Globalisation ou l'impérialisme, stade suprême du capitalisme: une catégorie spécifique à affronter
Parti communiste (marxiste-léniniste) de la République dominicaine
Contribution
au dixième Séminaire Communiste International
" La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste "
Bruxelles, 2-4 mai 2001
1. - Lénine et le problème national lié à la lutte pour l'autodétermination des nations opprimées
Avant et après avoir écrit "L'impérialisme, stade suprême du capitalisme", Lénine s'était tout particulièrement intéressé au problème colonial et à la lutte pour l'autodétermination des nations soumises à la domination des métropoles coloniales. En avance d'un siècle, il a établi la distinction suivante: la domination coloniale classique prenait en considération la conquête des matières premières et des marchés; l'impérialisme, stade suprême du capitalisme, dans ce contexte, s'intéresse au capital financier, capital parasitaire, qui se manifeste non seulement dans la sur-exploitation de la classe ouvrière des métropoles coloniales qui, à travers la plusvalue, doivent payer leur tribut au capital parasitaire, mais aussi et plus spécialement par l'exportation des capitaux vers les colonies.
Ce lien non seulement permettait l'unité de tous les travailleurs du monde exploités par le capital - pensons au mot d'ordre de Karl Marx "Prolétaires, du monde entier, unissez-vous", mais il réunissait aussi dans la lutte les peuples et les nations coloniaux ou néo-coloniaux dans un front commun, ce qui élargit le mot d'ordre "Prolétaires, peuples et nations opprimés du monde, unissez-vous contre l'impérialisme".
Cette position exacte développée par Mao Tsetung a été combattue par toutes sortes de trotskistes et d'opportunistes qui se refusaient de comprendre que la classe ouvrière des pays développés et impérialistes ne pouvaient pas se libérer de l'exploitation du capital monopoliste de l'Etat si elle ne participait pas au démembrement de la domination coloniale de leurs métropoles en aidant directement les colonies ou néo-colonies a obtenir leur autodétermination.
Nous citons Lénine: "L'impérialisme est le stade suprême du développement du capitalisme. Dans les pays avancés, le capital a dépassé le cadre des Etats nationaux et a mis le monopole à la place de la concurrence, créant toutes les conditions objectives pour réaliser le socialisme. C'est pourquoi, en Europe occidentale et aux Etats-Unis, la lutte révolutionnaire du prolétariat doit se faire en renversant les gouvernements capitalistes et en expropriant la bourgeoisie de ses biens. L'impérialisme pousse les masses vers cette lutte en approfondissant de façon considérable les contradictions de classe, en emprirant la situation des masses, tant au niveau économique -trusts, cherté de la vie- comme au politique: augmentation du militarisme, nombre plus élevé de guerres, recrudescence de la réaction, amplification de l'oppression nationale et des rapines colonialistes. Le socialisme victorieux doit nécessairement réaliser la démocratie totale. Par conséquent, il ne doit pas seulement mettre en pratique l'absolue égalité de droits entre les nations, mais aussi mettre sur pied le droit des nations opprimées à leur autodétermination, soit la droit à la libre séparation politique. Les partis socialistes qui, dans toute leur action, tant maintenant, au cours de la révolution, après leur victoire, ne feraient pas preuve de leur capacité de libérer les nations enchaînées et de construire les relations avec celles-ci sur base d'une union libre qui, sans liberté de séparation, est un mensonge, ces partis seraient traîtres au socialisme".
Autrement dit: "Le prolétariat des nations dominatrices ne peut se contenter de prononcer des généralités, des stéréotypes, contre les annexions et pour l'égalité de droits des nations en général, affirmations que n'importe quel bourgois pacifiste peut répéter. Le prolétariat ne peut taire le problème, particulièrement "désagréable" pour la bourgeoisie impérialiste, relatif aux frontières d'un Etat basé sur l'oppression nationale. Le prolétariat ne peut se refuser de lutter contre le maintien par la force des nations opprimées à l'intérieur des frontières d'un Etat déterminé, ce qui équivaut à lutter pour le droit à l'autodétermination. Il a le devoir d'exiger la liberté de séparation politique des colonies et des nations que "sa" nation opprime. Dans le cas contraire, l'internationalisme du prolétariat serait vain et de la pure rhétorique. Ni la confiance, ni la solidarité de classe entre les travailleurs de la nation opprimée et de celle des oppresseurs ne seraient possibles. On ne démasquerait pas l'hypocrisie des défenseurs réformistes et des suiveurs de Kautsky quant à l'autodétermination, qui ne disent rien des nations que "leur propre nation" opprime et qu'elle retient pas la force dans "leur propre" Etat".
