La
guerre au Congo et en Afrique centrale
et la globalisation impérialiste
Ludo Martens, Parti du Travail de Belgique
Contribution
au dixième Séminaire Communiste International
« La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste »
Bruxelles, 2-4 mai 2001
La globalisation impérialiste que nous connaissons aujourd’hui, n’est rien d’autre que l’intensification et l’élargissement de la domination économique, politique, militaire et culturelle de l’impérialisme sur la plus grande partie du monde actuel.
Du point de vue économique, elle a été rendue possible par les révolutions dans les domaines de l’informatique, des communications et des transports. Opérant sur un marché mondialisé, les multinationales se sont engagées dans des vagues de concentrations qui voient émerger des firmes mondiales gigantesques et extrêmement puissantes, devenues les véritables centres du pouvoir dans les pays impérialistes.
La globalisation de la domination politique et militaire de l’impérialisme a été rendu possible par la contre-révolution en Union-Soviétique et par la restauration intégrale du capitalisme dans les Républiques de l’ex-Union Soviétiques et dans les anciens pays socialistes de l’Europe de l’Est.
Cette contre-révolution a permis aux puissances impérialistes de déclencher une grande offensive pour liquider les acquis de la grande guerre anti-fasciste. Les impérialistes et surtout la superpuissance américaine violent de plus en plus souvent les principes de la Charte de l’ONU et intensifie ses efforts pour en « réviser » des clauses essentielles. Ils n’ont d’ailleurs jamais accepté, quant au fond, les principes de l’indépendance et de la souveraineté de tous les pays, leur égalité ainsi que la non-agression et la non-ingérence. Depuis la contre-révolution en Union Soviétique, les puissances impérialistes se sont engagées sur la voie de l’arbitraire, de l’ingérence ouverte dans les affaires intérieures des autres pays, de la terreur et la guerre.
La globalisation est avant tout l’extension de la dictature économique des multinationales à presque tous les coins du monde et l’aggravation de cette dictature du « marché libre ».
Dans ce rapport nous développons quelques aspects du combat pour l’indépendance, contre le néocolonialisme, que mène le peuple congolais depuis 1996. Nous montrerons que la domination « médiatique », politique et militaire de l’impérialisme sur le Congo est, elle aussi mondialisé, comme la résistance à cette domination a pris un caractère international. Le rapport fera aussi mieux comprendre, à partir de ce cas concret, le grand retard qu’ont les révolutionnaires du monde entier dans le domaine de la solidarité et du soutien aux grandes luttes populaires qui secouent des continents entiers, en l’occurrence le continent africain.
1990-97 : la « démocratie » néocoloniale échoue, la révolution kabiliste triomphe.
Lors de la vague contre-révolutionnaire des années 1989-1991, tous les pays socialistes et tous ceux qui maintenaient leur indépendances ont été accusés d’être des « dictatures » et, en toute logique, l’ingérence flagrante et souvent violente des puissances impérialistes dans les affaires des autres pays a été réalisée sous le drapeau de « la démocratie, des droits de l’homme et de l’Etat de droit ». C’était particulièrement le cas en Afrique.
Dès que la contre-révolution en Union Soviétique était accomplie, l’impérialisme a estimé que, dans l’absence de soutien international conséquent, le « danger » de voir se développer des révolutions populaires anti-impérialistes en Afrique était minime.
La « démocratie » formelle, l’arme préférée de l’impérialisme
Ainsi, au Congo, l’impérialisme a tenté d’écarter en douceur Mobutu, l’homme qui avait joui du soutien de l’Occident de 1960 à 1990 lorsqu’il commit d’innombrables crimes. En 1989-90, ses maîtres lui collaient l’étiquette infamante de « dictateur ». Des escrocs dans l’opposition « lumumbiste », tel Lambert Mende, clamaient que Mobutu était un dictateur du genre Ceauscescu et que l’Occident devait les aider à le liquider...
En réalité, dans la nouvelle conjoncture internationale, l’impérialisme comptait imposer sa domination intégrale sous la forme la plus avantageuse pour le grand capital international : la démocrate parlementaire. L’impérialisme préfère l’existence d’un multipartisme où plusieurs partis néocoloniaux rivalisent pour avoir les faveurs de l’Occident. Ce multipartisme néocolonial permet, grâce à des élections libres dominées par l’argent, de donner au peuple l’illusion qu’il choisit « ses propres dirigeants ». Le multipartisme en Afrique est essentiellement le multi-marionettisme.
Cette « démocratie » offre également les meilleurs prétextes à l’impérialisme pour intervenir militairement dans un pays africain. En cas d’insurrection populaire ou de mouvement révolutionnaire qui risquent de menacer les intérêts des multinationales, l’Occident vient au secours de « sa » démocratie. Les interventions et agressions armées se font désormais au nom de la défense de la « démocratie » ! Le Congo apprendra cette leçon sanglante en août 1998.
En Afrique francophone, les « conférences nationales » ont été des forums pour lancer la « démocratie » sous forme de multi-marionettisme. Elles tentaient de donner l’illusion au peuple que le vrai changement, la vrai démocratie était de pouvoir choisir « librement » entre un grand nombre de « démocrates » - qui courraient tous les ambassades américaine, française et autre... Ces Conférences étaient des opérations de « blanchissement » de tous les criminels qui avaient organisé et dirigé les anciennes dictatures. C’étaient également des endroits où de nouveaux agents du néo-colonialisme pouvaient se signaler à l’attention des maîtres occidentaux.
Au Congo-Zaïre, la Conférence nationale a été instaurée par l’Ordonnance n°91-097, signé par l’ex-dictateur Mobutu qui dit ceci: "La Conférence ... doit amener le peuple zaïrois à se réconcilier avec lui-même (!) dans la globalité(!) et éviter qu'elle se transforme inutilement(!) en un tribunal populaire ou en une cour de règlement des comptes."
L’instauration de la « démocratie » : changement purement formel du régime néocolonial
Au départ, les « démocrates » ont dû arracher la Conférence nationale à Mobutu qui n’appréciait pas le changement de forme de son pouvoir que ses maîtres lui imposaient. Un de ces « démocrates » était un tshombiste de choc et ancien premier ministre de Mobutu, Nguza Karl-I-Bond, devenu le chef du « Parti des Républicains Indépendants ». Nguza Karl-I-Bond était, bien sûr, partisan de la Conférence nationale et il posait en même temps sa candidature pour la Présidence de la République. "Vous estimez que votre candidature rassure les milieux occidentaux?", lui demanda un journal de la Bourse de Bruxelles. Et Karl-I-Bond de répondre: "Je suis un ami des Belges, des Américains, des Allemands. Qu'ils soient rassurés, cela me rassure." "Je suis sûr, dit-il, qu'avec la coopération de nos partenaires, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, les partenaires économiques à l'extérieur, nous allons nous en sortir". "C'est de la Conférence nationale que va sortir un gouvernement d'union nationale ou de salut public qui sera l'objet d'un consensus". Nguza ne pouvait pas mieux dire que la différence entre la « dictature » néocoloniale et la « démocratie » néocoloniale était purement de forme, purement démagogique : ce sont les mêmes puissances impérialistes avec leurs chiens de garde qui s’appellent FMI et BM qui imposent leurs dictats au Congo.
En fait, en invoquant "l’union nationale" et le "consensus", les impérialistes ont exigé au Congo que tous les "démocrates" acceptent de cohabiter avec leur Mobutu, anciennement dictateur, à présent "l’initiateur de la démocratisation au Zaïre"… Le 10 octobre 1991, à la question: "Les amis occidentaux du Zaïre, ont-ils encouragé cette forme de cohabitation?", Nguza Karl I Bond répond: "Certainement. Ils nous ont fait savoir qu'ils exigeaient un équilibre pour éviter tout regain de violence. Les pays de la Communauté Européenne, les Etats-Unis veulent qu'une solution équilibrée et pacifique soit trouvé. C'est la condition qu'ils posent pour la reprise de leur aide économique. Ici, aucun gouvernement ne peut réussir sans aide extérieure. Le réalisme politique nous oblige de cohabiter."
La fin de la souveraineté, le temps de la tutelle
Au lendemain des émeutes du 23-24 septembre 1991, des troupes françaises étaient intervenues au Zaïre, bientôt rejointes par 850 paras belges. Cette intervention militaire était faite au nom de la « démocratisation »…mais contre la volonté du pouvoir en place au Zaïre ! Le premier ministre belge a déclaré que "cette intervention a été réalisé après concertation avec les autorités françaises et américaines. ... Le gouvernement zaïrois a été informé de nos décisions". C’est déjà la récolonisation militaire au nom de la « démocratie ».
L’opposition "démocratique", était, bien sûr, avec les impérialistes. Justine Kasavubu, porte-parole de l'UDPS, déclara : "Le gouvernement belge a fait ce qu'il devait faire". Et elle a demandé à la Belgique de "sortir la Conférence nationale de l'impasse"! Ainsi, l’UDPS parlait d'une Conférence "souveraine", mais elle la mettait sous la tutelle militaire de l’Occident!
Et au nom de ce gouvernement belge, le ministre Eyskens déclara devant l'ONU: "L'intervention d'Etats tiers pour protéger les droits de l'homme n'est pas nécessairement une intervention dans les affaires intérieures, même si cette intervention se réalise contre la volonté de l'Etat concerné. La neutralité en matière de droits de l'homme n'existe pas. On ne peut pas se revendiquer d'un concept surchargé de souveraineté pour se dérober au droit de regard de la communauté internationale". Ainsi, Tshisekedi et l’UDPS appelait à intervenir militairement au Congo des forces qui rejettent "le concept de souveraineté"! Voilà les termes dans lesquels les Américains et leurs laquais congolais ont annoncé la liquidation des principes démocratiques de la Charte de l’ONU.
Mobutu aurait été « démocratiquement élu en 1997…
Comme Mobutu était le plus rusé, le intelligent et expérimenté parmi les agents de l’impérialisme, il devait tôt ou tard reprendre le dessus. Après avoir été traité de tous les noms, en avril 1996, Mobutu a été reçu à Paris par Chirac. En juillet le ministre français de la coopération, Godfrain, lui a rendu visite à Gbadolite. Il déclara que Mobutu apparaît « incontournable » et qu’en cas d’élections, il serait sans doute « largement élu »." Sous un régime néocolonial, les "élections libres et transparentes" servent à faire élire, en tant que "démocrates", des anciens et futurs dictateurs au service de l’impérialisme.
