La Lettonie, moulue par la globalisation impérialiste
Alfred Rubiks, Parti Socialiste de la Lettonie
Contribution
au dixième Séminaire Communiste International
" La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste "
Bruxelles, 2-4 mai 2001
Chers camarades,
Dans cet exposé je donnerai l’analyse de la contradiction entre le choix socialiste et la globalisation impérialiste dans un petit et pauvre pays de l’Europe de l’Est; la Lettonie.
La lutte entre la formation socialiste et la globalisation impérialiste sur le territoire de la Lettonie s’est terminée par la victoire de la dernière le 21 aout 1991. Ce jour là, la République Soviétique Socialiste Lettonne a fini d’exister. Le Parti Communiste de la Lettonie a été déclarée hors de la loi, et sans procès ni interrogation, on a arrêté le premier secrétaire du CC et on l’a condamné à huit ans de prison. La propriété du parti a été confisquée. Jusqu’à nos jours, le Parti Communiste de la Lettonie est interdit par l’état. C’était le sort de prèsque toutes les républiques de l’URSS et des pays socialistes de l’Europe de l’Est. Le monde capitaliste a fêté sa victoire, une victoire de la globalisation impérialiste sur le système socialiste mondial. Le système impérialiste mondial a obtenu un énorme débouché pour ses marchandises vers une population de 280 millions en URSS et encore 115 millions dans les anciens états socialistes de l’Europe de l’Est (RDA 16,8 mln, Pologne 34,8 mln, Hongrie 10,6 mln, Roumanie 21,7 mln, Yougoslavie 21,9 mln, Bulgarie 8,9 mln). Ceci a suspendu une nouvelle vague de crise générale dans les pays capitalistes les plus riches - les pays du "million d’or", qui parasitent sur l’exploitation cruelle des autres cinq milliards de la population mondiale. Le capital des imperialistes a reçu un accès libre au main d’oeuvre qualifié et bon-marché. Ils ont pu liquider leurs concurrents (existants et potentiels) dans le domaine de la science, de l’industrie et de l’agriculture. Ils se sont frayé une voie pour verser sur le territoire des anciens états socialistes des déchets nocifs, polluant l’environnement. Il y a peu de temps les pays du bloc puissant socialiste occupaient une position dirigeante dans le monde dans la production des produits stratégiques, et produisaient un tiers de revenu national mondial. Maintenant ils sont effacés de l’arène concurrentielle. Jadis exporteurs, ils sont devenus des importeurs, totalement dépendant du monde capitaliste, de leurs multinationales industrielles, ils doivent travailler pour eux comme des valets de ferme. Ainsi, en Lettonie les dix derniers années les importations surpassent les exportations, et cette année même d’une fois et demi (1,5 X). Entretemps le produit national brut n’accroit pas. Les dettes intérieures et extérieures du pays montent. Par conséquence le niveau de vie de la population baisse de plus en plus. Le gouvernement ne peut pas réaliser ses propres lois: garantir les revenus et les salaires ( y compris les pensions et les allocations des invalides) au niveau du minimum vital. Voici comment ressent le peuple Letton les fruits de la globalisation impérialiste.
Les forces politiques, sous la direction du Front Populaire de la Lettonie, qui sont venus au pouvoir en 1991 avec la restauration du capitalisme, ne se réalisaient pas qu’ils agissaient en faveur de la globalisation impérialiste, ou bien ils faisaient l’hypocrite. Le front populaire, agissant sur le terrain du système socialiste faisant naufrage au niveau mondial, n’avait pas soi-même de base théorétique guidant les changements en cours. Tous se faisait soit disant au nom de la "libération du pays de l’occupation soviétique", de "l’indépendence nationale" et de la "construction d’un état national". Seulement la peur de l’URSS, l’expérience de la révolution en Lettonie en 1905 et en 1940, la crainte que les structures étatiques et politiques de l’URSS interviendraient, leur ont contraint de lancer à ce temps là le slogan "La Lettonie - notre maison commune", "En Lettonie indépendante - la nationalité pour tous !". Toutefois, il est vrai que déjà l’organisation politique extrème-droite "Congrès des Citoyens de Lettonie"lançait son slogan: "La Lettonie pour les Lettons !", et qu’ils l’ont réalisé franchement, en commançant l’enrégistrement des citoyens "authentiques" de la Lettonie. C’était une usurpation des fonctions d’état, mais le pouvoir officiel ne les empêchait pas. Seulement après les appels insistants de la fraction communiste dans le parlement Letton, le président de ce Conseil Supérieur a édité une oukaze sur l’illégalité des actions du "Congrès des Citoyens".