D'autre part, les socialistes des nations opprimées doivent défendre et mettre en pratique avec acharnement l'unité complète et inconditionnelle, dont la possibilité d'organisation, des travailleurs de la nation opprimée avec ceux de la nation dominatrice. Sans quoi il est impossible de défendre la politique indépendante du prolétariat et sa solidarité de classe avec le prolétariat d'autres pays, pour faire face à toutes les tromperies et trahisons de la bourgeoisie. En effet, la bourgeoisie des nations opprimées transforme chaque fois les consignes de libération nationale pour abuser des travailleurs. En politique intérieure, elle utilise ces consignes pour passer des accords réactionnaires avec la bourgeoisie des nations dominatrices (par exemple, les Polonais d'Autriche et de Russie, qui s'allient avec la réaction pour opprimer les juifs et les chrétiens); en politique extérieure, elle tente de négocier avec une des puissances impérialistes rivales, pour atteindre ses buts de rapine (la politique des petits pays des Balkans, etc.).
2. - Le point de vue de Karl Marx
De la même façon, il est possible de démontrer la justesse de la position de Karl Marx en ce qui concerne la domination coloniale.
Contrairement aux positions petites-bourgeoisies, Marx voyait dans toutes les revendications démocratiques sans exception, non un fait absolu, mais l'expression historique de la lutte au sein des masses populaires, dirigées par la bourgeoisie, contre le féodalisme. De la part de la bourgeoisie, chacune de ces revendications pourrait servir, et a servi dans certaines circonstances, de leurre contre la classe ouvrière. Détacher dans ce sens une des revendications de la démocratie politique, soit l'autodétermination des nations, pour l'opposer aux autres, est une erreur radicale au niveau théorique. Dans la pratique, le prolétariat ne peut sauvegarder son indépendance qu'en subordonnant sa lutte pour les revendications démocratiques, y compris la république, à sa lutte révolutionnaire en renversant la bourgeoisie.
D'autre part, contrairement aux proudhoniens, qui "niaient" le problème national "au nom de la révolution sociale", Marx prenait en compte, plus que tout, les intérêts de la lutte de classe du prolétariat des pays développés, il mettait au premier plan le principe fondamental de l'internationalisme et du socialisme: un peuple qui en opprime un autre ne peut être libre.
3. - Analyse de Lénine dans sa définition de l'impérialisme comme stade suprême du capitalisme et la catégorie de l'oligarchie financière
Les profits élevés monopolistes pour les capitalistes d'une des nombreuses branches de l'industrie d'un des nombreux pays représentent pour eux la possibilité économique de soudoyer certains secteurs ouvriers dont, provisoirement, une minorité relativement importante, les attirant du côté de la bourgeoisie d'une branche industrielle déterminée ou d'une nation déterminée en opposition avec toutes les autres. L'antagonisme de plus en plus profond des nations impérialistes, provoqué par la répartitation dans le monde, renforce cette tendance. C'est de cette façon que se crée le lien entre l'impérialisme et l'opportunisme, qui s'est manifesté en Angleterre, bien avant que cela ne se passe ailleurs et d'une manière plus évidente. Ceci est dû au fait que plusieurs des traits caractéristiques de l'impérialisme sont apparus dans ce pays bien plus tôt que dans d'autres. Certains écrivains, parmi lesquels L. Martov, se plaisent à éviter la relation entre l'impérialisme et l'opportunisme dans le mouvement ouvrier -fait qui saute aux yeux actuellement- en s'appuyant sur des raisonnements imprégnés "d'optimisme officiel" (dans l'esprit de Kautsky et d'Huysmans), comme, par exemple: la cause des adversaires du capitalisme serait une cause perdue si précisément le capitalisme avancé conduisait au renforcement de l'opportunisme ou si les ouvriers les mieux rétribués penchaient vers l'opportunisme, etc. Il ne faut pas se laisser tromper par la signification de cet "optimisme": c'est un optimisme par rapport à l'opportunisme, c'est un optimisme qui sert de masque à l'opportunisme. En réalité, la rapidité spécifique et le caractère tout spécialement répulsif du développement de l'opportunisme ne sert d'aucune façon de garantie pour la solidité de sa victoire, de même que la rapidité de développement d'une tumeur maligne dans un corps sain ne peut que contribuer à ce que cette tumeur éclate plus tôt et à en libérer l'organisme. Le plus grand danger dans cette optique est à chercher parmi ceux que ne veulent pas comprendre que la lutte contre l'impérialisme, si elle n'est pas liée indissolublement à celle contre l'opportunisme, est une affirmation vaine et fausse.