Steven Metz, professeur enseignant les études militaires au U.S. Army War College, écrit le 5 juin 1996 : « Comment les Etats-Unis doivent-ils répondre si Mobutu gagne les élections de 1997 ? Mobutu les gagnera probablement. S’il permet que les institutions démocratiques se consolident, les relations devraient être froides mais normales. » Plus de trente ans de dictature au service du néocolonialisme, ce n’est pas du tout un problème pour les « démocrates » américains. Ils veulent maintenir et renforcer la dictature néocoloniale, c’est-à-dire le pouvoir absolu des multinationales et des banques sur le Congo. Mais cette dictature, ce pouvoir absolu doit revêtir des formes « démocratiques », il doit être « légitimés » par des élections. Il est mille fois plus facile à un gouvernement « démocratiquement élu par le peuple » d’imposer des mesures draconiennes et anti-populaires exigés par le FMI. L’essentiel est que Mobutu « permettre aux institutions démocratiques de se consolider », qu’il habitue le peuple à ce que ceux qui ont le plus de richesses et de soutien financier et médiatique en Occident, puissent « régulièrement » gagner les élections. Alors, aux élections suivantes, un autre grand bourgeois, riche et bien soutenu, peut émerger et lancer une « nouvelle politique » dictée par les mêmes puissances extérieures.
La tactique américaine lors de la guerre de libération de Kabila
Mais en dernière minute, les Américains ont choisi une autre tactique pour s’imposer au Zaïre. Il faut se rappeler qu’à partir de 1990, les Etats-Unis ont commencé une grande offensive pour arracher l’Afrique à ses « patrons » traditionnels, les Français, Britanniques, Portugais et autres Belges. Ils ont spéculé sur le désarroi des forces révolutionnaires nationalistes, privées du soutien de l’Union Soviétiques et des pays socialistes européens. Mais ils ont aussi voulu profiter de la grande expérience de ces hommes à encadrer et convaincre les masses.
Mandela en Afrique du Sud, Rwalings au Ghana, Museveni en Ouganda, Meles Zenawi en Ethiopie et Aferwerki de l’Erythrée, tous des anciens adeptes ou sympathisants du marxisme-léninisme, auxquels on a ajouté Kagame et le FPR au Rwanda, étaient la « nouvelle génération de leaders africains » qui développeraient le continent avec l’aide de Uncle Sam….
En 94-96, la France avait renoué avec Mobutu pour sauver les forces du régime hutiste de Habyarimana au Rwanda. Un million et demi de réfugiés hutu, parmi lesquels le noyau des génocidaires, étaient tolérés et protégés au Zaïre.
Dans ces circonstances, et spéculants sur les sentiments violemment anti-Mobutu des masses congolaises, les Américains décidaient d’organiser une opération régionale pour renverser Mobutu. Les armées ougandaise et rwandaise, que les Américains encadraient déjà, étaient engagés pour combattre les forces mobutistes. Kabila, un vieux révolutionnaire des années soixante, a été sollicité pour diriger le mouvement anti-mobutiste. Les Américains étaient sûr qu’il serait un autre Museveni ou Meles Zenawi qui ont renié la révolution anti-impérialiste.
C’est ainsi que la lutte de l’Alliance des Forces Démocatiques pour la Libération commença le 18 octobre 1996. Portée au début par le Rwanda et l’Ouganda, elle recevait aussi le soutien de l’Ethiopie, de l’Erythrée, de l’Afrique du Sud, du Zimbabwe et de l’Angola. Les Américains croyaient que la guerre du Congo leur apporterait une victoire d’ordre stratégique : un Congo contrôlé par les Américains par l’intermédiaire d’un – ancien - révolutionnaire nationaliste. Le grand Congo dominé par les Etats-Unis, trois quarts de l’Afrique noire seraient sous influence américaine. La « renaissance » africaine était décidément en marche.
Mais ce beau projet a déjà commencé à se fracasser avant que Kabila n’entre à Kinshasa.
Les Américains espéraient que Kabila s’arrangerait avec les anciens mobutistes comme Mandela s’était réconcilié avec les anciens bourreau du temps de l’apartheid. Mais après la prise de Kisangani, le 15 mars 1997, réalisée avec le soutien énergique de l’Angola, pays beaucoup moins contrôlé par les USA que l’Ouganda et le Rwanda, les Américains se rendent compte que Kabila marchera seul sur Kinshasa. Il balayera tout le personnel mobutiste et instaurera un régime nationaliste à l’image de celui de Lumumba.
Et en effet, Kabila et les nationalistes réussissent à reprendre seuls le pouvoir leur arraché en 1960 avec l’assassinat de Lumumba.
La guerre politique contre Kabila est immédiatement déclenchée. Le monde entier est inondée de vagues d’intoxication : « Kabila a assassiné les réfugiés hutu », « Kabila a organisé un génocide à l’Est », « Kabila n’a pas les qualités pour diriger le Congo », « Kabila risque d’être un nouveau dictateur du genre Mobutu »…
« Peuples africains, maîtrisons notre base économique commune…»
En un an de pouvoir nationaliste, Kabila réalise vraiment des miracles que même la population kinoise, pourtant bien servie en événements miraculeuses, croyait impossibles. Kabila a rétabli la sécurité à Kinshasa, il a limité les abus de l’armée, il a remis sur pied l’Etat et stabilisé la situation économique et la monnaie. Encore une année d’efforts sur cette lancée, et le régime nationaliste serait définitivement stabilisé et il commencerait à influencer la situation dans toute l’Afrique centrale…
Le 29 juin 1998 a lieu à Kinshasa le troisième sommet de la COMESA, la Conférence du Marché Commun de l’Afrique de l’Est et Australe. Ce qui aurait dû être un grand événement dans le combat pour l’indépendance économique de l’Afrique, deviendra le prélude au drame qui mettra l’Afrique centrale à feu et à sang...
Dix huit pays sont représentés au sommet, parmi lesquels on note le Congo, le Zimbabwe, l’Angola et la Namibie, de même que l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi ; le Soudan ainsi que l’Ethiopie et l’Erythrée sont également de la partie. Les deux "grandes puissances" africaines proches des Etats-Unis, l’Afrique du Sud et le Nigeria, ne sont pas membres de la COMESA. L’objectif principal : préparer la mise en place d’une zone de libre échange en l’an 2000 et une zone à tarif extérieur commun en 2004.
A l’ouverture du sommet, Kabila fait une intervention qui prendra tout son sens à la lumière des événements dramatiques qui suivront. L’orientation panafricaniste de Kabila heurte de front certains puissances extérieures à l’Afrique. Elles ne tarderont pas d’agir contre l’homme qui ose leur dire : non !
Dans son discours, Kabila souligne que depuis plus de trente ans "les indépendances africaines offrent au monde le spectacle tragique d’un continent trahi, pillé, humilié et exsangue avec la complicité de ses propres fils". Il exprime son espoir "que l’Afrique sorte du vingtième siècle guérie de toute velléité de dépendance extérieure". Et il affirme que le combat pour l’indépendance et la souveraineté du Congo concerne tout le continent: "Notre pays s’est donné pour vocation africaine d’exporter la paix, la sécurité et le développement". Le régime de Mobutu, inféodé aux puissances impérialistes, a fini par détruire les capacités productives et défensives du pays. "Une République Démocratique du Congo faible, c’est une Afrique vulnérable à partir de son centre. J’allais dire : c’est une Afrique sans cœur."
Kabila refuse la «renaissance africaine » que les Américains prétendent vouloir susciter sur le continent. Il en comprend trop bien le véritable sens. "Nous devons refuser d’être un peuple à qui on prend tout, sous prétexte qu’on veut tout lui apprendre, y compris le sentiment de notre appartenance au genre humain."
Kabila sait qu’il ne peut y avoir de renaissance économique en Afrique dans le cadre de la globalisation impérialiste. "Nous devons considérer le marché COMESA comme l’horizon de notre survie et comme la pierre angulaire de notre participation à l’économie mondiale". "Nous devons créer de manière concertée et coordonnée une base économique régionale sociale, sur laquelle pourront s’appuyer les plans de reconstruction et de développement de nos pays. Sans une base économique maîtrisée de cet ordre, nous serons davantage fragilisés, manipulés et nous répondrons isolément et sans réalisations majeures aux espérances et aux défis que nos justes luttes de libération ont fait naître chez nos peuples."
A nouveau fiers d’être Congolais
Le lendemain 30 juin, anniversaire de l’Indépendance, Kinshasa assiste à un véritable raz-de-marée humain sur le Boulevard Triomphale. Ce 30 juin 1998, toute la population kinoise se sent à nouveau fière d’être congolaise.
Dans son discours, Kabila en indiqua parfaitement les raisons. "Honneur à notre peuple en armes qui a parachevé avec éclat la lutte politique déclenchée il y a 38 ans par nos héros nationaux. ... En ce jour de fête, toute personne de bonne foi doit reconnaître que je fais ce que je dis. J’avais pris l’engagement solennel de restituer à notre peuple sa souveraineté bafouée, sa dignité avilie, son indépendance injuriée. La monnaie nationale, le Franc congolais, est restituée dans son lustre suprême, ce jour 30 juin 1998. Cet attribut de notre souveraineté, cet instrument de notre développement, je le confie, mes chers compatriotes, à votre garde, à votre protection, à votre nationalisme et à votre patriotisme."
Mais Kabila sait que le ciel congolais est lourd de menaces : "Nos succès ne doivent pas nous endormir. ... Il y a encore de nombreux dangers, de nombreux défis. Debout Congolais, afin de confondre et de réduire les intrus habituels de notre liberté". Deux mois plus tard, le danger suprême tombera sur la nation congolaise.
La guerre américaine ravage le Congo et l’Angola
Le 2 août 1998, des militaires rwandais à Kinshasa, soutenus par certains Banyamulenge, Tutsi congolais, tentent un coup d’état. Le 3 août, des unités de l’armée rwandaise, détournent des avions civils à Goma. Elles sont dirigées par James Kabarebe, qui, il y a deux mois à peine, était encore le chef d’état major de l’armée congolaise. Elles atterrissent à 1.500 km de chez eux sur la base militaire de Kitona. Jusqu’au 16 août, le pont aérien à partir de Goma amènera 3.000 soldats rwandais à Kitona.
Le barrage d’Inga est occupé le 11 août par les troupes de Kabarehe. A Kinshasa, ville de six millions d’habitants, l’électricité est coupée le 13. La radio nationale cesse d’émettre à 14h00. La panique se répand à Kinshasa où l’on a l’impression que plus rien ne peut arrêter les agresseurs.
Le gouvernement zimbabwéen annonce qu’il organisera le samedi 9 août un sommet auquel sont invités le Congo, le Rwanda, l’Ouganda, la Namibie, la Zambie, la Tanzanie. On notera l’absence voulue de l’Afrique du Sud...
