation d’électronique et de voitures surtout.
Comme les relations EU-UE15, les relations EU-Japon sont faites de dépendance mutuelle aussi bien que de compétition acharnée.
Pour sa défense le Japon dépend de son alliance avec les USA. Néanmoins, il a le deuxième plus gros budget militaire au monde et une grande armée très bien équipée. L’envoi de troupes en dehors du Japon est interdit par la Constitution. Ce qui n’exclut pas du tout une remilitarisation du pays – des voix s’élèvent à la Diète pour amender la Constitution, comme l’a fait l’Allemagne.
Mais comme toute puissance impérialiste, le Japon a également ses faiblesses. Et son alliance avec les Etats-Unis ne peut pas rester immuable, alors que la situation dans le monde et en Asie connaît des mutations profondes.
Si rien ne semblait pouvoir arrêter la puissance économique et financière du Japon dans les années 1970 et 80, le Japon des années 90 traverse une profonde crise, que celle de 1997 a encore aggravée, concernant entre autres le système bancaire. Normalement, il devrait se redresser, mais tous les analystes n’en sont pas si sûr que ça . Des conflits internes extrêmement aigus persistent au sein du Parti Democrate Libéral, au pouvoir depuis plus de cinquante ans. Les scandales se suivent et d’aucuns estiment que sans balayer de la scène l’entièreté de l’élite décadente et corrompue se relayant au pouvoir, aucun redressement n’est possible. En fait, tous disent que le changement nécessaire aura l’ampleur d’une nouvelle « restauration des Meiji » ou des réformes imposées par l’occupant américain après la Deuxième Guerre Mondiale.
Politiquement et militairement.
Durant les années 1930, le Japon était la seule puissance indépendante de l’Asie de l’Est (pratiquement de l’Asie tout court, excepté les Républiques Soviétiques) et déjà une superpuissance économique.
Sans l’aide des Etats Unis, il aurait sans nul doute eu du mal à se redresser de sa défaite cuisante en 1949.
Aujourd’hui, le Japon –un archipel sans réserves en matières premières ni ressources énergétiques- se trouve face à une énorme Chine indépendante, dont la puissance économique ne fait que croître et dont les relations en Asie et dans le monde s’intensifient à tous les niveaux.
L’expérience pénible de l’occupation fasciste durant la Deuxième Guerre Mondiale pèse encore toujours sur les relations de la majorité des pays asiatiques avec le Japon.
Les «tigres asiatiques» se sont développés dans l’ombre de l’impérialisme américain (et japonais) faisant partie d’une stratégie d’encerclement économique et militaire de la Chine (ainsi que de la Corée du Nord, du Viët Nam, du Cambodge et du Laos) socialiste. La grande crise asiatique de 1997 a durement frappés les «tigres». Ils ne s’en sont pas encore entièrement remis. Ils reprochent aux EU de les avoir laissé chuter en crise. Une crise aux EU même risque maintenant de les frapper durement. L’expérience amène bon nombre de pays asiatiques à revoir –a des degrès divers- leurs alliances. Ici aussi, bon gré, mal gré, beaucoup cherchent à renforcer leurs relations avec la Chine.
La Chine est décidé à réintégrer sa province de Taïwan –partenaire économique important du Japon- et personne n’en doute sérieusement qu’un jour, cela se fera.
La Corée du Sud est un concurrent ainsi qu’un partenaire continental au Japon, mais pourrait redéfinir sa stratégie – suite aux négociations de réunification pacifique avec le Nord.
C’est dans cette nouvelle constellation que le Japon impérialiste cherche à se maintenir et à se développer. Il est donc mené lui aussi à redéfinir ses relations avec la Chine et avec les Etats Unis. On peut discerner différentes tendances.
Toutes ont en commun la volonté d’accentuer le rôle économique du Japon, ce qui devrait accroître son attrait pour les autres pays asiatiques par rapport à l’économie américaine. Les capacités économiques de l’archipel sont sans doute les plus grandes parmi les trois puissances impérialistes et la conscience de ce fait domine au sein de la classe dominante nipponne.
Une première tendance - largement majoritaire - pense pouvoir se développer dans le giron américain et continuer à profiter du libre-échange et du parapluie militaire américain.
Une deuxième tendance - minoritaire - imagine que les USA ne vont pas assurer ce rôle de défense "libre" du monde et qu’il va falloir au Japon asseoir sa propre domination: d’abord, assurer le contrôle militaire sur l’approvisionnement en matières premières; ensuite, créer une zone asiatique sous sa domination; enfin, construire une armée autonome.