Mais les définitions trop brèves, même si elles sont commodes, puisque les points principaux y sont résumés, ne sont pas suffisantes, puisqu'il faut en déduire les traits essentiels du phénomène à définir. Pour cela, sans oublier la signification conditionnellle et relative de toutes les définitions en général, lesquelles ne peuvent pas contenir les relations du phénomène dans son développement complet, il convient de donner une définition de l'impérialisme qui comprend ses cinq traits principaux, à savoir: 1) la concentration de la production et du capital menée jusqu'à un point extrême créé par les monopoles qui jouent un rôle décisif dans la vie économique; 2) la fusion du capital bancaire avec l'industriel et la création, sur base de ce "capital financier" de l'oligarchie financière; 3) l'exportation de capital, à la différence d'exportation de marchandises, prend une importance particulière; 4) la formation d'associations internationales monopolistes de capitalistes, lesquelles se répartissent partout dans le monde; 5) l'accomplissement de la répartition territoriale du monde entre les puissances capitalistes les plus importantes. L'impérialisme, c'est le capitalisme dans une phase de développement où a pris forme la domination des monopoles et du capital financier, où l'exportation des capitaux a pris une importance de premier ordre, où a commencé le partage du monde parmi les trusts internationaux et où s'est terminé celui de tout le territoire entre les pays capitalistes les plus importants.
La Seconde Guerre mondiale a confirmé toutes les prévisions de Lénine reprises dans "L'impérialisme, stade suprême du capitalisme" et qui se prolongent avec une même intensité à notre époque.
Quatre-vingt-cinq ans plus tard
En contraste flagrant avec le rôle destructif actuel du FMI, ses créateurs voulaient que ces institutions maintiennent la stabilité des économies nationales. Lors de son discours de clôture de la Conférence du 22 juillet 1944, Henry Morgenthau, secrétaire au Trésor des Etats-Unis, a déclaré: "Nous sommes venus ici pour développer des méthodes qui puissent éliminer les problèmes de l'économie -la dévaluation monétaire concurrentielle et les obstacles visant à détruire les relations commerciales qui ont précédé la guerre actuelle. Nos efforts ont été couronnés de succès".
L'humanité vit à l'ère de "la globalisation et de l'économie de marché", autrement dit dans l'impérialisme comme stade suprème du capitalisme, à l'ère de l'hégémonie du capital financier, caractérisée par une crise économique sans précédent qui mène à l'apprauvissement accéléré de grands secteurs de la population mondiale. Comme le capital financier international pousse à la chute des monnaies nationales dans toutes les régions de l'univers, il a contribué à déstabiliser les économies nationales tout en précipitant des pays entiers dans une misère épouvantable.
La crise en question ne se limite pas au Sud-Est asiatique ni à l'ex-Union soviétique. L'effondrement du niveau de vie des masses se produit de façon brutale et simultanée dans grand nombre de pays, dont la République dominicaine. Cette crise mondiale est plus dévastatrice que la Grande Dépression des années 30 puisqu'elle touche la crise cyclique de l'économie des Etats-Unis début 2001 ainsi que celle du Japon. Elle présente de profondes implications géopolitiques, parmi lesquelles la dislocation économique accompagnée par le dechaînement de conflits régionaux, l'effondrement de sociétés nationales et, parfois, la destruction de pays entiers comme dans le cas de la Yougoslavie.
L'existence d'une crise financière mondiale en tant qu'élément de la crise mondiale du capitalisme est réfutée par les médias occidentaux, ses impacts sociaux sont minimisés ou déformés. "Mais il n'est pire sourd que celui qui ne veut entendre".
Note: pour développer ce thème nous nous inspirons de textes de Michel Chossudovsky.
La crise financière mondiale, son évolution
La chute des monnaies asiatiques (entamée vers la mi-1997) a été suivie en octobre 1997 de la fusion dramatique des plus importantes bourses du monde. Au commencement de la très temporaire reprise de Wall Street début 1998, stimulée surtout par l'envol en dehors des marchés des valeurs et des financiers du Japon, le marché s'est à nouveau effondré pour atteindre un niveau crucial en août avec la spectaculaire chute à pic du rouble russe. L'indice Dow Jones a perdu 554 points en août (la perte la plus importante dans l'histoire de la bourse de New York) pour mener en septembre à la fusion dramatique des marchés de valeurs dans le monde entier. En quelques semaines (depuis le sommet de 9 337 du Dow Jones à la mi-juillet), 2 300 billions de dollars de gains "sur le papier" se sont évaporés du marché des valeurs des Etats-Unis. La chute libre du rouble avait entraîné la banqueroute des plus importantes banques d'affaires de Moscou, ce qui a permis l'absorption potentielle du système financier russe par une poignée de banques et de courtiers occidentaux. D'autre part, la crise a vu poindre le danger d'insolvabilité massive des créanciers occidentaux de Moscou, dont les banques Deutsche et Dresdner.
