Globaliser les luttes des communistes pour vaincre le capitalisme
Cercle Lénine (Italie)
Contribution au Séminaire communiste international
« La
révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste »
Bruxelles, 2-4 Mai 2001
Le Cercle Lénine et la rédaction de la revue « Scintilla » saluent les représentants des partis et organisations communistes présents à ce Séminaire international et remercient les camarades du PTB pour nous avoir invités à cet important congrès des communistes. L’organisation même de la dictature du capital sur les masses populaires qui devient le thème unificateur de la mobilisation des communistes, au niveau national et international, afin de jeter les fondements de l’édification d’une société alternative au capitalisme.
La propension du capital à dépasser les barrières nationales n’est pas un phénomène nouveau. Au contraire, il s’agit d’une tendance poussée à l’extrême que déjà Marx, dans « L’idéologie allemande » et « Le Manifeste », décrivait de façon scientifique.
La démocratie parlementaire bourgeoise est aujourd’hui la meilleure forme du contenu impérialiste du capitalisme. En Italie, à la veille des élections législatives, l’association des patrons, la Confindustria, définit le programme des coalitions politiques bourgeoises, de centre-gauche et de centre-droit.
De façon significative, ce sont les hommes du centre-gauche qui ont assuré aux patrons une fidélité absolue et indiscutable à leur programme. Les réductions des pensions et des salaires, la flexibilité et la liberté de licencier, voulus par les patrons au nom des exigences du « marché global », deviennent automatiquement le programme politique du centre-gauche et du centre-droite.
Derrière le faux pluralisme, l’apparente dialectique entre les forces politiques bourgeoises, se cache la subordination radicale aux intérêts de classe des capitalistes: dans les pays capitalistes, les coalitions politiques traditionnelles représentent les variantes formelles de la dictature bourgeoise. Elles ne différèrent pas ; tout au plus, elles se distinguent par leur asservissement à différentes fractions du capital en lutte.
L’époque de l’Etat social, créé pour contenir l’impulsion à la lutte des masses populaires, touche à sa fin. Aujourd’hui le capital, poussé par la crise des profits et de valorisation des capitaux, s’en prend à fond au niveau de vie des classes subalternes.
Les premiers mois de l’année, l’économie des Etats-Unis, présentée dans les pays capitalistes comme modèle, a été frappée par l’inflation et la stagnation et son déficit commercial a atteint un niveau record. En même temps, un krach boursier a frappé de l’Italie à la Turquie. Yahoo, le géant de la nouvelle économie doit recourir aux licenciements massifs, suite à l’effondrement de ses titres.
La crise a son origine dans la limite intrinsèque du système capitaliste : la difficulté de valoriser le capital augmente avec l’augmentation du capital. Plus la masse de capital grandit, plus il est difficile de le développer pour qu’il atteigne les taux de profits nécessaires. Les convulsions violentes qui traversent le système capitaliste sont la conséquence de sa tentative de répondre à la crise par la financiarisation croissante de l’économie.
Les forces du capital paraissaient avoir trouvé la solution magique à leurs problèmes : l’argent semblait créer argent. La conviction des capitalistes qu’un rendement des titres financiers et des investissements dans le secteur technologique serait plus facile et rapide que les investissements dans les cycles productifs, s’est vite effritée.
La drogue financière et les illusions de la nouvelle économie, que le capitalisme a cherché à utiliser pour endiguer les effets de sa crise, ont au contraire mis en évidence la faiblesse : il s’agissait d’une fausse solution aux problèmes du capitalisme, qui a ouvert des nouvelles et plus déchirantes contradictions dans le monde du capital. Pour utiliser une expression de Marx, la société bourgeoise ressemble au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a invoquées.
L’argent ne grandit pas en lui-même, mais par la rapine du travail salarié. La spéculation financière et la nouvelle économie, présentées faussement comme indépendantes de la production réelle, sont bornées par cette « limite » ; le capital peut intensifier au maximum l’exploitation mais il ne peut pas la retourner ni la remplacer.
Le niveau des contradictions du système capitaliste est assez aigu pour emporter, en même temps que la nouvelle économie et les bourses, les économies rampantes des années 80, avec en tête le Japon et la Corée du Sud et même des continents entiers comme l’Amérique latine.
Le capital, dans sa forme globalisée, tend à dépasser les barrières et les préjugés nationaux, en détruisant n’importe quelle entrave à l’expansion de l’exploitation de l’homme et de la nature et en pillant les économies plus faibles.
En Asie et en Amérique latine, le capitalisme international a décentralisé des chaînes entières de productions, en promouvant des politiques d’endettement des nations de ces continents afin de pouvoir mieux les conditionner, en les subordonnant à ses intérêts. Derrière l’apparent développement des économies, c’était la combinaison de capitaux étrangers et capitaux locaux, qui se sont formés sous le signe de la politique d’endettement promue par les pays capitalistes développés : une sorte de Plan Marchall, élaboré dans le but d’aider le capitalisme à trouver de nouvelles formes de valorisation, nécessaire aujourd’hui pour retirer les masses asiatiques et de l’Amérique latine une plus-value suffisante pour alimenter le capital globalisé.