L’impérialisme tente d’empêcher le Congo et l’Angola de s’unir
Depuis le mois de juin, beaucoup d’informations circulaient selon lesquelles Kabila était impliqué dans le trafic de diamants avec l’UNITA. Au début de l’agression rwandaise, ces bruits s’intensifient. Le 6 août, un journal sud-africain écrit : « M. Kabila a déçu ses alliés. Le président Dos Santos a de bonnes raisons de considérer M. Kabila comme un traître. ...Depuis avril, le mouvement rebelle UNITA reçoit des livraisons via Kinshasa. »
Le 9 août, Reuters écrit que « le président Dos Santos ne viendra sans doute pas en aide à M. Kabila, parce qu’il a été très déçu que l’UNITA a pu utiliser des bases sur le territoire congolais. Beaucoup d’analystes pensent que le président Dos Santos a plus de sympathie pour les Rwandais que pour le Congo. » Ed Marek estime qu’une intervention angolaise contre Kabila fera de Brazzaville, allié à l’Angola mais aussi à la France, une base idéale pour des opérations militaires contre Kinshasa.
Avec le temps, il apparaîtra que tout cela relevait d’une opération de guerre psychologique de grande envergure menée par les Etats-Unis et la France pour isoler Kabila afin de pouvoir l’éliminer en quelques semaines...
Au moment même ou le Rwanda attaque le Congo, la guerre de l’UNITA avait déjà pris un caractère inquiétant. l’UNITA occupe chaque jours de nouveaux territoire à l’intérieur. Le nombre de personnes déplacées a atteint le chiffre de 200.000.
Le 12 août, Luanda adresse un ultimatum à l’UNITA : les rebelles doivent rendre les armes dans un délais d’une semaine. Dans la province de Malanie, l’armée nationale commence une grande offensive contre l’UNITA.
C’est au même moment que l’AFP affirme qu’il est fort probable que des troupes de l’UNITA se battent aux côtés des hommes de James Kabarebe, sur le front de l’Ouest à partir de Kitona.
Evoquer le spectre du génocide pour justifier une agression flagrante
Vers le 10-15 août, l’offensive rwandaise et rebelle va de victoire en victoire. La chute de Kinshasa est prévue pour les semaines qui suivent. C’est ce moment que les Rwandais ont choisi pour alerter le monde qu’un nouveau génocide des Tutsi se prépare au Congo. Les thèmes en sont bien résumé par Théogène Rudasingwa, l’ambassadeur rwandais aux Etats-Unis. « Le Congo continue à être un sanctuaire pour ceux qui ont commis le génocide. Kabila assure un nouvel entraînement aux génocidaires et leur donne des armes dans une tentative de déstabiliser le Rwanda. Ses déclarations rudes et sectaires contre les Tutsi congolais, le lynchage délibéré de Congolais d’origine rwandaise et la rhétorique réactionnaire d’un ‘empire tutsi’, tout cela rappelle le régime génocidaire au Rwanda et spécialement son porte-parole, Radio Mille collines. » « Il est urgent que nous créons une coalition internationale contre le terrorisme et le génocide. » C’est un appel à peine voilé à une intervention américaine aux côtés de l’armée rwandaise opérant au Congo.
Ed Marek, analysant la stratégie occidentale, écrit : « Il y aura une intervention militaire d’une coalition occidentale contre le génocide, s’il y a des preuves d’un génocide active ». Le même observateur américain «anticipe qu’on développe maintenant des plans d’urgence pour entrer de force à Kinshasa pour en sortir des citoyens. »
Pierre Bigras dit tout crûment de quoi il tourne : on ne débarquera pas à Kinshasa pour « sauver les Tutsi », mais pour éliminer le régime nationaliste. « La crainte existe dans les ambassades occidentales que cela ne s’arrêtera pas aux Tutsi, d’où la mise en place d’un dispositif d’intervention qui va sans doute sceller le sort du régime Kabila .»
On notera ici un aspect intéressant de la globalisation du mensonge. Dès le 13 août, les médias crachent déjà une intoxication bien préparée : « Kabila rappelle le régime génocidaire », « Il y aura intervention militaire américaine s’il y a génocide » ! Or, ce n’est que le 26-27 août que les impérialistes réussiront finalement à « fabriquer » les « preuves nécessaires» du génocide bruyamment annoncé depuis deux semaines. C’est la résistance populaire des Kinois contre les agresseurs qui sera invoquée comme « preuve » d’une volonté génocidaire des Congolais ! C’est un peu comme si les nazis, battus devant Stalingrad, accuseraient le peuple soviétique de cette ville héroïque d’avoir perpétré un génocide contre le peuple allemand.
Le 13 août, lorsque cette intoxication sur le thème du génocide commence, deux navires de guerre américains ont déjà quitté le port de Marseille et sont en route vers Kinshasa. A bord se trouvent 1.200 soldats du 22e corps expéditionnaire des Marines. Ils seront devant les côtes du Congo vers le 19-22 août. Il faut mentionner également que le 15 août, un commando de 150 hommes a quitté la Grande Bretagne pour l’île de l’Ascension, et que la France a posté 1.100 militaires à Brazzaville.
L’envoi de cette armée d’intervention est un encouragement aux Rwandais et Ougandais pour mener leur opération à bien. C’est en même temps une garantie qu’en cas de problème sérieux, ils peuvent compter sur le bras fort de la superpuissance américaine. La marine de guerre américaine sert aussi à intimider les Congolais et les FAC : toute résistance aux offensives de la coalition anti-Kabila semble désormais futile…
Les agresseurs crient : C’est un conflit interne au Congo…
Le mensonge est imposé au monde entier comme la vérité, et la vérité évidente est niée … grâce à l’efficacité des multinationales de la désinformation, entreprises gigantesques brassant des milliards de dollars. « Kabila commet un génocide » et « l’armée rwandaise ne se trouve pas au CONGO ».
Anastase Gasana le ministre rwandais des Affaires étrangères n’aurait pas osé mentir à ce point sans la bénédiction des Américains, grands amateurs de Vérités fausses. « Nous ne pouvons comprendre pourquoi les Congolais se servent du Rwanda comme bouc émissaire. S’il y a des problèmes internes entre Kabila et son alliance, ce n’est pas notre affaire ». "Les Congolais savent bien qu'il n'y a pas de soldats rwandais sur leur territoire. Comment pouvons-nous provoquer des troubles à Kinshasa ou ailleurs en RDC si nous n'y sommes pas?".
Et pratiquement personne ne saura qu’au même moment, des militaires américains entraînent cette même armée rwandaise, engagée sur le territoire congolais. C’est ce qu’une dépêche fort intéressante de l’AFP du 6 août nous apprend. « Une soixantaine d'observateurs militaires américains sont présents au Rwanda, sur l'île d'Ijwi, sur la base de Gabiro et à Kigali. Les autorités militaires américaines indiquent qu'une dizaine d'instructeurs forment des troupes au Rwanda. … Ces militaires américains sont en fait chargés d’entraîner les officiers instructeurs de l'Armée patriotique rwandaise à la lutte anti-guérilla. ‘Les conseillers militaires américains appartiennent généralement aux Forces Spéciales. Leur rôle est de former les armées amies à la guerre non-conventionnelle’, déclarait à l'AFP un ancien officier de ces forces. … Le major Henry L. Huntley, porte parole du commandement américain en Europe, a indiqué qu'une douzaine d'observateurs militaires américains se sont rendus dans la région de Gisenyi (nord-ouest) limitrophe de la RDC. ‘La mission de ces hommes est d'évaluer la situation militaire au Rwanda et de déterminer la capacité militaire de ce pays à empêcher, à contenir ou à réduire au minimum la menace d'une reprise des actes de génocide’, selon le major. » Et re-bonjour donc au « génocide », prétexte fétiche de l’agression américano-rwandaise au Congo.
L’Angola sauve le Congo
A Luanda, ce dimanche 16 août, Dos Santos, Kabila et Sam Nujoma discutent le danger de déstabilisation de toute la région.
Le 17, neuf des quatorze ministres de la défense sont présents à Harare. Le commandant Joseph Kabila, juste revenu d’une formation militaire en Chine et nommé chef de l’Etat-Major des FAC, accompagné du général Kalume, y défend la cause du Congo agressé.
Ed Marek a eu la nette impression que « la France et les Etats-Unis ont insisté auprès de l’Angola pour ne pas se mêler de la rébellion congolaise. Le sentiment est que ces deux puissances occidentales veulent un changement de gouvernement à Kinshasa. »
Mais dès le 21 août, Dos Santos engage sur le Front de l’Ouest congolais 2.500 troupes d’infanterie et un nombre important d’avions militaires. Les 22 et 23 août, l’Angola livre des combats meurtriers à Kitona et prend la base militaire. Des témoins disent que l’armée angolaise n’a pas fait de cadeau, qu’après le refus des agresseurs de se rendre, les chars et l’artillerie ont craché du feu et 942 cadavres d’agresseurs ont été ramassés par la suite... Mais deux jours plus tard, quelques milliers de soldats ougandais, rwandais et rebelles arrivent quand même à descendre en petits groupes sur Kinshasa. Ils se dirigent vers l’aéroport, mais doivent passer par les communes populaires de Masina, Njili et Kimbanseke où vivent 2.500.000 Congolais. Une grande partie de l’armée congolais est en panique. C’est la jeunesse qui s’attaquera, mains nues, aux agresseurs. « Chaque fois que nous voyons un rebelle, nous le brûlons vif », dit un habitant de Masina à un journaliste de l'AFP. « Les rebelles sont arrivés chez nous. Certains sont des enfants nés dans nos quartiers, mais nous avons tout de suite pris nos dispositions pour nous défendre et informer les autorités militaires et policières », raconte un habitant de Ndjili.
Un génocide fictif et un génocide réel
Mercredi 26 août, en annonçant l'instauration du couvre-feu à Kinshasa, Abdoulaye Yerodia, a indiqué que cette mesure était prise « pour permettre aux FAC de mener à bien l'éradication et l'écrasement total de cette vermine des envahisseurs rwandais et ougandais. … (Le couvre-feu) sera maintenu jusqu'à nouvel ordre tant que les Forces armées se livreront à leurs tâches patriotiques de faire rendre gorge et d'écraser l'infâme que représentent les envahisseurs rwandais et ougandais ». Le style trahit la grande culture de l’homme, on y trouve des souvenirs de Voltaire et de la révolution française. Mais sous le règne du mensonge globalisé, on fera croire qu’il s’agit d’une dérive fasciste et d’un appel au… génocide.