Les USA ont besoin du Japon comme contrepoids contre la Chine. Mais ils savent que le Japon prendra au moins plusieurs années encore avant de se rétablir économiquement et de réformer son système politique et économique. Tandis qu’une alliance perçue comme provocatrice envers la Chine buttera aujourd’hui sur de sérieuses résistances au Japon.
Même si c’est encore de loin son premier partenaire économique, le Japon cherche d’autre part à diminuer sa dépendance des Etats-Unis. Ce qui n’est possible qu’en créant des liens avec l’Eurasie continentale. Pour le moment le Japon est de loin le premier investisseur en Chine. La réunification des deux Corées pourrait lui faciliter l’accès aux ressources (e.a. énergétiques) de la Chine, de la Sibérie, des Républiques indépendantes de l’Eurasie centrale. Un vaste projet vise même la construction d’un réseau de pipelines reliant …Rotterdam à Tokyo.
Les Etats Unis comptent le Japon comme allié fidèle. Mais plusieurs analystes américains n’excluent pas entièrement qu’en cas de conflit majeur des Etats Unis avec la Chine, le Japon reste neutre, voir même s’allie à la Chine.
Trois énormes pays de l’Eurasie échappent au contrôle sans plus de l’impérialisme : le pays géographiquement le plus grand (la Russie), le pays le plus peuplé au monde, connaissant une des plus fortes croissances économiques soutenues (la Chine) et en beaucoup moindre mesure également l’Inde, en voie de devenir le pays le plus peuplé au monde, mais économiquement encore fort retardataire. De par leur importance cruciale, ces immenses pays suscitent la plus grande convoitise de la part des puissances impérialistes.
Les puissances
impérialistes s’attendaient à ce que la chute du socialisme
en Europe de l’Est entraîne l’écroulement du socialisme dans
le monde entier et son remplacement par des régimes à leur
solde. Elles comptaient pouvoir excercer une domination incontestée
sur l’ensemble de ces pays.
La réalité s’est avérée fort différente.
Les régimes en Chine, Corée du Nord, Cuba, au Viët
Nam, Laos et Cambodge se sont maintenus. Tout en ayant souvent développés
leurs échanges avec l’occident, ils ont a des degrès divers
également augmenté leur vigilance envers les menées
impérialistes. La Russie et d’autres pays anciennement socialistes
ne montrent pas la docilité attendue par l’Ouest.
La Chine
constitue un des plus grands défis à la domination impérialiste
dans le monde.
Elle connaît depuis sa révolution socialiste un développement
rapide à tous les niveaux. Les deux dernières décennies,
caractérisées par des réformes fondamentales de
son système, elle a connu des taux de croissance avoisinnant
les 8%. Elle a presque triplé son PIB entre 1990 et 1999. Certains
analystes craignent même qu’à ce rythme, le PIB chinois
pourrait dépasser celui des Etats-Unis dans une vingtaine d’années.
La balance commerciale connaît en 1999 un surplus important de
36,2 milliards $ .
Malgré son ouverture large aux investissements étrangers
(Japonais, Américains, Européens),
le démantèlement de nombreuses entreprises publiques,
l’installation d’un système boursier et les problèmes
internes que ces réformes suscitent, une dette extérieure
croissante qui est passé à près de 152 milliards
$ en 1998, la Chine a maintenu son régime et défend jalousement
sa souveraineté et son indépendance.
Le PCC se maintient au pouvoir et affirme sa décision à
poursuivre sa voie vers le socialisme.. Le gouvernement chinois a confiance
qu’il sera à même de maintenir stabilité et croissance
dans les prochaines décennies. L’impérialisme américain
craint que tel sera en effet l’évolution la plus probable , même
si certains doutes compréhensibles existent à ce sujet
et qu’entre autres l’entrée de la Chine dans l’OMC pourrait rendre
sa situation interne plus tendue.
La
crise asiatique de 97 n’a que peu affecté la Chine. Elle a
accumulé une réserve de devises étrangères
de 160 milliards $ -montant supérieur à sa dette extérieure-
ce qui la place deuxième au monde en la matière, devancée
de peu seulement par le Japon. Tout cela lui a permis de renforcer sa
position et son prestige en Asie et dans le monde. Si bien que certains
estiment que la stabilité financière de l’Asie de l’Est
pourrait à l’avenir dépendre plus de la monnaie chinoise
que du Yen japonais. Loin de tomber au niveau « d’annexe de l’impérialisme »,
la RPC s’est économiquement et politiquement élevée
au rang de concurrente incontournable pour l’impérialisme.
