Crises du capitalisme et « globalisation »

Parti Algerien pour la Democratie et le Socialisme (PADS)

Contribution au dixième Séminaire Communiste International
« La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste »

Bruxelles, 2-4 mai 2001

 

1/La crise du système capitaliste est appelée à s'approfondir

Ce mode de production doit céder la place à une organisation sociale de type supérieur. C'est une loi du développement historique. Au coeur de la crise de ce système se trouve la contradiction fondamentale insurmontable entre le caractère social des forces productives, caractère qui s'accentue sans cesse avec leur développement, et le caractère privé de la propriété des moyens de production.

Aucune régulation étatique n'est en mesure de supprimer cette contradiction. Jusqu'ici l'intervention de l'Etat à travers les investissements publics, intervention qu'on qualifie de régulation keynésienne, avait redonné depuis la crise de 1929 un second souffle au capitalisme. L'abandon de ces méthodes qui ont épuisé leurs possibilités et la substitution à cette régulation des vues fondées sur l'ultralibéralisme vont exacerber cette contradiction et non la résoudre.

En voulant sauver leur système les capitalistes vont accélérer le mûrissement des prémisses de la révolution. La contradiction fondamentale du capitalisme s'exprime dans les oscillations qui animent les mouvements du taux de profit, ce moteur essentiel de la production capitaliste. La loi de la baisse tendancielle du taux de profit que Marx avait découverte est pleinement confirmée.

Les progrès de la productivité du travail social se traduisent dans le capitalisme par une réduction inexorable de la part relative du travail vivant par rapport au travail qui est cristallisé dans le capital constant, c'est-à-dire les moyens de production. Comme le travail vivant constitue la source de la plus-value, sa diminution - qui ne signifie pas que le travail disparaît - engendre nécessairement une tendance à la baisse du taux de profit. Les capitalistes tentent de la contrecarrer avec plus ou moins de succès passagers en usant de nombreuses méthodes que Marx a décrites dans le "Capital". Elles reposent toutes pour l'essentiel et en fin de compte sur la hausse du taux d'exploitation de la classe ouvrière.

Les procédés mis en oeuvre pour contrer cette baisse ne sont pas exclusivement économiques. Ils s'accompagnent de moyens politiques qui permettent à la bourgeoisie de maintenir la classe ouvrière sous sa coupe. Selon les circonstances et la conjoncture économique ils peuvent se traduire dans des réformes bénéfiques au capitalisme, en particulier durant les phases où le développement des forces productives connaît une amélioration continue de la productivité du travail social. Mais à d'autres moments, quand la crise atteint un degré acuité tel que sa domination est en jeu, la bourgeoisie n'hésite pas à recourir à des méthodes autoritaires musclées, voire carrément fascistes.

Dans le contexte du rapport des forces internationales qui s'est établi depuis le début des années 90 à la suite de la chute des pays socialistes européens, de l'URSS en particulier, les régimes capitalistes accentuent leurs pressions sur les travailleurs pour leur reprendre ce qu'ils avaient été obligés de leur concéder. Les tendances régressives qui s'étaient dessinées avant cette chute se déploient désormais à grande échelle et les coups portés aux conquêtes de la classe ouvrière pleuvent de façon redoublée.

Ces tendances s'expriment de plusieurs façons :

a/ tendance à la surexploitation des travailleurs : précarisation et flexibilté avec généralisation des contrats de travail à durée déterminée (en fait à durée réduite et non automatiquement reconduite) alimentent un processus qui entretient une menace permanente sur l'emploi. Il en résulte une intensification extrême du travail qui compense largement la réduction du temps de travail qui a pu être concédée dans certains pays. Les organisations ouvrières sont placées souvent sur la défensive devant cette pression du capital. La manipulation des taux directeurs d'intérêt par les banques centrales illustre parfaitement les finalités de classe des instruments de régulation économiques utilisés à l'époque du capitalisme monopoliste d'Etat. Les banques centrales veillent de cette manière à décourager les demandes de crédit par les capitalistes dans le but d'empêcher la réalisation d'un plein emploi qui serait préjudiciable aux intérêts collectifs de la grande bourgeoisie, notamment financière. Le plein emploi crée une conjoncture favorable aux luttes ouvrières et à la hausse des salaires, hausse antinomique avec le niveau des taux de profit. Cette situation est insupportable pour la bourgeoisie financière qui mesure l'efficacité de sa politique à l'aune des profits que collectent ses multiples réseaux bancaires et financiers;