En 2001, à peine trois ans plus tard, le Nasdaq, l'indice qui permet de mesurer la croissance des processus de développement technologique, l'espoir du capitalisme pour sa vie éternelle, a chuté de 58 % depuis son taux le plus élevé le 10 mars 2000. Le marché boursier japonais qui a atteint son point culminant en 1989, a connu une baisse de 67 % par rapport à ce niveau.
L'indice Dow Jones a, lui, connu une baisse de 2.29 %.
Qui sont les responsables de la guerre financière?
La course désordonnée, au niveau mondial, pour s'approprier des richesses grâce à "la manipulation financière" est la force derrière cette crise. Elle est aussi la source d'agitation et de dévastatation sur le plan social. Selon George Soros (qui a gagné 1,6 billions de dollars grâce à ses spéculations lors de la chute dramatique de la livre anglaise en 1992), "l'extension du mécanisme de marché sur tous les terrains est potentiellement en mesure de détruire la société". C'est l'oligarchie financière en action.
Cette manipulation des forces du marché par des acteurs puissants constitue une forme de guerre financière et économique. Il n'est pas nécessaire de recoloniser des territoires ou d'envoyer des armées d'invasion. A la fin du XXe siècle, "la conquête directe de nations" qui suppose le contrôle sur les actifs de production, la main d'oeuvre, les ressources naturelles et les institutions, peut s'effectuer de façon impersonnelle depuis la salle d'un conseil d'administration. Les ordres sont donnés par ordinateur ou téléphone cellulaire. Les données essentielles sont transmises instantanément vers les principaux marchés financiers, ce qui signifie souvent une irruption immédiate dans le fonctionnement des économies nationales.
La guerre financière use également d'instruments spéculatifs complexes, parmi lesquels toute la gamme du commerce de dérivés, de transactions de prévisions dans le commerce extérieur, des choix de devises, des fonds d'investissement, des fonds indexés, etc. On a employé des instruments de spéculation dans le but final de s'emparer de la richesse financière et de prendre le contrôle sur les actifs productifs.
Le Premier ministre de Malaisie, Mahathir Mamad, a déclaré: "Cette dévaluation délibérée de la monnaie d'un pays par les spéculateurs sur les devises dans le seul but d'obtenir des profits est une complète négation des droits des nations indépendantes". L'appropriation de la richesse globale à travers la manipulation des forces du marché est régulièrement soutenue par les interventions fatales macroéconomiques du FMI qui agit de façon quasi simultanée dans le bouleversement impitoyable des économies nationales dans le monde entier.
La guerre financière ne connaît pas de frontières territoriales, n'a ni amis ni ennnemis politiques. En Corée, en Indonésie et en Thailande, les banques centrales ont été saccagées par des spéculateurs institutionnels alors que les autorités monétaires tentaient en vain de renforcer leurs monnaies affaiblies. En 1997, plus de 199 billions de dollars des réserves de devises asiatiques ont été détournés et transférés en quelques mois vers des finances privées. Suite aux dévaluations monétaires, les revenus réels et l'emploi se sont effondrés virtuellement en quelques heures amenant une pauvreté massive dans des pays qui avaient atteint un progrès économique et social significatif dans la période d'après-guerre.
Le tripotage financier sur le marché des devises étrangères a déstabilisé les économies nationales et a créé les conditions préalables pour la mise à sac ultérieure des actifs productifs des pays asiatiques par ceux que l'on désigne comme "les vautours étrangers de l'investissement".
En Thailande, 56 banques et institutions financières ont été fermées sur ordre du FMI et l'emploi a virtuellement baissé d'un jour à l'autre.
De façon similaire, en Corée, "l'opération de sauvetage" du FMI a entraîné une chaîne fatale de faillites menant à la liquidation directe des dites "banques d'affaires malades".