Le renversement du socialisme en Europe de l’Est ainsi que l’aggressivité
redoublée de l’impérialisme (Iraq, Yougoslavie-Kosovo) ont
raffermi le caractère nationaliste de la politique chinoise. La
RPDC est aujourd’hui parfaitement consciente des visées de l’impérialisme
US envers elle et du danger réel d’interventions et agressions
US de tout genre. L’incident récent avec l’avion-espion américain
en Chine méridionale montre tant la menace émanant des Etats
Unis que la volonté de la Chine de ne pas se laisser faire. En
Asie et dans le monde, beaucoup perçoivent son attitude comme une
fermeté rehausant son prestige .
La Chine a finalement recupéré Hong Kong et Macao – y appliquant
une politique d’ « un Etat, deux systèmes ». Elle
est déterminé à recouvrir sa souveraineté
sur la province de Taiwan « quand et comment elle l’entend elle-même ».
Les Etats-Unis ne reconnaissent formellement qu’une seule Chine, la République
Populaire. Mais son attitude envers Taiwan reste ambiguë. Elle se
sert de l’île tantôt comme cheval de Troie afin de saper le
régime chinois de l’intérieur, tantôt comme «porte-
avions» dans sa stratégie de menaces et d’encerclement militaire
de la RPC . La pression en direction de cette deuxième option se
fait plus forte aux USA, depuis l’arrivée au pouvoir de Bush et
… l’incident avec l’avion espion (cfr note ). Les forces ultra-réactionnaires
et pro-Américaines dominent à Taiwan, réclamant l’indépendance
de l’île. Mais cela ne fait plus du tout l’unanimité. Un
tiers des investissements taiwanais se situent aujourd’hui en Chine continentale,
où vivent environ 320.000 hommes d’affaires taiwannais et leurs
familles. Cette fraction de la bourgeoisie s’oppose à toute exacerbation
des conflits avec la Chine. Le nombre de Taiwanais augmente qui acceptent
la solution proposée par la RPC, «un Etat, deux systèmes».
L’impérialisme voit d’un très mauvais œil la Chine se rapprocher d’autres pays, ce qui leur permettrait de se soustraire à sa domination. Les accords avec la Fédération Russe en sont un exemple ; les «Cinq de Changaï» en est un autre, qui regroupe la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan et le Tajikistan. Les cinq s’engagent à renforcer leur coopération dans les domaines de politique extérieure et des affaires militaires, économiques et commerciales, tout en respectant scrupuleusement les principes de souveraineté nationale, d’indépendance, d’avantage mutuel et de non-ingérence dans les affaires internes des autres. L’Ouzebekistan a assisté au 5ième sommet en juillet 2000 en tant qu’observateur. D’autres pays de l’EurAsie (centrale) pourraient rejoindre le groupe de Changaï.
La Chine renforce également ses liens avec cet autre voisin, le Turkmenistan. Des projets d’exploitation et de transport de pétrole et de gaz naturel devraient démarrer au plus tard début 2002 .
La
Chine estime que ses disputes territoriales avec la Russie sont globalement
réglées.
La Chine et le Viêt-nam resserrent également leurs liens
de coopération dans les différents domaines, économiques,
politiques et autres.
Tandis que la Chine note une balance commerciale positive envers les pays impérialistes –les Etats-Unis et le Japon surtout, elle accepte volontiers une balance négative envers d’autres pays du Tiers-Monde, qu’elle aide ainsi à se soustraire dans une certaine mesure à la mainmise impérialiste.
Toutes les puissances impérialistes se servent de la question de Taiwan, du Tibet, des soi-disantes atteintes aux droits de l’homme, etc. afin d’excercer des pressions, de susciter des tensions et d’affaiblir le gouvernement et le Parti Communiste Chinois. Le but ultime de l’impérialisme étant la chute du régime et son remplacement par un gouvernement docile aux intérêts américains et occidentaux.
Les Etats-Unis et le Japon voient leurs rapports de force avec la Chine Populaire se modifier à leur détriment.