b/ délocalisation de la production vers les pays du tiers monde où les salaires sont bas et où les législations protégeant les travailleurs et la nature sont pratiquement inexistantes. De toutes les façons le processus de régression sociale qui touche tous les pays capitalistes frappe avec plus de force les travailleurs des pays du tiers monde en raison du faible degré d'organisation politique et syndicale des travailleurs. Là, les ajustements structurels se traduisent par une brutale remise en cause de tout aspect progressiste dans la législation sociale. En Algérie, et à la faveur des accords passés avec le FMI ainsi que du climat de terreur instauré par les intégristes, le démantèlement des acquis sociaux s'est réalisé à une allure foudroyante;

c/ destruction des forces productives ou entraves à la pleine exploitation des capacités existantes ( lois plafonnant le niveau de la production agricole, fermetures de sites industriels, etc.);

d/ destruction du potentiel productif des anciens pays socialistes ou des pays qui sont tombés sous les griffes du FMI. Ces pays sont transformés en débouchés pour les pays impérialistes. La relance de la croissance dans ces derniers pays, quand elle a lieu, se fait au prix de la disparition de leurs traditions industrielles.

2/Les contradictions s'aiguisent inévitablement autour du contrôle des marchés et de la défense ou l'extension des zones d'influence.

a/ entre les vieilles puissances impérialistes qui tentent de se rejeter les unes sur les autres les conséquences de leurs crises. Le rapport des forces économiques qui s'était créé au lendemain de la deuxième guerre mondiale s'est modifié. La place des USA dans la production mondiale a reculé. Les pays capitalistes dont l'économie avait été détruite pendant la guerre ainsi que ceux qui ont été vaincus ont reconstitué leur potentiel industriel.

La loi du développement inégal s'est manifestée durant ces dernières décennies. Mais, s'appuyant sur sa suprématie militaire qui lui permet indirectement d'exploiter à fond la position du dollar comme monnaie internationale, l'impérialisme américain arrive à drainer d'énormes masses de profits aux dépens de ses rivaux européens et japonais qu'il pille sans vergogne par ce moyen. Il parvient ainsi à financer ses gigantesques déficits commerciaux et à transformer les créances que détiennent sur lui les autres pays capitalistes en montagnes de papiers sans que ces derniers ne puissent remettre en cause son diktat. Jusqu'à quand une telle situation pourra être tolérée par les pays capitalistes lésés ?

b/ entre ces puissances impérialistes et les bourgeoisies qui ont émergé dans les nouveaux pays capitalistes d'Asie, du Moyen Orient et d'Amérique latine;

c/ entre ces nouveaux pays capitalistes eux-mêmes. Certains d'entre eux cherchent à étendre leur mainmise sur les pays du voisinage immédiat, d'où la multiplication de conflits locaux et la tendance qui pousse certains d'entre eux à se doter de l'arme nucléaire. Les dépenses d'armement augmentent aux dépens des besoins des peuples.

Les pays impérialistes entretiennent des armées et des infrastructures militaires énormes en prévision des affrontements qui les conduiront à chercher à résoudre par la guerre les conflits commerciaux et monétaires qui les opposent sur le plan économique. En retour, ces dépenses pèsent sur les équilibres budgétaires. Les dirigeants des pays capitalistes tentent de remédier à la situation en introduisant des restrictions qui affectent fortement les dépenses sociales. Le remède est pire que le mal. Il conduit à comprimer la demande solvable des travailleurs et par conséquent à aiguiser toutes les contradictions du système capitaliste. Les puissances impérialistes manipulent les facteurs de division des peuples et de la classe ouvrière. Elles utilisent leurs colossales capacités de désinformation pour diaboliser les forces progressistes ou antiimpérialistes. Elles n'hésitent pas à orchestrer le dénigrement des dirigeants bourgeois rivaux qui dérangent leurs positions ou au contraire à faire passer pour des héros des forbans qui font leur jeu.

Les bourgeoisies impérialistes ont abandonné depuis longtemps toutes les références idéologiques que la bourgeoisie défendait quand elle était encore une classe progressiste ascendante en lutte sans merci contre la féodalité et son support idéologique l'Eglise. Elles encouragent l'intégrisme, l'ethnicisme et toutes les formes rétrogrades qui leur permettent de placer les sociétés dominées sous leur contrôle ou de torpiller les mouvements unitaires des exploités. Elles attisent les idéologies ultra-réactionnaires pour se donner les moyens de déloger telle puissance rivale et de la supplanter.