Le Front Populaire n’avait pas de propre fondement théorétique, mais cette lacune a été remplie par les recommandations abondantes de différents conseiller venus des Etats Unis et de l’Europe de l’Ouest, surtout de l’Allemagne. A un certain moment, il y avait une trentaine, ou plus, de tels spécialistes, théoréticiens de la globalisation impérialiste. On allait même si loin que deux de ces spécialistes travaillaient au Ministère des Affaires Etrangères, sans même avoir la nationalité Lettonne, mais les organes de la sécurité nationale se taisaient, étaient d’accord. Apparemment, le président de l’URSS M.Gorbatchev était au courant. Le Parti Communiste de la Lettonie voyait et comprenait tout, mais, faisant partie du Parti Communiste de l’URSS, elle ne pouvait pas réagir indépendemment. On sentait déjà la scission imminente du PCUS. Au 28-ième congrès de l’URSS, le Parti Communiste de la Lettonie a mis le problème sur l’ordre du jour, mais le Politburo du CC du PCUS, en particulier le secrétaire-général et président de l’URSS ne nous ont pas soutenu. Apparemment, cette péréstroika, qu’on appellait "nouvelle pensée" et "renouvellement du socialisme" avait un but tout autre que le socialisme. Les phrases multiples sur la défense du socialisme et des communistes n’étaient que des paroles vaines.
Ainsi les forces de la globalisation impérialiste ont obtenu la victoire. Ils sont vite venus à bout des petits états de l’ancienne Union Soviétique, et maintenant ils se concentrent déjà sur la destruction et démantèlement des grands états européens comme la Yougoslavie, l’Ukraine et la Russie.
Maintenant, que tout le monde a vu et reconnu les conséquences néfastes de la globalisation impérialiste, que fait le gouvernement de la Lettonie ? Tous les gouvernements (et en 10 années on en a eu six ) n’ont qu’un programme de "soulèvement" du bien-être de la population : entrer en OTAN et Communauté Européenne à tout prix. Avec une persévérance obstinée tous ces gouvernements anciens et actuels y insistent. Aussi surprenant qu’il soit, jusqu’ici il n’y a pas en Lettonie de programme de base économique pour le développement de l’économie nationale et pour la promotion de la prospérité du peuple. Et cela pendant que trois quarts de la population vivent en dessous du minimum vital officiel, et que le sans-emploi atteint officiellement 10% . Les syndicats estiment que c’est le double. La production agricole n’atteint que 34% de celle de 1990, et la production industrielle seulement 45%. On ne trouve pas d’argent pour payer les instituteurs et infirmières, pour l’enseignement et la médecine, mais on trouve de l’argent pour le développement de l’armée, pour laquelle les seigneurs de l’Otan exigent pas moins que 2% du produit national brut.Une telle voie du "développement" est évidemment une impasse. Ce ne sont pas le pouvoir soviétique ou les communistes qui ont mené la Lettonnie dans cette impasse, mais les partisans de la Lettonie libre et indépendante du Front Populaire. Leurs successeurs politiques et conseillers étrangers nombreux ne se soucient pas de l’épanouissment de la Lettonie et de son peuple. Ils ont simplement exécuté la commande des idéologues de la globalisation imérialiste, les chefs des multionales, leurs intérêts mondiaux.
La globalisation impérialiste prend de telles dimensions, que ruiner un pays tellement petit comme la Lettonie (avec ses 2,38 mln d’habitants et ses 64.000 km carr. de territoire) ne signifie rien du tout. Le pays dépend déjà, et dans le futur dépendra encore plus, de la volonté des impérialistes et des législateurs de la globalisation. Ceux-ci ne se soucieront ni de l’originalité du peuple Letton, ni des ses valeurs culturelles, ni de la volonté du peuple d’être indépendant, si cela gênerait même dans la moindre mesure leurs intérêts.
La question du sort des petits états nationaux dans les conditions de la globalisation impérialiste doit être étudiée attentivement. Comment agit dans ces conditions là le droit des nations à l’autodetermination, si les nations ayant une population nombreuse déterminent les lois de la globalisation impérialiste. Cette question n’est absolument pas rétorique. Dans l’océan de la globalisation impérialiste les intérêts des états ayant un petit territoire et une population peu nombreuse n’intéressent pas le capital globalisateur. Il ne reconnait ni les frontières des états nationaux, ni les intérêts du peuple. La globalisation impérialiste conduit à la domination supranationale dans le monde, même au dessus des états forts et grands, pour ne pas parler des petits.