Le résultat de la "médiation" du FMI (intervenue en décembre 1997 après consultation à haut niveau avec les banques commerciales les plus importants au monde) fut "la fermeture en moyenne de plus de 200 compagnies par jour (...), 4 000 travailleurs ont été jetés à la rue". Tout cela à la suite du gel des crédits et de la "fermeture immédiate de banques". Le pays a été forcé de valider des lois "à travers le chantage financier". Si la législation n'est pas approuvée rapidement en respectant les délais du FMI, les paiements en vue du sauvetage seront suspendus ce qui fait courir le danger d'une nouvelle spéculation monétaire. Pour sa part, le "programme de sortie" sous l'égide du FMI (soit des faillites forcées) a sciemment contribué à la fragmentation des que l'on invite maintenant à établir des "alliances stratégiques avec des firmes étrangères" (ce qui peut éventuellement mener au contrôle par le capital étranger). Avec la dévaluation, le coût de la main d'oeuvre coréenne s'est également effondré: "Actuellement, il est moins cher d'acheter une de ces compagnies à haute technologie que d'acheter une usine - et vous recevez gratuitement toute la distribution et la reconnaissance de la marque tout comme la main d'oeuvre qualifiée".
La disparition des banques centrales
De façon claire, la crise mondiale a marqué la disparition des banques centrales, ce qui signifie la perte de la souveraineté économique nationale et l'incapacité de l'Etat national de contrôler la création de monnaie grâce au mandat de la société. C'est avec une extrême violence que l'on tente d'imposer le dollar ou des zones euro ou yen.
Il est certain que les réserves de monnaie aux mains du secteur privé dépassent de loin les capacités limitées des banques centrales dans le monde. Ces dernières, agissant à titre individuel ou collectif, ne peuvent plus combattre la marée spéculative. C'est pour cela que la politique monétaire est aux mains des créanciers privés qui ont la possibilité de geler les budgets de l'Etat, de paralyser les processus de paiement, de dévaluer la monnaie de façon systématique, d'empêcher le paiement régulier des salaires pour des millions de travailleurs (comme dans l'ancienne Union soviétique) et de précipiter l'effondrement de programmes sociaux et de production.
Alors que la crise s'intensifie, les attaques spécultatives contre les banques centrales s'étendent en Chine, en Amérique latine, au Moyen-Orient, avec des conséquences économiques et sociales catastrophiques. Ce pillage incessant des réserves des banques centrales ne se limite cependant d'aucune manière aux pays en voie de développement. Elle a également touché différents pays occidentaux parmi lesquels le Canada et l'Australie où les autorités financières n'ont pas été en mesure d'arrêter le déclin de leurs monnaies nationales. Au Canada, les attaques spéculatives ont eu pour résultat que l'on a pris des emprunts auprès de financiers privés pour des billions de dollars en vue de soutenir les réserves de la banque centrale. En République dominicaine, l'idée a déjà été lancée de "dollariser" et de privatiser la banque centrale.
Les grands manipulateurs Goldman Sachs, Morgan Stanley, Deutsche Morgan Gruenfell, entre autres, achètent les emprunts insolvables des banques japonaises à moins de 10 pour cent de leur valaur nominale. Sous la présidence de Bill Clinton aux Etats-Unis, le secrétaire au Trésor Robert Rubin, tout comme la secrétaire d'Etat Madeleine K. Albright, ont exercé une pression politique sur Tokyo en affirmant qu'il valait mieux "une adjudication immédiate des mauvaises banques du Japon que des "investisseurs vautours" américains et autres étrangers à des prix d'urgence. Pour atteindre leurs objectifs, ils exercent aussi une pression sur le Japon pour qu'il reformule sa constitution, restructure son système politique et son cabinet et redessine son système financier. Une fois que les investisseurs étrangers ont gagné le controle sur les banques japonaises, ces banques ont commencé à s'emparer de l'industrie japonaise...
Qui sont les créanciers et les spéculateurs?
Les principales banques et agents boursiers au monde sont à la fois les créanciers et les spéculateurs institutionnels. Dans le contexte actuel, ils contribuent (à travers leurs attaques spéculatives) à déstabiliser les monnaies nationales, augmentant de cette façon le volume de dettes en dollars. Ensuite, ils réapparaissent comme créancier pour toucher ces dettes. Finalement, ils sont appelés comme "conseillers en politique" ou comme consultants de "programmes de banqueroute", patronnés par ler FMI et la Banque mondiale, dont, en fin de compte ils sont les bénéficiaires.
Qui finance les sauvetages par le FMI?