Tout le monde a en mémoire le drame de l'Afghanistan où les USA ont favorisé les talibans intégristes contre d'autres fractions intégristes après avoir combattu à mort les progressistes qui avaient dirigé ce pays. On le voit en Algérie où ces puissances font pression pour que les islamistes soient associés au pouvoir dans le but de renforcer le camp des ultra-libéraux et d'élargir les bases de la coalition dirigeante face aux masses populaires écrasées par les ajustements structurels.

Les impérialistes américains et français sont engagés dans des luttes ouvertes ou sourdes pour arracher une influence prépondérante sur l'Algérie. Chacune de ces puissances utilise la carte islamiste pour marquer des points et contrer sa rivale. Les impérialistes allument des incendies et se présentent ensuite comme les pompiers providentiels.

3/ Les rangs du prolétariat, fossoyeur de la bourgeoisie, et des forces sociales anticapitalistes, se renforcent objectivement.

Du fait de l'exportation des capitaux, de l'accumulation capitaliste qui, avec des rythmes variables, se développe dans un nombre croissant de pays, sans compter les effets positifs que les anciens pays socialistes ont légués et que la restauration capitaliste ne peut entièrement effacer, les effectifs des salariés et des ouvriers s'accroissent à l'échelle mondiale. Mais cette évolution a lieu de façon contradictoire. Ses effets politiques et idéologiques s'exercent à court terme de façon tout aussi contradictoire, bien qu'à long terme l'élévation du niveau de conscience et de combativité des travailleurs s'inscrive dans les nécessités inéluctables du développement du mouvement de classe révolutionnaire.

Dans les vieux pays capitalistes, les délocalisations, le freinage de la croissance et la recomposition des structures internes de la classe ouvrière sous l'effet des progrès technologiques, de même que les politiques volontaristes de restructuration de l'espace territorial de l'industrie que le bourgeoisie a menées dans le but de saper les foyers traditionnels des luttes prolétariennes, tous ces faits ont eu pour résultats de réduire les effectifs des ouvriers directement liés à la production matérielle. D'où, dans de nombreux pays, les flottements idéologiques ou les reculs des luttes des secteurs ouvriers que caractérisait un haut niveau de conscience. Le répit des capitalistes est cependant de courte durée.

Les nouveaux travailleurs qui sont employés dans les secteur du commerce et des services s'engagent à leur tour dans la bataille. Mais ils doivent acquérir leur propre expérience en refaisant souvent le chemin parcouru par leurs aînés dans la mesure où le réformisme syndical a rompu la chaîne de transmission des leçons de la lutte de classe quand il n'a pas abandonné purement et simplement ces travailleurs à leur sort en s'engageant dans la collaboration de classe.

Dans les nouveaux pays capitalistes, le développement de la classe ouvrière fait entrer brutalement ces sociétés dans l'ère des luttes de classe modernes, celles qui mettent aux prises la bourgeoisie et le nouveau prolétariat. Dans ces pays la classe ouvrière subit souvent un triple joug : celui des capitalistes nationaux qui répondent sauvagement aux revendications des travailleurs; celui des multinationales et surtout du FMI qui veille à ce que cette bourgeoisie n'aille pas loin dans les concessions et réussisse à enfermer la classe ouvrière dans le carcan de la déréglementation sociale et qui trouve des dirigeants locaux zélés dans l'exécution de ses injonctions; celui enfin des structures et des mentalités féodales dont les vestiges subsistent de façon plus ou moins importante selon le niveau de développement de chaque pays. Désormais plus aucun pays n'est à l'abri des crises capitalistes tant l'interconnexion des productions et des marchés est étroite. Cela constitue la base économique des grandes luttes de classe internationales à venir et de l'esprit d'entraide internationaliste que les communistes ont le devoir d'inculquer à la classe ouvrière de leurs pays respectifs.

La concentration et la centralisation du capital ont atteint un tel degré dans les pays impérialistes que le haut de la pyramide sociale ne se compose plus que d'une couche très réduite de gros financiers. En face d'eux se dresse une immense classe de salariés que l'accumulation capitaliste a dépossédés de la propriété des moyens de production. Les couches moyennes subissent elles aussi le rouleau compresseur des grands monopoles capitalistes. Les gouvernements capitalistes tentent de lier le sort des couches moyennes à celui de la grande bourgeoisie en les poussant à acheter les actions des entreprises privatisées.