De quelle folie intellectuelle un homme comme Eric David, professeur de droit international à l’ULB, est-il pris lorsqu’il observe et analyse la résistance à Kinshasa ? Voici ses dires : «Lorsque le chef de cabinet de Kabila parle de ‘vermine’ et de ‘microbe’, on assiste à un phénomène qui est sociologiquement bien connu, de dévaluation, de déshumanisation, de réification de l'adversaire. C'est un phénomène que l'on a déjà souvent observé. Les Turcs parlaient comme ça des Arméniens, les nazis des Juifs.»
« Sociologiquement » ce sont des bêtises. Le professeur ne peut pas ignorer que les Belges sous l’occupation germanique en 1914-1918 et en 1940-1944 ont utilisé des mots beaucoup plus fort pour maudire les Allemands.
La globalisation impérialiste, c’est effectivement la mondialisation du mensonge. Ceux qui défendent leur pays agressé en fragrante violation de tous les règles du droit international, sont présenté comme des génocidaires et des émules du nazisme !
Mais là où la violence globalisée de l’impérialisme produit de réels génocides, les multinationales de la désinformation prennent soin que nous n’apprenons rien. C’est cela le secret de la globalisation de l’information réalisée grâce à la révolution des moyens de communication tenus par le grand capital : le mensonge arrive dans la moindre petite ville de la planète, la vérité n’arrive nulle part. A partir du 28 août 1998, le mensonge d’un génocide » des Tutsi à Kinshasa à l’appel de Yerodia a fait le tours du monde. La petite Belgique qui veut poser en superpuissance morale s’est donné une vocation universelle en prétendant vouloir traiter « l’appel au génocide de Yerodia » devant un tribunal belge !
Or, le dimanche 23 août, de l’autre côté du Congo, au Kivu occupé par l’armée rwandaise, la résistance populaire a attaqué des troupes d’occupation à Mwenga, éliminant plusieurs rebelles dont un officier. Le lendemain des soldats rwandaises et Banyamulenge se sont vengés sur la population civile de Kasika, près d’Uvira. Dans la seule mission de Kasika, 37 personnes ont été assassinées, dont le prêtre Stanislas Bwabulakombe. L’agence catholique MISNA estime le nombre de morts à 207. Parmi eux le mwami François Nakasika et sa femme Yvette. Peu après, plus de 500 villageois seront massacrés par l’armée de Kagame à Makobola. C’est le début d’un véritable génocide qui, début mai 2001, a déjà fait 2.800.000 de victimes dans les territoires occupés par l’Ouganda et le Rwanda. Mais là personne ne parlera de génocide parce que les génocides réels commis par l’impérialisme, sont systématiquement dissimulés par son système de la désinformation globalisée.
L’UNITA menace le gouvernement de Luanda
La guerre du Congo est une guerre africaine globale. C’est l’Angola qui a permis de faire la différence dans la lutte de libération de l’AFDL en 1997. C’est encore l’Angola qui a détruit le noyau dur des armées d’agression rwando-ougandaise en août 98.
Mais l’Angola nationaliste est elle-même l’objet de plusieurs attaques de la part des Etats-Unis et de la France. Leur principal instrument est l’UNITA, créée par les Etats-Unis mais à certains moment également utilisée par Paris.
Entre 1994 et 1998, l’ONU avait une « force de maintien de la paix » en Angola. La Mission des Nations Unies en Angola a eu jusqu’à 7.000 soldats et elle a coûté 1,5 milliards dollars. Les troupes de l’ONU devaient démilitariser l’UNITA et démobiliser ses soldats. Mais pendant quatre ans, les contre-révolutionnaires ont pu maintenir plus de 30.000 soldats sous les armes et elles ont réalisé un programme colossal de réarmement avec du matériel lourd qu’elles n’ont jamais possédé auparavant. Les « forces du maintien de la paix » de l’ONU manipulée ont simplement permis à l’UNITA de se préparer à une grande offensive pour détruire le gouvernement et l’armée angolaise.
Début 1999, l’armée privée de Savimbi est une des armées les plus puissantes de l’Afrique sub-saharienne. "C’est cette même armée qui devait être démobilisée et démilitarisée par l’ONU", écrit Ed Marek.
L’UNITA a pu former « clandestinement » cette armée moderne classique grâce à ses revenus des diamants. Le géant sud-africain De Beers aurait, selon Global Witness, déboursé 3,7 milliards de dollars pour des diamants livrés par Savimba depuis 1992.
Pierre Bigras affirme que cette armée peut désormais peser sur la situation de toute l’Afrique centrale : « L’UNITA représente la plus grande menace de déstabilisation dans la région. L’organisation de Savimbi pourrait avoir amassé, entre 1994 et 1998, un trésor de guerre de 500 millions de dollars. Aucun pays de la région dispose de réserves financières de cette ordre. »
L’UNITA dispose début 1999 d’au moins 60 tanks T55. Lors de la bataille de Cuito, elle a utilisé également des Howitzers D30 de moyenne portée, des Howitzer G5 115 mm, des canons 106 mm, des batteries antiaériennes ZU23 et des orgues de Staline montées sur des camions BM 21. Les armes à longue portée permettent de bombarder sur des distances de plusieurs dizaines de kilomètres avec une précision assez bonne.
La contre-révolution en ex-URSS au service de la contre-révolution africaine
L’Angola a déclaré que toutes ces armes lourdes sont passées par l’Ouganda, le Rwanda et la Zambie. Ces armes proviennent de l’Ukraine et de la Bulgarie. Les maffias ukrainiennes et bulgares organisent le trafic.
Les commerçants d’armes de l’Afrique du Sud, qui à l’époque ont aidé l’UNITA à grandir, continuent à faire le même trafic derrière la façade "démocratique" que leur offre Mandela. Ces trafiquants sud-africains travaillent maintenant en Bulgarie et en Ukraine où ils ont des contacts étroits avec leurs collèges des maffias locales…
L’UNITA a aussi engagé des mercenaires de l’Afrique du Sud et de l’Ukraine pour enseigner les nouvelles tactiques de combat que ces armes imposent et pour former le personnel nécessaire.
Pierre Bigras écrit : « La présence de mercenaires ukrainiens laisse entrevoir un intérêt calculé de la part des mafias dans les anciens pays qui constituaient l’URSS. Ces mafias retrouvent dans l’UNITA un partenaire parfait en Afrique. Si la stratégie de l’UNITA visant à couper le pays en deux selon un axe nord-sud devait fonctionner, ses partenaires slaves auraient alors accès à de lucratives concessions diamantaires pour services rendus, mais aussi à une machine à blanchir l’argent sale qui serait sans pareille à l’échelle de la planète.»
Nous avons ici un autre aspect de la « globalisation » de la guerre du Congo. Non seulement un grand nombre de pays africains y sont impliqués, les maffias issues de la contre-révolution en Union-Soviétique y jouent également un grand rôle.
Avant la restauration capitaliste, des pays comme l’Ukraine et la Bulgarie soutenaient les pays nationalistes africains, dont l’Angola; maintenant ils appuient les pires ennemis de l’Afrique et notamment l’UNITA. Ce seul constat peut ouvrir les yeux de beaucoup d’Africains sur le sens véritable de la soi-disant "révolution démocratique" dans les anciens pays socialistes.
Nous avons écrit en 1990 que la restauration du capitalisme en Union Soviétique causera des désastres dans ce pays, mais aussi dans le tiers monde. En 1994, la production industrielle en ex-URSS avait chuté de plus de 60 %. Aujourd’hui, plus de 40 % de l'économie russe est aux mains de 5.000 organisations criminelles.
Cela doit faire réfléchir les Congolais qui ont été influencés par la propagande sur la «supériorité du capitalisme ». Le capitalisme mondial traverse aujourd’hui une nouvelle phase dans sa crise générale et il est devenu extrêmement sauvage, criminel et maffieux. De la Russie en Afrique centrale en passant par l’Est asiatique, le capitalisme plonge des centaines de millions d’êtres humains dans la misère, la violence et la terreur la plus sanglante et il couvre tout cela avec des discours mensongers sur «la démocratie, la liberté et les droits de l’homme » que ce système inhumain prétend incarner.
De la grande offensive de l’UNITA à sa défaite
Fin décembre 98 – début janvier 99, des changements dramatiques se produisent en Angola même. L ’UNITA lance des attaques puissantes avec des armes lourdes modernes contre les villes Huambo et Cuito.
En janvier 1999, l’UNITA mène des offensives dans le Nord de l’Angola, entre autre autour de la ville stratégique Malanje. Mbanza-Congo à la frontière avec le Congo, tombe. Le port pétrolier de Soyo, qui se trouve en face de deux sites congolais importants, la base navale de Banana et le port pétrolier de Muanda, est menacé.
Le but de l’UNITA est de faire de l’aéroport de Mbanza-Congo un centre qui recevra de grands avions de transport qui assureront le soutien logistique international à ses troupes. Il vise aussi à prendre Soyo et arrêter le programme gouvernemental de l’exportation pétrolière. Les champs pétroliers se trouvent 15 kilomètres devant les côtes, mais peuvent être atteints par l’artillerie et par des navires de combat rapides.
L’UNITA a maintenant la capacité de porter des coups décisifs au pouvoir du MPLA et de faire basculer le rapport des forces au Congo en faveur des agresseurs.
La situation dramatique a poussé dos Santos a former un nouveau gouvernement, un cabinet de guerre. Le président Dos Santos lui-même assume la fonction de Premier ministre et de chef de l’armée; l’ancien ministre de la sécurité intérieure et proche ami du président, le général Kundi Payama, devient ministre de la Défense.
Dos Santos déclare le 30 janvier : « La machine de guerre de Jonas Savimbi doit être détruite une fois pour toutes ». C’est l’annonce d’une guerre totale pour briser la colonne vertébrale de Savimbi, une guerre sans répit qui pourra déborder sur ses alliés qui ont été nommément indiqués : l’Ouganda, le Rwanda, la Zambie, le Togo et le Burkina Faso. On voit ainsi que la grande guerre en Afrique centrale a des ramifications jusqu’en Afrique de l’Ouest.
Le ministre angolais de la défense a déclaré : « Nous connaissons les pays africains qui se mêlent de nos affaires. Ils devraient être très prudents avec nous. Nous sommes capables de faire des choses qui seraient une surprise pour eux. C’est notre droit de défendre notre dignité, notre patrie et notre souveraineté. Ceci est un avertissement amical. »
Neuf mois plus tard, les forces de l’UNITA étaient pratiquement liquidées en Angola. Leurs quartiers généraux de Bailundo et Andulo ont été pris par l’armée nationale début octobre 1999 et début novembre les frontières nord avec le Congo ont été nettoyés des rebelles. Au même moment, une grande offensive à l’Est du pays balayaient les dernières grandes concentrations de troupes de l’UNITA.