Selon nous, les petits états, comme les grands, ont deux options de comportement:
Premièrement. On peut se soumettre à la globalisation impérialiste, s’ inscrire dedans, négocier pour sa propre élite un morceau exquis de la table des chefs. Alors on oublie sa propre originalité et ses propres intérêts nationaux, et même les slogans de type "La Lettonie aux Lettons !", qui disparaissent sous le rouleau compresseur de la globalisation impérialiste.
Deuxièmement. Résister, promouvoir les processsus de globalisation sur des rails socialistes, remplir ce processus d’un contenu socialiste.
Il faut prendre en considération dans tout cela, que lutter avec succès contre la globalisation n’est possible que si on s’unit. Cette idée est réflétée dans le manifeste communiste de K.Marx, dans le slogan "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !".
L’union contre la globalisation impérialiste peut prendre divers formes. On peut ‘s allier à un état fort, qui résiste contre la globalisation impérialiste, et aller ensemble avec lui sur la voie de la globalisation socialiste. On peut organiser avec quelques petits états une union d’états et résister ensemble. En Lettonie il y a une telle possibilité théorétique, en formant par exemple une alliance entre les états baltiques: Lettonie, Lithouanie et Estonie, et inclure après encore d’autres états de la mer Baltique, par exemple la Finlande et la Suède, qui ne sont pas enthousiastes des processus de la globalisation impérialiste. Dans tous les cas, le but final de la résistance à la globalisation impérialiste doit être la globalisation socialiste. Globalisation, parce que le monde change objectivement dans cette direction, vers une société sans classes, ou chacun peut acquérir et utiliser les nouvelles réalisations de la science, de la technique, de la médecine, de la culture. Socialiste, parce que elle résiste à la voie impérialiste, et elle est une forme plus haute et humaine du développement de monde dans les intérêts de la majorité absolue de la population mondiale. La globalisation impérialiste globalise le capital et soumet tout le monde à ses propres intérêts. La globalisation socialiste est selon nous l’internationalisation du travail sous le slogan du Manifeste du Parti Communiste : "Prolétaires de tous les pays, unissez vous !
La globalisation impérialiste contient des composants objectifs et subjectifs. Les composants objectifs résident dans le fait que la globalisation, comme processus de développement du monde et de la société est un phénomène objectif, et pour cette raison ne peut pas être arrêtée. L’aspect subjectif signifie qu’on peut le remplir d’un contenu différent: triomphere ou le capital, ou le travail. Ceci est réel et dépend des actions de personnes, des masses, et des partis politiques.
Partant de cette situation, nous, les socialistes de la Lettonnie nous posons la tâche de tourner les évènements sur la voie de la globalisation socialiste. Si l’originalité de la Lettonnie est menacée, sa culture, son indépendance économique, c’est uniquement du coté de la globalisation impérialiste, comme les conséquence de l’adhération à l’Otan et à l’Union Européenne. C’est pourquoi le Parti Socialiste de la Lettonnie s’oppose à l’adhérence à l’Otan et à l’UE. Nous sommes pour une étroite collaboration des états baltiques afin de résister aux conséquences de la globalisation impérialiste, nous voulons un développement maximal des liens économiques, politiuqes et culturelles avec la Russie. Celle-ci est simplement condemnée à résister à la globalisation impérialiste et à prendre la voie socialiste, sa propre voie de globalisation. Ceci nous sauvera, comme déjà maintes fois dans le passé.
Précisément dans l’unification des efforts du mouvement communiste et ouvrier mondial nous voyons la tâche stratégique des communistes dans tout le monde. Le moment viendra qu’il faudra pratiquement réaliser une telle union dans des formes concrètes. Les protestations croissantes des divers pays contre la globalisation impérialiste portent encore un caractère spontané, il faut en premier lieu les coordiner pour les rendre plus conséquents et efficaces.
Les centres de la globalisation impérialiste mènent leurs affaires de façon bien réfléchi et hautement organisé. Les partisans de la globalisation socialistes doivent les contrecarrer encore plus efficacement et rigoureusement, doivent être encore mieux organisé, plus hardis et précis dans leurs actions, encore plus efficaces.
Pour notre Parti Socialiste de la Lettonie notre but est clair: nous agissons dans des conditions d’interdiction de l’ideologie communiste, du Parti Communiste de la Lettonnie. Nous espérons que les camarades qui jugent nos actions prennent en considération ce facteur, qui limite nos possibilités et même de parler de beaucoup de choses.
Nous, les socialistes de la Lettonnie partons de la position que la globalisation impérialiste contribuera historiquement à la venue de la révolution socialiste mondiale. Mais cela est déjà un autre thème.
Merci de votre attention.
Contribution au
dixième Séminaire Communiste International
" La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste "
Bruxelles, 2-4 mai 2001