La reconstitution ou l'élargissement relatif de couches sociales faisant tampon entre prolétaires et gros capitalistes ne peut en aucune façon interrompre les processus sociaux que le capitalisme engendre spontanément et malgré la volonté de ses défenseurs. Bien au contraire la spéculation boursière et les crises inhérentes au capitalisme lamineront à plus ou moins long terme cette masse de nouveaux actionnaires.

Les prémisses matérielles, économiques et sociales, de la révolution socialiste sont infiniment plus grandes qu'elles ne l'avaient été même à l'époque de la Révolution d'octobre 1917 qui a été la première grande tentative d'abolition du capitalisme et dont l'échec n'infirme nullement la validité des thèses du marxisme-léninisme. Notre époque demeure celle du passage révolutionnaire au socialisme. Il est important de le réaffirmer car cela a des répercussions importantes sur nos objectifs tactiques et la manière dont nous les formulons.

4/ La bourgeoisie impérialiste ne peut se maintenir au pouvoir qu'en avivant malgré elle toutes les contradictions existantes, dans chaque pays pris à part et à l'échelle mondiale.

La force économique sur laquelle repose sa domination a pour contrepartie une extrême fragilité potentielle, ce qui ne signifie pas qu'elle se retirera de la scène de l'histoire sans luttes et sans recourir à la violence quand le multipartisme de façade et les libertés formelles ne la protégeront plus de l'expropriation par les masses.

Cela signifie que dans tous les domaines de la vie sociale, y compris dans les secteurs sensibles ( armée, police, grands médias ) elles exerce son pouvoir par le truchement de grandes masses d'hommes qui ne vivent que de leurs salaires et qui peuvent être amenés de ce fait et dans certaines conditions politiques à s'engager dans la contestation ou la révolution. C'est pourquoi elle combine différents moyens pour retarder l'échéance de la chute du capitalisme. Elle joue la carte des libertés démocratiques tant que les insuffisances dans le niveau de conscience des travailleurs permettent à ses politiciens de se relayer dans la gestion du capitalisme en arborant des masques différents pour cacher et appliquer des programmes identiques.

Dans les nouveaux pays capitalistes ou pays dominés d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie, elle pousse maintenant à l'instauration du multipartisme dans la mesure où il ne met en compétition que différentes fractions de la bourgeoisie et où, à l'aide des fortunes colossales qu'elles ont amassées, elles peuvent encore marginaliser les formations politiques prolétariennes.

La bourgeoisie monopoliste exploite la démoralisation provoquée par la chute des pays socialistes et qui pèse encore négativement sur de nombreux secteurs de la classe ouvrière. Elle s'efforce de pousser au maximum son avantage temporaire en tentant de "criminaliser" dans la conscience des masses l'idée même du communisme. Elle pratique systématiquement la corruption pour s'attacher les services des catégories sociales qui jouent un rôle d'encadrement politique, syndical et institutionnel des travailleurs. Elle peut se permettre de redistribuer à cette fin une partie des profits qu'elle tire de la surexploitation des travailleurs, de l'inégale répartition des fruits des progrès de la productivité du travail, de la plus-value pompée par ses canaux bancaires et financiers aux dépens des pays endettés.

La corruption revêt des formes multiples. Elle revêt surtout les traits naturels du carriérisme qui fait des ravages dans les milieux réformistes. Dans les pays économiquement dominés certaines fractions de la petite-bourgeoisie renoncent à la défense de la propriété de la nation sur les richesses naturelles et abandonnent jusqu'à l'idée de construction d'un appareil productif national au service d'un développement indépendant. Elle se convertissent en avocats politiques et idéologiques des banques et des multinationales en contrepartie d'avantages corporatistes que celles-ci peuvent leur concéder momentanément dans le cadre de la division des tâches mises en place par le système impérialiste.

L'impérialisme manipule tour à tour les pressions, les menaces et la corruption pour faire capituler les dirigeants des pays anciennement colonisés qui avaient joué un rôle positif dans le passé. L'ambassadeur des USA à Alger a reconnu récemment que les autorités américaines finançaient la formation des responsables syndicaux algériens de même que le travail législatif du parlement. C'est une véritable opération de lavage des cerveaux qui est ainsi menée afin de reconvertir le personnel politique officiel dans l'idéologie du libéralisme.