Cette victoire a été due à la grande capacité d’organisation du MPLA qui, même dans les moments les plus dramatiques, n’a jamais paniqué, mais a méthodiquement préparé le peuple et l’armée à la contre-offensive. L’Angola doit aussi sa victoire à la grande expérience et au haut degré de discipline de ses forces armées et de ses officiers.
Mais il faut dire que cette victoire s’est réalisée dans une conjoncture particulière. L’offensive de l’UNITA montrait clairement que certaines forces de l’impérialisme américains restait fidèle à leur élève et allié, Savimbi et son UNITA. Mais, produit de la guerre politique et militaire avec l’Union soviétique, l’UNITA n’était plus indispensable à l’impérialisme américain. Une fraction majoritaire à misé sur la bourgeoisie angolaise qui gère l’économie sous le pouvoir du MPLA. En pleine offensive de l’UNITA, l’administration Clinton prit en 1999 la décision stratégique de soutenir économiquement et même militairement le pouvoir en place. Cela lui semblait la voie la plus sûr pour garder la main sur le pétrole angolais.
Des erreurs stratégique de l’UNITA ont facilité sa défaite. Savimbi n’a pas compris à temps que ses maîtres avaient changé de position, qu’ils ne voulaient plus d’une guerre interminable, que les dirigeants de l’UNITA devaient se convertir en bourgeois honorables et contester le pouvoir en place selon les méthodes de la démocratie bourgeoise.
La victoire de l’UNITA a changé fondamentalement les données de la guerre au Congo. Désormais, les Rwandais et Ougandais n’avaient pratiquement plus aucune chance de marcher sur Kinshasa, vu leur nombreux liens avec cette UNITA qui venait d’être écrasée en Angola et que le MPLA ne permettrait en aucune façon de renaître dans un Congo dominé par les mobutistes, les rebelles et leurs protecteurs rwandais et ougandais.
La Société Civile utilisée comme instrument d’ingérence et de subversion
Au Congo : « Le travail de la société civile est essentiel aux yeux des Etats-Unis »
En janvier 1999, les agresseurs et rebelles préparent une grande offensive au Kasaï et au Katanga. Ils sont déterminés à prendre Mbuji-Mayi quel qu’en soit le prix, puisque les diamants leurs donneront les moyens financiers pour mener la guerre jusqu’à Kinshasa. Une grande partie de l’establishment américain pense encore que le régime de Kabila peut être renversé par des moyens militaires.
Mais au même moment, les Américains sont aussi pleinement engagés dans une offensive politique « pacifiste » parallèle dans la capitale congolaise.
En effet, les Etats-Unis veulent imposer au Congo des changements politique et économique qui réduisent ce pays au statut d’une néo-colonie.
Mais ce but unique, ils le poursuivent obstinément par deux voies différentes : tout en continuant leur soutien aux agresseurs pour l’atteindre par les armes, ils mobilisent aussi la "société civile" et les partis de l’opposition pour réaliser ce but par la voie "pacifique". Bien sûr, la Société civile connaît aussi des forces anti-impérialistes mais celle-ci sont minorités et discriminées quant au soutien extérieur.
En fait, les forces pro-occidentales de la « société civile » et des partis de l’opposition jouent un double rôle : aider les agresseurs (et donc les Américains) à vaincre en affaiblissant la résistance par des « campagnes pour la paix dans la capitulation » ; d’autre part, préparer une alliance anti-nationaliste qui pourra renverser le régime nationaliste par des moyens politiques, si l’on n’arrive pas par des moyens militaires à réaliser cet objectif.
A Kinshasa, des amis m’ont remis un tract du Groupe AMOS, publié le 7 décembre 1998. Titre: "Appel à la paix et à la non-violence active". On y lit un réquisitoire haineux contre le peuple qui a osé se défendre contre les rebelles et agresseurs, le 25-28 août 1998, puis une attaque contre le Zimbabwe et l’Angola qui ont porté secours au peuple congolais. AMOS affirme qu’il faut négocier avec "nos frères rebelles" pour qui il faut avoir "de l’amour". Voici des extraits. "L’épisode de la guerre de Kinshasa révèle un peuple congolais à la fois victime innocente et auteur malheureux de la violence. … Loin de nous ramener la paix, l’implication d’alliés militaires divers inquiète, car leurs intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ceux de notre peuple. … Le Groupe AMOS reste convaincu que la voix de la paix passe par des négociations avec tous les acteurs de cette guerre fratricide : le gouvernement, les pays voisins et nos frères rebelles, ce qui favorisera le rétablissement de la paix et d’un Etat de droit en RDC, suivant résolument le schéma de la CNS. … Nous opposons à la haine et à la vengeance, l’amour de l’ennemi."
Les partisans de la CNS néocoloniale affirment que Kabila est « dictateur » et qu’il faut « libérer les prisonniers politiques ». Ce tract prouve juste le contraire. Kabila devait mettre en prison tous les agents des agresseurs américano-rwando-ougandais qui fabriquent des écrits de ce genre. Combien de dizaines de milliers de Congolais payeront de leur vie cette agression barbare qui se prolonge grâce à la démoralisation organisée par des tracts pareils?
Le groupe Jérémie rassemble des ONG congolaises et des mouvements d’inspiration chrétienne. Un de ses animateurs, le jésuite Rigobert Minani se trouve le 21 janvier 1999 à Rome dans le cadre d’une campagne pour «arriver à une solution pacifique » à la guerre. Il venait de passer par la Belgique et se rendra ensuite en Suisse et au Canada ; d’autres membres de son groupe iront vendre leur "agenda pour la paix" en France, aux Etats-Unis et en Allemagne. Qui paie tous ces voyages, toutes ces factures d’hôtel ?
Reprenant la position du State Departement américain, Minani déclare : « Nous sommes d’accord avec la rébellion sur le fait qu’il faut une démocratie plus forte au Congo et d’accord avec Kabila pour préserver l’intégralité territoriale du pays ». Cette « démocratie plus forte », la population de l’Est a senti dans sa chaire ce que cela veut dire : 2.800.000 de morts après 33 mois de pouvoir « rebelle »…
A la même époque, le Canada a créé au Congo un "Fond Décentralisé de Développement Démocratique". Il permettra de réaliser des "interventions rapides et souples" pour de petits projets de 10.000 à 20.000 dollars. La préférence va à quatre secteurs, dont les deux premiers sont le développement de la démocratie et le règlement pacifique des conflits. En langage clair, dans le contexte actuel : faire de la propagande pour la démocratie néocoloniale et prêcher la capitulation devant l’agression rwando-ougandaise. A l’évidence, à coups de dix mille dollars le Canada recrute des réseaux d’intellectuels qui veulent se mettre au service de la subversion.
Le 21-22 janvier 1999, une délégation de la société civile congolaise s’est rendue aux Etats-Unis. Le International Human Rights Law Group a financé le voyage de Hamuli Kabarhuza (CNONGD), Jeanine Mukanirwa (PAIF Goma), Thierry Nlandu (Groupe Amos) et Jean-Pierre Badidike (Groupe Justice et Libération) à Washington.
Cette délégation a déclaré que la Société Civile congolaise, réunie récemment à Anvers, s’est mise d’accord sur deux points que nous voulons commenter.
« Le peuple congolais s’oppose à la guerre ; la victoire militaire d’un camp ou de l’autre ne résoudra pas les problèmes du pays. » En clair, ces quatre représentants de la Société Civile s’opposent aux efforts de l’armée congolaise et de la résistance dans les territoires occupés pour chasser les agresseurs.
Ensuite : « Il faut respecter les droits de l’homme. Les deux camps commettent des violations et il faut mobiliser les partenaires et les gouvernements internationaux pour soutenir les droits de l’homme et faire des pressions sur les deux camps ». Cette déclaration honteuse est uniquement faite pour plaire aux autorités américaines. Mettre sur le même pied les massacres, tueries et assassinats que les agresseurs commettent dans les territoires occupés et des erreurs qui sont sans doute commises du côté du gouvernement national, est une véritable insulte au peuple congolais. Vouloir «mobiliser » les gouvernements impérialistes pour qu’ils interviennent politiquement et fassent pression sur le gouvernement, c’est trahir la cause nationaliste, parce que ce sont justement ces gouvernements qui patronnent les agresseurs.
La délégation a eu deux réunions dans les bureaux de l’USAID où elle a rencontré Tony Gambino, le chef de la Région des Grands Lacs. Elle a eu des entretiens avec deux directeurs du Conseil National de Sécurité, Robin Sanders et John Prendergast, responsables pour l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Est. Au State Department, elle a discuté avec le directeur de l’Afrique centrale, Roger Meece et le responsable du Congo, Don Koran. Selon la délégation, ces rencontres ont été «un grand succès » et les responsables américains «se sont montrés fort intéressés dans les perspectives de la Société Civile, étant donné que, comme le disait un responsable ‘Nous n’avons absolument pas de confiance en Kabila, ni dans les rebelles ; pour cette raison, votre opinion et le travail que vous voulez faire, est essentiel. » Lorsque les autorités américaines, qui sont prêtes à faire tuer des millions de Congolais pour mettre la main sur les richesses du sous-solde la R.D.C., vous disent que votre travail est « essentiel », alors vous devez comprendre pour quels intérêts vous travaillez en réalité.
Au Zimbabwe : « La société civile fabrique des ‘information’ comme des armes mortelles pour notre destruction »
Au Zimbabwe, les Américains et Anglais financent depuis de longues années des groupes de la "société civile": ONG liées à l’Occident, Eglises et sectes patronnées par les Etats-Unis, organisations des droits de l’homme, syndicats, associations d’étudiants, journaux ‘indépendants’, etc. De séminaire en voyages "d’étude" à l’étranger, l’élite de ces organisations se rassasie de l’idéologie "démocratique" que les maîtres du monde leur ingurgitent. A quoi sert ce travail de « formation » et de « philanthropie » ?
C’est ce que révèle la guerre au Congo.
Aveugles devant les plans de conquête de l’Afrique que développent leurs "mentors" américains, incapables de voir vers quels désastres l’impérialisme précipite toute l’Afrique centrale et australe, les braves gens de la "société civile" se transforment en agents actifs du néocolonialisme. Comme les économistes dans le mouvement ouvriers, ils s’aveuglent devant les petits intérêts immédiats et oublient les perspectives d’ensemble. Ils disent que le Zimbabwe a déjà assez de problèmes, que l’économie va mal, la cherté de la vie augmente et qu’il est criminel de "gaspiller" de l’argent pour une guerre lointaine au Congo qui ne concerne pas le Zimbabwe. Et ils se mobilisent pour le retrait des troupes du Congo. Ils se font les complices de l’impérialisme américain et de ses plans de décolonisation économique, politique et militaire de l’Afrique.