Les pays d’Asie et d’Amérique latine ont en commun le coût réduit de la force de travail, les politiques fiscales séduisantes, une stabilité sociale de fer, une absolue discipline au travail, l’absence des plus élémentaires normes de sécurité environnementale et sur les lieux de travail.
C’est pareil dans les pays de l’Est. En Roumanie, par exemple, 9700 entreprises italiennes sont en action, poussées par l’exploitation sauvage d’une main-d’œuvre à bas prix. Le nouveau colonialisme, basé sur la brutale extraction de plus-value de la classe ouvrière a remplacé le vieux colonialisme, fait de bateaux canonniers et d’occupations militaires.
Le capitalisme même crée et détruit ces contextes ; après les avoir promu, il les quitte quand ils ne lui servent plus. L’extrême pauvreté d’une grande partie de la population de ces continents exerce, en effet, un poids insiginifiant sur la demande intérieure et provoque des effets dévastateurs sur la stagnation occidentale, avec pour conséquence l’effondrement des exportations.
Il en résulte l’insolvabilité pour les crédits affectés par les banques occidentales, l’effondrement rapide de ces économies édifiées de façon artificielle, avec la fermeture d’usines, des licenciements massifs et l’aggravation ultérieure de la subordination au capitalisme international qui, en l’Amérique latine, impose le joug de la dollarisation. L’imposition de la monnaie du plus fort des pays impérialistes représente de façon emblématique l’actualité des enseignements de Lénine sur l’impérialisme.
Lénine nous a appris que « tant l’inégalité de développement que l’état de famine des masses sont des conditions essentielles et préliminaires inévitables de ce système productif. Tant que le capitalisme reste à ce stade, le surplus de capitaux n’est pas utilisé pour élever le niveau de vie des masses du pays respectif, parce que cela entraînerait la chute des profits des capitalistes, mais pour accroître de tels profits par l’exportation à l’étranger, dans les pays moins évolués ».
La contre-mesure la plus classique à laquelle le système capitaliste recourt dans les phases de crise est l’augmentation du taux de la plus-value, c’est à dire de l’exploitation ouvrière. Le capitalisme moderne est capable de recourir seul à son ancien remède : se décharger des conséquences de la crise sur les masses des pays dominés par l’impérialisme, sur les pays qui cherchent à s’affranchir de la misère et du sous-développement, sur tout le prolétariat métropolitain.
Les images des travailleurs de Daewoo qui affrontent la police témoignent du tragique de leurs conditions et de la barbarie du capitalisme qui, après les avoir trompé, les jette après les avoir plongé dans la misère.
Toutefois, une nouvelle conscience de classe monte et avance : le cours des événements est tel que le prolétariat de ces pays a appris à ses dépens ce que le capitalisme signifie.
L’axe du conflit de classe se déplace de chaque entreprise, de chaque pays vers la nécessité de placer le conflit de classe à l’échelle mondiale.
La crise en cours le prouve une fois de plus. Elle donne aux communistes une victoire « théorique » et un plan de taches théoriques, politiques et d’organisation de la plus grande urgence et importance.
Le capitalisme a accompli sa mission historique : unifier le monde ou mieux, créer un marché mondial qui unifie le monde mais par un mécanisme, la concurrence inter-capitaliste, qui est à l’origine de dramatiques divisions.
L’agressivité des forces du capital pousse objectivement dans l’arène du conflit des masses de plus en plus vastes ; elle appelle la classe ouvrière, les masses exploitées de l ‘Occident et avec elles les communistes à ne pas différer la tache de lier leurs forces à celles-ci jetées dans l’arène du conflit de classe au niveau international.
C’est fondamental de continuer et de consolider les rapports entre nos organisations parce que, dans le marché global, il n’y a pas d’issue victorieuse des luttes si celles-ci n’acquièrent ce caractère international propre de l’organisation des communistes.
L’internationalisme est une nécessité pour renverser, en faveur des classes subalternes, l’internalisation des marchés.
La globalisation tend de plus en plus à renforcer la formation à l’échelle planétaire de la classe sociale qui peut résoudre les contradictions capitalistes, en détruisant le marché et établissant l’organisation communiste de la société.
La globalisation approche la révolution sociale, la libération des exploités, malgré la volonté opposée du capitalisme mondial.
La tâche des communistes est de libérer le prolétariat international du préjugé que le système capitaliste soit l’unique monde possible, qu’il représente la fin de l’histoire de l’humanité.
Pour réaliser tous ensemble une défense réelle contre l’offensive des forces du capital, pour réagir au désastreux cours des politiques des bourgeoisies nationales, pour donner l’assaut à un système qui pour se reproduire plonge dans la misère et la pire exploitation des parties croissantes de l’humanité, il est fondamental aujourd’hui de renforcer le lien international entre les communistes pour prendre la direction des luttes des masses exploitées et d’éradiquer définitivement la barbarie capitaliste et impérialiste.
Contribution au Séminaire communiste international
« La révolution
socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste »
Bruxelles, 2-4 Mai 2001