Toujours dans le cas de l'Algérie, l'impérialisme a combiné avec succès deux moyens pour prendre ou reprendre le contrôle de ce pays. Il a soudoyé pendant longtemps les dirigeants économiques et politiques à tous les échelons. A partir de 1980 il les a encouragés à contracter des dettes impossibles à rembourser, des dettes gaspillées dans des projets improductifs. Il a prodigué en même temps son aide aux intégristes pour les inciter à monter à l'assaut des idées de progrès. Comme il a soutenu les secteurs de la bourgeoisie qui ont fini par se trouver à l'étroit dans le système économique à la faveur duquel elles avaient accumulé d'immenses fortunes.

Pris en étau entre des forces intégristes devenues incontrôlables et les luttes des travailleurs mécontents de la dégradation de leur situation sociale, les groupes de la bourgeoisie compradore étatique ont accéléré leur soumission au diktat du FMI. Ils ont engagé des discussions avec les responsables de l'OTAN pour étudier les formes de l'intégration de notre pays dans les structures de cette organisation militaire agressive. Pour la première fois dans son histoire, la marine algérienne a effectué des exercices militaires conjoints avec celle de l'OTAN, aux larges des côtes de notre pays. C'est une rupture sans précédent avec les traditions anti-impérialistes de l'Algérie, pays qui a été colonisé par un membre de cette alliance et qui a affronté pendant sa guerre de libération un colonisateur soutenu par la logistique de l'OTAN.

La corruption organisée par la bourgeoisie a toujours été une des bases du réformisme social-démocrate et de la collaboration de classe. Mais, par suite de la disparition des pays socialistes et du rétrécissement de l'influence des partis communistes des pays de l'Europe occidentale, ce réformisme se manifeste autrement que dans le passé. Il n'apporte plus désormais aucune amélioration à la condition matérielle des travailleurs. Au contraire, l'action de la social-démocratie se distingue aujourd'hui par une contribution active au démantèlement des conquêtes sociales de la classe ouvrière.

L'influence persistante du réformisme tient au climat de résignation qui a été distillée dans la conscience des travailleurs et au prétexte de l'impossibilité de défier le capital à l'heure de la "mondialisation". Or, le fait que de nombreux pays européens sont aujourd'hui dirigés par des gouvernements socialistes donne aux forces progressistes des armes pour contrer ces arguments. Il peut être exploité pour impulser des actions concrètes coordonnées afin de contraindre ces gouvernements à des mesures qui s'attaquent au capital ne serait ce que de façon réformiste.

5/ L'internationalisation de la production et du capital dont Marx avait décelé les caractéristiques dès l'aube du capitalisme se poursuit.

Ce processus est bien entendu déterminé par les besoins du capital. Il se heurte aux barrières que la propriété capitaliste oppose elle-même au développement du capital dans la mesure où le niveau de la production est entravé par la compression de la demande solvable et où le déplacement des personnes est soumis aux limites tracées par les intérêts des capitalistes et subit de grosses restrictions du fait des contradictions politiques des sociétés capitalistes ainsi que de la volonté délibérée de parquer les travailleurs des pays dominés dans des espaces nationaux sécrétant une extrême misère qui pousse les travailleurs inorganisés à se résigner à leur sort.

Or, la société humaine dispose aujourd'hui d'une capacité d'action planétaire. Le prodigieux développement des forces productives de ces dernières décennies a mis entre ses mains un potentiel qui lui permet d'arracher de leur arriération économique tous les peuples du monde. Grâce aux moyens qu'elle s'est donnés, la société peut rapidement venir à bout des maladies, de la faim et de la malnutrition, de l'analphabétisme et de l'ignorance si elle était organisée sur des bases socialistes, si sur cette base la production obéissait à un plan prenant en compte les besoins de tous les hommes dans le cadre de la coopération.

Jamais la contradiction n'a été aussi aiguë entre le caractère social de la production, les immenses possibilités qu'elle ouvre au développement humain, et le caractère privé de la propriété des moyens de production qui enferme ce potentiel productif et intellectuel dans le carcan de calculs mesquins, qui le rive à des considérations primaires dépourvues de toute perspective éthique. Dans la société moderne les hommes peuvent désormais être à l'abri de la faim, se vêtir correctement, s'instruire, vivre mieux et autrement. Mais sous l'emprise des lois économiques qui le régissent et que reflète son idéologie basée sur le culte des lois du marché, le capitalisme ne laisse pas d'autre perspective à l'homme que d'être un loup pour l'homme.