Sous le coup des attaques spéculatives répétées, les banques centrales asiatiques avaient convenu d'une série de contrats multibillionnaires (sur le futur marché de devises) dans une vaine tentative de protéger leurs monnaies. A cause de l'épuisement total de leurs réserves monétaires, les autorités de ce secteur ont été obligés de solliciter des emprunts d'argent sous l'accord de sauvetage du FMI. Selon un schéma classique depuis la crise mexicaine de 1944-1945, l'argent pour un sauvetage n'est pas destiné à "racheter le pays", dans la pratique ces sommes ne sont jamais entrées en Corée, en Thailande ou en Indonésie. Elles ont servi à rembourser les "spéculateurs institutionnels", pour qu'ils soient assurés de pouvoir toucher leur butin multibillionnaire. A leur tour, les tigres asiatiques ont été domestiqués par leurs maîtres financiers. Transformés en agneaux pour qu'ils paient les intérêts de ces immenses dettes en dollars jusque loin dans le troisième millénaire.
Mais, "d'où est venu cet argent" pour financer ces opérations multibillionnaires? Une petite partie seulement provient des ressources du FMI, qui, sans nul doute, est sous le contrôle de l'accionariat des Etats-Unis.
Lors du sauvetage du Mexique en 1995, on a fait appel aux pays du G7, y compris au Trésor des Etats-Unis, pour qu'ils contribuent largement par de fortes sommes globales à ces opérations de rachat sous le patronage du FMI ce qui a augmenté de façon considérable les dettes du secteur public. Mais, autre tour de vis, l'émission de la dette publique des Etats-Unis pour financer les sauvetages, est avalisée et garantie par le même groupe de banques d'affaires de Wall Street impliqués dans les assauts spéculatifs. Autrement dit, ceux qui garantissent l'émission de la dette publique (pour financer le sauvetage) sont les mêmes qui s'approprient le butin (par exemple comme créanciers de la Corée ou de Thailande), c'est à dire qu'ils sont, en fin de compte, les bénéficiaires du sauvetage (ce qui constitue un "réseau de sécurité" pour le spécultateur institutionel). Bien sûr, le Mexique a été obligé d'hypothéquer ses richesses pétrolières...
Une médecine économique de choc
Depuis la crise mexicaine, le FMI a joué un rôle crucial dans la création de "environnement financier" où les banques et les gérants de devises globales mènent leurs attaques spéculatives. Les banques globales désirent obtenir l'accès à des informations privilégiées. Les attaques spéculatives ont besoin, pour atteindre le succès, d'appliquer une "médecine économique de choc" sous les accords de rachat du FMI. Les "six grands" parmi les banques de Wall Sreet (y compris la Chase, Bank America, Citicorp et J.P.Morgan) et les "cinq grands" parmi les banques d'affaires (Goldman Sachs, Lehman Brothers, Morgan Stanmey et Salomon Smith Barney) ont été consultés au niveau des clauses qui devraient être reprises dans les accords de sauvetage.
Dans le cas de la dette à court terme de la Corée, les institutions les plus importantes de Wall Street ont été convoquées la veille de Noël (24 décembre 1997) pour des conversations à haut niveau à la Banque de la Réserve fédérale de New York. Les banques globales ont un intérêt direct dans le déclin des monnaies nationales.
En avril 1997, à peine deux mois après le déclenchement de la crise monétaire asiatique, l'Institut des finances internationales (IFI), un "think tank" basé à Washington qui représente les intérêts de quelque 290 banques et courtiers en bourse globaux, avait "insisté auprès des autorités sur les marchés en voie de développement pour qu'elles s'opposent aux pressions d'augmentation des taux de change là où cela s'avérerait nécessaire...". Cette demande communiquée par lettre au FMI indique en termes qui ne laissent pas de place au doute que le FMI devrait créer un environnement qui permetttrait le déclin des monnaies nationales.
Selon le candidat billionnaire à la présidence des Etats-Unis Steve Forbes: " Est-ce que le FMI a précipité la crise? Cette institution soutient l'ouverture et la transparence des économies nationales, mais rivalise avec la CIA pour troubler ses propres opérations. A-t-il eu , par exemple, des conversations secrètes avec la Thailande, plaidant en faveur de la dévaluation qui a provoqué l'immédiate chaîne catastrophique d'événements?" "Les prescriptions du FMI ont-elles exacerbé la maladie? Les monnaies de ces pays sont tombés à des niveaux si bas qu'ils en sont absurdes".