La "société civile" se lance dans de véritables provocations. The Standard, un hebdomadaire privé, prétend le 11 janvier 1999 que 23 militaires zimbabwéens ont été arrêtés le 17 décembre pour tentative de coup d’Etat. Le journal affirme que plusieurs officiers supérieurs dont un colonel et un ministre seraient impliqués, mais qu’ils n’ont pas été interrogés par crainte du chaos que cela provoquerait. The Standard écrit que le moral des troupes zimbabwéennes est très bas, que la plupart des soldats ne veulent pas risquer leur vie au Congo, que l’armée est divisée sur une base régionale et tribale et que récemment des soldats ont refusé pendant une semaine d’aller au combat. Les officiers supérieurs sont devenus des hommes d’affaires qui pensent à leur business et non pas à l’armée.
C’est à ce genre de littérature qu’un pays en guerre peut s’attendre de la presse ennemie. L’article a clairement l’intention de soulever une partie de la population contre des mesures que le gouvernement estime vitales pour l’indépendance et la souveraineté du Congo, du Zimbabwe et de toute l’Afrique centrale. Lorsque les Etats-Unis et l’Angleterre étaient en guerre avec les puissances fascistes, ils prennaient les mesures les plus draconiennes contre toute personne qui menait une agitation subversive de ce genre.
Le ministre de la Défense du Zimbabwe, Mahachi, a réagi en déclarant : « Cette histoire n’a aucun fondement. De telles allégations relèvent de la trahison. De tels journalistes ne sont pas différents des rebelles que nous combattons. » « Ces média sans scrupules sont des menteurs corrompus, avide de faire de l’argent à tout prix, comme des mercenaires qui ont l’intention cruelle de détruire avec la plume. Le gouvernement peut être obligé de prendre les mesures nécessaires pour protéger le public, les forces armées et le droit à connaître la vérité ».
Le secrétaire pour l’Information, le camarade Willard Chiwewe, a fait certaines déclarations pertinentes à propos de la presse privée locale et de la « grande » presse internationale. Il a évoqué la mondialisation du mensonge en parlant de « la guerre néocoloniale dans laquelle l’information est un missile létal ». Voici son intervention. « L’information sur le Zimbabwe est fabriquée et manipulée pour en faire une arme mortelle pour notre destruction. Les victimes ciblées de cette attaque : notre sens de fierté et de confiance en tant que nation, gouvernement et citoyens de ce pays. Ils voient déjà le Zimbabwe sous un nouveau gouvernement fantoche, qui sert des intérêts étrangers au détriment de ses propres citoyens. … La politique de la terre a été la cause fondamentale de cette attaque. Notre gouvernement a dit : ‘la terre au peuple ‘, et nous avons pu noter que chaque gouvernement qui est nationaliste et défend la propriété de la terre, devient un ennemi. L’existence d’un gouvernement qui a un caractère nationaliste fort, était le seul obstacle à la récolonisation de ce pays. Son élimination devient par conséquent, une obsession pour ceux qui veulent piller les richesses du Zimbabwe. … Le ministère de l’Information a le mandat pour diriger la défense de la nation contre le chantage, la falsification et la désinformation. Nous avons besoin de chaque Zimbabwéen authentique pour rejoindre la croisade contre la guerre néo-coloniale dans laquelle l’information est le missile létal et la technologie de l’information est le porteur de cette charge explosive. »
Au Zimbabwe comme au Congo, nous rencontrons ainsi un aspect important de la globalisation impérialiste. La bourgeoisie occidentale exploite et ruine les pays africains, puis elle fait des largesses financières et matérielles à quelques milliers d’individus qu’elle place à la tête d’ONG, d’églises et de « média libres ». E t tous ces gens deviennent la « société civile ». Les moyens leur accordés leur permettent de gagner une influence au sein des masses. Dans ces pays où l’impérialisme rendent tout développement et toute liberté pour le peuple impossibles, ces hommes soudoyés de la « société civile » deviennent les porte-paroles du « développement » et de la « liberté ». Dans les moments cruciaux pour l’avenir du pays, ces nationaux deviennent des acteurs de la globalisation du mensonge : ils aident les impérialistes diffuser les mensonges qui créent un climat politique dans lequel la contre-révolution impérialiste peut frapper. Et c’est ainsi que Laurent-Désiré Kabila et Mugabe sont devenus des « fossiles », des « dictateurs », des « affameurs du peuple », un sort que Lumumba et Nkrumah avaient déjà subi avant eux…
L’impérialisme américain a jeté la Charte de l’ONU à la poubelle
La globalisation impérialiste, c’est la liquidation des principes démocratiques qui règlent les relations internationale depuis la victoire historique de l’Union soviétique et des peuples opprimés contre le fascisme mondial. Ces principes ont été « arrachés » à l’impérialisme par plus d’un siècle de luttes révolutionnaires des peuples du monde du monde entier : rappelons que les pays colonisés n’existaient simplement pas comme sujets indépendants avant les années 1945-60 et que l’Union Soviétique n’était pas reconnue par les pays « démocratiques » tels que les Etats-Unis jusqu’en 1933 ! Aujourd’hui, l’impérialisme s’attribue à nouveau, sous n’importe quel prétexte, le droit et même le « devoir » d’intervenir dans les affaires intérieures des pays indépendants comme si c’étaient des colonies ou des territoires sous tutelle.
L’impérialisme a, en fait, enterré la Charte de l’ONU qui est une sorte de « Constitution internationale » stipulant les principes démocratiques qui doivent être appliqués par tous les pays du monde, si l’on veut éviter la barbarie de guerres internationales. Cette barbarie, l’humanité l’a subi dans toutes ses horreurs lors de la seconde guerre mondiale provoquée par les puissances impérialistes de type fascistes. C’est l’Union Soviétique, grand vainqueur de la guerre anti-fasciste, qui a imposé des principes démocratiques dans la Charte de l’ONU. L’impérialisme ne les a d’ailleurs jamais acceptées de gré, c’est le rapport des forces internationales qui obligeaient l’impérialisme de s’y plier dans certains cas.
Briser les règles démocratiques au niveau internationale, c’est plonger des millions d’hommes dans la mort. Et c’est justement ce que font les impérialistes depuis la victoire de leur « démocratie » sur les pays socialistes. Or, cette destruction des règles fondamentaux de la démocratie à l’échelle internationale, est faite au nom de la « démocratie » que les Américains voudraient voir s’installer dans les différents pays indépendants. Saddam Houssein était « dictateur » et c’est au nom de la « démocratie » que les Américains et leurs alliés ont déjà tué 1.500.000 Irakiens. Kabila était « dictateur » et c’est au nom de la « démocratie » que les Américains ont poussé les Rwandais et Ougandais à l’agression du Congo… guerre qui a déjà coûté la vie à plus de 3.250.000 Congolais ce 1 mai 2001. C’est la démocratie génocidaire.
Et qu’elles sont pitoyables, ces marionnettes des Américains, ces Tshisekedi et autres Olengankoy qui n’ont que le mot « démocratie » dans la bouche mais qui étaient et sont restées complices avec les agresseurs dès le premier jour jusqu’aujourd’hui. Seule l’agression a pu imposer au gouvernement nationaliste les Accords de Lusaka et seul le maintient de l’occupation peut leur donner l’espoir de s’imposer lors du Dialogue inter-congolais en renversant Joseph Kabila. Au nom de la démocratie et au prix de 3.250.000 morts… De quelle « démocratie » peuvent parler ces politiciens de l’opposition dite « démocratique » qui ont laissé violer l’indépendance et la souveraineté de leur pays ? Qui ont applaudi aux tentatives de mise sous tutelle du Congo ? Il est de bon ton de faire l’éloge de la « démocratie » néocoloniale dans tous les milieux congolais qui croient que le salut du Congo viendra de « l’aide » de l’Occident. Et ces personnages sont originaires d’un pays qui a connu l’exploitation esclavagiste imposé par l’Occident pendant trois siècles et demi, le pouvoir colonial féroce organisé par la Belgique pendant 85 années et la dictature néocolonial impitoyable des Mobutu, Tshombe et autres Adoulas pendant 37 années ! Or, il suffit de se rendre compte que toute la politique congolaise des Etats-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne de l’Allemagne et de la Belgique est déterminée par la volonté de leurs multinationales de s’emparer des richesses fabuleuses du sous-sol congolais et africain. Et pour y arriver rejettent maintenant ouvertement les principes de la Charte de l’ONU qui garantissent la démocratie dans les relations internationales. Par ce fait, les puissances impérialistes détruisent absolument toute possibilité d’une démocratie réelle pour les masses populaires au Congo comme dans les autres pays africains.
A bas la Charte de l’ONU : « Détruisons l’intégrité territoriale du Congo et divisons le pays »
Pour assurer leur domination globale sur le monde, les Américains ont une stratégie générale pour empêcher l’émergence de puissances régionales indépendantes. L’ingérence dans les affaires intérieures des pays indépendants de l’impérialisme, dans le but de les faire éclater et de les diviser, est bien sûr un « principe » qui est absolument étranger à la Charte de l’ONU. Mais on sait que les Américains ont fait éclater l’Union Soviétique et la Yougoslavie et qu’ils s’efforcent de réaliser la même chose en Chine. On se rappelle aussi la tentative de briser l’Irak en trois morceaux.
Aujourd’hui, c’est le tour au Congo.
En effet, si le régime nationaliste de Laurent-Désiré Kabila (comme celui de Joseph Kabila) réussit à maintenir son indépendance politique et à construire une économie nationale moderne, il peut faire du Congo un puissant pays qui influencera toute l’Afrique centrale. Les impérialistes veulent briser cette puissance potentielle.
Ce sont les Américains qui ont lancé leurs alliés, l'Ouganda et le Rwanda, dans une guerre destructive contre le Congo. Le but était de placer une équipe de marionnettes à la tête de l’Etat. Dans ce cas les Américains se seraient prononcé pour un « Congo uni et fort »… à la manière que le Congo du dictateur néocolonial Mobutu était « uni » et « fort » !
Mais si cela ne réussissait pas, il restait l’option de la division du Congo. A ce propos il existe un texte crucial qui a été discuté dans la Commission Afrique du Sénat américain. Ce texte que nous publions plus loin, dit en essence ceci.
Il n'y a plus d'Etat au Congo, il y a un vide du pouvoir. C'est normal que d'autres pays y interviennent militairement. Quand l'Etat n'existe plus, les principes de l'indépendance et de la souveraineté ne s'appliquent plus. Kabila doit discuter avec toutes les oppositions pour remettre l'Etat sur pieds ou pour décider de la division du pays. Les Etats-Unis pourraient intervenir militairement pour retracer les frontières de l'Afrique et créer de nouvelles entités politiques. Mais ce serait coûteux. Il est mieux de laisser les guerres civiles africaines se développer et de permettre que certains pays africains interviennent militairement dans d'autres pays. Ainsi, les Africains eux-mêmes diviseront certains pays et l'Afrique atteindra une nouvelle stabilité.