La "mondialisation" que ressassent les idéologues du capitalisme n'a rien à voir avec celle à laquelle aspirent les peuples et leurs forces progressistes : solidarité et entraide pour mettre en commun les progrès du développement. En tant qu'internationalistes, les communistes ne combattent nullement les processus objectivement nécessaires de mondialisation. Mais la mondialisation véritable dont ils sont les partisans les plus ardents est celle qui porte en elle le rapprochement des peuples, la liquidation de toutes barrières ethniques ou nationales, la disparition de la haine, des pratiques et comportements ségrégationnistes et du chauvinisme, les échanges mutuellement avantageux entre les peuples, la partage des connaissances et du savoir débarrassés de toute considération mercantile, le développement harmonieux et proportionné de toutes les régions du monde, l'épanouissement sans discrimination de la personne humaine.

Quant à la mondialisation que prônent les puissances impérialistes et leurs idéologues à travers le "G8", le FMI et la Banque mondiale, son credo se borne seulement à supprimer toute entrave à la circulation des capitaux. Son horizon ne dépasse pas les strictes limites que s'impose le gérant affairé à étancher la soif de profits maximum qui anime ses patrons capitalistes. C'est la "mondialisation" du libre transfert des profits et du rapatriement des capitaux. C'est la "mondialisation" de la déréglementation sociale et de la concurrence entre les travailleurs avec alignement de leur condition non sur les acquis les plus avancés des luttes et les conquêtes sociales ouvrières mais sur les conditions les plus désavantageuses, les plus régressives.

La mondialisation à la Camdessus est celle qui ordonne aux pays du tiers monde qui désirent se doter d'une base industrielle de renoncer à cette aspiration légitime. Elle veut faire admettre aux peuples de ces pays que chercher à décider librement de l'affectation de leur richesses pour impulser un développement au profit de leurs travailleurs et de l'immense majorité de leurs citoyens, pour faire reculer le chômage, améliorer les conditions de vie, qu'un tel projet est aujourd'hui une idée révolue, archaïque, une idée à jamais ensevelie sous les décombres de l'URSS.

Cette mondialisation veut forcer les peuples qui ont conquis de hautes luttes leur indépendance, mais que les dirigeants ont conduits à la banqueroute, à brader leurs ressources naturelles et à s'en remettre à la seule volonté des multinationales. Les gérants du capital financier ont entrepris de vassaliser les peuples qu'ils ont réussi à prendre dans l'engrenage de l'endettement. Des peuples entiers sont ainsi réduits à quémander leur minimum vital alors que très souvent le sous-sol de leurs pays regorge de richesses et de matières premières qui sont pillées par les multinationales et les nationaux qui se mettent sous leurs bottes. Les grandes puissances impérialistes utilisent à fond cette situation pour enrôler les nations endettées dans leurs réserves économiques et militaires, pour en faire des pions qu'elles déplacent à leur guise sur les champs de leurs manoeuvres géostratégiques, comme jadis elles puisaient parmi les colonisés les hommes de troupe qu'elles envoyaient mourir pour élargir leurs empires.

 

6/ Cela se traduit par des contradictions entre pays impérialistes et régimes nationaux.

Mais les dirigeants bourgeois de nombreux pays endettés sont prêts à n'importe quelle félonie pour se maintenir au pouvoir face à la contestation populaire. Dans les anciens pays socialistes ou dans les pays du tiers monde, la bourgeoisie éprouve une grande peur face au processus de salarisation ou de prolétarisation de la société, à la montée des luttes sociales que provoquent la paupérisation et les inégalités. Elle cherche refuge dans le parapluie de l'OTAN pour consolider ses nouveaux privilèges ou réprimer les velléités révolutionnaires.

Joint à cela, les nouveaux riches espèrent disposer d'appuis extérieurs pour se mettre à l'abri des convoitises des bourgeoisies des pays voisins ou, à l'inverse, tirer parti de ces appuis pour satisfaire leurs revendications de redécoupage territorial. Plus généralement l'OTAN est le bras armé des capitalistes. Ceux-ci ont plus que jamais besoin de prétextes pour justifier le maintien de cette organisation militaire. Elle tend à se transformer en police commune qui a la charge de faire régner l'ordre des puissances impérialistes.