L'expérience dominicaine: les accords avec le FMI ont été un désastre pour la République dominicaine
En 1998, le gouverneur de la Banque centrale a présenté des chiffres qui supposent une grande croissance économique mais qui, cependant, n'ont rien à voir avec la rigueur des statistiques et encore moins avec une analyse scientifique et ne peuvent justifier le fait que la politique économique appliquée dans notre pays depuis 1986 (ou, plutôt depuis 1983 si nous pensons aux accords avec le FMI) est correcte et permettrait le développement de la nation.
En réalité, la pratique a démontré que la vérité est à l'opposé. Depuis les accords avec le FMI en 1983, basés sur une politique de "choc", l'accord de "facilité amplifiée"
le 12 janvier de cette année, l'accord "ombre" ou "pont" en mai 1984, l'accord "standby" en avril 1985, et ceux de 1992 et 1993, on a assisté à une profonde stagnation de l'économie doublée d'une énorme instabilité.
Si nous analysons un des indicateurs clefs des économistes pour analyser le taux de croissance réel de l'économie, le PIB, nous contatons que, au cours de la décennie entre 1981 et 1990, alors que la moyenne du Produit intérieur brut a été de 1,8 %, la croissance de la population a été de 2,5 %. Ce qui implique un recul per capita qui en 1981 a été de 1,135 dollars et a atteint 750 dollars en 1985.
Deux autres éléments statistiques clefs sont la formation de capital et le taux d'inflation: la première fait ressortir une chute dramatique de 2 % dans le PIB dans les années 80 à 10 % en 1990; quant à la seconde, elle a atteint en 1990 les 101 % et n'a plus jamais baissé. Et quoiqu'il soit évident que pour le tourisme et dans le système de zone franche, deux branches des services, on remarque une contribution décisive à l'équilibre de la balance des paiements, la grave stagnation des exportations de produits agricoles ou industriels est tout aussi évidente...
Pour les exportations, la moyenne dans la décennie des années 80 a oscilé entre 700 et 900 millions de dollars alors que les importations ont augmenté au-delà des 1 800 millions.
En 1992, le déficit de la balance commerciale a atteint 1 450 millions de dollars. Dans l'appareil productif, un constate aussi un grave problème. La production agricole a stagné à 285 millions de pesos et tant les secteurs de l'agriculture et de l'élevage que de la manufacture se sont effondrés d'au moins 10 % en production réelle. En 2000, les exportations ont atteint péniblement le chiffre de 700 millions de dollars, alors que les importations arrivaient à 3 780 millions de dollars. Le pays importe 56 % des tous les aliments qu'il consomme.
La dette extérieure a augmenté de 2 172 dollars Us en 1980, à 4 500 dollars US en décembre 1990. L'emploi n'a augmenté que d'un petit 2 % et l'investissement étranger a été freiné. On annonce la mise sur le marché international, de la part du gouvernement, de certicats financiers, pour pouvoir payer la dette extérieure.
Quant à la vie quotidienne des masses, cette situation dramatique peut être éclairée par l'exemple suivant: depuis 1980, la consommation per capita de riz a diminué de 120 livres à environ 96 en 1992, la livre coûtant 0,39 $ en 1986 et 4,50 $ en 1993. Les coûts de production ont augmenté de 182 pesos la tâche à 1 500 pesos. La production d'énergie électrique a été privatisée et malgré l'échec dans les opérations d'entreprises étrangères, des fonctionnaires de la Banque mondiale et le BID insistent pour que l'on privatise les centrales hydroélectriques.
Les mouvements de capitaux, leur dérèglement
Les règles internationales qui contrôlent les mouvements d'argent et de capitaux (à travers les frontières internationales) contribuent à déterminer les "champs de bataille financiers où les banques et les spéculateurs se livrent à leurs attaques mortifères. Dans leur campagne mondiale pour s'approprier des richesses économiques et financières, les ba,ques globales et les institutions multinationales ont exercé une pression acive pour dérégler totalement les flux de capitaux internationaux y compris la circulation de monnaie "sale" ou "chaude". Cédant à ces exigences (après des consultations hâtives avec les ministres des finances du G7), le comité interne du FMI a adopté un verdict formel pour libéraliser les mouvements de capitaux en avril 1998. Le communiqué officiel a indiqué que le FMI procédera à un amendendement de ses articles afin de "convertir la libéralisation des mouvements de capitaux, un des buts du Fonds et d'étendre, pour autant que nécessaire, la juridiction du Fonds dans cette optique". Michael Camdessus, directeur général du FMI, a cependant calmement admis qu' "un nombre de pays en voie de développement peuvent être victimes d'attaques spéculatives, après l'ouverture de leur compte de capitaux". Alors qu'il répétait sans cesse que cela peut être évité si l'on adopte "des mesures macroéconomiques sains et des systèmes financiers forts dans les pays membres". La résolution du FMI de libéraliser les mouvements de capitaux a été adopté à huis clos, à l'abri du regard du public et sans couverture médiatique importante.