La Chine ne compte pas se laisser imposer un rôle de puissance secondaire par les Etats Unis. Celui-ci essaie de la confiner dans le rôle limité de puissance régionale –en lui barrant au maximum la route à une plus large coopération en Asie et dans le monde. Face à cela, la Chine pourrait explorer un terrain de coopération avec le Japon. On en est encore loin. Mais selon certains, la Chine estime que si même la France et l’Allemagne ont pu se réconcilier après la Deuxième Guerre Mondiale…une nouvelle entente –pour commencer économique- entre la Chine et le Japon offrirait de belles perspectives.
La
Chine en appelle à mettre un terme à l’hégémonie
mondiale des USA et à s’orienter vers un monde multipolaire – appel
que le Président Jiang Zemin vient de renouveler lors de sa visite
à 6 pays Latino-Américains (l’ «hinterland» des EU…).
Cette visite vise d’autre part à nouer ou renforcer des liens économiques
entre la Chine et l’Amérique Latine. Une telle politique ne peut
que renforcer non seulement la Chine mais aussi tous les pays du Tiers
Monde, voulant se soustraire dans une certaine mesure à la mainmise
US.
Plus que jamais, l’impérialisme américain se rend donc compte que dominer la Chine ne sera pas chose aisée. Sur la façon d’y arriver le débat est plus intense que jamais. Des analystes mettent en garde contre l’approche essentiellement militaire du Pentagone. La Chine a pris fermement position contre la construction du soi-disant bouclier anti-missiles, dont Bush est grand défenseur. Les Américains se rendent compte que leur plan NMD (National Missile Defense) suscite la colère de la Chine et d’autres pays asiatiques. Face à une République Populaire de Chine de plus en plus puissante à tous niveaux, l’appel à l’utilisation des armes semble devenir plus forte aux Etats Unis .
La politique des EU, soutenue à des degrés divers par le Japon et l’UE, visant à contenir la Chine et à saper son régime, constitue une des plus graves menaces pour la paix mondiale.
Néanmoins, un conflit opposant les EU à la Chine sera non seulement lourd de conséquences pour la paix mondiale. L’issue d’un tel conflit ne rassure guère tous les stratèges américains, qui craignent qu’il mènerait le Japon à s’en distancier, voir même à s’allier à la Chine. Ce qui signifierait la fin de la présence américaine en Asie de l’Est.
Les
deux Corées ont entamé un processus de rapprochement pacifique,
mettant les impérialistes américains largement hors jeux.
L’entente entre la Corée du Sud et la Corée du Nord pourrait
transformer cette dernière de barrière, en tête de
pont vers la Chine et la Russie, riches en ressources dont la Corée
du Sud et le Japon on grandement besoin.
La réunification possible des deux Corées est perçue
par l’impérialisme US comme une réelle menace pour sa propre
domination en Asie du Nord-Est. Officiellement, les nombreuses bases US
servent à protéger «les alliés». Mais c’est avant
tout des intérêts américains qu’il en va, bien sûr
. Tant en Corée du Sud qu’au Japon que dans le reste de l’Asie,
le rapprochement entre les deux Corées mène à une
remise en question de cette présence massive de troupes et de missiles
américains– obligeant l’impérialisme américain et
japonais à rechercher de nouvelles formes de «sécurité
régionale» . Suite aux rapprochements Nord-Sud, les Etats Unis
prétendent encore plus énergiquement que la Corée
du Nord constitue la menace majeure pour la paix en Asie de l’Est. Cela
va jusqu’à l’affirmation par le Ministère de la Défense
US, dans un rapport de septembre 2000 au Congrès Américain,
« que la Corée du Nord est le pays qui pourrait le plus ‘pousser
les Etats Unis à mener une guerre de grande envergure ». C’est
entre-autres la RPD Corée que le président Bush vise en
parlant « d’état-voyous » contre lesquels les EU doivent
se défendre ( !), dans son rapport budgétaire pour
2001 (avril 2001), plus précisément dans le chapitre traitant
de l’augmentation du budget militaire.
Les révolutionnaires, les mouvements et peuples épris de paix doivent comprendre leur obligation à soutenir pleinement la réunification pacifique des deux Corées et à s’opposer fermement aux menaces et agressions US.
L’existence des pays socialistes est non seulement porteur d’espoir pour les travailleurs et les pauvres de toute la planète; ils sont aussi un facteur de paix essentiel.
Nous aurons à défendre les pays socialistes contre l’ingérence de l’impérialisme, et nous devons sérieusement nous y préparer.