C'est une police commune qui a pour mission de mettre au pas les pays qui gênent la réalisation de la stratégie des pays impérialistes. Comme c'est le cas avec les bombardements de la Yougoslavie où le sort des habitants du Kosovo ne sert que de prétexte pour déployer leurs troupes en Europe centrale. Cette agression barbare sert en même temps d'avertissement exemplaire à tout régime qui refuserait de se plier au diktat des tenants du nouvel ordre mondial, à la loi des gérants sans scrupule du capital financier. Elle montre que les puissances impérialistes n'hésitent pas à allumer de nouveau le feu dans des régions où l'existence du système socialiste avait garanti la paix pendant près d'un demi-siècle.

Les puissances impérialistes sont capables de monter de véritables opérations combinées. Elles sont basées sur une articulation savante de l'action militaire et de la propagande belliciste que diffusent les grands médias. Les gigantesques moyens d'information que contrôlent les monopoles capitalistes sont utilisés comme une véritable artillerie médiatique, dont la fonction est de conditionner l'opinion pour préparer le terrain aux ingérences et à la violation la plus flagrante de la légalité internationale. Les mensonges et les manipulations orchestrées par des vedettes médiatiques chevronnées surclassent Goebbels lui-même. Il n'en demeure pas moins que, malgré les flots de mensonge déversés dans les médias, une masse importante de citoyens se pose des questions sur les objectifs réels que poursuivent les organisateurs de l'agression.

En cas de dangers menaçant sérieusement ses intérêts de classe la bourgeoisie n'hésitera pas à faire intervenir de l'OTAN comme une force de police collective pour écraser une révolution et rétablir le pouvoir des bourgeoises locales renversées. L'encerclement de la Russie qui renferme encore un gros potentiel anti-impérialiste et où les forces mafieuses et compradores ne parviennent toujours pas à dormir sur leurs deux oreilles, fait sans aucun doute partie des objectifs que les impérialistes ont assignés à leur instrument d'intervention.

L'OTAN joue déjà le rôle d'une armée ayant pour tâche de préserver les intérêts communs des capitalistes des différents pays en matière de protection des gisements de pétrole et de gaz et des routes qui leur donnent accès, comme on l'a vu avec la guerre du Golfe. Désormais la présence des troupes américaines dans cette région du monde permet d'imposer des niveaux de prix qui ne franchissent pas les limites dictées par les intérêts des monopoles capitalistes.

Les monarques et les profiteurs de régimes rétrogrades doivent se contenter des profits que les capitalistes américains veulent bien leur laisser en échange d'un protectorat sans lequel ces régimes pourraient être balayés à tout moment, y compris sous la pression de secteurs capitalistes lésés par le maintien de systèmes politiques archaïques qui constituent une entrave à leurs intérêts. Mais l'OTAN est d'abord une organisation étroitement dépendante des USA qui disposent du plus gros budget militaire et de la logistique matérielle et militaire la plus étendue, grâce auxquels ils veulent imposer leur volonté à l'ensemble du monde et à leurs "alliés" actuels en premier lieu.

C'est pourquoi les USA l'utilisent pour défendre les intérêts de leurs capitalistes tout en couvrant leurs objectifs particuliers sous le voile de la défense des intérêts de la "communauté internationale" expression hypocrite qui ne désigne bien entendu que les grandes puissances capitalistes. Elle porte donc en elle des contradictions qui finiront par éclater dans la mesure où les rivalités féroces qui opposent les différents pays impérialistes associés dans cette organisation ne manqueront pas de s'exacerber dans la lutte incessante pour le repartage du monde et dans la tendance qui pousse chaque pays capitaliste à chercher à sortir de la crise aux dépens des autres. C'est là le talon d'Achille de cette organisation.

La tactique des pays impérialistes est de diviser les peuples en attisant les conflits ou les différends frontaliers qui surgissent entre eux, en Afrique notamment où les frontières ont été tracées arbitrairement par les anciennes puissances coloniales. Ils poussent les peuples à l'affrontement pour créer des foyers de tension justifiant des interventions armées sous prétexte de séparer les belligérants.

L'impérialisme a plusieurs fers au feu. Il utilise l'ONU quand cela lui est avantageux. Mais il a démontré qu'il n'hésite pas à violer la légalité internationale quand le rapport des forces lui est défavorable au sein de cette institution du fait des divergences qui surgissent entre les membres permanents du Conseil de sécurité, y compris parmi des Etats impérialistes. Il la court-circuite alors en recourant à l'OTAN. On le voit avec la guerre qu'il a déclenchée contre la Yougoslavie ou avec les bombardements répétés de l'Irak en dehors de toute résolution de l'ONU.