Cet accord avait octroyé des droits garantis aux banques et aux institutions multinationales en annulant les lois nationales sur les investissements étrangers et en dérogeant aux droits fondamentaux des citoyens. L'AMI constitue un acte de capitulation de la part des gouvernements démocratiques face aux banques et aux institutions multinationales. Le moment choisi était, certes, approprié: alors que l'approbation de l'AMI était provisoirement arrivé à un point mort, le dérèglement des investissements étrangers proposé par une voie plus expéditive, avait officiellement été lancé: l'amendement des articles abrogerait, et ce pour atteindre tous les buts pratiques des gouvernements nationaux pour régulariser l'investissement étranger. Il allait aussi annuler les efforts des citoyens du monde contre l'AMI: d'un trait de plume, on allait atteindre le dérèglement de l'investissement étranger, sans avoir besoin d'un accord bilatéral compliqué sous les auspices de l'OCDE et de l'OMC et sans le poids légal d'un traité global d'investissement basé sur la loi internationale.
Mise en place d'un controle financier global et réforme du FMI
Alors que se poursuit la course effrénée aux richesses globales et que la crise financière atteint des sommets dangereux, les banques et les spéculateurs internationaux aspirent à jouer un rôle plus directe dans la formation de structures financières à leuir botte, ainsi qu'à "contrôler" les réformes économiques au sein d'un pays donné. Les conservateurs du marché libre aux Etat-Unis (associés au Parti républicain) ont accusé le FMI de conduite imprudente. Malgré le statut intergouvernemental du FMI, ils exigent un contrôle plus étendu des Etats-Unis sur ce dernier. Ils ont aussi souligné que le FMI devrait, à l'avenir, jouer un rôle plus discret (semblable à celui des agences de qualification de risques comme Moody's ou Standard and Poor) alors qu'ils attribuent le financement des sauvetages multibillionnaires au secteur bancaire privé. Après une discussion à huis clos en avril 1998, le porte-parole des plus grandes banques et compagnies d'investissement de la planète a présenté une initiative plus intelligente (coulée dans une langue plus souple). Ce porte-parole n'est nul autre que l'Institut de finances internationales, situé à Washington. La proposition des banques consistait en la création d'un "gardien financier", un dit "conseil consultatif du secteur privé"
qui vise à superviser régulièrement les activités du FMI. L'institut de finances internationales, dont les membres sont les banques les plus importantes au monde, est prêt à travailler avec la communaté officielle pour faire avancer le processus. Répondant à l'initiative des banques globales, le FMI désire des actions concrètes "pour renforcer la participation du secteur privé dans la gestion des crises", ce qui peut être interprété comme "un arrangement pour partager le pouvoir" entre le FMI et les banques globales. La communauté bancaire international a aussi mis sur pied son propre "comité directeur sur les finances des marchés émergents" où siègent quelques-uns des financiers les plus puissants au monde, y compris William Rodes, vice-président de la Citibank et sir David Walker, président de Morgan Stanley.
Le but caché derrière ces différentes initiatives est de transformer petit à petit le FMI en un organisme intergouvernemental, en une bureaucratie légalisée qui puissent servir les intérêts des banques globales. Et, plus important encore, les banques et les spéculateurs veulent avoir accès aux détails des négociations du FMI avec les gouvernements membres., ce qui leur permettrait de mener avec soin lerurs attaques sur les marchés financiers tant avant comme après un accord de sauvetage du FMI. Les banques globales (visant la nécessité de "transparence") ont insisté pour que "le FMI forunisse des détails valables (quant à ses négociations avec les gouvernements nationaux) sans révéler des informations confidentielles...". Mais ce qu'ils veulent, en fait, c'est de l'information interne privilégiée. La présente crise financière ne mène pas uniquement au déclin des institutions étatiques nationales dans le monde entier, mais elle consiste aussi dans le démantèlement (et la possible privatisation) des institutions de l'après-guerre établies par les pères fondateurs de la conférence de Bretton Woods en 1944. Il ne fait pas de doute que l'hégémonie de l'ologarchie financière est une réalité qu'il est nécessaire d'affronter.
7 mars 2001
Contribution au Séminaire communiste international
"La révolution socialiste mondiale dans les circonstances de la globalisation impérialiste"
Bruxelles, 2 à 4 mai 2001