L’Inde est en voie de dépasser la Chine en population. Elle n’est tombée sous la coupe entière d’aucune puissance impérialiste et tente au contraire de se développer elle aussi de façon relativement indépendante. Economiquement, l’Inde est globalement un pays arriéré, en développement. Néanmoins, l’industrie des nouvelles technologies y connaît aujourd’hui un essor et pourrait devenir un levier faisant de l’économie indienne une force autonome et concurrente des puissances impérialistes. Tout comme la Chine et la Corée du Nord, l’Inde dispose de l’arme nucléaire et ne compte pas non plus s’en défaire. L’impérialisme craint de voir l’Inde se transformer en puissance régionale autonome, affaiblissant ainsi leur propre emprise sur ces pays. Pire encore pour les Etats Unis est la perspective d’une entente de l’Inde avec la Russie –chose possible- et éventuellement même avec la Chine – quoique plus difficile. Ce qui mettrait quasiment un terme à la domination des EU en Asie.
La Russie étant au cœur de l’Eurasie, son contrôle continue d’être un souci majeur de l’impérialisme, les Etats Unis en particulier . L’impérialisme continue à pousser vers une dislocation toujours plus grande de l’ex-URSS , encourage toutes les tendances séparatistes, envenime tous les conflits possibles. Le développement d’un capitalisme sauvage et maffieux depuis la fin de années 80 leur facilite d’ailleurs la besogne. L’enjeu économique majeur le plus direct consiste dans le contrôle du pétrole (et des voies de transport) dans la région de la mer Caspienne.
Malgré cet effondrement politique, économique et géographique, malgré une mainmise certaine de l’impérialisme, la Russie cherche à se redresser et à s’affirmer en tant que puissance indépendante.
La nouvelle situation en Asie tente à orienter la Russie (dont la Sibérie aussi regorge d’immenses réserves de pétrole, de gaz et de minerais) vers des accords avec la Chine, la (les) Corée et éventuellement le Japon, en quête d’une diminution de leur dépendance e.a. du pétrole du Moyen-Orient.
Pour l’impérialisme américain, le contrôle sur l’Eurasie se présente difficile.
Les Etats Unis n’ont encore jamais eu une marge de manœuvre aussi étroite en Asie depuis la Deuxième Guerre Mondiale.
Entretemps les EU risquent à leur tour de plonger dans une grave crise économique. Ce qui ne fait qu’augmenter leurs besoins en nouveaux marchés et en matières premières meilleur marché.
Dans le passé, le militarisme et l’agressivité des Etats Unis se sont raffermis chaque fois que le pays traversait de graves problèmes économiques. Une menace similaire existe aujourd’ hui et s’exprime entre autres dans l’augmentation sensible (20 milliards de dollars entre 2002 et 2006, rien que déjà pour la recherche et le développement militaire) du budget de la Défense. Pour Bush, l’ancienne guerre froide n’a qu’été remplacé par une nouvelle, demandant des développements importants de la puissance militaire des USA.
Toute guerre d’agression contre un pays tel que la Chine ou la Russie déclencherait de par sa dimension inévitablement une guerre mondiale, quelles que soient les alliances (alliance USA-Japon-EU ; ou USA-Japon, l’EU restant « neutre » ou encore le Japon restant neutre ou même s’alliant éventuellement à la Chine –vu ses intérêts dans ce pays; d’autre part la Chine ou la Russie seule, ou une alliance Chine-Russie, ou autre encore).
______________
Le capitalisme monopoliste réclame des bénéfices toujours plus élevés. Pour garantir son approvisionnement en matières premières et en énergie, pour écouler ses marchandises, pour surmonter ses inévitables crises de surproduction, le capitalisme monopoliste a un besoin vital d‘élargir ses marchés. La nécessité d’un repartage du monde entre puissances impérialistes continuera à être une caractéristique fondamentale de cette phase impérialiste du capitalisme. Mais elle bute de manière toujours plus intense contre la volonté et la capacité d’un nombre croissant de (grands) pays à suivre un cours indépendant.
En définitive, inévitablement les grandes puissances impérialistes doivent avoir recours à la guerre pour réaliser leurs ambitions et celles de leurs plus grands monopoles.
La perspective d’une guerre mondiale n’est pas pour l’immédiat mais elle peut se présenter dans les dix à vingt ans à venir. Toutes les puissances impérialistes s'y préparent dans les faits. Aux communistes de diriger les mouvements révolutionnaires qui empêcheront cette nouvelle boucherie mondiale par la révolution, soit, si elle a lieu quand même, la termineront aussi par la révolution socialiste mondiale.
Le 20ème siècle aura été alors la répétition générale du 21ème siècle.