L'imminence de crises économiques et sociales majeures amène les bourgeoisies à chercher à se prémunir à l'avance des situations révolutionnaires qui peuvent se déclencher chaque fois que de gros séismes financiers font trembler les bourses, provoquent la ruine soudaine des propriétaires d'actions et entraînent toute l'économie dans la dépression.

La tendance qui se dessine dans de nombreux pays capitalistes à remplacer la conscription militaire par des armées de métier conduit à remettre en cause ouvertement des principes démocratiques qui avaient permis à la bourgeoisie de s'appuyer sur la mobilisation populaire pour empêcher la restauration des privilèges de la féodalité. Sous couvert de professionnalisation de l'armée et de la réduction des charges budgétaires, ce sont des organes complètement coupés des peuples qui sont mis sur pieds à seule fin de les mettre à l'abri d'un état d'esprit subversif des masses et de disposer d'un instrument fiable de répression des mouvements populaires menaçant l'ordre capitaliste. Il importe de mobiliser les forces de paix les plus larges autour de l'objectif du démantèlement des bases de cette alliance, du retrait des pays qui y ont adhéré, de la dissolution de ce bloc militaire agressif.

Comme il est impératif de relancer la mobilisation en faveur de la destruction des arsenaux nucléaires, des armes chimiques et bactériologiques. A ce sujet il convient de souligner que face aux travailleurs et aux processus révolutionnaires les Etats impérialistes marchent la main dans la main. Mais les contradictions interimpérialistes existent et doivent être exploitées pour affaiblir la réaction internationale. L'impérialisme américain est le plus dangereux. Il est le rempart principal de la réaction à l'échelle mondiale en raison de ses capacités d'action militaires.

L'élaboration d'une tactique propice à l'accumulation des forces nécessaires à un nouvel essor révolutionnaire doit prendre en compte cet aspect des contradictions du système. Il s'agit de réfléchir en liaison avec les luttes et actions quotidiennes à la combinaison de deux orientations: - le travail politique et idéologique en vue de préparer la classe ouvrière, la masse des salariés qui lui sont les plus proches, à la perspective d'une révolution socialiste dans les pays les plus évolués économiquement et aussi dans ceux qui le sont moins mais qui en subiront le contrecoup positif;

- le rassemblement le plus large des couches sociales non monopolistes qui sont lésées par la domination de la bourgeoisie financière.

Dans un pays comme l'Algérie l'orientation des communistes est axée sur deux directions à la fois distinctes et intimement liées :

Dans les éléments de programme qui correspondent à la préservation des acquis de l'étape de la RND les communistes mettent en avant la relance du développement des bases matérielles de la société sans lesquelles aucun progrès ultérieur n'est possible. Cette relance est tributaire de la défense du secteur public, de sa gestion démocratique, du maintien du secteur des hydrocarbures - qui procure au pays des moyens d'accumulation - dans le patrimoine de la nation, de la protection des droits sociaux des travailleurs, de la lutte contre la dilapidation des ressources du pays.

A ce stade certains secteurs de la bourgeoisie peuvent être intéressés par la lutte contre les injonctions du FMI, étant donné que celles-ci ont mis à mal l'écoulement de leur production du fait de l'ouverture sauvage des frontières à l'importation et du rétrécissement du marché national consécutivement à l'action des autorités tendant à laisser en friches les capacités de production du secteur public.

En même temps, les communistes appellent les travailleurs employés par le secteur privé à revendiquer le respect de leurs droits et dénoncent les carences de l'Etat qui accepte que les aspects positifs de la législation sociale soient massivement foulés au pieds. Tout en lançant des mots d'ordre d'action commune avec la petite-bourgeoisie et la bourgeoisie libéral-moderniste contre les fascistes islamistes et l'autoritarisme des tendances bourgeoises au pouvoir, les communistes tiennent à impulser les actions politiques indépendantes de la classe ouvrière de manière à ce qu'elle acquière la capacité de prendre la tête des luttes nationales-démocratiques en les inscrivant dans sa perspective historique socialiste.

Contribution au dixième Séminaire Communiste International
« La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste »

Bruxelles, 2-4 mai 2001