Voici textuellement la déclaration de madame Marina Ottaway, co-directeur du Projet « Démocratie et Etat de Droit », devant la sub-commission de l'Afrique du Sénat américain, le 8 juin 1999.
« Aussi longtemps que le vide du pouvoir continue au Congo, d'autres pays vont continuer à intervenir directement ou pour soutenir des insurrections armées pour sauvegarder leurs propres intérêts. ... La clé, c'est la restauration d'un Etat au Congo. Cela n'arrivera pas avant que Kabila négocie avec les rebelles, les partis politiques et la société civile pour réaliser un accord comment on pourra éventuellement remettre le Congo sur pieds ou comment, si nécessaire, il peut être divisé. ... Les Etats-Unis et d'autres acteurs non africains sont placés devant un choix important lorsqu'ils doivent traiter des conflits en Afrique centrale, notamment s'il faut intervenir massivement ou ne pas intervenir du tout. ...
Beaucoup d'Etats qui ont émergé de la période coloniale ont cessé d'exister en fait, et les règles de l'OUA ne peuvent être appliquées à des Etats qui n'existent plus.
Toute solution imposée par des non-Africains exigera une présence étrangère massive pour être appliquée. Les intentions peuvent être très louables, mais des interventions pour une partition du territoire africain et pour la création de nouvelles entités politiques et institutions, placeraient les Etats-Unis et d'autres puissances étrangères dans un rôle colonial. Ce qui n'est pas une décision à prendre à la légère.
L'alternative, que je crois être plus appropriée pour le moment, est de laisser les pays africains trouver leurs propres solutions. Inévitablement, cela comprendra une continuation des combats internes et entre Etats et probablement la division de certains pays avant d'arriver à une nouvelle stabilité. Ce n'est pas une prospective réjouissante, mais il n'y a pas d'alternatives réalistes. »
Ainsi, les Américains peuvent « décréter » arbitrairement que dans tel ou tel pays, il « n’existe plus d’Etat » et qu’il y a un « vide de pouvoir ». L’avoir « décrété » suffit pour justifier les agressions de pays voisins ou les insurrections que les Américains provoquent. Puisque, voyons-vous, il suffit que les Américains « décrètent » que l’Etat congolais n’existe plus, pour que les règles de l’OUA ne sont plus d’application !
Marina Ottaway estime que le Débat nationale que les Américains veulent patronner, peut discuter deux options valables : remettre l’Etat congolais sur pieds ou le diviser. Ce qui veut dire que la division du Congo est désormais une option sérieuse et envisageable pour les Américains.
Les Américains évaluent la possibilité d’intervenir militairement et massivement au Congo « pour une nouvelle partition du territoire et pour la création de nouveaux Etats » ! Mais ils avouent que cela pourrait leur coûter cher, puisqu’ils verront probablement toute l’Afrique se dresser contre eux.
Heureusement, l’impérialisme américain a une « alternative réaliste » qui peut également conduire à la division du Congo. Cette alternative est « plus appropriée »…du moins « pour le moment » !
L’alternative, c’est de laisser les armées ougandaise et rwandaise continuer leur guerre contre le Congo, c’est de laisser les « rebelles » continuer la guerre civile jusqu’à ce que le Congo soit complètement épuisé et exsangue. Le pays se laissera alors diviser par manque de forces. Les Congolais seront tellement meurtris et abattus, qu’ils résigneront à la partition de leur pays. Ainsi s’installera une « nouvelle stabilité » basée sur l’épuisement des peuples concernés.
Ainsi, les champions américains des « droits de l’homme » envisagent sans états d’âme de longues guerres au Congo qui vont sans doute coûter des centaines de milliers de vies congolais. Pour installer leurs domination sur le Congo, les « démocrates » américains sont prêts à marcher sur des tas de cadavres africains…
Ce document ahurissant se place dans toute une série de textes et d’études américains qui vont dans le même sens.
Nous en citerons un qui provient de l’armée américaine et qui date du temps de Mobutu, du 5 juin 1996.
L’auteur, Steven Metz, est professeur au U.S. Army War College. Il a enseigné à l’Académie de l’état-major de l’armée américaine. Il publia une étude approfondie de la situation du Zaïre en 1996 pour évaluer les types d’intervention qui peuvent être demandé à l’armée américaine.
A propos de la division éventuelle du Congo, il écrit ceci : « Certains observateurs estiment que le Zaïre n’existe plus longtemps en tant que nation – le Kivu a dirigé l’essentiel de son économie vers l’Est de l’Afrique ; le Kasaï oriental refuse d’accepter la monnaie nationale ; le Shaba a été décrit comme une extension virtuelle de l’Afrique du Sud. La possibilité existe qu’une telle désintégration de fait, se transforme en sécession formelle. … Les Etats-Unis n’auraient pratiquement pas d’autre choix que d’accepter tous les Etats nouveaux qui émergeraient du Zaïre, ils pourraient offrir du soutien diplomatique pour réduire au minimum la violence qui accompagnerait cette désintégration nationale et ils devraient ouvrir des canaux de communication avec les nouveaux Etats. »
A bas la Charte de l’ONU : « Soutenons l’agression et l’occupation du Congo »
Détruisant les principes de la Charte de l’ONU, la superpuissance américaine se permet aujourd'hui de lancer des agressions flagrantes contre des pays indépendants. Le cas le plus flagrant et le plus terrifiant est celui de la Yougoslavie qui a été attaqué par les armées de l’OTAN et ravagé en violation ouverte avec la Charte de l’ONU et, bien sûr, sans que l’ONU ait donné son accord.
Mais la guerre américano-rwando-ougandaise contre le Congo est un autre exemple de la liquidation de la Charte de l’ONU par les E.U. Personne ne croit que deux petits pays qui ne produisent que du café, du thée et des bananes peuvent oser agresser un pays immense disposant de grandes richesses et pouvant mobiliser une population de 55 millions d’habitants. Lorsqu’en août 1998 les agresseurs rwandais et ougandais ont été encerclés au barrage d’Inga, madame Albright, le numéro trois de la politique américaine, est intervenue directement auprès de Mugabe pour qu’il donne un sauf-conduit à ces pauvres soldats égarés dont les Américains ne savaient pas qu’ils se trouvaient au Congo… La superpuissance américaine n’interviendrait pas pour sauver ces troupes d’agression menacées d’être liquidées à 1.500 kilomètres de chez eux, si ces troupes n’étaient pas en son service.
Même lorsque les Américains ont dû avouer que leurs Rwandais et Ougandais étaient au Congo, ils ont continué à suivre une politique basée sur la prémisse que le Congo n’était pas la victime d’une agression caractérisée.
Les Accords de Lusaka en sont l’exemple le plus frappant et le plus choquant. En juillet 1999, les Américains ont menacé de donner le feu vert aux Rwandais pour prendre le centre diamantifère de Mbuji Mayi. C’est sous ce chantage que le Congo a accepté de signer des Accords qu’il savait injustes et inacceptable. Mais menacé d’une mort immédiate, le Congo a signé pour gagner du temps jusqu’à ce le rapports de force sur les champs de bataille et dans l’arène diplomatique changent.
L’agression a produit les Accords de Lusaka. Sans cette agression criminelle et génocidaire, jamais Kabila n’aurait signé ces Accords qui, pris à la lettre, signifie la fin du pouvoir nationaliste au Congo.
Les Accords de Lusaka ne mentionnent pas les mots « agression », « occupation » et « pillages ». Ces Accords sont basés sur l’idée qu’il y a une "rébellion interne" au Congo, provoquée par une "absence de démocratie". En conséquence, il faut organiser un dialogue intercongolais qui regroupera sur une base d’égalité le gouvernement, les "rebellions", les partis d’opposition et la société civile. C’est le plan d’un coup d’état parlementaire qui renversera le gouvernement nationaliste. Dans un Forum pour l’essentiel imposé par les impérialistes, ces derniers pourront obtenir une majorité artificielle qui ne correspond en aucune manière à la volonté de la masse populaire.
Les Accords formulent un deuxième principe essentiel : les Rwandais et Ougandais soulèvent à juste titre le problème de la sécurité de leur frontières. Il faut donc un effort commun de toutes les parties impliquées dans la guerre au Congo, pour traquer et désarmer les milices interahamwe et autres. Ce deuxième principe constitue une justification de l’agression rwando-ougandaise.
Ainsi deux hauts responsables de la politique américaine ont écrit: « L’Accord de cessez-le-feu de Lusaka reconnaît que l’intégrité territoriale du Congo ne peut pas être complètement restaurée aussi longtemps que son territoire est utilisé par les génocidaires comme une base pour lancer des attaques. »
La présence de quelques groupes rebelles rwandais en territoire congolais est donc utilisée pour justifier une agression de grande envergure et génocidaire! Les Américains rejettent explicitement le principe fondamental de la Charte de l’ONU du respect de l’intégrité d’un pays indépendant.
L’agression est la donnée première. La journaliste belge Colette Braeckman a vécu sous le déluge de bombes à Kisangani, lors de la troisième guerre entre le Rwanda et l’Ouganda en territoire congolais. Le 8 juin, Colette a passé « une nuit de cauchemar durant laquelle les bombes sont tombées sans arrêt sur les maisons, les magasins, les édifices publics. Kisangani est en ruine. Dans la rue principale les habitations sont pulvérisées. Dans un arrière-cour des corps baignent dans leur sang, sont alignés sous des couvertures ou des pagnes, des blessés gémissent ou crient. » Colette a rencontré le lieutenant-colonel Paiva de l’ONU qui lui a dit : « Des commandants militaires qui placent leurs hommes et leurs armes au milieu d’une population civile, doivent répondre de crimes contre l’humanité, de génocide. »
Sous les obus, Colette a formulé deux conclusions qui sont tout à fait pertinentes. « En ce moment, que l’on ne vienne pas parler aux gens de Kisangani d’un dialogue inter-congolais qui imposerait les groupes rebelles à la table des négociations. Ici, chacun le répète avec conviction : il n’y a pas de rébellion contre le régime de Kabila, rien d’autre qu’une invasion de troupes étrangères. » « Kisangani est aussi le cimetière où s’engloutit le crédit moral que le régime rwandais avait tiré du génocide. »
Un habitant de Kisangani, interrogé par un journaliste de l’AFP, a tiré une troisième conclusion politique: « Dit à Kabila de nous envoyer des armes et de munitions. Si nous avions des armes, nous aurions chassés ces gens nous-mêmes ». Le peuple qui subit la terreur des occupants comprend parfaitement que ces gens ne partiront qu’au moment où ils y seront forcés par les armes.
A bas la Charte de l’ONU : « Mettons sous tutelle le Congo »
Avant la guerre, Kabila avait commencé les préparatifs de la convocation d’une Assemblée Législative et Constituante. Lorsqu’en juin 2000 Kabila a repris ce projet, les Américains lui ont dit qu’il n’en avait plus le droit ! Voici ce que déclare le Département d’Etat le 13 juin 2000 : « Les Etats-Unis jugent très inquiétantes les initiatives mises en œuvre par le gouvernement congolais afin de bloquer le démarrage du dialogue national prôné par l'Accord de Lusaka. … Ces développements … constituent une violation indéniable des engagements pris par ce gouvernement lorsqu'il a signé l'Accord de Lusaka. Cet accord constitue le seul moyen viable de résoudre de façon pacifique le conflit au Congo. Le rejet du dialogue national congolais, l'un des éléments les plus importants de l'Accord de Lusaka, ne fera que prolonger la guerre et les souffrances du peuple congolais. »
Ainsi, on constate que le Congo n’est plus un pays souverain. Il est déjà sous tutelle. Il a perdu le droit de convoquer une Assemblée, droit qu’il possédait avant l’agression.
Les Accords de Lusaka sont devenu l’argument essentiel des Américains pour justifier les violations de la Charte de l’ONU commises par les agresseurs. La thèse des américano-rwando-ougandais est celle-ci : les armées rwandaise et ougandaise ont sans doute violé la souveraineté et l’intégrité territoriale du Congo ; cependant leur retrait est soumis à une condition : Kabila doit d’abord accepter un « dialogue inter-congolais » avec ses ennemis déclarés dans des conditions qui rendent son renversement presque inévitable.
Les Accords de Lusaka placent le Congo en réalité sous la tutelle américaine, puisque les Accords de Lusaka leur donnent le « droit » de dicter ce que le gouvernement congolais peut encore faire et ce qu’il ne peut plus faire sur son propre territoire.
Ainsi, après la troisième guerre entre Rwandais et Ougandais à Kisangani, le monde entier était choqué, horrifié. Mais les Américains ont décidé que les armées rwandais et ougandais pouvaient rester au Congo ! Et cela parce que, voyez-vous, il faut d’abord organiser le « dialogue intercongolais » avant qu’on puisse demander aux agresseurs de partir. Ici, Tshisekedi s’est affiché comme l’agent américain le plus le plus zélé et le plus abruti. A la question d’un journaliste : « Monsieur Tshisekedi, est-ce que vous prônez le départ des troupes rwandais et ougandais de Kisangani ou de tout le territoire congolais », le minable « Leader maximo » déclara : « Pour l’instant, nous demandons le retrait de Kisangani. Parce que nous sommes dans un processus, celui de Lusaka ». C’était dire qu’il voulait le maintien des agresseurs sur le territoire congolais jusqu’à ce que lui, Tshisekedi et ses semblables aient renverser le gouvernement nationaliste lors du « dialogue intercongolais ». En effet, les Américains aussi demandait seulement aux agresseurs de quitter la ville ravagée. Kisangani était déclaré « zone démilitarisée » et les Américains mettaient en garde le gouvernement de respecter cette démilitarisation. Kisangani était ainsi soustrait au contrôle du gouvernement légal et placé sous la tutelle américano-unosienne.
On dirait que les criminels qui dirigent les Etats-Unis voulaient consciemment « prolonger la guerre et les souffrances du peuple congolais ». En effet, toute personne ayant un minimum de sens de justice et de respect de la Charte de l’ONU dira après 1.800.000 morts congolais ( nous sommes en juin 2000) et après la destruction de la troisième ville congolaise : trop, c’est trop, il faut appliquer la Charte de l’ONU, les agresseurs doivent se retirer immédiatement, sans conditions. Même Kofi Annan était de cette opinion. Non !, répliquent les Américains, la guerre et l’occupation doivent se poursuivre jusqu’à ce qu’il y a eu un « dialogue inter-congolais » dans les termes que nous avons dictés !
Toute la stratégie africaine des Etats-Unis s’effondre au Congo
Lors de son voyage "historique" en Afrique, en mars 1998, Clinton développa la nouvelle stratégie américaine pour dominer le continent africain au détriment de ses rivaux européens.
S’appuyant sur la « nouvelle génération de dirigeants démocratiques », l’impérialisme américain veut remplacer l’Europe et principalement la France comme première puissance « protectrice » de l’Afrique. Les dirigeants du Ghana, de l’Ethiopie, de l’Erythrée, de l’Ouganda, du Rwanda et de l’Afrique du Sud, tous anciens révolutionnaires, voire marxistes-léninistes reconvertis en griots de la démocratie américaine, seront les pères de la nouvelle Afrique.
Pour son périple africain de mars 1998, Clinton a mobilisé deux avions pleins de bourgeois noirs, défenseurs acharnés de l’impérialisme américain, dont madame Susan Rice et Jesse Jackson sont les plus en vue. Ils sont les apôtres du « partenariat avec l’Afrique », nom de code pour la colonisation américaine du continent.
Le « partenariat » a deux objectifs : « intégrer les nations africaines dans l’économie globale et combattre les menaces transnationales contre notre sécurité commune à long terme ». Ce sont ces objectifs que Clinton est venu imposer en mars 1998… quatre mois avant le début de l’agression américano-rwando-ougandaise contre le Congo ! Il y a un lien directe entre le programme de récolonisation de l’Afrique et l’agression contre le Congo de Kabila.
Le « partenariat » entre les Etats-Unis et l’Afrique
La « stratégie du partenariat » concerne d’abord le domaine économique.
L’Afrique aura l’immense privilège de pourvoir exporter sans taxes d’entrée « le textile et les autres produits fabriqués en Afrique ». Cette aubaine concerne probablement 0,1 % de la population africaine qui sont des capitalistes performants.
En contrepartie, l’impérialisme américain demande rien moins que la récolonisation économique intégrale de l’Afrique : il faut libéraliser le commerce, libéraliser le régime des investissements, dévaluer les monnaies, arrêter les subsides aux entreprises nationales, privatiser les entreprises de l’état.
C’est ainsi que l’Afrique sera intégrée dans l’économie globale comme le petit poisson est intégré dans l’estomac de la baleine.
Concrètement, cette politique s’est déjà traduite en ceci : 2.000 entreprises privatisées entre 1990 et 1998 pour une somme de 2,3 milliards dollars. Madame Rice trouve cela très promettant. Elle omet de préciser que privatiser veut dire ceci : les entreprises nationales se font avaler par les multinationales des pays impérialistes et la bourgeoisie bureaucratique africaine s’empare du produit de la vente par des détournements et des magouilles. On nom de la liberté et l’égalité, l’impérialisme impose un nouveau type de colonisation qui est même plus totalitaire de celle de 1875-1900. C’est la récolonisation par le marché « libre » où des géants qui brassent des dizaines de milliards de dollars (en 2000 GM : 176 milliards, Exxon-Mobile 164, Ford 162,5 milliards) avalent les petites miettes que sont pour elles les entreprises congolaises.
La « nouvelle politique américaine » se traduira également dans deux autres « prouesses» du monde libre en Afrique.
Par de privatisations et par une libéralisation des investissements, les multinationales s’empareront à peu de frais des ressources fabuleuses du sous-sol africain et congolais, en particulier du cuivre, du cobalt, de l’uranium, du diamants, du niobium, de colombo-tantalite et du pétrole. En liquidant pour des miettes les richesses gigantesques du sous-sol congolais, on hypothèquerait toute possibilité de développement réel, autocentré pour les générations à venir.
Ensuite, pour amener ces richesses aux pays impérialistes, il faut des routes, des chemins de fer, des télécommunications. Les entreprises américaines vont s’en occuper : Clinton a promis un fond d’un milliards de dollars pour aider les capitalistes américains à s’emparer de ces marchés.
Le second axe du « partenariat stratégique » concerne le domaine de la répression : l’armée et les polices.
On sait que les Etats-Unis profitent de n’importe quel prétexte pour envoyer leurs policiers « coloniser » les polices africaines. Ainsi, à l’occasion de quelques attentats, des agents du FBI se sont introduits en Tanzanie, au Kenya, en Ouganda et en Zambie. Ces flics ont voulu s’introduire au Zimbabwe et s’incruster tout à fait officiellement dans la police sud-africaine. Pierre Bigras notait à ce propos : « C’est un peu comme si tous ces pays étaient des sous-préfectures de l’Amérique ».
Les Etats-Unis ont lancé en janvier 1997 « le partenariat pour le maintien de la paix » appelé African Crisis Response Initiative (ACRI), Initiative pour Répondre aux Crises en Afrique. Elle vise une sorte de privatisation des armées africaines, une sorte d’offre public d’achat par les Américains sur les parties essentielles de ces armées. Les Américains veulent assurer l’entraînement et l’armement d’unités d’élites africaines, capables d’intervenir dans d’autres pays en cas de troubles, de guerre civile et de mouvements sociaux. Ils veulent entraîner 10.000 à 12.000 hommes et ont déjà commencé par des unités de l’Ouganda, du Ghana et du Malawi, côté anglophone, et du Sénégal, Mali et Bénin, côté francophone. Ils veulent aussi et surtout prendre en main la formation des officiers supérieur pour en faire les piliers essentiels du système néocolonial « démocratique », comme ils l’ont réussi depuis si longtemps en Amérique latine.
Un courant anti-impérialiste se développe en Afrique
Mais à cause de la résistance tenace et inattendue de Kabila et de ses alliés, la guerre d’intervention rwando-ougandaise que les Américains voulaient courte, tourne à la catastrophe et risque d’ébranler toute leur stratégie africaine.
En effet, la guerre du Congo implique directement une douzaine de pays africains, elle a des répercussions sur des pays aussi éloignés que la Libye et l’Afrique du Sud.
Dans tout le continent, la conscience se développée que l’impérialisme soutient l’agression contre le Congo pour y imposer un régime de marionnettes lui permettant de piller les richesses de son sous-sol. La résistance congolaise donne une impulsion à la prise de conscience anti-impérialiste dans toute l’Afrique.
Prenons un seul exemple. A travers le FMI, l’impérialisme intervient maintenant de façon flagrante dans les affaires intérieures du Zimbabwe dans au moins cinq domaines !
D’abord, il interdit à Mugabe de redistribuer des superficies importantes de terres qui sont restées la propriété d’une infime minorités d’anciens colons blancs. Ensuite, il exige